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4 juin 2017 : Ciné-club Suites par Ted Post : Le Secret de la planète des singes (1970) – Magnum force (1973)

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– 19h : Le Secret de la planète des singes (Ted Post – 1970 – 94 minutes)

avec James Franciscus, Charlton Heston, Kim Hunter, Maurice Evans, Linda Harrison, Paul Richards, Victor Buono, James Gregory, Jeff Corey, Natalie Trundy, Thomas Gomez

Sans nouvelles du vaisseau de Taylor, la NASA envoie un autre équipage à sa recherche. Il s’écrase à son tour sur la planète des singes. Ces derniers sont sur le point de lancer une expédition dans la zone interdite…

A sa sortie en 1968, La Planète des singes (adapté du roman Pierre Boulle) était un événement commercial et critique, appelé à devenir un classique de la science-fiction. Une suite est mise en chantier – ce qui n’était pas du tout la norme des succès de l’époque – avec un réalisateur de télévision aux commandes, Ted Post. Charlton Heston y était opposé, mais accepte d’y jouer un petit rôle (gratuitement !) par loyauté envers le producteur Zanuck. Là où le premier épisode insistait sur le message de tolérance et d’humanisme contre le racisme, Le Secret de la planète des singes se concentre plus sur les dangers de la bombe atomique, en plein guerre froide – les manifestations de singes pacifistes ne sont pas sans rappeler les contestations étudiantes contre la guerre du Vietnam. A noter des séquences avec une secte de mutants qui donnent un film un parfum délicieusement série B (si ce n’est Z) ! Avec son faible budget, le film reprend des décors et costumes du premier épisode, mais sera quand même un succès, permettant à trois autres suites d’être mises en chantier jusqu’en 1973 ainsi que deux séries télévisées, avant le remake de Tim Burton en 2001.

MAGNUM FORCE

– 21h : Magnum force (Ted Post – 1973 – 124 minutes)

avec Clint Eastwood, Hal Holbrook, Mitchell Ryan, David Soul, Felton Perry, Robert Urich

A San Francisco, l’inspecteur Harry Callahan est confronté à une bande de policiers qui exécutent eux-mêmes les délinquants qui échappent aux tribunaux.

Dirty Harry (L’Inspecteur Harry) avait été un grand succès, définissant la personnalité et le style général des rôles de Clint Eastwood, un dur aux méthodes expéditives qui agit malgré tout pour le bien et la justice. Le film était même devenu un phénomène de société, accusé par certains critiques de prôner un durcissement fasciste de la lutte contre le crime après les dérives des sixties hippies. Le scénario de sa suite, Magnum Force, commencé par John Milius (Conan le barbare) et terminé par Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer), s’attaque judicieusement à cette polémique, en mettant l’inspecteur Harry aux prises avec un groupuscule de policiers fascisants rendant la justice eux-mêmes là où les tribunaux relâchent les criminels pour vices de forme ou manque de preuve. Après avoir été trop musclé avec un serial killer gauchisant dans le premier épisode, voilà Harry accusé d’être trop doux par les policiers droitisant ! Le héros est ainsi replacé au centre entre deux extrêmes – son véritable ennemi étant en réalité les procédures bureaucratiques freinant l’enquête et la justice. Magnum force reprend ainsi les ingrédients savoureux du précédent volet – on retrouve le grand Lalo Schiffrin avec sa bande-son jazz-funk – tout en arrondissant les angles. L’inspecteur Harry connaitra encore trois autres suites, tandis que Clint Eastwood poursuivra sa collaboration avec Michael Cimino en tournant dans son polar Le Canardeur en 1974.

2 avril 2017 : Ciné-club Boxe : When We Were Kings (1996) – Million Dollar Baby (2004)

WHEN WE WERE KINGS

– 19h : When We Were Kings (Leon Gast – 1996 – 85 minutes)

avec Mohamed Ali, George Foreman, Don King, James Brown, BB King, Norman Mailer, George Plimpton, Spike Lee, The Crusaders, The Spinners

Suite à son refus d’incorporer l’armée américaine pour aller combattre au Vietnam en 1967, Mohamed Ali est déchu de son titre de champion du monde de boxe poids lourds. En 1974, le promoteur Don King parvient à négocier un match de championnat du monde entre Ali et George Foreman – pour cinq millions de dollars chacun, financé par le dictateur Mobutu, pour faire la promotion du Zaïre, où la rencontre aura lieu. Foreman, le tenant du titre, est le grand favori : plus jeune et plus fort, ayant écrasé des adversaires qu’Ali avait eu du mal à battre. Ce dernier entreprend alors une intense campagne médiatique d’intimidation psychologique, mettant en valeur son charisme, son humour et ses talents de showman hors-normes pour ridiculiser son adversaire ou même politiser l’événement chaque fois que l’occasion se présente. When We Were Kings suit ainsi l’histoire de ce match historique, de l’entraînement sous tension des champions à Kinshasa à leur montée sur le ring devant cent mille spectateurs, en passant par son organisation ou les réactions de la population locale. Des stars de la musique noire américaine comme James Brown, BB King, les Crusaders et les Spinners firent aussi le voyage pour des concerts, faisant de cet événement une sorte de Woodstock afro-américain. Leon Gast mettra vingt-deux ans pour développer et monter les cent mille mètres de pellicule. Il insère des interviews récentes de Norman Mailer (auteur du livre Le Combat du siècle) ou du réalisateur Spike Lee. When We Were Kings recevra l’Oscar du meilleur documentaire, sans doute le meilleur sur ce sport ainsi que pour comprendre pourquoi Mohamed Ali l’un des sportifs et des icônes culturelles les plus puissantes. Lors de la cérémonie de remise de prix, Foreman aidera Ali (malade de Parkinson) à monter les marches, en signe de réconciliation.

MILLION DOLLAR BABY

– 21h : Million Dollar Baby (Clint Eastwood – 2004 – 132 minutes)

avec Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman, Jay Baruchel, Mike Colter, Lucia Rijker

Une passionnée de boxe tente par tous les moyens de se faire entraîner par un dur vétéran du sport, dans l’espoir de devenir championne.

Inspiré de plusieurs nouvelles semi-autobiographiques de Jerry Boyd, un ancien soigneur de la boxe professionnelle qui en connait parfaitement bien l’univers et ses codes, Million Dollar Baby est loin d’être un film à la Rocky vantant l’effort, la force et le succès. Il va en effet plus loin que la simple histoire d’une passion ou du prix de la réussite, puisqu’il repose avant tout sur les liens complexes unissant les trois personnages principaux (la boxeuse, l’entraîneur et son assistant, un ancien boxeur qu’il soignait dans sa jeunesse), des nœuds familiaux à leur transfert, de la culpabilité à la transmission, de la foi à l’euthanasie. Le fait d’entraîner une boxeuse évapore ainsi les clichés virils du genre, et la dernière partie du film prend de toute façon une tournure inattendue. Hilary Swank a suivi un entraînement sportif de trois mois pour lequel elle a pris dix kilos, coachée par l’entraîneur de plusieurs champions, boxant avec la quadruple championne du monde Lucia Rijker (qui joue aussi son adversaire). La réalisation d’Eastwood est comme toujours d’une sobriété et d’un classicisme impeccable, immersive dans les combats, grave dans les drames. Il a en outre composé lui-même la musique. Onze ans après Impitoyable, Eastwood refait un triomphe aux Oscars : meilleurs film, réalisateur, actrice (Hilary Swank) et second rôle (Morgan Freeman), et nominations à ceux de meilleur acteur (Clint Eastwood), scénario adapté et montage.

19 février 2017 : Ciné-club Entraînement militaire : Full Metal Jacket (1987) – Le Maître de guerre (1986)

FULL METAL JACKET

– 19h : Full Metal Jacket (Stanley Kubrick – 1987 – 117 minutes)

avec Matthew Modine, Arliss Howard, Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, Ronald Lee Ermey, Kevyn Major Howard, Dorian Harewood, Ed O’Ross, John Terry

Dans les années 60, de jeunes recrues américaines sont entraînées par un instructeur impitoyable afin d’être envoyées au front de la guerre du Vietnam.

Sept ans après Shining, Stanley Kubrick (dont le rythme de réalisation se ralentit de plus en plus) sort un nouveau film magistral et percutant. Adapté de The Short Timers (Le Merdier en français) de Gustav Hasford et Dispatches (traduit en Putain de mort) de Michael Herr (ancien correspondant de guerre au Vietnam), Full Metal Jacket n’est pas tant un film sur le Vietnam ou même de guerre qu’un film sur la guerre en général. Le vétéran Ronald Lee Ermey, d’abord simple conseiller technique sur le film, à force de faire passer les auditions aux acteurs finit par décrocher le rôle du sergent Hartman (pourtant déjà attribué à un autre acteur !), sans conteste l’instructeur militaire le plus connu du cinéma, aux innombrables insultes fleuries et improvisées. Son autorité effroyable métamorphosera les recrues en machine à tuer (« born to kill ») anonymes (surnommées et non plus appelées par leurs noms). Cette entreprise de déshumanisation en vue de la destruction finit fatalement par émousser leur sens du bien et du mal, à commencer par la recrue Baleine (qui a pris 32 kilos pour le rôle) sur qui Hartman s’acharnait. La seconde partie se passe au Vietnam, mais a pourtant été entièrement tournée dans les environs de Londres, avec des palmiers importés, Kubrick détestant voyager ! A travers le regard humaniste du journaliste de guerre Joker, Kubrick montre habilement toute l’absurdité de la guerre, son thème le plus traité dès Fear and desire en 1953. Après Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now ou le récent Platoon, le public n’a pas fait un triomphe commercial à Full Metal Jacket, mais il reste par son réalisme, son esthétique et son intelligence un des constats cinématographiques définitifs sur le sujet.

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– 21h : Le Maître de guerre (Clint Eastwood – 1986 – 130 minutes)

avec Clint Eastwood, Marsha Mason, Mario Van Peebles, Everett McGill, Moses Gunn, Eileen Heckart, Bo Svenson, Boyrd Gaines

Tom Highway, un marine dur à cuir médaillé des guerres de Corée et du Vietnam, doit entraîner de nouvelles recrues paresseuses, indisciplinées et bagarreuses.

Clint Eastwood n’a pas joué que des cowboys (la trilogie du dollar) ou des policiers (L’Inspecteur Harry), il avait déjà été militaire pour Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves). Mais c’est la première fois qu’il réalise et produit un film de guerre, dans lequel il tient impeccablement et solidement son rôle archétypal à peine modifié : un héros viril à l’impressionnant palmarès militaire qui mitraille d’insultes musclées (cultes et hilarantes !), se bat dans les bars ou tient tête à sa hiérarchie. Il va user de toute son autorité et de son expérience pour transformer des jeunes bleus désobéissants (dont le turbulent et rockeur Mario Van Peebles, le fils du réalisateur Melvin Van Peebles) en marines aguerris, dans des séquences qui précédent Full Metal Jacket. Cependant, s’il excelle sur le champ de bataille, il piétine avec son ex-femme qu’il veut reconquérir. A l’image de son personnage principal, Le Maître de guerre est relativement contrasté et ambigu, alternant patriotisme américain et critique de la hiérarchie militaire et administrative, le tout ponctué de dialogues humoristiques. Il s’inscrit cependant dans le cadre historique de l’invasion de l’île de la Grenade en 1983, pour libérer des otages américains et renverser le gouvernement communiste, où le premier degré reprend le dessus. Très professionnel, rythmé et efficace, Le Maître de guerre a été un bon succès commercial, et Eastwood reviendra bien plus tard au film de guerre avec Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima et American Sniper.

13 novembre : Ciné-club Cowboy solitaire : L’Homme des hautes plaines (1972) – L’Homme des vallées perdues (1953)

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– 19h : L’Homme des hautes plaines (Clint Eastwood – 1972 – 105 minutes)

avec Clint Eastwood, Verna Bloom, Mariana Hill, Billy Curtis, Mitch Ryan, Ted Hartley, Geoffrey Lewis, Stefan Gierasch

Un étranger débarque dans une petite ville martyrisée par des bandits, mais elle cache de lourds secrets…

Clint Eastwood était passé à la réalisation avec le brillant thriller Un Frisson dans la nuit (1971). Deux ans plus tard, il signe son premier western, après avoir été sous la direction de Sergio Leone un des cowboys les plus iconiques depuis John Wayne et Gary Cooper. L’Homme des hautes plaines se révèle d’ailleurs sous haute influence de son maître italien (la « trilogie du dollar »), mais aussi Don Siegel (Un Shérif à New York, Sierra torride, Les Proies, L’Inspecteur Harry) et Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves) avec qui Eastwood a aussi construit sa carrière et en même temps observé et appris le métier de réalisateur – il mettra d’ailleurs leurs trois noms sur des pierres tombales dans un cimetière, autant pour leur rendre hommage que pour prendre ses distances. Il incarne donc un drifter, cowboy mutique et minéral, sans nom et imbattable, mais le cinéaste ajoute une atmosphère presque fantastique, nocturne et d’outre-tombe. Comme dans les futurs westerns qu’il réalisera (Josey Wales hors-la-loi, Pale Rider et Impitoyable), le film est marqué par la vengeance, où le cowboy mystérieux en profite pour donner une leçon à un village rempli de lâches e de médiocres, allant jusqu’à le faire repeindre en rouge et rebaptisé « Hell », dans une vision des plus surréalistes pour un western. L’Homme des hautes plaines est ainsi un western crépusculaire où l’élève s’affranchit de ses maîtres, et augure une longue et fructueuse carrière, qui ne reviendra qu’occasionnellement au genre qui l’a révélé.

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– 21h : L’Homme des vallées perdues (George Stevens – 1953 – 118 minutes)

avec Alan Ladd, Jean Arthur, Van Heflin, Brandon De Wilde, Jack Palence, Ben Johnson, Edgar Buchanan

En 1889, Shane, un cowboy solitaire, arrive dans une vallée du Wyoming. Il sympathise avec une famille de fermiers qui est menacée par un gang d’éleveurs pionniers qui veulent les expulser.

Peu connu en France, L’Homme des vallées perdues est un grand classique du western aux Etats-Unis – c’était même le plus grand succès commercial du genre au cours de la décennie. Loin des batailles stéréotypée et patriotiques entre shérifs et brigands ou indiens, George Stevens (Une Place au soleil, Géant) signe un superbe western au sens le plus noble, c’est-à-dire une histoire d’individus se confrontant à leur destin dans une société qui se construit dans l’adversité, à un moment de l’histoire politique des Etats-Unis où les gens se défendaient eux-mêmes avec des revolvers quand le shérif le plus proche était à plusieurs jours de trajet en cheval. Il marquera les codes du genre, à commencer par Jack Palence, méchant iconique et menaçant vêtu de noir, et bien sûr Alan Ladd, héros au lourd passé, romantique et amer, influençant Sergio Leone avec ses hommes itinérants et mystérieux, ou Clint Eastwood dans ses propres réalisations – ce dernier allant jusqu’à faire un remake de ce film avec Pale Rider en 1985. Remportant l’Oscar de la meilleure photographie et nommé à cinq autres (meilleurs film, réalisateur, scénario, et seconds rôles pour Jack Palence et Brandon De Wilde), ce western symbolique, tendre et profond, admirablement réalisé et mis en images, annonce le genre crépusculaire des années 60 avec Sam Peckinpah (La Horde Sauvage).

18 septembre : Ciné-club Comédie de guerre : M*A*S*H (1970) – De l’or pour les braves (1970)

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– 19h : M*A*S*H (Robert Altman – 1970 – 115 minutes)

avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall, Jo Ann Pfulg, Rene Auberjonois

Pendant la guerre de Corée, un camp militaire médical américain pour blessés tente de contourner le quotidien de la guerre par des comportements loufoques ou sexuels.

Les films de guerre sont un des piliers du cinéma américain, vantant le patriotisme, l’héroïsme et la puissance du pays (La Grande Evasion, Le Jour le plus long, Les Canons de Navarone). Aussi spectaculaires et réussis qu’ils peuvent être, ils n’en servent pas moins le mythe politico-culturel national, sous l’étroit contrôle des majors d’Hollywood. Cependant, avec la contre-culture des années 60 et la désillusion de la guerre du Vietnam, les mentalités commencent à changer, tant dans le public que sur les plateaux de tournage. Faire financer une satire de la guerre par un grand studio américain est délicat, mais comme la 20th Century Fox est déjà accaparée par deux grosses productions militaires (Tora ! Tora ! Tora ! et Patton), Robert Altman (Nashville, The Player, Short Cuts) parvient à faire profil bas avec son petit projet de quatre millions de dollars. Adapté d’un roman de Richard Hornberger, M*A*S*H tourne en dérision la vie militaire, avec une unité médicale excentrique qui s’efforce de passer du bon temps, à jouer des tours aux à raseurs ou à laisser libre cours à leurs penchants sexuels, pour oublier les folies de la guerre. Faisant beaucoup improviser ses acteurs (en partie débutants), Altman conserve néanmoins un ton réaliste et un humour noir, rendant sa farce d’autant plus crédible et percutante dans une forme comique à peu près inédite. Enchaînant les séquences d’anthologie, M*A*S*H obtient un succès public et critique immense, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes (rarissime pour une comédie) ou l’Oscar du meilleur scénario (et quatre autres nominations, dont meilleurs film et réalisateur). Le film culte se déclinera en une série télévisée au succès sans précédent pendant pas moins de onze saisons (soit bien plus longtemps que les trois ans de la véritable guerre de Corée !), son dernier épisode (de 2h30 !) étant resté le record absolu d’audience de la télévision américaine pendant vingt-sept ans.

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– 21h : De l’or pour les braves (Brian G. Hutton – 1970 – 144 minutes)

avec Clint Eastwood, Telly Savalas, Donald Sutherland, Don Rickles, Carroll O’Connor, Harry Dean Stanton

En pleine Seconde Guerre mondiale en France, une bande de militaires vont en territoire ennemi pour s’emparer de nombreux lingots d’or gardés par les nazis dans une banque.

Après le classique Quand les aigles attaquent, Clint Eastwood retrouve le réalisateur Brian G. Hutton pour un nouveau film de guerre, mais cette fois-ci dans un ton tout à fait différent, puisqu’il s’agit d’une comédie ! Certes pas une comédie classique car De l’or pour les braves reste tout de même une grosse production militaire avec des scènes de combats et d’explosions, mais dans un registre inhabituel, immoral et déjanté, où les militaires sont plus motivés par leur enrichissement personnel que par la libération de la France, n’hésitant pas à se disputer, magouiller, contourner leur hiérarchie et détourner les véhicules et équipements militaires à leurs propres fins. Le film est donc une farce irrévérencieuse qui a dû faire grincer bien des dents aux Etats-Unis parmi les anciens combattants ! Portés par des acteurs efficaces, de Clint Eastwood au complètement cinglé et proto-hippie Donald Sutherland (M.A.S.H., Le Casanova de Fellini) en passant par Telly Savalas (héros de la série Kojak !), sur une partition du grand Lalo Schifrin (Bullitt, L’Inspecteur Harry, Opération Dragon), De l’or pour les braves est une critique loufoque des valeurs américaines et de la guerre, sorti quelques mois seulement après M.A.S.H.,, avec des clins d’œil aux films de western (évidemment ceux d’Eastwood avec Leone) ou de gangsters. Le film connaîtra un remake français (Les Morfaloux avec Jean-Paul Belmondo), tandis que Les Rois du désert (avec George Clooney et Ice Cube) reprendra exactement le même thème pendant la guerre du Golfe.

20 mars : Ciné-club Radio DJ : Un Frisson dans la nuit (1971) – Good Morning, Vietnam (1987)

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– 19h : Un Frisson dans la nuit (Client Eastwood – 1971 – 102 minutes)

avec Clint Eastwood, Jessica Walter, Donna Mills, John Larch

Un DJ à la radio rencontre une admiratrice qui va se révéler envahissante.

Après avoir joué les cowboys à la télévision et au cinéma (notamment pour Sergio Leone) ou les militaires (Quand les aigles attaquent et De l’or pour les braves de Brian G. Hutton), Clint Eastwood assouvit enfin son désir de réalisation (en renonçant à son cachet), non pas un western (comme il en fera par la suite), mais un thriller contemporain tout à fait singulier. Il en profite pour insuffler au personnage principal de disc-jockey (qu’il joue) sa passion pour le jazz (il réalisera un biopic de Charlie Parker en 1988, Bird). Ce n’est donc pas un hasard si une scène se passe au Festival de Jazz de Monterey, pendant le concert de Cannonball Adderley ! Avec son budget restreint, Un Frisson dans la nuit fut entièrement tourné en extérieur (dont Carmel, dont il deviendra maire en 1986 !), et offre de superbes plans de la Californie, notamment lors d’une séquence de ballade et d’amour avec la sublime chanson de Roberta Flack « The First Time Ever I Saw Your Face ». Mais le thème principal du film est la psychose sexuelle (comme dans son précédent film, Les Proies de Don Siegel, qui joue ici un petit rôle), lui aussi en partie autobiographique en réalité puisqu’Eastwood avait été harcelé par une admiratrice quelques années plutôt. Un Frisson dans la nuit repose donc avant tout son ambiance paranoïaque, obsessionnelle et imprévisible, un climat de malaise sexuel hitchcockien alternant le calme et le climax. Le film est un succès et permettra à Eastwood d’être pris au sérieux comme réalisateur, tandis que son prochain rôle sera un de ses plus iconiques et idéologiquement marqués, L’Inspecteur Harry.

 GOOD MORNING VIETNAM

– 21h : Good Morning, Vietnam (Barry Levinson – 1987 – 121 minutes)

avec Robin Williams, Forest Whitaker, J. T. Walsh, Tung Thanh Tran, Bruno Kirby, Chintara Sukapatana, Robert Wuhl

En 1965, un DJ est muté à la radio militaire américaine de Saigon, en pleine guerre du Vietnam. Si son humour ravageur et ses disques rock ne sont pas du goût de ses supérieurs, il est très apprécié des troupes.

Durant la guerre du Vietnam, il fallait divertir les militaires américains en mission loin de chez eux, soutenir leur moral et leur rappeler leur culture pour leur faire oublier les atrocités du front. Good Morning, Vietnam s’inspire librement du véritable animateur de radio Adrian Cronauer, qui marqua les ondes militaires américaines au Vietnam pour sa sélection débridée de musique rock, pop sixties et Motown qui tranchait avec le classicisme austère du bon goût militaire à l’ancienne. La bande-son est donc remplie de classiques de James Brown, Beach Boys, Them, Supremes, Louis Armstrong, etc. Le film repose avant tout sur la prestation survoltée de Robin Williams, alors au début de sa carrière, qui endosse parfaitement le rôle en improvisant ses monologues à l’antenne et blagues incessantes, allant bien plus loin que le véritable Cronauer (ce qui lui aurait valu la cour martiale, vu la férocité des imitations de Johnson ou Nixon). Le film est entièrement tourné en Thaïlande (Bangkok et Phuket), avec des acteurs locaux non professionnels très naturels. Gros succès commercial, cette comédie militaire dans la veine de Mash vaut à Robin Williams de remporter le Golden Globe du meilleur acteur, une nomination à l’Oscar (qu’il remportera en 1998 pour Good Will Hunting), et a fait de lui une star, avant d’enchaîner sur Le Cercle des poètes disparus ou Hook.

7 juin : Ciné-club Clint Eastwood / Don Siegel

L'INSPECTEUR HARRY

– 19h : L’Inspecteur Harry (Don Siegel – 1971 – 102 minutes)

avec Clint Eastwood, Harry Guardino, Reni Santoni, Andy Robinson, John Larch, John Vernon

A San Francisco, l’inspecteur Harry Callahan doit retrouver un tireur et kidnappeur psychopathe en usant de ses méthodes expéditives aux frontières de la loi.

Après avoir joué les cowboys solitaires dans les années 60, Clint Eastwood entame les années 70 avec son rôle le plus connu, en tant que justicier absolu dans la ville moderne, n’hésitant pas à enfreindre la loi pour imposer sa conception de la justice ou à abattre un malfrat. Inspiré de l’histoire non élucidée du tireur de San Francisco, L’Inspecteur Harry fut très polémique à sa sortie, beaucoup y voyant une morale réactionnaire et machiste, prônant la justice personnelle et l’auto-défense, là où d’autres le considéraient comme le héros dont l’Amérique avait besoin à une époque de doute socio-culturel, arguant que le coupable avait fini par avoir plus de droit que la victime. En tout cas le film a été un énorme succès, créant un nouveau standard de film d’action, western urbain contemporain où San Francisco devient un personnage à part entière. Plusieurs scènes et répliques sont devenues cultes. L’excellente musique jazz-funk de Lalo Schifrin (Bullit, Opération Dragon, Mission Impossible, Starsky et Hutch) contribue énormément à la dynamique et à la tension du film. L’Inspecteur Harry connut pas moins de quatre suites, atténuant progressivement son personnage. Clint Eastwood en réalisa une (Le Retour de l’inspecteur Harry), et finit même par parodier son personnage dans un autre de ses films, La Relève (1990).

 SIERRA TORRIDE

– 21h : Sierra Torride (Don Siegel – 1970 – 114 minutes)

avec Clint Eastwood, Shirley MacLaine, Manolo Fabregas, Alberto Morin, Armando Silvestre

Au XIXème siècle au Mexique, un cowboy mercenaire sauve une nonne des griffes de bandits, et ils vont aider les révolutionnaires à attaquer un fort détenu par l’armée française.

Don Siegel (L’Invasion des profanateurs de sépultures) est l’un des deux mentors de Clint Eastwood, avec Sergio Leone. Après avoir été révélé par le réalisateur italien dans les westerns de la trilogie du dollar, c’est avec Siegel qu’il apprendra le mieux le métier et éprouvera l’envie de devenir réalisateur. Ils ont tourné ensemble cinq films, dont trois westerns. D’ailleurs, dans le premier western qu’il réalise, L’Homme des hautes plaines, Eastwood place deux pierres tombales portant les noms de Sergio Leone et Don Siegel, comme pour mieux enterrer symboliquement ses pères. Enfin son grand classique Impitoyable lui est dédié personnellement. Dans Sierra Torride, Eastwood donne la réplique à Shirley MacLaine, grande sœur de Warren Beatty, star (elle est créditée avant Eastwood) des comédies romantiques de Billy Wilder (La Garconnière, Irma la douce). Son rôle de nonne en plein de western ne manque pas de piquant, et donnera lieu à bien des situations cocasses entre elle et Clint Easwood, qui quant à lui habite sans difficulté son personnage habituel de cowboy cynique. Autre réminiscence leonienne, Ennio Morricone signe la musique de bon petit western picaresque tourné au Mexique.

Cin-club Clint Eastwood, cowboy-réalisateur : Pale Rider, le cavalier solitaire (1985) – Josey Wales hors-la-loi (1976)

Avec John Wayne, Clint Eastwood est le cowboy par excellence. Remarqué dans une série de western (Rawhide, 1959-1965), révélé en Italie par Sergio Leone dans sa légendaire trilogie du dollar (1964-1966) avant de revenir aux Etats-Unis en tourner d’autres, la carrière d’acteur de Clint Eastwood est intimement liée aux westerns, avant de se diversifier dans des films policiers, de guerre, et autres drames. Dès 1971 il passe derrière la caméra, et a réalisé plus de 80 films à ce jour, récompensés par de multiples Oscars. Acteur pilier de l’histoire du western, Clint Eastwood en a aussi réalisé certains des plus inventifs et modernes.

 Dimanche 16 mars 2014 :

PALE RIDER LE CAVALIER SOLITAIRE

– 19h : Pale Rider, le cavalier solitaire (Clint Eastwood – 1985 – 115 minutes)

avec Clint Eastwood, Michael Moriarty, Carrie Snodgress, Chris Penn, Richard A. Dysart

En Californie, un mystérieux pasteur vient en aide à un groupe de chercheurs d’or harcelés par la bande d’un entrepreneur local tyrannique, qui a engagé des tueurs pour les expulser.

Neuf après son dernier western en date (Josey Wales), Clint Eastwood se remet en selle devant et derrière la caméra avec Pale Rider, un remake de L’Homme des vallées perdues, un grand classique du western réalisé par George Stevens en 1953. Eastwood en a cependant modifié le contexte, en transformant les fermiers en mineurs et en lui donnant un aspect écologique, pour dénoncer l’exploitation et la destruction de la nature à des fins pécuniaires. Le film a plusieurs références bibliques, notamment le rejet de l’argent. Pale Rider a d’ailleurs une forte connotation mystique, quasi-surnaturelle : le cavalier solitaire, pasteur, apparaît suite à la prière d’une adolescente ; l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse selon Saint Jean chevauche un cheval pâle (qui donne son titre au film) et représente la mort. Le cavalier est encore un homme sans nom, solitaire, silencieux, itinérant, invincible, incapable de se fixer dans une communauté, comme dans les classiques de Sergio Leone. Eastwood perpétue la tradition du héros flamboyant et mythique de western, tout en lui donnant la modernité du héros crépusculaire au sein d’un environnement réaliste, pauvre, violent et besogneux. En compétition au Festival de Cannes, en plein dans les années 80, loin de son âge d’or, Pale Rider fait figure de résurrection du western, que seul le passeur Clint Eastwood pouvait accomplir.

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– 21h : Josey Wales hors-la-loi (Clint Eastwood – 1976 – 135 minutes)

avec Clint Eastwood, Chief Dan George, Sondra Locke, Bill McKinney, John Vernon, Will Sampson

Pendant la guerre de Sécession, après le massacre de sa femme et de son fils par l’armée nordiste, un fermier s’engage chez les sudistes pour se venger. A la fin de la guerre, il est poursuivi par des assassins et des chasseurs de primes.

Pour sa cinquième réalisation (et deuxième western, après L’Homme des hautes plaines en 1973), Clint Eastwood réalise la synthèse des deux grands visages du western, américain et italien, entre John Ford et Sergio Leone. S’il incarne encore un cavalier stoïque, peu bavard et redoutable, Eastwood l’inscrit cette fois-ci dans la réalité, l’Histoire et la géographie, avec un nom, une famille, une galerie de personnages picaresques qu’il rencontrera en chemin et avec qui il finira par s’attacher, une communauté dans laquelle il finira par s’installer. Ces rencontres successives et souvent humoristiques ne sont pas sans rappeler le voyage initiatique de Dead man de Jim Jarmusch (1995). La beauté des plans naturels américains est impressionnante, la photographie et les couleurs atteignent une qualité tout à fait picturale qui ravit à chaque instant. Alors que l’heure de gloire du western faiblissait d’années en années, Clint Eastwood (qui reprend en main la réalisation au départ assurée par le scénariste, qui ne lui plaisait pas), fort de son expérience chez les plus grands des deux côtés de l’Atlantique, recrée une synthèse de l’Ouest mythique avec tous ses éléments typiques et classiques (indiens, chasseurs de primes, pionniers, bandits, soldats, etc.), et est parvenu à renouveler le genre avec un film marquant, riche et superbe.