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10 avril : Ciné-club Psychothérapie par David Cronenberg : Chromosome 3 (1979) – A Dangerous Method (2011)

CHROMOSOME 3

– 19h : Chromosome 3 (David Cronenberg – 1979 – 92 minutes)

avec Oliver Reed, Art Hindle, Cindy Hinds, Samantha Edgar, Henry Beckman

Un père de famille découvre des traces de coups sur le corps de sa fille. Il veut l’empêcher de retourner voir sa mère, qui suit un traitement révolutionnaire, la psychoplasmique, pour soigner ses névroses. Mais des morts étranges apparaissent…

Chromosome 3 n’est aucunement la suite de films s’intitulant Chromosome. Le titre original est The Brood (La Portée), le chromosome n’est pas explicitement relié au film, et on ne comprend toujours pas ce que vient faire ce « 3 » dans le titre. Mais pour son quatrième film, David Cronenberg explore déjà son thème fétiche du lien entre le psychique et l’organique. C’est même un film à moitié autobiographique, puisque, en plein divorce, il avait enlevé sa fille à son ex-femme qui sombrait dans une secte. Tourné à Toronto, le film est conçu comme une série B d’horreur, mais tout en restant sobre et économe la réalisation se révèle magistrale, et mérite de prendre l’œuvre au sérieux. La thérapie psychoplasmique inventée ici consiste en ce que le thérapeute se fait passer tour à tour pour les différentes personnes qui ont traumatisé le patient, qui leur expose ses reproches. Cette expérience cathartique a pour conséquence de faire apparaître des plaies sur le corps, comme manifestation des blessures psychiques. Oliver Reed en psychothérapeute et Samantha Edgar sa patiente (qui a eu une liaison par le passé avec l’acteur !) sont tout à fait inquiétants, tandis que la jeune fillette apeurée se débrouille parfaitement bien, à l’instant du jeune Danny dans Shining. Chromosome 3 est devenu un film culte, notamment lors de son exploitation en VHS, et permettra à Cronenberg de continuer de déployer la pleine mesure de sa singularité et de son talent dans ses prochains films dérangés, Scanners et Videodrome, avant d’exploser avec Dead Zone et La Mouche.

 A DANGEROUS METHOD (2011)

– 21h : A Dangerous Method (David Cronenberg – 2011 – 96 minutes)

avec Michael Fassbender, Keira Knightley, Viggo Mortensen, Sarah Gadon, Vincent Cassel

Au début du XXème siècle à Zurich, le docteur Carl Jung expérimente sur sa patiente atteinte d’hystérie une nouvelle thérapie par la parole, la psychanalyse, inventée par son père spirituel, le docteur Sigmund Freud.

Le tout premier court-métrage de David Cronenberg, Transfer (1966), portait déjà sur un psychiatre et son patient. En découvrant la pièce de théâtre The Talking Cure de Christopher Hampton (basé sur un scénario inabouti pour… Julia Roberts !), tiré du livre A Most Dangerous Method de John Kerr, Cronenberg décide d’adapter ce ménage à trois intellectuel. Il ne s’agit pas en effet d’un biopic des deux éminents psychanalystes ou d’une histoire de la psychanalyse, mais d’un épisode précis de leurs vies entremêlées : la thérapie de Sabina Spielrein par Carl Jung, qui deviendra passion amoureuse, tandis que la relation de Jung avec Freud, au début admirative et proche, finira par se dégrader. Freud en Jung son dauphin, mais ce dernier divergera de certaines théories freudiennes et s’affranchira d’une orthodoxie trop rigide. A Dangerous Method est un film d’époque, tourné à Zurich, Vienne et en Allemagne, avec des costumes réalisés par la sœur de Cronenberg, et une musique d’inspiration wagnérienne signée par Howard Shore, son compositeur attitré depuis Chromosome 3. Les acteurs incarnent intensément leurs personnages, à commencer par Keira Knightley et ses crises d’hystérie, ou Vincent Cassel, psychanalyste et patient polygame qui sera l’élément perturbateur faisant entrer Jung en crise éthique vis-à-vis de sa patiente. Dans le rôle de Freud, Viggo Mortensen retrouve Cronenberg pour la troisième fois (après A History of Violence et Les Promesses de l’ombre), et donne toute la tension requise dans ses rapports avec Fassbender (excellent Jung tourmenté). Certains critiques aussi orthodoxes que Freud critiquèrent certains écarts mineurs avec la vérité historique, ne voyant pas que l’intérêt artistique de Cronenberg se situe dans l’histoire d’amour contrariée entre ces trois personnes, érotique, filiale ou intellectuelle.

22 novembre : Ciné-club Guerre par Michael Powell & Emeric Pressburger : 49e Parallèle (1941) – Colonel Blimp (1943)

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– 19h : 49e Parallèle (Michael Powell – 1941 – 122 minutes)

avec Eric Portman, Leslie Howard, Laurence Olivier, Anton Walbrook, Raymond Massey

En 1940, un commando nazi, rescapé d’un sous-marin détruit, s’infiltre au Canada et doit rejoindre les Etats-Unis, qui ne sont pas encore en guerre, pour pouvoir s’enfuir vers l’Allemagne.

49e Parallèle est un film commandé par le ministère anglais de l’information au génial duo Michael Powell (réalisation) et Emeric Pressburger (scénario), dont il s’agit du troisième film en commun. Destiné à soutenir l’effort de guerre via le moral de la population et des troupes, le scénario subtil de Pressburger est loin d’être aussi tiède et prévisible que la plupart des films de propagande. Au lieu de suivre des héros Alliés, le film est focalisé sur un groupe d’officiers nazis qui va faire des rencontres imprévues tout au long d’un road movie, mettant leurs convictions à l’épreuve. Tourné en décors naturels au Canada, le film est rempli d’humour, de suspense et d’aventure. Il est servi par de grands acteurs de l’époque (dont Laurence Olivier, ou Anton Walbrook qui retournera avec Powell/Pressburger dans Colonel Blimp et Les Chaussons Rouges), qui constituent une galerie de personnages originaux et humanistes, défendant les valeurs démocratiques. A noter que c’est le futur réalisateur David Lean (Lawrence d’Arabie, Le Pont de la rivière Kwaï) qui en signe le montage. 49e Parallèle a été récompensé de l’Oscar du meilleur scénario, et nominé à ceux de meilleur film et réalisateur.

COLONEL BLIMP

– 21h : Colonel Blimp (Michael Powell & Emeric Pressburger – 1943 – 164 minutes)

avec Roger Livesey, Deborah Kerr, Anton Walbrook

En 1943, un vieux général britannique se remémore les épisodes de sa vie militaire et surtout personnelle.

Le personnage du colonel Blimp est inspiré d’une célèbre série de dessins humoristiques éponyme des années 1930. En aucun cas une adaptation littérale, le film est un complexe et sublime flash-back personnel pendant quarante ans, où un vieux militaire rondelet à moitié risible revisite sa jeunesse fougueuse, remplie de duel, d’amour et d’amitié anglo-germanique, entremêlés par les guerres et l’Histoire. Longtemps considéré comme antipatriotique (jusqu’à Churchill lui-même) par sa critique des valeurs britanniques vieillissantes, il permet en réalité d’éclairer le contraste entre un valeureux code d’honneur militaire d’un ancien temps avec l’actuelle barbarie nazie, dont l’aveuglement et la brutalité menacent toute idée d’humanité entre les peuples. Réflexion sur le temps passé, le film est aussi une ode à l’amour porté par la future star Deborah Kerr, qui joue pas moins de trois personnages différents, représentant la permanence de l’amour perdu et sans cesse recherché dans le visage de chaque candidate potentielle. Prodigieusement écrit et filmé, Colonel Blimp brille des mille feux du Technicolor, ce qui fait de lui un des plus beaux et des plus ambitieux films de l’histoire du cinéma britannique, tant par sa splendeur visuelle que par la fascination que son récit romantique, tragique et humaniste exerce. Martin Scorsese en est un des plus grands admirateurs, au point d’avoir financé sa restauration.