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15 mai : Ciné-club France sous l’Occupation par René Clément : La Bataille du rail (1946) – Jeux interdits (1952)

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– 19h : La Bataille du rail (René Clément – 1946 – 82 minutes)

avec Marcel Barnault, Jean Daurand, Jean Clarieux, Jacques Desagneaux, Tony Laurent, Leon Pauleon, Robert Leray, Pierre Lozach, François Joux

Pendant l’Occupation, des cheminots s’engagent dans la Résistance et tente de saboter les convois nazis.

Avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement Résistance-Fer commande un film à la gloire des cheminots. Il choisit René Clément pour le réaliser, dont il s’agit du premier long-métrage, après une dizaine de courts-métrages. Entre documentaire et fiction idéaliste, La Bataille du rail montre sobrement mais de manière (néo-)réaliste des anonymes de la SNCF faire tout leur possible, jusqu’au sacrifice, pour résister, sauver des innocents, relayer des informations, saboter les trains affrétés par l’occupant nazi et soutenir les maquisards au moment du débarquement de 1944. Par soucis de vérité, la plupart des acteurs sont d’authentiques cheminots, tandis que des vraies balles sont utilisées sur le tournage, puisqu’il était plus facile de s’en procurer à l’époque que des balles en blanc ! C’est aussi un véritable train que l’on fait dérailler dans une vallée, spectaculairement filmé par trois caméras. Ses allures de film d’action le font rivaliser avec les films américains de l’époque. La Bataille du rail a remporté un grand succès populaire, ainsi le Grand Prix et le Prix du Jury du (premier) Festival de Cannes, mais n’a pas pu rester pas longtemps à l’affiche, ses scènes de préparation de sabotages risquant de donner de mauvais conseils aux indépendantistes en pleine guerre d’Indochine. Le film est aujourd’hui controversé historiquement, puisque le rôle de la SNCF sous le régime Vichy est apparu bien plus trouble, ou du moins pas aussi majoritairement engagé que ne veut le montrer le film – à l’image de la proportion de résistants parmi les Français pendant la Guerre. Il n’empêche, cela ne remet pas en cause les cheminots morts pendant la Guerre et leurs actions authentiques, et d’un point de vue cinématographique, le film conserve toutes ses qualités, son efficacité et son lyrisme.

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– 21h : Jeux interdits (René Clément – 1952 – 86 minutes)

avec Georges Poujouly, Brigitte Fossey, Amédée, Madeleine Barbulée, Laurence Badie, Suzanne Courtal, Lucien Hubert

En 1940, une jeune fille, dont les parents viennent d’être tués, est recueillie par une famille de campagnard. Avec le plus jeune garçon, ils vont se créer un univers à eux pour échapper à celui des adultes et de la guerre.

Adaptant un roman de François Boyer, Jeux interdits devaient être initialement un film à sketchs sur les enfants et la guerre, René Clément n’en réalisant qu’un segment. Mais la qualité du segment tourné transforma le projet en un long-métrage. Alors que les adultes se déchirent, tant sur le champ de bataille que dans les campagnes à l’abri, les enfants vont tenter de préserver leur innocence en se recréant un monde symbolique, tendre, animalier et morbide. La star du film est Brigitte Fossey, jeune actrice de seulement cinq ans qui livre une performance dramatique exceptionnelle, toute d’aisance et de spontanéité, ce qui lui vaudra un prix d’interprétation au Festival de Venise, et même de rencontrer la reine d’Angleterre ! Ce sont d’ailleurs ses véritables parents qui jouent ses parents dans le film pour la mettre en confiance. Ce rôle déterminant lança une longue carrière à l’écran – son partenaire Georges Poujouly, autre excellent enfant acteur, n’eut malheureusement pas le même succès. Le thème du film, joué par Narciso Yepes, est devenu un grand classique de la musique de film, travaillé par la plupart des débutants à la guitare. Refusé par le Festival de Cannes à cause de son sujet trop dur, Jeux interdits est un des plus films les plus primés de l’histoire du cinéma français, avec le Lion d’or de Venise et l’Oscar du meilleur film étranger (le deuxième de René Clément, record de l’époque pour un cinéaste européen) parmi d’autres distinctions internationales. Aussi poétique que cruel, il reste plusieurs décennies après sa sortie toujours aussi bouleversant et émouvant.

24 avril : Ciné-club Méta-cinéma : La Nuit américaine (1973) – Cinéma Paradiso (1988)

LA NUIT AMERICAINE

– 19h : La Nuit américaine (François Truffaut – 1973 – 112 minutes)

avec Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Léaud, François Truffaut, Nathalie Baye, Jean-Pierre Aumont, Valentine Cortese, Jean Champion, Dani, Alexandra Stewart, Bernard Menez, Jean-François Stévenin

Un réalisateur entame le tournage de son nouveau film, et doit faire face aux multiples aléas et imprévus causés par les acteurs et l’équipe technique.

Comme Les Ensorcelés de Vincente Minneli, Chantons sous la pluie de Stanley Donen ou Le Mépris de Jean-Luc Godard, La Nuit américaine est un exemple typique de méta-cinéma : un film montrant un film. Pour renforcer la mise en abyme cinématographique, François Truffaut joue lui-même le rôle du réalisateur, exposant ses angoisses et ses admirations cinématographiques. On retrouve aussi son acteur fétiche, son double habituel à l’écran, Jean-Pierre Léaud (Les Quatre Cents Coups, Baisers Volés, Domicile Conjugal). Jean-François Stévenin était réellement l’assistant du film, et Nathalie Baye démarre sa carrière avec ce premier rôle. Le film montre donc l’envers du décor, avec toutes les histoires anodines et relations entre artisans et professionnels du métier qui façonnent et influencent le film final. Toutes les anecdotes sont d’ailleurs véridiques, tirées de la propre expérience de Truffaut ou de son entourage. Bien avant l’ère des making of réglementaires en bonus des DVD, La Nuit américaine offre un regard instructif sur la réalité déconcertante de la fabrique du cinéma envahie par la vie réelle, et a été récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger.

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– 21h : Cinéma Paradiso (Giuseppe Tornatore – 1988 – 167 minutes)

avec Philippe Noiret, Salvatore Cascio, Marco Leonardi, Jacques Perrin, Agnese Nano, Brigitte Fossey, Leopoldo Trieste

Un enfant sicilien d’après-guerre découvre le monde du cinéma à travers la cabine du projectionniste qui lui apprend le métier.

Cinéma Paradiso ne montre pas de tournage à proprement parler, mais revisite passionnément l’histoire du cinéma depuis la cabine de projection d’un cinéma de village italien, la salle de cinéma se prenant cette fois-ci elle-même pour objet. Le film est en partie autobiographique puisque Tornatore avait lui-même été projectionniste de village, et il en profite pour réaliser un vibrant hommage au septième art et à ce métier des coulisses, aussi essentiel que discret, très technique voire dangereux, comme le récit le montrera, à des années lumières des projections numériques actuelles. Comme Splendor d’Ettore Scola sorti au même moment, il dépeint le triste spectacle de l’épidémie de fermetures des salles de cinéma avec l’arrivée de la télévision et des chaînes racoleuses de l’époque Berlusconi. Une symbolique très forte se dégage de la narration, puisque le cinéma Paradiso est au départ une église, où les scènes sensuelles des grands classiques étaient systématiquement censurées, puis le cinéma est rénové et désormais sans censeur, et enfin finit sa course avec de tristes films érotiques sans âmes, tandis que parallèlement le personnage principal aime le cinéma, apprend à aimer avec le cinéma mais verra son amour condamné par le cinéma. Magnifié par sa fameuse bande-son d’Ennio Morricone, Cinema Paradiso a obtenu un triomphe critique international, à commencer par le Grand Prix du Jury du Festival de Cannes et l’Oscar du meilleur film étranger. A noter que le film a été finalement restauré dans sa version longue initiale, qui ne comporte pas pour une fois des simples rallonges ou scènes secondaires, mais apporte des révélations déterminantes et un dénouement plus dramatique et ambivalent concernant les liens et le destin des personnages principaux.