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18 juin 2017 : Ciné-club Piano : La Leçon de piano (1993) – Le Pianiste (2002)

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– 19h : La Leçon de piano (Jane Campion – 1993 – 115 minutes)

avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neil, Annna Paquin, Kerry Walker, Geneviève Lemon

Au XIXème siècle, une femme part avec sa fille rejoindre son nouveau mari en Nouvelle-Zélande. Muette, elle est impérieusement attachée à son piano. Mais celui-ci devient la propriété d’un voisin qui la désire.

La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, après Sweetie et Un ange à ma table, signe à nouveau un drame romanesque auscultant les méandres du désir féminin, à partir d’une muette qui s’exprime au moyen de son piano, qu’elle transporte péniblement jusque dans la jungle néo-zélandaise. Il sera l’objet d’un contrat érotique : son nouveau propriétaire le lui restituera touche par touche en échange d’autant de fantaisies qu’elle lui autorisera. Les émotions se lient et se tendent au milieu de magnifiques paysages naturels et sauvages, aussi agités que les passions des complexes personnages, impeccablement joués. A noter qu’Holly Hunter a assuré elle-même presque toutes les parties de piano du film. Entre classicisme et romantisme, La Leçon de piano reçoit une pluie de récompenses internationales, à commencer par la Palme d’or du Festival de Cannes (la première de l’histoire pour un film d’une réalisatrice, et à ce jour la seule) et le prix d’interprétation féminine pour Holly Hunter, ainsi que trois Oscars (meilleure actrice, meilleur second rôle féminin et meilleur scénario original) ou le César du meilleur film étranger, parmi d’autres Golden Globes ou BAFTA. Harvey Keitel retrouvera Jane Campion en 1999 dans Holy Smoke.

LE PIANISTE

– 21h : Le Pianiste (Roman Polanski – 2002 – 148 minutes)

avec Adrien Brody, Thomas Kretschmann, Frank Finlay, Maureen Lipman, Emilia Fox, Ed Stoppard, Julia Rayner, Jessica Kate Meyer

Durant la Seconde Guerre mondiale à Varsovie, un brillant pianiste et sa famille endurent les persécutions antisémites grandissantes.

Roman Polanski a vécu la persécution des juifs dans son enfance à Cracovie durant la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi Steven Spielberg lui avait proposé de réaliser La Liste de Schindler, ce qu’il déclina car le film ne lui était pas assez personnel. Mais c’est à la lecture du livre autobiographique de Wladyslaw Szpilman, célèbre pianiste polonais, qu’il trouve l’occasion de réaliser un film sur l’Holocauste. Szpilman travaillait à la radio de d’Etat, mais fut enfermé avec sa famille dans le ghetto de Varsovie, puis dû se cacher dans des conditions effroyables, dangereuses et misérables, pour échapper à la mort. Szpilman meurt cependant en 2000 durant l’écriture du scénario du film. Adrien Brody perdit quatorze kilos pour se préparer au rôle, quitta son appartement, vendit sa voiture et se priva de télévision pour atteindre le niveau de solitude de son personnage. Production française tourné en anglais en Pologne, Le Pianiste est admirablement reconstitué et se déploie méthodiquement dans une mise en scène sobre et digne, sans pathos manipulateur face à l’horreur et la déshumanisation nazie. Le film a été un succès critique et commercial incontestable, remportant une quarantaine de récompenses dont la Palme d’or du Festival de Cannes, sept Césars (dont meilleurs film, réalisateur et acteur) et trois Oscars (meilleurs réalisateur, acteur et scénario adapté. De toute sa riche et diverse filmographie, Polanski considère que c’est le film par lequel il souhaite que l’on se souvienne de lui, indéniablement son plus intime.

22 janvier 2017 : Ciné-club adaptations de bandes dessinées : Quai d’Orsay (2013) – La Vie d’Adèle (2013)

QUAI D'ORSAY (2013)

– 19h : Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier – 2013 – 114 minutes)

avec Thierry Lhermitte, Raphael Personnaz, Niels Arestrup, Bruno Raffaeli, Julie Gayet, Anaïs Demoustier, Thomas Chabrol, Thierry Frémont

Un jeune énarque est embauché au ministère des affaires étrangères comme chargé de langage pour le ministre, personnage exubérant et hors-norme, pour lequel il doit rédiger son discours à l’ONU.

Abel Lanzac a été conseiller de Dominique de Villepin au Ministère des affaires étrangères. Il tire de cette expérience un scénario avec Christophe Blain de bande dessiné, que ce dernier dessine, publiant en 2010 Quai d’Orsay. Le second tome obtient d’ailleurs le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême. Après avoir l’avoir découverte, Bertrand Tavernier (L’Horloger de Saint-Paul, Le Juge et l’assassin) décide immédiatement d’en acheter les droits d’adaptation, pour en faire sa première comédie. Thierry Lhermitte incarne ainsi officieusement sous un nom modifié le fameux ministre, retranscrivant à la perfection son comportement fantasque, inspiré et intenable, sans pour autant tomber dans la caricature, renouant avec une énergie et une subtilité digne de ses années du Splendid. Niels Arestrup joue le directeur de cabinet, épuisé et sur lequel tout repose, sans que jamais le grand public apprenne un jour son rôle essentiel dans les succès du ministère dans le monde – une performance récompensée du César du meilleur second rôle. Merveilleusement vif et rythmé, Quai d’Orsay nous montre une pépinière constamment au travail dans une organisation presque kafkaïenne, remplie de personnages  variés et très bien campés. Une plongée hilarante et passionnante dans les coulisses improbables du pouvoir, où les grandes dossiers diplomatiques internationaux sont traités et résolus par la comédie humaine.

LA VIE D'ADELE - CHAPITRE 1&2 (2013)

– 21h : La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche – 2013 – 180 minutes)

avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Salim Kechiouche, Aurélien Recoing, Catherine Salée, Benjamin Siksou, Mona Walravens, Jérémie Laheurte, Alma Jodorowsky, Sandor Funtek

Adèle, une adolescente, s’ennuie avec son copain. Un jour elle croise une intrigante femme aux cheveux bleus qui va la hanter et transformer son identité.

Abdellatif Kechiche adapte librement le roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, pour en faire un film aussi personnel que ses précédents (L’Esquive, La Graine et le mulet, tous deux Césars du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario). Dans une même veine naturaliste, il filme la jeune Adèle  dans son cheminement existentiel, ses doutes, ses expériences, ses désirs, ses amours, ses vertiges et ses douleurs, à travers la rencontre déterminante d’une lesbienne aux cheveux bleus. Avec un art impressionnant de l’ellipse, La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2, est incroyablement bien filmé, réalisé et monté, une magnifique expérience immersive avec des acteurs d’un naturel désarmant – au prix d’un éprouvant tournage (sept cent cinquante heures de rush !) pour les acteurs comme pour les techniciens, ce qui éclata en polémique médiatique au moment de sa projection au Festival de Cannes. Certains champions de la vertu s’indignèrent aussi des scènes de rapports sexuels, longues et explicites, sans vouloir voir qu’elles n’étaient qu’une représentation d’un amour et d’un désir d’une intensité sans pareil. Qu’importe, le film est couronné de la Palme d’Or, de dizaines de récompenses internationales et nommé à huit Césars – les votants ont l’air d’avoir boudé le grand favori, ne décernant que le César du meilleur espoir féminin pour Adèle Exarchopoulos. Loin des scandales, La Vie d’Adèle est tout simplement une des plus belles, des plus véridiques et des plus bouleversantes histoires d’amour, qui résonne avec nos propres vécus.

11 septembre : Ciné-club Triangle amoureux par François Truffaut : Jules et Jim (1962) – Le Dernier Métro (1980)

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– 19h : Jules et Jim (François Truffaut – 1962 – 105 minutes)

avec Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre, Marie Dubois, Boris Bassiak, Danielle Bassiak, Sabine Haudepin, Michel Subor

Au début du siècle, une femme libre fait tourner la tête et le cœur de deux amis inséparables.

François Truffaut découvre le livre d’Henri-Pierre Roché en 1955 et en tombe sous le charme – il en fait même l’éloge dans un de ses articles. Il entame une correspondance amicale avec l’auteur, mais ce dernier meurt avant que Truffaut ne commence son adaptation, en 1962, pour son troisième film. Relativement littéraire par ses dialogues et sa voix off, Jules et Jim est un tourbillon de vie et d’amour autour d’une femme libre, décidée à réinventer l’amour, alternant entre deux amis inséparables, un français et un allemand. Jeanne Moreau domine ce film insolent et virevoltant, d’une grande modernité de ton pour la France des années 60 qui entamait sa révolution sexuelle, en cela typiquement Nouvelle Vague. Hymne à l’amour et à la vie, passant de la légèreté comique à la gravité dramatique, le film a reçu une pluie de récompenses critiques internationales, et reste iconique du réalisateur et de l’époque. Truffaut retrouvera Oskar Werner pour Farenheit 451 (1966) et Jeanne Moreau pour La Mariée était en noir (1967), tandis qu’il adaptera un autre roman d’Henri-Pierre Roché en 1971, Les Deux Anglaises et le continent.

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– 21h : Le Dernier Métro (François Truffaut – 1980 – 137 minutes)

avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jean Poiret, André Ferréol, Paulette Dubost, Jean-Louis Richard, Sabine Haudepin, Maurice Risch, Heinz Bennent

Pendant l’Occupation à Paris, une femme reprend la direction du théâtre Montmartre que son mari, juif, a dû abandonner. Une pièce de son mari est cependant mise en scène, mais l’acteur principal est amoureux d’elle.

L’Occupation a engendré bien des classiques du cinéma français, tantôt comique avec La Grande Vadrouille, tendre avec Jeux Interdits, trouble avec Le Corbeau ou glacial avec L’Armée des ombres. François Truffaut souhaitait depuis longtemps revenir sur cette sombre période de l’Histoire française, notamment la vie à Paris bouleversée par la présence des Nazis, les lois contre les Juifs, la création artistique sous la censure. Par ailleurs, comme dans La Nuit Américaine, Le Dernier Métro utilise la mise en abyme, cette fois-ci une pièce de théâtre au centre du film, de sorte que la fiction et le réel, l’art et la vie se rejoignent au-delà des contingences et aléas, les rôles ne se terminent pas à la sortie de scène. Autour d’un scénario remarquable et minutieux, Catherine Deneuve et Gérard Depardieu sont prodigieux. Ironiquement, sa perfection classique range le film dans le registre de la Qualité Française, genre cinématographique d’après-guerre caractérisé par le scénario et le tournage en studio, si durement (et injustement) attaqué par Truffaut en personne quand il était critique, que la Nouvelle Vague a entrepris de remplacer. Le Dernier Métro est le dernier triomphe de Truffaut, couronné de dix Césars, dont ceux de meilleurs film, réalisateur, acteur, actrice et scénario, un record seulement égalé par Cyrano de Bergerac. Le réalisateur ne tournera plus que deux films supplémentaires, dont La Femme d’à côté (1981) avec Gérard Depardieu.

26 juin : Ciné-club Drame judiciaire avec Philippe Noiret / Bertrand Tavernier

L'HORLOGER DE SAINT-PAUL

– 19h : L’Horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier – 1974 – 105 minutes)

avec Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jacques Denis, Yves Alfonso, Julien Bertheau, Bernard Descombes, Christine Pascal, Sylvain Rougerie, Monique Chaumette

Un paisible horloger lyonnais apprend que son fils et sa compagne sont recherchés pour meurtre.

Après avoir été critique de cinéma érudit, attaché de presse et écrit quelques scénarios, Bertrand Tavernier réalise son premier long-métrage, au bout de presque deux ans de travail et de tractations avec divers producteurs et distributeurs. L’Horloger de Saint-Paul est un drame réaliste et sobre, adapté d’un roman de Georges Simenon (ayant accepté d’en céder les droits au bout d’une soixante lettres !), L’Horloger d’Everton, situé aux Etat-Unis mais relocalisé dans la ville natale du réalisateur (Lyon), montrant au passage la beauté de ses vieilles rues colorées (le film servira plus tard comme référence pour la restauration de la ville !). Le scénario a été co-écrit avec Jean Aurenche et Pierre Bost, deux grands scénaristes d’une trentaine de films des années 40-50 (La Traversée de Paris, Jeux interdits), que la Nouvelle Vague avait violemment attaqué et mis au chômage. En père de famille confronté aux tourments de l’enquête et de la traque policière, Philippe Noiret réalise qu’il ne connait pas si bien que ça son fils, tandis que le commissaire en charge (Jean Rochefort) se met à éprouver de la compassion et de l’estime pour lui. Brillamment interprété, restituant le climat politique de la France pompidolienne, L’Horloger de Saint-Paul a été récompensé par le prix Louis-Delluc et le prix spécial du jury (alias Ours d’argent) de la Berlinale (ayant même été nommé à l’Ours d’or). Avec son succès critique et public, il lançait la longue carrière de Tavernier – dans Une semaine de vacances (1980), Philippe Noiret retrouvera d’ailleurs le temps d’une scène son rôle d’horloger.

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– 21h : Le Juge et l’assassin (Bertrand Tavernier – 1976 – 126 minutes)

avec Philippe Noiret, Michel Galabru, Isabelle Huppert, Jean-Claude Brialy, Cécile Vassort, Renée Faure, Yves Robert, Monique Chaumette, Jean Bretonnière, Jean-Roger Caussimon, François Dyreck, Daniel Russo, Gérard Jugnot

A la fin du XIXème siècle, le soldat fou réformé arpente la France en égorgeant des jeunes filles. Un juge, ne croyant pas à sa folie, veut lui faire avouer ses crimes à la justice pour éviter qu’il aille à l’asile.

Bertrand Tavernier avait demandé à Jean Aurenche s’il n’avait pas dans ses tiroirs un scénario qui n’avait pas été tourné. Ce sera Le Juge et l’assassin, inspiré de l’histoire vraie du premier tueur en série français, Joseph Vacher, auteur d’une vingtaine de meurtres sordides. Il retrouve Philippe Noiret, son acteur fétiche (huit films ensembles) après Que la fête commence, pour un rôle de juge bourgeois, représentatif d’une classe qui était en train de remplacer l’aristocratie et d’asséner sa justice, n’hésitant pas  à mettre en scène médiatiquement la captivité du suspect pour rallier l’opinion publique, à trahir la relation de confiance qu’il tisse avec lui pour mieux extorquer ses aveux, et à nier sa folie manifeste pour qu’il aille à la guillotine au lieu de l’asile – de sorte qu’un assassin en cache un autre, légal lui. Face à lui dans cette confrontation dramatique, l’inespéré Michel Galabru (qui joue  la même année dans Les Bidasses en cavale ou Le Trouble-fesses…) livre une performance d’acteur exaltée, intense et inoubliable. Il remportera le César du meilleur acteur, face à Alain Delon, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, excusez du peu ! Le film recrée les tensions politiques et idéologiques de l’époque, entre l’affaire Dreyfus, le socialisme révolutionnaire et l’Eglise anti-Zola. Les superbes et variés paysages de l’Ardèche simulent le vagabondage de Galabru dans toute la France, sur de belles musiques émulant les chansons populaires de l’époque. Le Juge et l’assassin a aussi remporté le César du meilleur scénario adapté, et été nommé à ceux de meilleurs film, réalisateur, second rôle (Jean-Claude Brialy) et musique (Philippe Sarde). Il est devenu une référence dans le milieu de la magistrature pour la justesse de son écriture et des problématiques vécues dans le métier.

13 mars : Ciné-club Cape et d’épée par Jean-Paul Rappeneau : Cyrano de Bergerac (1990) – Le Hussard sur le toit (1995)

CYRANO DE BERGERAC (1989)

– 19h : Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau – 1990 – 135 minutes)

avec Gérard Depardieu, Jacques Weber, Anne Brochet, Vincent Perez, Roland Bertin

Cyrano de Bergerac, poète et bretteur charismatique, est amoureux de sa cousine Roxanne, mais il n’ose lui avouer à cause son nez long et ridicule. Roxanne aime Christian, beau mais sans esprit, qui vient d’entrer sous le commandement de Cyrano aux Cadets de Gascogne.

Une des pièces de théâtre les plus connues et jouées, Cyrano de Bergerac a été adapté cinq fois à l’opéra, une fois en ballet et huit fois au cinéma (dès 1900). Quand les droits de la pièce d’Edmond Rostand sont tombés dans le domaine public en 1984, ce fut l’occasion de faire une nouvelle adaptation avec plus de moyens dans les décors et les costumes, au lieu d’en payer de coûteux droits. Le film bénéficie ainsi de quarante décors dans une quinzaine de villes, dont une bonne partie construits en Hongrie. Jean-Paul Rappeneau et le scénariste Jean-Claude Carrière ont fait un énorme travail d’adaptation des 2600 vers de la pièce, l’aérant et la dynamisant, en conservant tout de même les alexandrins, qui donnent tout leur rythme et leur musicalité aux dialogues et au film, sorte d’« opéra verbal ». Les acteurs sont tous parfaits, à commencer par Gérard Depardieu, au sommet de sa carrière et entrant dans la légende du cinéma français, mais aussi Jacques Weber (qui avait joué cinq fois le rôle de Cyrano au théâtre). Alors que le film aurait pu être écrasé par un grand texte, comme cela s’est trop souvent vu, le miracle se produit : la pièce s’incarne totalement dans les acteurs fougueux et la mise en scène superbe, ne se contentant nullement de filmer le théâtre. Le film remporte un triomphe public et critique international : sur treize nominations, il décroche dix Césars (dont meilleurs film, réalisateur, acteur pour Depardieu et Weber, costumes, décors et musique), l’Oscar des meilleurs costumes et quatre nominations, le prix d’interprétation masculine à Gérard Depardieu et le prix Vulcain de l’artiste technicien au Festival de Cannes. Avec presque cinq millions de spectateurs en France, Cyrano de Bergerac est peut-être le dernier grand classique du cinéma français à allier autant réussite artistique et grand spectacle populaire.

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– 21h15 : Le Hussard sur le toit (Jean-Paul Rappeneau – 1995 – 135 minutes)

avec Juliette Binoche, Olivier Martinez, Claudio Amendola, Pierre Arditi, Isabelle Carré, François Cluzet, Jean Yanne, Gérard Depardieu, Daniel Russo

En 1832, une épidémie de choléra fait rage en Provence, provoquant paranoïa, quarantaine et fureur populaire. Au milieu des morts et des barrages militaires, un jeune révolutionnaire italien traqué va faire route avec une femme qu’il compte escorter jusque chez elle.

Grâce au triomphe de Cyrano de Bergerac, Jean-Paul Rappeneau décroche pour son nouveau film le plus gros budget du cinéma français (de l’époque) ! Il adapte cette fois-ci son roman de chevet, Le Hussard sur le toit de Jean Giono, fresque d’aventure et de passion se situant en Provence, réputé inadaptable. Le projet nécessite six mois de tournage dans soixante lieux différents avec un millier de figurants, et autant de costumes d’époque créés spécialement. La lumière naturelle et les décors provençaux sont magnifiques, contrastant avec l’épidémie morbide qui prolifère, laissant derrière elle une traînée de cadavres. Le choléra apparaît comme un révélateur des caractères humains, les uns devenant égoïstes, cupides et haineux, les autres héroïques, nobles et vaillants. Car c’est la peur de la maladie qui tue, plutôt que la maladie elle-même. Derrière le beau Olivier Martinez et la brillante Juliette Binoche, les petits seconds rôles sont tenus par des grands acteurs, actuels ou en devenir ; Depardieu, Arditi, Yanne, Clouzet, Russo, Carré. Nommés à dix César (dont meilleurs film, réalisateur, actrice pour Binoche, espoir pour Carré, musique, décors ou costumes), il décroche la meilleure photographie et le meilleur son. Sans retrouver la transcendance de Cyrano de Bergerac, Le Hussard sur le toit est un modèle d’adaptation spectaculaire du patrimoine français.

11 octobre : Ciné-club Patrick Dewaere : Coup de tête (1979) – Série noire (1979)

COUP DE TETE

– 19h : Coup de tête (Jean-Jacques Annaud – 1979 – 88 minutes)

avec Patrick Dewaere, Corinne marchand, France Dougnac, Dorothée Jemma, Maurice Barrier, Paul Le Person, Michel Aumont, Jean Bouise

Un joueur de football d’une petite ville est renvoyé de l’équipe et de son travail, et accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Il va chercher à se défendre et se venger.

Le second film de Jean-Jacques Annaud est le seul à se passer dans la société contemporaine. Il est écrit par Francis Veber, prolifique scénariste (Le Grand blond avec une chaussure noire, L’Emmerdeur, Le Magnifique), et réalisateur (La Chèvre, Les Fugitifs, Le Dîner de cons) à succès. Coup de tête est une comédie dramatique, une satire sociale hilarante et féroce aux dialogues excellents sur l’hypocrisie d’une petite ville, l’injustice qui touche un pauvre type et la vengeance qu’il leur réserve. Patrick Dewaere est comme d’habitude très à l’aise dans son rôle et particulièrement succulent. L’équipe de football est jouée par les véritables joueurs de l’AJ Auxerre et du Troyes AC, tournés pendant la mi-temps de leur derby, avec Guy Roux comme conseiller technique et sportif ! Les seconds rôles sont majoritairement d’illustres comédiens de doublages, à qui l’on doit les voix de Michael Douglas, Robin Williams, Robert De Niro, Mel Gibson, Jennifer Aniston, Danny DeVito, Harvey Keitel, Clark Gable ou le Grand Schtroumpf ! Jean Bouise a par ailleurs reçu le César du meilleur second rôle. Coup de tête est un des meilleurs films sur le football et l’envers de son décor, à base de copinages et basses magouilles commerciales.

 SERIE NOIRE

– 21h : Série noire (Alain Corneau – 1979 – 116 minutes)

avec Patrick Dewaere, Myriam Boyer, Marie Trintignant, Bernard Blier, Jeanne Herviale, Andreas Katsulas

Un vendeur à domicile rencontre une adolescente exploitée par sa vieille tante. Elle lui suggère de s’emparer de son magot…

Adapté d’un polar de Jim Thompson (Guet-apens de Sam Peckinpah), Série noire a été adapté dans un contexte bien plus français et banlieusard par l’écrivain d’avant-garde Georges Perec (La vie mode d’emploi), qui en signe aussi les dialogues fleuris (« qu’est-ce qu’on se marre à kesh » !). Alain Corneau, grand amoureux des films noirs, signe ici une œuvre d’une noirceur abyssale, désespérée et poignante, tourné avec peu de budget en cinq semaines, caméra à l’épaule, avec une formidable osmose de son équipe et des acteurs. Le film repose avant tout sur les épaules de Patrick Dewaere, qui livre une interprétation absolument titanesque. Sa performance de Frank Poupart, looser à la folie innocente et attachante, le hisse au panthéon des acteurs français et contribue au mythe de l’acteur écorché vif parti trop tôt – c’était d’ailleurs son rôle préféré. Bernard Blier, Myriam Boyer et la jeune Marie Trintignant sont eux aussi impeccables. Présenté au Festival de Cannes et nommé à cinq Césars (meilleurs acteurs pour Patrick Dewaere et Bernard Blier, meilleur actrice pour Myriam Boyer, meilleur scénario et meilleur montage), Série noire n’en remporta aucun mais est devenu un film culte extravagant et cauchemardesque, un grand classique vertigineux du film noir et du cinéma français.

30 août : Ciné-club banlieue avec Vincent Cassel : Lascars (2009) – La Haine (1995)

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– 19h : Lascars (Albert Pereira-Lazaro & Emmanuel Klotz – 2009 – 96 minutes)

avec Vincent Cassel, IZM, Diane Kruger, Omar Sy, Fred Testot, Gilles Lelouche, Frédéric Bel, Diam’s, Vincent Desagnat, François Levantal, Eric Judor, Katsuni

A Condé-sur-Ginette, Tony Merguez et José Frelate se font arnaquer et leurs vacances tombent à l’eau. Ils essaient de rebondir par la débrouille…

Lascars est à la base une série d’animation humoristique sur les banlieues françaises de trente épisodes d’une minute, créée par un collectif d’artistes issus de la street culture, diffusée sur Canal+ en 1998. Sa popularité persistante sur internet (plus de vingt millions de visionnages) fut telle qu’une seconde saison fut lancée en 2007, ainsi que deux bandes dessinées et surtout ce film d’animation sorti au cinéma, réalisé par deux anciens étudiants de la prestigieuse Ecole des Gobelins, présenté au Festival de Cannes dans la Semaine de la Critique ! Fidèle à l’esprit de la série mais en format bien plus long et plus riche (en galères !), avec sa culture hip-hop et un graphisme soigné issu de l’esthétique des graffitis, le film s’avère particulièrement hilarant et rocambolesque, notamment grâce à son écriture brillante qui sent bon le flow du rap et le verlan. A noter le judicieux casting des voix de doublage, par autant d’amoureux des cités comme Vincent Cassel, Omar et Fred ou Diam’s. Enfin l’histoire ne s’arrête pas là puisqu’une série télévisée (avec vrais acteurs cette fois) a diffusée en 2012 pendant deux saisons.

 LA HAINE

– 21h : La Haine (Mathieu Kassovitz – 1995 – 96 minutes)

avec Vincent Cassel, Hubert Koundé, Saïd Taghmaoui, Solo, Sergi Lopez, Benoit Magimel

Au lendemain d’une nuit d’émeutes entre des jeunes et la police dans une cité du 78 suite à une bavure policière, trois jeunes vont vivre la journée la plus importante de leur vie.

Le premier film de Mathieu Kassovitz porte sur un fait réel : le meurtre d’une balle dans la tête d’un jeune zaïrois par la police lors d’une garde à vue en 1993. Il tourne autour de la haine (réciproque) que les jeunes de banlieue vouent envers la police, leurs bavures et leur impunité, et les différentes réactions qui en découlent, entre le désir de vengeance et l’appel à la raison. Le noir et blanc de la pellicule restitue le malaise de leur quotidien morose et sans espoir – le film fut d’ailleurs le premier à traiter du sujet brulant des banlieues et à donner voix à une frange de la population d’ordinaire si peu représentée. Œuvre générationnelle, La Haine fut un triomphe public et critique : Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, trois Césars (et huit nominations) dont celui du meilleur film, tandis que Vincent Cassel (nommé aux Césars du meilleur espoir et du meilleur acteur) fut révélé au grand public. Mais La Haine fut aussi l’objet d’une polémique politico-médiatique autour de la représentation de la violence et de la haine policière, et de l’influence que cela pourrait avoir sur les jeunes de cités. Un débat qui continua longtemps avec le rap français (le ministre de l’intérieur de l’époque Jean-Louis Debré porta d’ailleurs plainte contre une chanson d’un album inspiré par le film).

5 juillet : Ciné-club insectes

MICROCOSMOS

– 19h : Microcosmos, le peuple de l’herbe (Claude Nuridsany & Marie Pérennou – 1996 – 75 minutes)

Une journée dans la vie d’insectes dans une prairie de l’Aveyron.

Fruit de vingt-cinq ans de connaissances scientifiques, Microcosmos a nécessité deux de préparation technique (pour élaborer des caméras macro aux déplacements millimétrés) et trois ans de tournage. Mais pour autant ce n’est pas un austère documentaire animalier descriptif comme la télévision en a l’habitude, c’est un film docu-fiction, comme un conte naturel, sans voix off, où les insectes jouent eux-mêmes leur rôle et nous montrent leurs tranches de vie, remplis d’humour, de grâce, de romantisme ou de tragédie. La subtile musique colle parfaitement aux images poétiques et à la mise en scène. Le film a été tourné au trois-quarts en studio (situé dans une prairie de l’Aveyron), en recréant l’habitant naturel des coccinelles, criquets, lucarnes cerf-volant, araignées argiope, fourmis rousses, chenilles, etc. Produit par Jacques Perrin (acteur fétiche des comédies musicales de Jacques Demy), Microcosmos a été un triomphe critique et public mondial : trois millions de spectateurs en France, cinq Césars (meilleurs montage, musique, photo, son, producteur), Prix Vulcain de l’Artiste Technicien du Festival de Cannes. Par la suite Jacques Perrin a produit d’autres documentaires à succès comme Le Peuple migrateur ou Océans, tandis que les réalisateurs ont poursuivi avec Genesis et La Clé des champs.

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– 21h : La Mouche (David Cronenberg – 1986 – 95 minutes)

Avec Jeff Goldblum, Geena Davies, John Getz

Un scientifique ambitieux invente une machine de téléportation. Mais il ne s’aperçoit pas qu’une mouche s’est introduite accidentellement dans la cabine et fusionne avec lui…

Remake d’un classique de la science-fiction des années 50 avec Vincent Price (qui connut deux suites), La Mouche s’en écarte quelque peu sous l’impulsion de Cronenberg pour moderniser le scénario et le discours. Au lieu d’un simple film d’horreur avec un monstre à tête de mouche, on suit plutôt une tragédie humaine et amoureuse autour de la lutte intérieure entre l’humanité et l’animalité, à travers le processus de transformation du scientifique, d’abord latent et inquiétant, puis physiologique et spectaculaire. A noter que le couple à l’écran, Jeff Goldblum (Jurassic Park, Independance Day) et Geena Davis (Beetlejuice, Thelma et Louise), l’était aussi à la ville ! Cronenberg signe un classique moderne du genre, avec des maquillages (cinq de préparation quotidienne pour Goldblum), costumes et effets spéciaux révolutionnaires, récompensé par l’Oscar des meilleurs maquillages, le Prix spécial du Jury du Festival d’Avoriaz, ainsi que les Prix de meilleur film, meilleur acteur et meilleurs maquillages aux Saturn Awards. La Mouche connaîtra une suite en 1989 (par le directeur des effets spéciaux du premier) et même une adaptation à l’Opéra en 2008 au Théâtre du Châtelet (avec Cronenberg en personne à la mise en scène) !