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22 novembre : Ciné-club Guerre par Michael Powell & Emeric Pressburger : 49e Parallèle (1941) – Colonel Blimp (1943)

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– 19h : 49e Parallèle (Michael Powell – 1941 – 122 minutes)

avec Eric Portman, Leslie Howard, Laurence Olivier, Anton Walbrook, Raymond Massey

En 1940, un commando nazi, rescapé d’un sous-marin détruit, s’infiltre au Canada et doit rejoindre les Etats-Unis, qui ne sont pas encore en guerre, pour pouvoir s’enfuir vers l’Allemagne.

49e Parallèle est un film commandé par le ministère anglais de l’information au génial duo Michael Powell (réalisation) et Emeric Pressburger (scénario), dont il s’agit du troisième film en commun. Destiné à soutenir l’effort de guerre via le moral de la population et des troupes, le scénario subtil de Pressburger est loin d’être aussi tiède et prévisible que la plupart des films de propagande. Au lieu de suivre des héros Alliés, le film est focalisé sur un groupe d’officiers nazis qui va faire des rencontres imprévues tout au long d’un road movie, mettant leurs convictions à l’épreuve. Tourné en décors naturels au Canada, le film est rempli d’humour, de suspense et d’aventure. Il est servi par de grands acteurs de l’époque (dont Laurence Olivier, ou Anton Walbrook qui retournera avec Powell/Pressburger dans Colonel Blimp et Les Chaussons Rouges), qui constituent une galerie de personnages originaux et humanistes, défendant les valeurs démocratiques. A noter que c’est le futur réalisateur David Lean (Lawrence d’Arabie, Le Pont de la rivière Kwaï) qui en signe le montage. 49e Parallèle a été récompensé de l’Oscar du meilleur scénario, et nominé à ceux de meilleur film et réalisateur.

COLONEL BLIMP

– 21h : Colonel Blimp (Michael Powell & Emeric Pressburger – 1943 – 164 minutes)

avec Roger Livesey, Deborah Kerr, Anton Walbrook

En 1943, un vieux général britannique se remémore les épisodes de sa vie militaire et surtout personnelle.

Le personnage du colonel Blimp est inspiré d’une célèbre série de dessins humoristiques éponyme des années 1930. En aucun cas une adaptation littérale, le film est un complexe et sublime flash-back personnel pendant quarante ans, où un vieux militaire rondelet à moitié risible revisite sa jeunesse fougueuse, remplie de duel, d’amour et d’amitié anglo-germanique, entremêlés par les guerres et l’Histoire. Longtemps considéré comme antipatriotique (jusqu’à Churchill lui-même) par sa critique des valeurs britanniques vieillissantes, il permet en réalité d’éclairer le contraste entre un valeureux code d’honneur militaire d’un ancien temps avec l’actuelle barbarie nazie, dont l’aveuglement et la brutalité menacent toute idée d’humanité entre les peuples. Réflexion sur le temps passé, le film est aussi une ode à l’amour porté par la future star Deborah Kerr, qui joue pas moins de trois personnages différents, représentant la permanence de l’amour perdu et sans cesse recherché dans le visage de chaque candidate potentielle. Prodigieusement écrit et filmé, Colonel Blimp brille des mille feux du Technicolor, ce qui fait de lui un des plus beaux et des plus ambitieux films de l’histoire du cinéma britannique, tant par sa splendeur visuelle que par la fascination que son récit romantique, tragique et humaniste exerce. Martin Scorsese en est un des plus grands admirateurs, au point d’avoir financé sa restauration.

Ciné-club Cary Grant : Elle et lui (1957) – La Mort aux trousses (1959)

Dimanche 6 avril 2014 :

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– 19h : Elle et lui (Leo McCarey – 1957 – 114 minutes)

Avec Cary Grant, Deborah Kerr, Richard Denning

Un playboy mondialement connu et une chanteuse de cabaret, chacun en couple, se rencontrent sur un luxueux paquebot de croisière. Ils se donnent rendez-vous au sommet de l’Empire State Building dans six mois.

Comme Hitchcock l’a fait pour L’Homme qui en savait trop (1934 et 1956), Elle et lui fait partie des rares cas où un réalisateur réalise lui-même un remake d’un de ses précédents films, en l’occurrence Love Affair (1939). Mais la couleur et le format Cinemascope donne une toute autre envergure à cette nouvelle version, visuellement superbe et aux cadrages impeccables. S’il est considéré comme un des plus grands films d’amour selon l’American Film Institute, il ne s’agit en aucun cas d’un mièvre mélodrame, mais d’une comédie romantique très piquante, drôle et rythmée, porté par deux immenses stars de l’époque, Cary Grant et Deborah Kerr. Ils ont formé quatre fois ensemble un couple hautement glamour, et ils apportent au film toute sa grâce, sa légèreté et son humour par leur jeu subtil. Cary Grant tourne d’ailleurs pour la troisième (et dernière fois) fois avec Leo McCarey (réalisateur des Laurel et Hardy et Marx Brothers), après le classique Cette Sacrée vérité (1937) et Lune de miel mouvementée (1942). Ici, son image de séducteur et d’élégance fait comme d’habitude mouche à chaque scène, chaque réplique. Nominé quatre fois aux Oscars (meilleure photographie, costumes, musique et chanson originale), Elle et lui reste une des grandes réussites des carrières de Leo McCarey et Cary Grant, souvent citées dans l’histoire du cinéma (Nuits blanches à Seattle, Au plus près du paradis, MANN).

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– 21h : La Mort aux trousses (Alfred Hitchcock – 1959 – 131 minutes)

Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Jessie Royce Landis, Martin Landau, Edward Platt

Un publicitaire est confondu avec un espion et est enlevé à New York. Il tente de fuir ses kidnappeurs et de s’innocenter en recherchant l’espion pour lequel on le prend.

Cary Grant était réticent à tourner son quatrième film avec Hitchcock, pensant avoir pris sa retraite et être trop vieux pour ce film d’aventure et de course-poursuites. Mais après l’insistance du réalisateur, puis le succès du film, Grant se prosterna devant lui en public à la cafeteria de la MGM pour le remercier de lui avoir le plus grand rôle de sa vie. Car La Mort aux trousses est un monument absolu de l’histoire du cinéma. Vaguement inspiré de l’affaire Galindez (un professeur enlevé en plein New York), le scénario est époustouflant de suspens et de surprises. Hitchcock réalise une fois encore un film sur un homme ordinaire pris dans un engrenage extraordinaire (Les 39 Marches, L’Homme qui en savait trop, etc.), mais La Mort aux trousses en est l’apothéose, l’identification avec le personnage principal est totale. De plus il regorge de scènes d’anthologie qui font partie des plus célèbres d’Hitchcock et du cinéma américain, comme la course-poursuite avec un avion dans le Midwest ou sur le mont Rushmore. La distribution est parfaite : la sensuelle Eva Marie Saint (Sur les quais), James Mason (Lolita), Martin Landau (Mission Impossible, Ed Wood). Bref, un classique d’entre les classiques (au programme du baccalauréat), que l’on pense ranger négligemment parmi les nombreux bons films de ses souvenirs, mais qui à chaque visionnage laisse le souffle coupé par tant de maîtrise et d’efficacité.

Ciné-club James Bond alternatif : Casino Royale (1967) – Jamais plus jamais (1983)

James Bond est une des marques les plus fortes de l’industrie du cinéma, détenue par EON Productions suite à l’achat des droits auprès d’Ian Fleming. Cependant, au milieu de ce juteux business fermement verrouillé, subsistent deux anomalies, deux films hors-série qui ne furent pas produits par EON Productions mais par des producteurs indépendants (raison pour laquelle les films ne font jamais partie des coffrets DVD ou blu-ray). Atypiques, ils ne sont pas moins intéressants pour les amateurs de l’agent secret comme pour les cinéphiles.

Dimanche 26 janvier 2014 :

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– 19h : Casino Royale (Val Guest, Joseph McGrath, John Huston, Ken Hughes, Robert Parrish, Richard Talmadge – 1967 – 130 minutes)

avec Peter Sellers, Ursula Andress, David Niven, Woody Allen, Orson Welles, Deborah Kerr, John Huston

 Sir James Bond, anobli et retraité, est rappelé par les services secrets britanniques pour combattre l’organisation criminelle SMERSH.

Casino Royale, le premier livre d’Ian Fleming, était le seul dont EON Productions (les producteurs des quatre précédents James Bond) ne possédait pas les droits. Le producteur Charles Feldman les avait achetés et ambitionnait d’en faire sa propre adaptation cinématographique. Mais avec le refus de Sean Connery (sous contrat avec EON) de participer au projet, Feldman sentait qu’il ne pourrait pas concurrencer la franchise officielle, et décida de s’en démarquer avec un film humoristique. A partir de là commence un tournage profondément chaotique, qui accumulera les mois de retard et dont le budget doublera (culminant à 11 millions de dollars, soit plus qu’Opération Tonnerre !). Le réalisateur initial (Joseph McGrath) est rapidement viré, et pas moins de cinq autres réalisateurs tourneront chacun des parties différentes du film – dont l’immense John Huston, qui joue M au passage ! Le casting est d’ailleurs on ne peut plus prestigieux : Peter Sellers, Ursula Andress, Orson Welles, Woody Allen, David Niven (le souhait initial de Ian Fleming pour incarner James Bond), Deborah Kerr, et bien d’autres guest-stars tels que Jean-Paul Belmondo, Peter O’Toole, Jacqueline Bisset ou William Holden. Mais Peter Sellers et Orson Welles ne se supportent pas et refusent de tourner ensembles leurs scènes communes, le dépressif Sellers quittant carrément le tournage, obligeant l’équipe à inventer et tourner un nouveau début et une nouvelle fin pour la cohérence scénaristique… Au final, le résultat est un joyeux n’importe quoi parodique et délirant, avec une esthétique à tomber par terre, des décors inouïs et des costumes impeccables, une bande son easy listening culte de Burt Bacharach jouée par l’orchestre de Herb Alpert (avec le classique The Look of Love de Dusty Springfield), bref un film coloré et effréné typiquement sixties, représentatif du Swingin’ London psychédélique. Pour une adaptation plus sérieuse du roman d’Ian Fleming, il faudra attendre 2006.

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– 21h : Jamais plus jamais (Irvin Kershner – 1983 – 134 minutes)

avec Sean Connery, Klaus Maria Brandauer, Max von Sydow, Kim Bassinger, Barbara Carrera

 James Bond est sur les traces de l’organisation criminelle le SPECTRE, qui est parvenue à voler deux ogives nucléaires, et qui en exigent une rançon colossale sous peine de les utiliser en représailles.

Kevin McClory avait travaillé avec Ian Fleming à l’écriture du script de ce qui devait être la première adaptation de James Bond au cinéma. Mais finalement le projet échoua, et Fleming réutilisa ce travail (sans créditer McClory) pour écrire un roman, Opération Tonnerre (Thunderball), dont les droits furent ensuite achetés pour le cinéma par EON Productions, qui en fit un film en 1965. McClory attaqua en justice Fleming, gagna le procès et devint propriétaire des droits cinématographiques du scénario. Ainsi, dans les années 70 il commence à mettre sur pied un projet de remake de Thunderball. Avec la belle somme (pour l’époque) de 5 millions de dollars il parvient à enrôler Sean Connery (dont le dernier James Bond remontait aux Diamants sont éternels en 1971). Les James Bond girls Kim Basinger et Barbara Carrera sont irrésistibles et crèvent l’écran, la mise en scène d’Irvin Kershner, illustre réalisateur de L’Empire Contre-Attaque (considéré comme le meilleur film de la saga Star Wars), est irréprochable et palpitante, tandis que l’intrigue exotique fait voyager des Bahamas à l’Afrique du Nord en passant par le sud de la France, sur une partition de l’inestimable Michel Legrand. Certes, Sean Connery et James Bond ont vieilli, mais le ton reste léger, drôle et diablement efficace grâce au dosage idéal des ingrédients indémodables de la série – tout l’inverse des derniers épisodes en date, qui s’entêtaient soit dans la vaine surenchère technologique et pyrotechnique, soit dans l’émasculation du personnage en fouillant ses faiblesses et son inconscient pour le rendre moins mythique et aussi médiocre que son public, selon la grande mode des séries américaines modernes. Jamais plus jamais sort en 1983, quelques mois après Octopussy avec Roger Moore, mais fera un moins bon score que son rival de la franchise officielle. A noter que le titre, suggéré par la femme de Sean Connery, est un clin d’œil à une déclaration que ce dernier avait faite après Les Diamants sont éternels, comme quoi il ne tournerait plus jamais un film de James Bond. Never say never again !