Archives du mot-clé Bette Davis

18 février 2018 : Ciné-club Joseph L. Mankiewicz : L’Aventure de Madame Muir (1947) – Eve (1950)

– 19h : L’Aventure de Madame Muir (Joseph L. Mankiewicz – 1947 – 104 minutes)

avec Gene Tierney, Rex Harrison, George Sanders, Natalie Wood

Une jeune veuve s’installe avec sa fille dans une maison au bord de la mer, qui se trouve hantée par le fantôme d’un marin un peu rude. Malgré les efforts de ce dernier pour la chasser, elle va sympathiser avec lui et écrire un livre sur sa vie.

Pour son quatrième film, Mankiewicz adapte un classique de la littérature anglaise. Il retrouve Gene TIerney, qu’il avait déjà dirigé dans son premier film, Le Château du dragon, tandis que Rex Harrison rejouera sous sa direction dans L’Evadé de Dartmoor, Cléopâtre et Guêpier pour trois abeilles. On découvre aussi la jeune Natalie Wood à neuf pour déjà son cinquième rôle, bien avant de devenir la star de La Fureur de vivre ou West Side Story. L’Aventure de Madame Muir est une comédie romantique bouleversante sur une histoire d’amour paradoxale et impossible, entre irréalité fantastique et désillusions sur la vie, au final inoubliable. Impeccablement interprétée et réalisée, sa photographie sera nommée à l’Oscar. Le compositeur habituel d’Hitchcock, Bernard Herrmann, en signe le thème. Premier d’une longue série de chefs d’œuvre de Mankiewicz, il  donnera lieu à deux remakes dans les années 60 : un téléfilm et une série télévisée.

– 21h : Eve (Joseph L. Mankiewicz – 1950 – 138 minutes)

avec Bette Davis, Anne Baxter, George Sanders, Celeste Holm, Gary Merrill, Hugh Marlone, Thelma Ritter, Marylyn Monroe, Gregory Ratoff, Barbara Bates, Walter Hampden

Eve Harrington, admiratrice de l’actrice diva Margo Channing, se fait engager par elle comme secrétaire. Mais elle manigance en secret pour prendre la place de son idole au théâtre et auprès de son entourage…

Avec sa peinture acerbe du milieu du théâtre (et du coup celui du cinéma) constitué d’hypocrisie, de cynisme et d’arrivisme, Mankiewicz met en boite non pas simplement un de ses meilleurs films, mais un des plus grands de l’histoire du cinéma, du niveau d’un Citizen Kane. Tout est parfaitement écrit (dialogues vénéneux et mémorables), construit (narration en flashbacks et voix off de plusieurs personnages), distribué (à noter Marylyn Monroe dans un petit rôle), joué (Bette Davis joue son propre rôle de star vieillissante – elle épousera d’ailleurs son partenaire Gary Merrill comme à l’écran !). D’une richesse, profondeur et évidence sans pareille, All About Eve a raflé cinq Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur second rôle masculin, meilleurs costumes et meilleur son), en plus de six autres nominations, tandis que Mankiewicz a reçu le Prix spécial du jury du Festival de Cannes, et Bette Davis le Prix de la meilleure actrice.

Ciné-club Thriller par Robert Aldrich : En quatrième vitesse (1955) – Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962)

EN QUATRIEME VITESSE

– 19h : En quatrième vitesse (Robert Aldrich – 1955 – 106 minutes)

avec Ralph Meeker, Albert Dekker, Paul Stewart, Juano Hernandez, Wesley Addy, Marion Carr

Une femme nue sous son trench court de nuit sur la route et se fait prendre en stop par un détective privé. Si jamais elle n’arrive pas à destination, elle lui demande « souvenez-vous de moi ».

Adapté d’un livre de Mickey Spillane, En quatrième vitesse (Kiss Me Deadly en v.o.) nous fait suivre les péripéties de Mike Hammer, le fameux détective privé new-yorkais, héros d’une quinzaine de romans (entre 1947 et 2009), de cinq films (en 1953, 1955, 1957, 1963 et 1982)), quatre séries télévisées (1958-1959, 1984-1985, 1986-1897 et 1997-1998) et quatre téléfilms (1983, 1984, 1989 et 1994). Cependant, ce cinquième film de Robert Aldrich (Vera Cruz, Les Douze Salopards) n’est pas rigoureusement fidèle au livre : le réalisateur et le scénariste n’en étaient pas très amateurs, et s’en servent comme prétexte pour présenter un discours et une esthétique bien plus personnels, comme bien souvent au cinéma. Ainsi le trafic de drogue devient une mystérieuse arme dévastatrice, qui donnera lieu à un fameux final apocalyptique (absent du roman). Comme d’habitude avec Aldrich, la mise en scène est rythmée et tendue, très immersive pour le spectateur, qui voit défiler dans ce polar soigné et sensuel les habituels tueurs, cadavres, blondes inquiétantes, brunes séductrices et autres seconds couteaux d’une enquête qui piétine avant d’accélérer à toute vitesse. Malgré son échec commercial à sa sortie, le film est applaudi par la critique (Les Cahiers du cinéma y voit l’égal d’Orson Welles et de sa Dame de Shanghai) et est considéré comme un grand classique novateur du film noir, en rompant avec le romantisme typique des films à la Faucon maltais (1941) pour un tournant réaliste illustré ensuite par Richard Fleischer, Don Siegel ou Clint Eastwood.

 artoff3035

– 21h : Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich – 1962 – 134 minutes)

avec Bette Davis, Joan Crawford, Victor Bruno, Wesley Addy

Deux sœurs, l’une ancienne enfant star de la chanson, l’autre ancienne star du cinéma à présent sur chaise roulante, vivent ensemble recluses, dans la jalousie et le conflit, jusqu’à la folie.

Bette Davis (L’Insoumise, Eve) et Joan Crawford (Grand Hotel, Johnny Guitar) étaient deux immenses stars de l’âge d’or d’Hollywood, oscarisées, parmi les plus symboliques des années 30-40. A tel point que leur rivalité était devenu proverbiale. Quel tour de force de Robert Aldrich que de les avoir réunies dans un même film, sur le déclin (dans leur cinquantaine), en vieilles sœurs jalouses et violentes ! Le tournage contient d’ailleurs son propre lot d’anecdotes sur les crasses qu’elles se faisaient sur le plateau. Mais Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? n’est pas qu’un casting mythique. Comme Boulevard du crépuscule (1950) de Billy Wilder avec Gloria Swanson, c’est un film glaçant sur la face sombre d’Hollywood, sur la déchéance de stars aveuglées et enlaidies par leur gloire passée, avec donc des actrices dans leur quasi-propre rôle et d’authentiques extraits de films d’époque. Mais surtout, au-delà de toute cette fascinante glose méta-cinématographique, c’est intrinsèquement un thriller foudroyant, un quasi-huis clos angoissant et asphyxiant, où la mise en scène hors pair d’Aldrich nous pousse toujours plus loin dans l’horreur psychologique et les confins de la folie destructrice. Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? a été un triomphe public et critique, récoltant au box-office neuf fois son budget, remportant l’Oscar des meilleurs costumes (ainsi que des nominations à ceux de meilleure actrice pour la terrifiante Bette Davis, meilleur second rôle pour Victor Buono, meilleure photographie et meilleur son). Un grand classique du cinéma et un des quelques sommets de la filmographie d’Aldrich, qui explorera à nouveau le thème de la captivité avec le même degré de tension dans Pas d’orchidées pour miss Blandish (1971) ou (dans un contexte géopolitique) L’Ultimatum des trois mercenaires (1977).