Archives du mot-clé David Niven

8 mars 2015 : Ciné-club Gregory Peck / J. Lee Thompson

LES NERFS A VIF

– 19h : Les Nerfs à vif (J. Lee Thompson – 1962 – 106 minutes)

avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam, Jack Kruschen, Telly Savalas, Barrie Chase

Un ancien condamné pour viol revient harceler la famille de l’avocat qui l’a envoyé en prison pendant huit ans.

Adapté d’un roman de John MacDonald (sur une idée de Gregory Peck), Les Nerfs à vif est un palpitant film de vengeance, mais tout ce qu’il y a de plus subtile : l’ancien détenu Max Cady ne franchit pas la limite de la loi pour harceler et torturer mentalement la famille de l’avocat Sam Bowden dont il veut se venger. Le voici donc protégé par la justice, tandis que Bowden, dont la famille frôle la crise de nerf, se voit tenté de transgresser la loi pour mettre fin au harcèlement. Les rôles s’inversent donc habilement dans ce thriller psychologique tendu, sombre et machiavélique. La tension repose sur les épaules de Robert Mitchum, avec son panama vissé sur sa tête, sa démarche nonchalante et son regard inquiétant et diabolique, qui joue ici un des rôles les plus malsains et marquants de sa carrière, à côté du pasteur de La Nuit du chasseur (1955). Le climat oppressant n’est pas sans rappeler Hitchcock, qui vient de sortir Psychose (1960), et dont le compositeur fétiche Bernard Hermann a écrit la bande-son. Martin Scorsese en tirera un remake (inférieur) avec Robert De Niro et Nick Nolte en 1991, et reprenant Mitchum, Peck et Balsam (qui jouait l’inspecteur) dans des rôles astucieusement inversé par rapport à l’original, respectivement en lieutenant de police, avocat de Cady et juge.

 LES CANONS DE NAVARONE

– 21h : Les Canons de Navarone (J. Lee Thompson – 1961 – 156 minutes)

avec Gregory Peck, David Niven, Anthony Quinn, Stanley Baker, Anthony Quayle, Irene Papas, Gia Scala, James Darren

Durant la Seconde Guerre mondiale, un commando allié doit s’infiltrer dans une forteresse nazie sur l’île grecque de Navarone, pour détruire deux gigantesques canons qui coulent les bateaux de la mer Egée.

Le Pont de la rivière Kwaï (1957) a lancé la mode des superproductions militaires spectaculaires avec un casting de stars dans de superbes décors naturels, qui se poursuivra avec Le Jour le plus long (1962) ou La Grande évasion (1963). Il faut se rappeler que la concurrence de la télévision fut rude pour les studios de cinéma, il leur fallait donc mettre la barre haute pour ramener les spectateurs en salle. Les Canons de Navarone est de ceux-là. Adapté d’un roman de l’écossais Alistair MacLean, il est l’un des premiers films de commando d’élites, où un groupe de spécialistes aux personnalités si différentes seront malgré tout soudés dans un but commun, et qui inspirera de nombreux films, des Douze salopards (1967) à Inglourious Basterds (2009), en passant par la série Mission Impossible (1966-1973). En tant que co-production anglo-américaine, le casting est lui aussi international : Gregory Peck, Anthony Quinn et James Darren sont américains, David Niven, Anthony Quayle, Stanley Baker et Gia Scala sont anglais, tandis qu’Irene Papas (Zorba le Grec, Z) est un des plus grands actrices grecques. Le cadre idyllique est celui de l’île grecque de Rhodes (l’île de Navarone étant fictive), avec un soin particulier porté à montrer la douceur de vivre des grecs ou la résistance à l’envahisseur, et dont le gouvernement et l’armée collaborèrent activement au tournage pour prêter des militaires et véhicules. Nommé à sept Oscars (dont meilleurs film, réalisateur, scénario et musique), le film remporta celui des meilleurs effets spéciaux, et fut le plus gros succès commercial de 1961. Il connaîtra d’ailleurs une suite en 1978, L’Ouragan vient de Navarone, par Guy Hamilton (réalisateur de plusieurs James Bond) avec Harrison Ford et Robert Shaw.

Ciné-club James Bond alternatif : Casino Royale (1967) – Jamais plus jamais (1983)

James Bond est une des marques les plus fortes de l’industrie du cinéma, détenue par EON Productions suite à l’achat des droits auprès d’Ian Fleming. Cependant, au milieu de ce juteux business fermement verrouillé, subsistent deux anomalies, deux films hors-série qui ne furent pas produits par EON Productions mais par des producteurs indépendants (raison pour laquelle les films ne font jamais partie des coffrets DVD ou blu-ray). Atypiques, ils ne sont pas moins intéressants pour les amateurs de l’agent secret comme pour les cinéphiles.

Dimanche 26 janvier 2014 :

Casino Royale (1967) 1

– 19h : Casino Royale (Val Guest, Joseph McGrath, John Huston, Ken Hughes, Robert Parrish, Richard Talmadge – 1967 – 130 minutes)

avec Peter Sellers, Ursula Andress, David Niven, Woody Allen, Orson Welles, Deborah Kerr, John Huston

 Sir James Bond, anobli et retraité, est rappelé par les services secrets britanniques pour combattre l’organisation criminelle SMERSH.

Casino Royale, le premier livre d’Ian Fleming, était le seul dont EON Productions (les producteurs des quatre précédents James Bond) ne possédait pas les droits. Le producteur Charles Feldman les avait achetés et ambitionnait d’en faire sa propre adaptation cinématographique. Mais avec le refus de Sean Connery (sous contrat avec EON) de participer au projet, Feldman sentait qu’il ne pourrait pas concurrencer la franchise officielle, et décida de s’en démarquer avec un film humoristique. A partir de là commence un tournage profondément chaotique, qui accumulera les mois de retard et dont le budget doublera (culminant à 11 millions de dollars, soit plus qu’Opération Tonnerre !). Le réalisateur initial (Joseph McGrath) est rapidement viré, et pas moins de cinq autres réalisateurs tourneront chacun des parties différentes du film – dont l’immense John Huston, qui joue M au passage ! Le casting est d’ailleurs on ne peut plus prestigieux : Peter Sellers, Ursula Andress, Orson Welles, Woody Allen, David Niven (le souhait initial de Ian Fleming pour incarner James Bond), Deborah Kerr, et bien d’autres guest-stars tels que Jean-Paul Belmondo, Peter O’Toole, Jacqueline Bisset ou William Holden. Mais Peter Sellers et Orson Welles ne se supportent pas et refusent de tourner ensembles leurs scènes communes, le dépressif Sellers quittant carrément le tournage, obligeant l’équipe à inventer et tourner un nouveau début et une nouvelle fin pour la cohérence scénaristique… Au final, le résultat est un joyeux n’importe quoi parodique et délirant, avec une esthétique à tomber par terre, des décors inouïs et des costumes impeccables, une bande son easy listening culte de Burt Bacharach jouée par l’orchestre de Herb Alpert (avec le classique The Look of Love de Dusty Springfield), bref un film coloré et effréné typiquement sixties, représentatif du Swingin’ London psychédélique. Pour une adaptation plus sérieuse du roman d’Ian Fleming, il faudra attendre 2006.

 Jamais_plus_jamais

– 21h : Jamais plus jamais (Irvin Kershner – 1983 – 134 minutes)

avec Sean Connery, Klaus Maria Brandauer, Max von Sydow, Kim Bassinger, Barbara Carrera

 James Bond est sur les traces de l’organisation criminelle le SPECTRE, qui est parvenue à voler deux ogives nucléaires, et qui en exigent une rançon colossale sous peine de les utiliser en représailles.

Kevin McClory avait travaillé avec Ian Fleming à l’écriture du script de ce qui devait être la première adaptation de James Bond au cinéma. Mais finalement le projet échoua, et Fleming réutilisa ce travail (sans créditer McClory) pour écrire un roman, Opération Tonnerre (Thunderball), dont les droits furent ensuite achetés pour le cinéma par EON Productions, qui en fit un film en 1965. McClory attaqua en justice Fleming, gagna le procès et devint propriétaire des droits cinématographiques du scénario. Ainsi, dans les années 70 il commence à mettre sur pied un projet de remake de Thunderball. Avec la belle somme (pour l’époque) de 5 millions de dollars il parvient à enrôler Sean Connery (dont le dernier James Bond remontait aux Diamants sont éternels en 1971). Les James Bond girls Kim Basinger et Barbara Carrera sont irrésistibles et crèvent l’écran, la mise en scène d’Irvin Kershner, illustre réalisateur de L’Empire Contre-Attaque (considéré comme le meilleur film de la saga Star Wars), est irréprochable et palpitante, tandis que l’intrigue exotique fait voyager des Bahamas à l’Afrique du Nord en passant par le sud de la France, sur une partition de l’inestimable Michel Legrand. Certes, Sean Connery et James Bond ont vieilli, mais le ton reste léger, drôle et diablement efficace grâce au dosage idéal des ingrédients indémodables de la série – tout l’inverse des derniers épisodes en date, qui s’entêtaient soit dans la vaine surenchère technologique et pyrotechnique, soit dans l’émasculation du personnage en fouillant ses faiblesses et son inconscient pour le rendre moins mythique et aussi médiocre que son public, selon la grande mode des séries américaines modernes. Jamais plus jamais sort en 1983, quelques mois après Octopussy avec Roger Moore, mais fera un moins bon score que son rival de la franchise officielle. A noter que le titre, suggéré par la femme de Sean Connery, est un clin d’œil à une déclaration que ce dernier avait faite après Les Diamants sont éternels, comme quoi il ne tournerait plus jamais un film de James Bond. Never say never again !