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6 novembre : Ciné-club Famille : Complot de famille (1976) – Voyage à Tokyo (1953)

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– 19h : Complot de famille (Alfred Hitchcock – 1976 – 120 minutes)

avec Karen Black, Bruce Dern, William Devane, Barabara Harris, Ed Lauter, Cathleen Nesbitt, Katherine Helmond

Une riche vieille dame engage une jeune voyante pour retrouver son héritier disparu.

Complot de famille est le tout dernier film de la longue carrière cinématographique – cinquante-trois films – d’Alfred Htichock, qui décèdera quatre ans plus tard alors qu’il préparait un autre film. Prix Edgar Poe du meilleur scénario, Complot de famille est un thriller avec des touches d’humour intercalant les péripéties de deux couples. Après avoir mis des scènes de nu dans Frenzy, Hitchcock continue de coller aux années 70 en insérant de nombreuses allusions sexuelles dans les dialogues. Comme dans son précédent film, il n’emploie plus de grandes stars, comme au temps de Cary Grant, James Stewart ou Grace Kelly. Néanmoins les acteurs ne sont pas secondaires, puisque Karen Black a tourné dans presque deux cent films dont Easy Rider ou Nashville (avec d’ailleurs aussi Barbara Harris), Bruce Dern (père de Laura Dern) travaillera avec Walter Hill, Francis Ford Coppola ou Joe Dante, et William Devane jouera dans des classiques comme Marathon Man ou Rolling Thunder (et bien sûr la série Côte Ouest !). A noter enfin qu’Hitchcock ne travaille plus avec son mythique compositeur habituel, Bernard Herrmann, avec lequel il s’était brouillé, mais avec John Williams (Les Dents de la mer, Star Wars, Superman, Indiana Jones). Complot de famille se révélera être le second plus grand succès commercial du maître du suspense.

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– 21h : Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu – 1953 – 137 minutes)

avec Chishu Ryu, Chieko Higashiyama, Setsuko Hara, Haruko Sugimura, So Yamamura, Kuniko Miyake, Kyoko Kagawa, Eijiro Tono, Nobuo Nakamura, Shira Osaka

Un couple de retraités vient rendre visite à leurs enfants et petits-enfants à Tokyo. Mais ces derniers ne sont pas si chaleureux que prévus…

Moins international que Kurosawa, Yasujiro Ozu est un des grands maîtres du cinéma japonais. Le thème majeur de ses cinquante-quatre films est la famille, dont les relations sont triturées dans tous les sens d’un film à l’autre, mais sans ficelles spectaculaires, avec une sobriété exemplaire. Voyage à Tokyo constitue la quintessence de son œuvre, en cristallisant l’ensemble de ses préoccupations et de ses codes stylistiques. A travers le désintérêt que les enfants adultes portent à la visite de leurs parents, qui trouveront paradoxalement le plus de proximité avec leur belle-fille, Ozu expose la désintégration du système familial traditionnel japonais, en pleine reconstruction du pays et occidentalisation de la société. A travers un rythme lent mais réel et la rigueur géométrique de cadres construits à la perfection, Ozu ne porte pas de jugement mais montre les relations telles qu’elles sont, donnant un sentiment d’existence et même de zen bouddhiste : le phénomène de la vie et du temps qui passe, entre éphémère et éternité, s’exprime de lui-même à travers Voyage à Tokyo. On retrouve l’actrice fétiche d’Ozu, Setsuko Hara, et probable maîtresse – elle arrêta brutalement sa riche carrière cinématographique à la mort du maître et partir se retirer à proximité du lieu où ses cendres reposent. Inconnu en France de son vivant, le réalisateur ne vit son œuvre arriver sur les écrans qu’en 1978 à travers ce film, aux côtés du Goût du saké et Fin d’automne. Il est régulièrement classé dans le peloton de tête des meilleurs films de tous les temps.

Ciné-club Trafic de drogue avec Gene Hackman : French Connection (1971) – French Connection II (1975)

FRENCH CONNECTION

– 19h : French Connection (William Friedkin – 1971 – 103 minutes)

avec Gene Hackman, Fernando Rey, Roy Scheider, Tony Lo Bianco, Marcel Bozzuffi

Deux policiers new-yorkais tentent de remonter la filière française de trafic de drogue.

Pour son cinquième long-métrage, William Friedkin s’attaque à une affaire policière qui eut réellement lieu, celle la filière française d’exportation d’héroïne, qui inondait les Etats-Unis dans les années 60 et 70 – les enquêteurs Eddie Egan et Sonny Grosso jouent d’ailleurs de petits rôles dans le film. Friedkin choisit de donner à French Connection un aspect documentaire, et si aujourd’hui on peut trouver ça banal, c’est en partie grâce à son influence sur le genre des films policiers : à l’époque c’était novateur de voir de manière terne et réaliste les enquêteurs piétiner dans le froid et la saleté (New-York connaissait un de ses hivers les plus rigoureux), s’insulter et se battre avec leurs supérieurs ou collègues, mener une vie privée minable dans les rencontres éphémères et l’alcoolisme. Bref les policiers sont tout sauf des héros, mais des médiocres qui s’obstinent jusqu’à l’aveuglement, et qui n’échappent pas à la bavure ni à l’échec professionnel. Par ailleurs, le film est en très grande partie tourné en extérieurs, dans les rues de New York, Washington ou Marseille. Brooklyn est d’ailleurs le lieu d’une des plus fameuses scènes de course-poursuite du cinéma, en voiture sous le métro aérien : au contraire de Bullitt (1968) où tout était millimétré, Friedkin laissa beaucoup de liberté – jusqu’à causer un accident à Gene Hackman ! French Connection a connu un énorme succès : tourné pour 1,8 million de dollars, il en engrangea plus de 50 millions de recettes ! Il remporta également cinq Oscars (sur huit nominations), ceux de meilleurs réalisateur, film, acteur (Gene Hackman), scénario adapté et montage. Le film est devenu un grand classique du polar américain, tandis que Friedkin continua sa carrière aux sommets, puisque son film suivant est encore un classique d’un genre différent, L’Exorciste.

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– 21h : French Connection II (John Frankenheimer – 1975 – 119 minutes)

avec Gene Hackman, Fernando Rey, Bernard Fresson, Philippe Léotard, Jean-Pierre Castaldi, Cathleen Nesbitt

Le policier Popeye arrive à Marseille pour arrêter le chef de la filière française d’exportation d’héroïne.

Suite au triomphe de French Connection, c’est tout naturellement que les producteurs ont tenté d’en faire une suite. John Frankenheimer, maître des films d’action et thrillers (Le Train, Grand Prix, Seconds – L’Opération diabolique), est choisi pour le réaliser. Francophile et francophone, il est tout indiqué pour tourner à Marseille et diriger une équipe et des acteurs français, tels que Bernard Fresson (Les Galettes de Pont-Aven), Philippe Léotard ou Jean-Pierre Castaldi. Frankenheimer avait d’ailleurs déjà dirigé Gene Hackman dans Les Parachutistes arrivent (1969). Cette fois-ci l’histoire est fictive (contrairement au premier film) et permet d’approfondir la personnalité de Popeye, en le montrant encore en conflit avec ses collègues, déphasé dans un pays dont il ne parle pas la langue, et en douloureuse phase de sevrage à l’héroïne. L’excellente musique jazzy et rythmée est encore signée Don Ellis. Comme avec la plupart des suites, on mentirait en disant que French Connection II est au niveau de son prédécesseur. Il n’empêche que si l’on en fait abstraction, d’autant plus que le lieu, les situations et le ton en sont différents, cette suite constitue un bon petit polar avec des scènes mémorables, superbement filmé par Frankenheimer.