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29 octobre 2017 : Ciné-club Halloween : Carrie au bal du diable (1976) – Le Jour des morts-vivants (1985)

CARRIE

– 19h : Carrie au bal du diable (Brian De Palma – 1976 – 98 minutes)

avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, Nancy Allen, John Travolta, Betty Buckley

Une jeune fille, traumatise par l’éducation rigoriste de sa mère, est la risée de son lycée. Mais elle développe des pouvoirs télékinésiques.

Carrie au bal du diable est à la fois le premier roman de Stephen King et la première de ses nombreuses œuvres adaptées au cinéma (Shining, Ca, etc.). C’est aussi le premier grand succès commercial de Brian De Palma, après Phantom of paradise et Obsession. Au casting on découvre plusieurs stars en devenir : Sissy Spacek (La Ballade sauvage, JFK, par ailleurs femme du décorateur), Nancy Allen (Robocop, Pulsions, Blow Out, et future femme du réalisateur) et nul autre que John Travolta (il tournera La Fièvre du samedi soir l’année suivante). Carrie est un film d’horreur sur le douloureux passage de l’adolescence, des premières règles à la peur de la sexualité, en passant par les brimades lycéennes, sur fond d’hystérie religieuse. Il culmine sur une mythique scène de bal apocalyptique, sanglante et pyrotechnique. De Palma déploie sur une réalisation soignée et caractéristique à base de mouvements de caméras sophistiqués et de split screens. Il entame ici sa collaboration avec le compositeur Pino Donaggio, faisant référence à la fameuse partition de Psychose d’Hitchcock. Le film remporte le Grand Prix du Festival du film fantastique d’Avoriaz, tandis que Sissy Spacek et Piper Laurie sont nommées à l’Oscar de la meilleure actrice et du meilleur second rôle, chose rare pour un film d’horreur. Carrie connaitra une suite en 1999, un remake pour la télévision en 2002 et un autre pour le cinéma en 2013.

LE JOUR DES MORTS VIVANTS

– 21h : Le Jour des morts-vivants (George A. Romero – 1985- 101 minutes)

avec Lori Cardille, Terry Alexander, Joe Pilato, Richard Liberty

Face à une invasion de zombies, des militaires et des scientifiques se sont réfugiés dans une base sous-terraine. Ils mènent des expériences sur les zombies en vue de les contrôler, mais la coopération entre humains est conflictuelle…

A chaque décennie, George Romero signe un nouvel film de zombies, après La Nuit des morts-vivants (1968) et Zombie (1978). Ce ne sont pas des suites, puisqu’ils n’ont aucun personnage en commun, ni lien scénaristique si ce n’est le cadre général d’une invasion de zombies. Mais à chaque fois il utilise ce contexte science-fictionnelle pour poser un regard critique sur notre société, car le pire danger ne vient pas des ennemis mais des humains eux-mêmes. Ainsi, là où le premier opus dénonçait le racisme et le second la société de consommation, Le Jour des morts-vivants illustre l’impossible coopération entre militaires et scientifiques, ne partageant pas les mêmes valeurs ni buts. Si les scientifiques mènent des expériences pour neutraliser et humaniser les zombies (en essayant de leur apprendre à parler par exemple), les militaires préfèrent les éradiquer. Dans leur soif fasciste de pouvoir et de violence, c’est en voulant tout contrôler qu’ils vont tout faire échouer. Le capitaine Rhodes est sans doute est des méchants les plus inquiétants et marquants du cinéma de genre. Chose rare, Le Jour des morts-vivants est autant un film politique sérieux et intelligent qu’un film gore, magnifié par les impressionnants effets spéciaux de Tom Savini (il a réalisé plus de neuf cent zombies différenciés). Ce nouveau classique clôt la trilogie initiale de Romero, puisqu’il ne reviendra aux zombies qu’en 2005 pour une nouvelle trilogie, tandis qu’il connaîtra un remake en 2008.

25 septembre : Ciné-club Rédemption : Bad Lieutenant (1992) – L’Impasse (1993)

bad-lieutenant

– 19h : Bad Lieutenant (Abel Ferrara – 1992 – 96 minutes)

avec Harvey Keitel, Victor Argo, Paul Calderone, Zoë Lund, Leonard Thomas, Robin Burrows, Frankie Thorn, Victoria Bastel, Paul Hipp

A New-York, un lieutenant de police s’enfonce dans la spirale des vices, des excès et de l’autodestruction. Il va chercher la rédemption en tentant de venger une religieuse violée.

Deux ans après The King of New York, Abel Ferrara signe son film le plus sulfureux, controversé et respecté. Co-écrit avec Zoë Lund (qui joue un petit rôle), Bad Lieutenant est une véritable descente aux enfers sans concession. Le lieutenant s’enfonce ainsi dans l’alcool, la drogue, les paris sportifs, la ruine, l’adultère, la perversion sexuelle, la déchéance, le déni, se croyant intouchable grâce à son insigne de police mais menacé de mort. La légende veut qu’Harvey Keitel n’ait simulé aucune prise d’alcool et de drogue à l’écran, puisqu’il était toxicomane à l’époque, tout comme Abel Ferrara et Zoë Lund ! Au-delà de l’anecdote, l’acteur joue un de ses rôles les plus marquants (la même année que Reservoir Dogs), sans doute le plus extrême et en totale état de grâce, dans une forte symbolique christique d’expiation des pêchés, de rédemption et de sacrifice. Il faut l’entendre gémir comme un loup sur son sort à mesure qu’il s’y enfonce dramatiquement – bouleversant ! Tourné en seulement dix-huit jours en décors naturels (avec une scène finale de meurtre en pleine rue de New York, dont les passants n’étaient pas prévenus et s’attroupaient réellement autour du faux mort), Bad Lieutenant oscille intensément entre le ciel et l’enfer, a été classé X et interdit en Irlande, mais en a d’autant plus mérité son titre de film culte, et reste encore aujourd’hui un sommet indépassé pour son réalisateur. A noter que Werner Herzog affirme que son Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans (2009) n’est ni une suite, ni un remake, et qu’il n’a pas vu l’original, pourtant il ne manque pas de similitudes.

limpasse

– 21h : L’Impasse (Brian De Palma – 1993 – 143 minutes)

Avec Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller, John Leguizamo, Ingrid Rogers, Luis Guzman, James Rebhorn, Viggo Mortensen

Dans les années 70, le caïd Carlo Brigante sort de cinq années de prison et est bien décidé à se ranger. Il accepte de gérer un club afin de se faire suffisamment d’argent pour partir mener une nouvelle vie plus calme. Mais le milieu continue de tourner autour de lui…

Dix ans après Scarface, Brian De Palma ne souhaitait pas refaire un film sur les gangsters latinos. Mais, en plein crise de la cinquantaine après un mariage, un enfant et un divorce en deux ans, il changea d’avis à la lecture du scénario (tiré d’un roman de Edwin Torres, un juge portoricain de la Cour suprême de New York, connaissant manifestement bien le milieu) et s’enthousiasma pour le projet, retrouvant ainsi Al Pacino qui était à l’origine du projet. Car L’Impasse (Carlito’s way en version originale) n’est pas un classique film de gangster suivant le schéma de grandeur et de décadence, il traite au contraire d’un caïd sur le retour, ayant sa jeunesse derrière lui et souhaitant changer de vie avec un peu d’argent en poche. Il est certes traité comme une légende dans le milieu, mais il ne le reconnait plus, les jeunes loups sans manières ni éthiques tentent de se faire un nom, la cocaïne et le disco inondent les clubs. L’époque n’est plus tout à fait pour lui, et il tente de recoller les morceaux avec l’amour qu’il a déçu. Sur une bande-son latino volcanique, Brian De Palma installe minutieusement pendant deux heures vingt-trois imperceptibles une tension de tragédie, avec ses inimitables et maniérés plans-séquences et explosions de violence (la scène du billard au début et surtout la légendaire course-poursuite de vingt minutes dans le métro et la gare de New York). Tentant d’échapper à son destin, Al Pacino est plus sobre et vieilli que ses précédents héros fougueux et déchaînés, hantant la narration mortuaire de sa voix off, tandis que Sean Penn est totalement jubilatoire  en avocat véreux et cocaïnomane! Après un accueil mitigé à sa sortie, L’Impasse est devenu un film culte, considéré par les Cahiers du Cinéma comme rien de moins que le meilleur film de la décennie ! Il aura droit à un préquelle en direct-to-video (L’Impasse : de la rue au pouvoir) sur les années d’ascension du jeune Carlo Brigante.

Ciné-club caïd : Le Petit César (1931) – Scarface (1983)

littlecaesar

– 19h : Le Petit César (Mervyn LeRoy – 1931 – 78 minutes)

avec Edward G. Robinson, Douglas Fairbanks Jr., Glenda Farrell, William Collier Jr., Sidney Blackmer, Ralph Ince

Le caïd Rico Bandello, surnommé le petit César, intègre une bande de gangster et commence son ascension dans le crime et le pouvoir.

Adapté d’un roman de William Burnett, best-seller qui constituait la première étude psychologique d’un gangster, Le Petit César est un film pionnier, en posant les bases du film de bandits, où l’histoire est centrée sur des anti-héros et non plus sur la police ou les victimes, dans un contexte social de prohibition et de crise économique. Inédits pour l’époque, on voit apparaître les codes cinématographiques de décors urbains, fusillades, médiatisation, scènes de voiture ou de téléphone, costumes et demeures de plus en plus élégants ou tapes à l’œil au fur et à mesure de l’ascension, corruption politique, trahisons et bien sûr l’inévitable chute. Les américains étaient fascinés de voir à l’écran des sujets de leur réalité quotidienne la plus sinistre, à une époque où la frontière entre l’illégalité et la survie en temps de crise était mince – et les studios Warner furent les premiers à oser explorer ces sombres territoires. Le film révéla d’ailleurs Edward G. Robinson, immense acteur qui deviendra associé aux rôles de gangsters et tournera pour John Huston, Fritz Lang, Howard Hawks, John Ford, Frank Capra, Orson Welles, Billy Wilder, Vincente Minnelli, Cecil B. DeMille et d’autres. Le Petit César eut un immense succès (certaines de ses répliques sont devenues cultes) et lança la mode des films de gangsters, qui engendrera d’autres classiques comme L’Ennemi Public (1931) ou Scarface (1932).

 SCARFACE (1983)

– 21h : Scarface (Brian De Palma – 1983 – 169 minutes)

avec Al Pacino, Steven Bauer, Michelle Pfeiffer, Mary Elisabeth Mastrantonio, Robert Loggia, Miriam Colon, F. Murray Abraham, Paul Shenar

A Miami, Tony Montana, un immigré cubain est prêt à tout pour monter les marches du trafic de drogue.

Inspiré d’Al Capone, le Scarface d’Howard Hawks (1932) était devenu la référence cinématographique absolue des films de gangsters. Son remake baroque par Brian De Palma va le supplanter dans la culture populaire. Ecrit par Olivier Stone (après avoir signé les scénarios à succès de Midnight Express et Conan le Barbare), le film réactualisé prend place non plus à Chicago mais à Miami, dans le contexte de l’asile politique donné aux réfugiés cubains – comprenant quelques 25 000 prisonniers de droit commun libérés par Fidel Castro. La prohibition de l’alcool est remplacée par le trafic de cocaïne. Après le refus de Robert de Niro, c’est Al Pacino qui endosse ce qui allait être le rôle de sa vie, où ses pulsions nerveuses font corps avec le film et la réalisation esthétisé de Brian De Palma (qui accepta le projet comme une commande des studios). Tony Montana est devenu l’archétype du caïd mégalomane dominé par son désir de possession et qui ne communique que par la violence. Michelle Pfeiffer est engagée suite à sa prestation dans Grease 2. Miami ayant peur de récolter une réputation de criminalité, le tournage eut finalement lieu en majorité à Los Angeles. Le film fit scandale à l’époque pour sa violence, sa vulgarité et sa démesure – il échappa in extremis à une classification X (interdit aux moins de 18 ans). On y dénombre 42 cadavres, une scène à la tronçonneuse et 226 fois le mot fuck (soit une moyenne de 1,32 par minute). A noter que Steven Spielberg, en visite sur le tournage, aida à la réalisation de la scène finale de l’assaut colombien dans la demeure de Tony Montana. La bande-son est signée par l’italien Giorgio Moroder, producteur à succès de Donna Summer, Sparks ou David Bowie (et plus récemment Daft Punk), qui avait déjà signée celle de Midnight Express. Avec le temps, le film est devenu culte, connaissant un grand succès en vidéo, et son anti-héros est devenu une icône vénérée du gangsta rap et de ses amateurs, cité dans beaucoup de chansons. Al Pacino retrouvera Brian De Palma dix ans plus tard dans l’excellent L’Impasse.