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Ciné-club Nanar 2 en 1 : Clash of the ninjas (1986) – Ninja in action (1987)

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– 19h : Clash of the ninjas (Wallace Chan – 1986 – 82 minutes)

avec Paulo Tocha, Louis Roth, Eric Neff, Joe Redner, James Mutch Crockett

Deux anciens disciples ninjas, l’un devenu agent des services secrets, l’autre mercenaire, vont voir leurs chemins se rejoindre à la suite d’assassinats.

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– 21h : Ninja in action (Tommy Cheng – 1987 – 85 minutes)

avec Stuart Smith, Louis Roth, Christine O’Hara, Kent Poon, Julie Luk

Un gang de ninjas dérobe des pierres précieuses. Leur chef élimine tous les hommes, sauf un qui cherche à se venger.

Les films de ninjas asiatiques sont un des piliers de la production nanar. Wallace Chan et Tommy Cheng semblent être des pseudonymes de Godfrey Ho (ce qu’il nie, mais son style unique ne trompe pas), sans doute le plus fameux réalisateur du genre. Avec les producteurs Joseph Lai (IFD Films), ou comme pour ces deux films Tomas Tang (Filmark), ils se sont spécialisés dans l’incroyable technique dite du 2 en 1 : l’essentiel du film est constitué de scènes d’un (ou parfois plusieurs) films préexistants (tout à fait illégalement bien sûr), auxquels sont ajoutées quelques scènes fraichement tournées avec des acteurs occidentaux semi-amateurs expatriés à Hong Kong (qui cabotinent très souvent). Le tout est remonté et doublé avec de nouveaux dialogues pour faire croire que tout le monde participe à la même histoire (souvent bancale). Ainsi la magie du montage donne l’impression que les acteurs de plusieurs films distincts se parlent ou se téléphonent entre eux ! Avec un budget ridicule, le producteur se retrouve avec un nouveau film prêt à inonder les salles occidentales. Et les tandems Ho/Lai et Ho/Tang en ont produit des dizaines, en pleine mode ninja, avec des titres aussi évocateurs et répétitifs que Ninja Terminator, Flic ou ninja, Golden ninja warrior, Full metal ninja, Black ninja, Ninja exterminator, parmi d’autres ! Ajoutons qu’on retrouve souvent dans la bande-son des morceaux de Pink Floyd, Joy Division, Tangerine Dream et bien d’autres, toujours sans les droits d’utilisation, évidemment ! N’oublions pas que la moitié de l’humour de ces nanars provient comme d’habitude du doublage français surréaliste, oscillant entre le jeu exagéré ou somnambule. Enfin, après 115 films, l’Ed Wood du cinéma hongkongais ne réalise plus mais est aujourd’hui professeur de cinéma à la Hong Kong Film Academy. Des cours magistraux assurément précieux !

Ciné-club monstres marins : Le Monstre vient de la mer (1955) – L’Etrange Créature du lac noir (1954) – Crocodile Fury (1988)

Les vacances d’été approchent, et pour beaucoup elles sont synonymes de plages et baignades. Mais méfiez-vous à côté de quoi vous nagez !

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   – 19h : Le Monstre vient de la mer (Robert Gordon – 1955 – 79 minutes)

avec Kenneth Tobey, Faith Domergue, Donald Curtis, Ian Keith

Des scientifiques et militaires combattent une pieuvre géante qui menace San Francisco.

Après l’immense succès du Monstre des temps perdus (1954), la mode des films à grand spectacle se porte sur les monstres géants, souvent marins. L’énergie radioactive étant aussi en vogue, c’est un parfait prétexte pour expliquer la taille des monstres, et y mêler des considérations scientifiques et militaires. C’est ainsi que Godzilla voit le jour dans la foulée au Japon. Déjà auteur des effets spéciaux du Monstre des temps perdus, Ray Harryhausen rempile pour Le Monstre vient de la mer. Le film repose sur les épaules de ce technicien de génie, très respecté dans le métier et qui a donné sa vocation à beaucoup de futurs professionnels du cinéma. Il donne ainsi l’occasion d’admirer une fois de plus ses prouesses en stop motion, animations image par image, intégrées ensuite en post-production à des scènes avec de véritables acteurs. C’est d’ailleurs avec ce film qu’il commence une longue collaboration avec le producteur Charles H. Schneer, qui se poursuivra jusqu’à la fin de sa carrière, et générera des classiques du cinéma fantastique ou de science-fiction tels que Les Soucoupes volantes attaquent (1956), Le Septième Voyage de Sinbad (1958) ou Le Choc des Titans (1981).

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– 20h30 : L’Etrange Créature du lac noir (Jack Arnold – 1954 – 80 minutes)

avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning, Antonio Moreno, Ricou Browning

En Amazonie, une étrange créature amphibie attaque une équipe de scientifique, et s’éprend d’une assistante.

Dernier avatar des mythiques Universal Monsters (films de monstres produits par Universal Studios), L’Etrange Créature du lac noir marque la fin d’une époque. Après les immenses succès, à partir des années 30, de Dracula, Frankenstein, la Momie ou le Loup-Garou (et leurs multiples suites), la mode est passée aux monstres géants et aux périls extra-terrestres, bien plus spectaculaires. Pour rivaliser, Universal mit donc le paquet et tourna le film en 3D ! Le monstre est un chaînon manquant entre l’homme et le poisson (il n’aura pas dépareillé dans une nouvelle de Lovecraft), et fait preuve d’une psychologie réaliste et presque touchante. Le costume et le maquillage sont impressionnants, la créature étant interprétée par deux acteurs (un pour les scènes sur terre, et un nageur olympique pour les scènes sous l’eau), tandis que les séquences aquatiques sont remarquables et poétiques – et inspireront directement Steven Spielberg pour Les Dents de la mer (1975). Le film est un très grand succès, qui donnera lieu à deux suites : La Revanche de la créature (1955, avec une des toutes premières apparitions de Clint Eastwood !) et La Créature est parmi nous (1956). Au-delà du succès de l’époque, le monstre est entré dans la culture populaire américaine, aux côtés des autres Universal Monsters (qui seront tous réunis dans The Monster Squad en 1987), tandis que le film est ressorti au cinéma en 3D en 2012. A noter que la légendaire séquence de Sept ans de réflexion (1955) où la robe de Marilyn Monroe est soulevée par l’air expulsé d’une grille de métro prend place au cours d’une discussion sur L’Etrange Créature du lac noir qu’elle vient de voir au cinéma ! Enfin un animal amphibie dont le fossile de 338 millions d’années a été découvert en 1998 lui doit son nom.

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– 22h : Crocodile Fury (Ted Kingsbrook – 1988 – 87 minutes)

avec Kent Wills, Sorapong Chatree, Ernest Mauser, Trudy Calder, Lucas Byrne

Un crocodile maléfique terrorise un village de Thaïlande.

Attention, chef d’œuvre ! Nous sommes en présence d’un film hors-norme. Tout simplement du nanar le mieux noté par la rédaction du site Nanarland.com ! Avec une moyenne de 4,545/5, Crocodile Fury dépasse même Turkish Star Wars d’une courte tête. Il s’agit d’un « deux en un », pratique courante de la firme hongkongaise Filmark, où Tomas Tang, producteur peu scrupuleux des droits d’auteur, récupère purement et simplement des scènes d’un autre film (ici Krai Thong 2, honnête film thaïlandais des années 80, avec la star Sorapong Chatree, pour les attaques du crocodile) pour y ajouter des scènes tournées à la va-vite avec comme acteurs des occidentaux sans expérience expatriés à Hong Kong (avec des histoires de mercenaires, de conquête du monde, de zombies, on n’a pas tout compris). Le tout est redoublé pour relier les différentes scènes autour d’un même « scénario », et le résultat est un nouveau film réalisé à peu de frais, totalement incohérent et absurde, prêt à inonder les cinémas et vidéoclubs d’Occident (ce qui justifie sans doute que tous les personnages asiatiques aient des noms américains…). Le doublage français est plus que foireux, il totalement délirant – il pourrait presque faire à lui tout seul la saveur de ce nanar qui, forcément, plus d’un tour dans son sac. Le réalisateur n’a même pas osé signer de son nom véritable, c’est dire, mais quel nanar bouleversant et sublime ! Un sommet absolu et jouissif du genre !