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23 juillet 2017 : Ciné-club nucléaire : Docteur Folamour (1964) – L’Ultimatum des trois mercenaires (1977)

DR. FOLAMOUR

– 19h : Docteur Folamour ou : ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe (Stanley Kubrick – 1964 – 94 minutes)

avec Peter Sellers, George C. Scott, Sterling Hayden, Keenan Wynn, Slim Pickens, Tracy Reed

Un général américain fou décide de bombarder l’URSS avec des missiles nucléaires. Le président des Etats-Unis tente de débloquer la situation avec son état-major…

Réputé pour son perfectionnisme, Stanley Kubrick a lu une cinquantaine de livres sur la guerre froide et la menace nucléaire, et en tire la plus comédie la plus noire et la plus renversante qui soit, alors que le sujet terrorise les populations du monde entier. Après Lolita, Peter Sellers retrouve le réalisateur pour une farce sans précédent – il y tient pas moins de trois rôles différents mais tout aussi brillamment(le président américain, un général, et le fameux docteur Folamour) et en a été payé un million de dollars, soit la moitié du budget du film ! On en oubliera presque George C. Scott est tout aussi excellent, comme toujours (L’Arnaqueur, Patton). Hilarant de bout en bout, Docteur Folamour dénonce l’incompétence des politiciens et l’absurdité de la guerre, comme dans Les Sentiers de la gloire ou plus tard Barry Lyndon et Full Metal Jacket. Sauf que cette fois-ci c’est la survie même de l’humanité qui est en jeu ! Nommé à quatre Oscars (meilleurs film, réalisateur, scénario et acteur pour Sellers), Docteur Folamour est considéré comme la troisième meilleure comédie américaine par l’American Film Institute, et est le dernier film en noir et blanc de Kubrick, qui changera de statut avec ses films suivants, devenant le maître intouchable que l’on sait à l’esthétique iconique (2001 l’odyssée de l’espace, Orange Mécanique, Barry Lyndon).

L'ULTIMATUM DES TROIS MERCENAIRES

– 21h : L’Ultimatum des trois mercenaires (Robert Aldrich – 1977 – 144 minutes)

avec Burt Lancaster, Richard Widmark, Roscoe Lee Browne, Joseph Cotten, Melvyn Douglas, Charles Durning, Richard Jaeckel, William Marshall, Gerald S. O’Loughlin, Paul Winfield, Burt Young

Un commando mené par un ancien général américain s’infiltre dans une base militaire contenant neuf missiles nucléaires. Il lance un ultimatum au président des Etats-Unis…

Robert Aldrich a refusé la réalisation d’Un Pont trop loin (et un salaire plus élevé) pour se lancer dans L’Ultimatum des trois mercenaires, adapté d’un roman de Walter Wager (58 minutes pour vivre). Ce thriller contestataire sous forme de compte à rebours nucléaire est d’un suspense et d’une intensité absolument sans équivalent, dont les implications (géo)politiques prennent une ampleur insoupçonnée et donnent de nombreuses sueurs froides au gouvernement américain et au spectateur. La réalisation est d’une efficacité imparable, maîtrisant admirablement le montage en split screens au service d’un dispositif narratif millimétré et irrésistible. Malgré ses presque deux heures et demis, le film ne contient pas une seconde de trop tellement il se dévore ! Dans son quatrième film avec Aldrichr (Bronco Apache, Vera Cruz et Fureur Apache), Burt Lancaster est toujours aussi impérial, portant la tension des scènes sur ses épaules et dans ses dialogues. Dernier grand film de la longue et riche carrière d’Aldrich (En quatrième vitesse, Les Douze salopards) dont c’était le préféré, L’Ultimatum des trois mercenaires marque durablement de son audace filmique et de son amer constat politique.

11 juin 2017 : Ciné-club Folles histoires de Mel Brooks : La Folle histoire du monde (1981) – La Folle histoire de l’espace (1987)

LA FOLLE HISTOIRE DU MONDE

– 19h : La Folle histoire du monde (Mel Brooks – 1981 – 92 minutes)

avec Mel Brooks, Dom DeLuise, Madeline Kahn, Harvey Korman, Cloris Leachman, Ron Carey, Gregory Hines, Pamela Stephenson, Andreas Voutsinas, Shecky Greene, Sid Caesar, Mary-Margaret Humes, Orson Welles

Les différents âges de l’humanité revus et corrigés !

Entre Woody Allen et les Monty Python, Mel Brooks est un des grands trublions américains, à l’humour juif new-yorkais – parfois excessif ! Après la série télévisée Max la menace, il tourne plusieurs comédies cultes avec son acteur fétiche Gene Wilder, comme Les Producteurs, Le Shérif est en prison ou Frankenstein Junior. Dans La Folle histoire du monde, il revisite de manière déjantée plusieurs époques de l’Histoire (avec comme narrateur Orson Welles) : l’âge de pierre (parodiant 2001 l’Odyssée de l’espace), les périodes biblique et romaine (rappelant La Vie de Brian des Monty Python), l’Inquisition espagnole (une comédie musicale) et la Révolution française (avec sa partie d’échecs grandeur nature). Le film se termine par la fausse bande-annonce de La Folle histoire du monde II, avec Hitler on ice ou les juifs dans l’espace ! A noter que la chanson « It’s Good To Be The King Rap » (dite par Louis XVI) est sortie en single et est devenue un gros succès, atteignant la seconde place du hit-parade en France !

LA FOLLE HISTOIRE DE L'ESPACE

– 21h : La Folle histoire de l’espace (Mel Brooks – 1987 – 96 minutes)

avec Mel Brooks, John Candy, Rock Moranis, Bill Pullman, Daphne Zuniga, Dick Van Patten, George Wyner, Joan Rivers, John Hurt

Yop Solo et Gerbe vont sauver la princesse Vespa du redoutable Lord Casque Noir afin de toucher la prime et rembourser l’argent qu’ils doivent à Pizza the Hutt.

La Folle histoire du monde se terminait dans l’espace. Pour son film suivant, dix ans après la sortie de Star Wars, Mel Brooks signe une parodie délirante de la célèbre trilogie de science-fiction, en reprenant sa trame principale et ses personnages. Yop Solo cumule les rôles de Han Solo et Luke Skywalker, Gerbe est un chiomme (mi-homme mi-chien), Jabba the Hutt devient une pizza, Dark Vador (joué par Rick Moranis) est flanqué d’un énorme casque qui génère de nombreux gags, tandis que Yaourt apprend à utiliser la Schwartz (et non la Force !) et se moque du merchandising ! Mel Brooks a même embauché l’équipe technique de Star Wars pour réaliser les effets spéciaux et la maquette du vaisseau SpaceBall One. Mais la parodie ne se limite pas à la saga de George Lucas, Mel Brooks glisse des références à bien d’autres classiques de science-fiction tels que Star Trek, Alien (avec même une apparition de John Hurt !), Transformers, La Planète des singes, ou même Rambo, Indiana Jones, Blanche Neige et les sept nains, Le Pont de la rivière Kwai. Succès commercial, La Folle histoire de l’espace a d’ailleurs connu une adaptation en série animée pas plus tard qu’en 2008.

9 avril 2017 : Ciné-club Lino Ventura : L’Emmerdeur (1973) – Ne nous fâchons pas (1966)

L'EMMERDEUR

-19h : L’Emmerdeur (Edouard Molinaro – 1973 – 85 minutes)

avec Lino Ventura, Jacques Brel, Caroline Cellier, Nino Castelnuovo, Jean-Pierre Darras, André Vallardy, Michele Gammino, Angela Cardile, Pierre Forget

Un tueur à gage se prépare à exécuter son contrat dans une chambre d’hôtel, mais son voisin, en tentant de se suicider, va perturber ses plans.

La pièce Le Contrat (1971), écrite par Francis Veber (Le Grand blond avec une chaussure noire) est adaptée au cinéma sous le nom de L’Emmerdeur, avec Edouard Molinaro à la réalisation (Arsène Lupin contre Arsène Lupin, La Cage aux folles). Il réunit deux acteurs avec qui il avait déjà tourné : Lino Ventura (dans Un Témoin dans la ville) et Jacques Brel (dans Mon Oncle Benjamin). Les deux acteurs (qui s’étaient déjà donné la réplique l’année précédente dans L’Aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch) forment un duo irrésistible, parfait contrepoint entre le tueur à gage dur et impassible, excédé par un paumé gentil mais imprévisible. Très bien joué, les situations sont hilarantes, et le film devient un classique du cinéma populaire français. Cette formule du duo contrasté et improbable sera la marque de fabrique des futurs films de Veber (La Chèvre, Le Dîner de cons, Le Jaguar). Billy Wilder en fera un remake pour son tout dernier film, Buddy buddy (1981) avec Jack Lemmon, Walter Matthau et Klaus Kinski. Francis Veber réactualisera la pièce en 2005 avec Richard Berry et Patrick Timsit, dont le succès le poussera à en réaliser un nouveau film avec les mêmes acteurs trois ans plus tard, mais qui sera un échec.

MovieCovers-24497-169228-NE NOUS FACHONS PAS

– 21h : Ne nous fâchons pas (Georges Lautner – 1966 – 100 minutes)

avec Lino Ventura, Mireille Darc, Jean Lefebvre, Michel Constantin, Tommy Duggan, Sylvia Sorrente, André Pousse, Robert Dalban

Un ancien truand rangé doit récupérer à la demande de deux anciens complices 40.000 francs auprès d’un escroc idiot. Ce dernier a des problèmes avec un militaire britannique qui envoie de jeunes tueurs à la mode yéyés.

Après les cultissimes Tontons flingueurs et Barbouzes, Georges Lautner retrouve Lino Ventura pour leur troisième et dernier film ensemble, toujours avec Michel Audiard aux savoureux dialogues. Comme d’habitude, Lautner s’entoure d’acteurs familiers : Mireille Darc (Des Pissenlits par la racine, Les Barbouzes, Galia), Jean Lefebvre (Les Tontons Flingueurs), Robert Dalban (Le Monocle noir, Les Tontons Flingueurs, Les Barbouzes) ; et de futurs habitués : Michel Constantin (Laisse aller, c’est une valse, Il était une fois un flic et La Valise), André Pouce (Fleur d’oseille, Le Pacha, Quelques messieurs trop tranquilles). Dans ce pastiche de film de gangsters, Lino Ventura distribue les baffes, Jean Lefebvre pleurniche et Mireille Darc séduit au milieu des coups de feu et des explosions. Délicieusement sixties, rempli de gags et de séquences d’anthologie (notamment les anglais habillés comme les Beatles), Ne nous fâchons pas a, comme les précédents films de Lautner, été injustement boudé par la critique intello de l’époque, mais a remporté un grand succès populaire.

19 mars 2017 : Ciné-club Poisson avec John Cleese & Michael Palin : Monty Python : Le Sens de la vie (1983) – Un Poisson nommé Wanda (1988)

MONTY PYTHON LE SENS DE LA VIE

– 19h : Monty Python : Le sens de la vie (Terry Jones – 1983 – 106 minutes)

avec Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Terry Jones, Eric Idle, Michael Palin

Des poisons dans un aquarium s’interrogent sur le sens de la vie.

La troupe britannique des Monty Python se forme en 1969 avec leur cultissime série télévisée Flying Circus, qui durera quatre ans et marquera à jamais la culture populaire par son insurpassable absurdité humoristique. Ils entrent au cinéma en 1971 en retournant certains des meilleurs sketchs de la série sous le nom de La Première folie des Monty Python. Si leurs deux films suivants ont une histoire cohérente, Sacré Graal en 1975 et La Vie de Brian en 1979, Le Sens de la vie revient au format des sketchs libres, malgré un vague fil conducteur autour du… sens de la vie ! Le film est découpé en sept parties, de la naissance à la mort, dégommant les codes de la société anglaise (notamment la sexualité, la religion ou l’armée), entrecoupé de quatre chansons (dont l’imposant « Every Sperm Is Sacred ») et de nombreux passages cultes (un énorme client qui mange toute la carte d’un restaurant). Le film est précédé d’un court-métrage de seize minutes de Terry Gilliam, sur des vieux employés d’une compagnie d’assurance qui se rebellent contre leurs nouveaux propriétaires, des financiers américains. Le Sens de la vie a été récompensé du Grand Prix du Festival de Cannes. Quand Universal Studios leur a proposé de faire un film, ils leur ont dit qu’ils n’auront plus besoin de travailler le reste de leur vie. Cela expliquerait ainsi qu’il s’agisse de leur dernier film ! La troupe s’est finalement reformée pour dix représentations sur scène à Londres en 2014 – les vint milles places pour le premier soir se sont écoulés en quarante-cinq secondes.

UN POISSON NOMME WANDA

– 21h : Un Poisson nommé Wanda (Charles Crichton – 1988 – 108 minutes)

avec John Cleese, Jamie Lee Curtis, Kevin Kline, Michael Palin

Un avocat anglais coincé tombe amoureux d’une voleuse de bijoux, alors que son complice et amant est un psychopathe se prenant pour un intellectuel.

Les membres de Monty Python ont bien sûr continué séparément leurs carrières au cinéma, avec des succès divers. Ils se sont d’ailleurs souvent croisé individuellement, ne serait-ce que dans des films de leur acolyte Terry Gilliam (Jabberwocky, Bandits bandits, Brazil ou Les Aventures du baron du Münchhausen). John Cleese et Michael Palin se retrouvent ainsi dans Un Poisson nommé Wanda, une comédie anglaise à petit budget écrite et produite par Cleese, qui va connaître un triomphe international aux cent quatre-vingt-dix millions de dollars de recette. Autour d’une histoire de diamants volés à récupérer, les quatre acteurs principaux forment une équipe aussi improbable qu’hilarante : Cleese en avocat coincé à la vie de famille ennuyeuse, Jamie Lee Curtis en voleuse séductrice, Kevin Kline en amateur d’arts martiaux et de Nietzsche (récompensé par l’Oscar du meilleur second rôle), et Michael Palin en bègue amoureux des animaux. Nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur scénario original, Un Poisson nommé Wanda est une comédie culte typiquement british remplie de situations loufoques. Un film à mourir de rire, et littéralement : un orthophoniste danois est réellement mort d’arrêt cardiaque à force de rire pendant une projection ! Les quatre acteurs récidiveront en 1997 dans Créatures féroces, sans retrouver un succès aussi exceptionnel.

22 janvier 2017 : Ciné-club adaptations de bandes dessinées : Quai d’Orsay (2013) – La Vie d’Adèle (2013)

QUAI D'ORSAY (2013)

– 19h : Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier – 2013 – 114 minutes)

avec Thierry Lhermitte, Raphael Personnaz, Niels Arestrup, Bruno Raffaeli, Julie Gayet, Anaïs Demoustier, Thomas Chabrol, Thierry Frémont

Un jeune énarque est embauché au ministère des affaires étrangères comme chargé de langage pour le ministre, personnage exubérant et hors-norme, pour lequel il doit rédiger son discours à l’ONU.

Abel Lanzac a été conseiller de Dominique de Villepin au Ministère des affaires étrangères. Il tire de cette expérience un scénario avec Christophe Blain de bande dessiné, que ce dernier dessine, publiant en 2010 Quai d’Orsay. Le second tome obtient d’ailleurs le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême. Après avoir l’avoir découverte, Bertrand Tavernier (L’Horloger de Saint-Paul, Le Juge et l’assassin) décide immédiatement d’en acheter les droits d’adaptation, pour en faire sa première comédie. Thierry Lhermitte incarne ainsi officieusement sous un nom modifié le fameux ministre, retranscrivant à la perfection son comportement fantasque, inspiré et intenable, sans pour autant tomber dans la caricature, renouant avec une énergie et une subtilité digne de ses années du Splendid. Niels Arestrup joue le directeur de cabinet, épuisé et sur lequel tout repose, sans que jamais le grand public apprenne un jour son rôle essentiel dans les succès du ministère dans le monde – une performance récompensée du César du meilleur second rôle. Merveilleusement vif et rythmé, Quai d’Orsay nous montre une pépinière constamment au travail dans une organisation presque kafkaïenne, remplie de personnages  variés et très bien campés. Une plongée hilarante et passionnante dans les coulisses improbables du pouvoir, où les grandes dossiers diplomatiques internationaux sont traités et résolus par la comédie humaine.

LA VIE D'ADELE - CHAPITRE 1&2 (2013)

– 21h : La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche – 2013 – 180 minutes)

avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Salim Kechiouche, Aurélien Recoing, Catherine Salée, Benjamin Siksou, Mona Walravens, Jérémie Laheurte, Alma Jodorowsky, Sandor Funtek

Adèle, une adolescente, s’ennuie avec son copain. Un jour elle croise une intrigante femme aux cheveux bleus qui va la hanter et transformer son identité.

Abdellatif Kechiche adapte librement le roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, pour en faire un film aussi personnel que ses précédents (L’Esquive, La Graine et le mulet, tous deux Césars du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario). Dans une même veine naturaliste, il filme la jeune Adèle  dans son cheminement existentiel, ses doutes, ses expériences, ses désirs, ses amours, ses vertiges et ses douleurs, à travers la rencontre déterminante d’une lesbienne aux cheveux bleus. Avec un art impressionnant de l’ellipse, La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2, est incroyablement bien filmé, réalisé et monté, une magnifique expérience immersive avec des acteurs d’un naturel désarmant – au prix d’un éprouvant tournage (sept cent cinquante heures de rush !) pour les acteurs comme pour les techniciens, ce qui éclata en polémique médiatique au moment de sa projection au Festival de Cannes. Certains champions de la vertu s’indignèrent aussi des scènes de rapports sexuels, longues et explicites, sans vouloir voir qu’elles n’étaient qu’une représentation d’un amour et d’un désir d’une intensité sans pareil. Qu’importe, le film est couronné de la Palme d’Or, de dizaines de récompenses internationales et nommé à huit Césars – les votants ont l’air d’avoir boudé le grand favori, ne décernant que le César du meilleur espoir féminin pour Adèle Exarchopoulos. Loin des scandales, La Vie d’Adèle est tout simplement une des plus belles, des plus véridiques et des plus bouleversantes histoires d’amour, qui résonne avec nos propres vécus.

4 décembre : Ciné-club Comédie avec Marilyn Monroe / Billy Wilder : Sept ans de réflexion (1955) – Certains l’aiment chaud ! (1959)

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– 19h : Sept ans de réflexion (Billy Wilder – 1955 – 104 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tom Ewell, Evelyn Keyes, Sonny Tufts, Robert Strauss, Oscar Homolka, Marguerite Chapman, Victor Moore

Un homme marié voit sa femme et son fils partir pour les vacances d’été pendant qu’il reste à New York. Une jeune femme superbe et sympathique emménage juste au-dessus de chez lui, et va lui retourner la tête dans tous les sens.

Billy Wilder a réalisé de grands classiques de noirceur (Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule, Le Gouffre aux chimères) mais commençait à se réorienter vers des films plus légers et comiques (La Scandaleuse de Berlin, Stalag 17, Sabrina). A l’inverse, Marilyn Monroe, star la mieux payé de 20th Century Fox mais insatisfaite de ses rôles de femmes superficielles, souhaitait jouer des personnages plus sérieux et dramatiques (comme dans Niagara). Le maître et la star se retrouvent donc à la croisée des chemins et de leurs carrières au sommet. Adaptant une pièce de Broadway à succès pendant plus de trois ans, Sept ans de réflexion est une comédie sur un sujet hautement politiquement incorrect : l’adultère. Pour calmer l’austère code Hays qui régit le cinéma américain de l’époque, Wilder est obligé d’adoucir notablement le scénario et le script, mais ce sont justement ces contraintes qui enrichiront d’autant plus subtilement les sous-entendus et la tension sexuelle, dans un duel entre le vice et la vertu où l’on assiste régulièrement aux fantasmes du héros prendre la forme de rêves visuels. Tom Ewell maîtrise parfaitement un rôle qu’il a joué sept cent fois au théâtre et qui lui a valu un Tony Award, tandis que Monroe, au-delà de son excellent sens comique, irradie l’écran de sa charge sexuelle, que son innocence rend encore plus irrésistible. Le film comporte d’ailleurs la scène la plus légendaire d’Hollywood : sa robe est soulevée par l’aération d’une bouche de métro, dénudant ses jambes (censure oblige, le film est d’ailleurs bien moins explicite que les photos promotionnelles ou de presse). Le film est un triomphe, mais en devenant déesse du cinéma, Monroe scelle par la même occasion son mariage de quelques mois avec le baseballer Joe DiMaggio, furieux de l’impudeur de sa femme lors de ce tournage dans une rue de New York rempli de curieux et de photographes, et plongera dans les affres des échecs sentimentaux perpétuels, de la dépression et des barbituriques dont elle ne survivra pas.

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– 21h : Certains l’aiment chaud ! (Billy Wilder – 1959 – 121 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon, George Raft, Pat O’Brien, Joe E. Brown

Deux musiciens de jazz sont témoins par accident d’un règlement de compte de la mafia. Pour lui échapper, ils se retrouvent obliger d’intégrer une troupe musicale féminine, et donc de se travestir en femmes !

Quatre ans après Sept ans de réflexion, Billy Wilder retrouve Marilyn Monroe pour leur second et dernier film ensemble. L’actrice a cependant pris l’habitude d’arriver tous les jours en retard de plusieurs heures, se rappelle difficilement de son texte et oblige parfois à tourner plusieurs dizaines de prises par scène. Tony Curtis est l’autre grande star du film, célèbre pour Trapèze, Le Grand chantage ou Les Vikings. Wilder tourne par ailleurs pour la première fois avec Jack Lemmon, qui deviendra son acteur fétiche dans six autres films (dont La Garçonnière ou Irma la douce). Sur le sujet scabreux du travestissement sexuel, Billy Wilder, inspiré d’un film allemand (mais aussi de Scarface et d’Al Capone pour le début du film à Chicago), déploie un trésor d’inventivité, de gags, de sous-entendus, de situations extravagantes, grâce à des dialogues d’orfèvre, le tout dans un rythme effréné. Le trio comique est excellent dans nombre de scènes cultes, de la chanson de Marilyn Monroe « I wanna be loved by you, pooh pooh pee dooh » à la légendaire réplique finale « nobody’s perfect ». Nommé à six Oscars (dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Jack Lemmon) et remportant celui des meilleurs costumes, Certains l’aiment chaud ! a été classé par American Film Institute rien de moi que la meilleure comédie du cinéma américain. Le film suivant de Wilder (La Garçonnière) sera un nouveau triomphe multi-oscarisé, mais Monroe ne tournera plus que deux films, ne sera pas capable d’en terminer un troisième et sera retrouvée morte en 1962.

27 novembre : Ciné-club Addiction : Le Pari (1997) – Trainspotting (1996)

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– 19h : Le Pari (Didier Bourdon & Bernard Campan – 1997 – 98 minutes)

avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Régis Laspalès, Philippe Chevalier, François Berléand, Isabelle Ferron, Isabel Otéro, Hélène Surgère, Roger Ibáñez, Kelly Lawnson, Jean-Roger Milo

Deux beaux-frères socialement opposés qui se détestent font le pari d’arrêter de fumer.

Le succès de leurs émissions comiques La Télé des Inconnus et de leurs spectacles a conduit le trio au cinéma, où ils triomphèrent en 1995 avec Les Trois frères. Mais leur producteur Paul Lederman détenant les droits du nom « Les Inconnus » et leur interdisant de se produire tous les trois sans son implication, Didier Bourdon et Bernard Campan se lancèrent à deux dans Le Pari, qu’ils ont écrit, réalisé et interprété. Pascal Légitimus y fait tout de même un caméo de deux secondes, tandis que son père Théo y tient un rôle secondaire. A partir de deux personnages stéréotypés (un pharmacien de droite et un professeur de gauche qui ne se supportent pas), ils parviennent à insuffler tout le comique extravagant qu’on leur connait, captant et exagérant les travers de la société française avec toujours autant d’acuité et de mordant,  dans des interprétations aussi complices que jubilatoires. Ils sont d’ailleurs rejoints par le tandem Chevallier-Laspalès. Le film fut un grand succès populaire (quatre millions d’entrées en salle), et le duo continua en 2000 avec L’Extra-terrestre, moins bien accueilli. Mais un accord avec Lederman leur permit finalement de rejouer à trois, ce qu’ils firent dans Les Rois mages en 2001 et Les Trois frères : le retour en 2014.

trainspotting

– 21h : Trainspotting (Danny Boyle – 1996 – 94 minutes)

avec Ewan McGregor, Ewen Bremmer, Jonny Lee Miller, Kevin McKidd, Robert Carlyle, Kelly McDonald, Peter Mullan, James Cosmo

A Edimbourg, Mark Renton nous raconte sa vie d’héroïnomane, entouré de ses amis à moitié ratés et excentriques.

Le best-seller d’Irvine Welsh, paru en 1993, avait rapidement été transposé au théâtre (avec déjà Ewen Bremmer). Là où le roman enchaînait les chapitres avec des narrateurs différents, l’adaptation cinématographique se concentre sur le personnage de Mark Renton, autour duquel son microcosme loufoque gravite. Pour l’interpréter, Danny Boyle retrouve le jeune Ewan McGregor, qu’il avait déjà dirigé dans son précédent et premier film, Petits meurtres entre amis (1994). Trainspotting n’est absolument pas un drame glauque sur la toxicomanie, mais plutôt une fable souvent comique et déjantée qui encapsule ingénieusement son époque par sa réalisation stylisée et surtout sa bande-son remplie de classiques du rock des années 70 à 90 (Iggy Pop, Lou Reed, Pulp, Underworld, Primal Scream, New Order, etc.). Il n’hésite pas à montrer avec réalisme les prises de drogue, leurs effets et sa dépendance, au milieu de situations surréalistes ou foireuses et de réflexions sur une société de consommation qui manque de sens et d’espoir. Outre Ewan McGregor, qui travaillera avec George Lucas, Roman Polanski, Ridley Scott ou Tim Burton, l’autre grande révélation du casting est Robert Carlyle, savoureux psychopathe imprévisible, qui enchaînera sur The Full Monty et Le Monde ne suffit pas. Présenté hors compétition au Festival de Cannes, Trainspotting a connu un énorme succès surprise, tant critique que public (deuxième meilleur box-office du cinéma anglais), et est rapidement devenu un film culte générationnel. Une suite avec le même réalisateur et casting est annoncée pour début 2017.

18 septembre : Ciné-club Comédie de guerre : M*A*S*H (1970) – De l’or pour les braves (1970)

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– 19h : M*A*S*H (Robert Altman – 1970 – 115 minutes)

avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall, Jo Ann Pfulg, Rene Auberjonois

Pendant la guerre de Corée, un camp militaire médical américain pour blessés tente de contourner le quotidien de la guerre par des comportements loufoques ou sexuels.

Les films de guerre sont un des piliers du cinéma américain, vantant le patriotisme, l’héroïsme et la puissance du pays (La Grande Evasion, Le Jour le plus long, Les Canons de Navarone). Aussi spectaculaires et réussis qu’ils peuvent être, ils n’en servent pas moins le mythe politico-culturel national, sous l’étroit contrôle des majors d’Hollywood. Cependant, avec la contre-culture des années 60 et la désillusion de la guerre du Vietnam, les mentalités commencent à changer, tant dans le public que sur les plateaux de tournage. Faire financer une satire de la guerre par un grand studio américain est délicat, mais comme la 20th Century Fox est déjà accaparée par deux grosses productions militaires (Tora ! Tora ! Tora ! et Patton), Robert Altman (Nashville, The Player, Short Cuts) parvient à faire profil bas avec son petit projet de quatre millions de dollars. Adapté d’un roman de Richard Hornberger, M*A*S*H tourne en dérision la vie militaire, avec une unité médicale excentrique qui s’efforce de passer du bon temps, à jouer des tours aux à raseurs ou à laisser libre cours à leurs penchants sexuels, pour oublier les folies de la guerre. Faisant beaucoup improviser ses acteurs (en partie débutants), Altman conserve néanmoins un ton réaliste et un humour noir, rendant sa farce d’autant plus crédible et percutante dans une forme comique à peu près inédite. Enchaînant les séquences d’anthologie, M*A*S*H obtient un succès public et critique immense, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes (rarissime pour une comédie) ou l’Oscar du meilleur scénario (et quatre autres nominations, dont meilleurs film et réalisateur). Le film culte se déclinera en une série télévisée au succès sans précédent pendant pas moins de onze saisons (soit bien plus longtemps que les trois ans de la véritable guerre de Corée !), son dernier épisode (de 2h30 !) étant resté le record absolu d’audience de la télévision américaine pendant vingt-sept ans.

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– 21h : De l’or pour les braves (Brian G. Hutton – 1970 – 144 minutes)

avec Clint Eastwood, Telly Savalas, Donald Sutherland, Don Rickles, Carroll O’Connor, Harry Dean Stanton

En pleine Seconde Guerre mondiale en France, une bande de militaires vont en territoire ennemi pour s’emparer de nombreux lingots d’or gardés par les nazis dans une banque.

Après le classique Quand les aigles attaquent, Clint Eastwood retrouve le réalisateur Brian G. Hutton pour un nouveau film de guerre, mais cette fois-ci dans un ton tout à fait différent, puisqu’il s’agit d’une comédie ! Certes pas une comédie classique car De l’or pour les braves reste tout de même une grosse production militaire avec des scènes de combats et d’explosions, mais dans un registre inhabituel, immoral et déjanté, où les militaires sont plus motivés par leur enrichissement personnel que par la libération de la France, n’hésitant pas à se disputer, magouiller, contourner leur hiérarchie et détourner les véhicules et équipements militaires à leurs propres fins. Le film est donc une farce irrévérencieuse qui a dû faire grincer bien des dents aux Etats-Unis parmi les anciens combattants ! Portés par des acteurs efficaces, de Clint Eastwood au complètement cinglé et proto-hippie Donald Sutherland (M.A.S.H., Le Casanova de Fellini) en passant par Telly Savalas (héros de la série Kojak !), sur une partition du grand Lalo Schifrin (Bullitt, L’Inspecteur Harry, Opération Dragon), De l’or pour les braves est une critique loufoque des valeurs américaines et de la guerre, sorti quelques mois seulement après M.A.S.H.,, avec des clins d’œil aux films de western (évidemment ceux d’Eastwood avec Leone) ou de gangsters. Le film connaîtra un remake français (Les Morfaloux avec Jean-Paul Belmondo), tandis que Les Rois du désert (avec George Clooney et Ice Cube) reprendra exactement le même thème pendant la guerre du Golfe.