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Ciné-club Ballet : Black Swan (2010) – Les Chaussons Rouges (1948)

BLACK SWAN

– 19h : Black Swan (Darren Aronofsky – 2010 – 108 minutes)

avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis, Barbara Hershey, Winona Ryder, Benjamin Millepied

Au sein de la troupe du New York City Ballet, Nina tente de décrocher le rôle principal du Lac des Cygnes, dirigé par l’ambigu Thomas.

Après les quasi-expérimentaux Pi et Requiem for a dream, Darren Aronofsky est revenu à des formes plus accessibles dans The Fountain et The Wrestler (Lion d’or à la Mostra de Venise), sans toutefois se vider de sa singularité filmique. Black Swan continue dans cette lancée : derrière ce film de danseuse du ballet Le Lac des cygnes qui évolue entre rivalités externes et luttes internes de confiance en soi, se cache une œuvre ambivalente, hallucinatoire et schizophrénique. Natalie Portman (Star Wars I, II et III) joue enfin le grand rôle de sa carrière, fragile et tourmentée, récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice. Mais son bonheur ne s’arrête pas là, puisque le chorégraphe du film Benjamin Millepied (aujourd’hui directeur du ballet de l’Opéra national de Paris), qui joue aussi son partenaire de ballet, va rapidement devenir à la ville son mari et père de son enfant ! Autre français au casting, Vincent Cassel dans un rôle ambigu de maître de ballet, oscillant entre direction artistique, séduction et manipulation. De même que Le Lac des cygnes alterne cygne blanc et cygne noire, Black Swan met en scène la perfection contre le lâcher prise, la pureté contre la sensualité, la réalité contre les fantasmes, le rêve contre le cauchemar, le combat contre les autres et contre soi-même, ce qui concourt évidemment à brouiller les pistes et les frontières tout le long du film. Le thème du double est ainsi au cœur de la narration, les divers personnages féminins du film pouvant être vus comme des projections idéales, ratées, sexuelles ou rivales de l’héroïne, jusqu’à son propre doublement intérieur. Le Lac des cygnes devient ainsi le corps et le cœur de Black Swan, thriller gracieux et paranoïaque où l’héroïne fait trop corps jusqu’à la folie avec le personnage qu’elle doit interpréter.

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– 21h : Les Chaussons rouges (Michael Powell, Emeric Pressburger – 1948 – 135 minutes)

avec Moira Shearer, Anton Walbrook, Marius Goring, Leonide Massine, Robert Helpmann, Albert Basserman, Esmond Knight, Ludmilla Tchérina

La danseuse Victoria Page souhaite intégrer la célèbre compagnie de ballet du tyrannique directeur Boris Lermontov, qui exige que l’on sacrifie tout pour l’art.

Michael Powell et Emeric Pressburger sont parmi les plus importants artistes du cinéma anglais. Si le premier est réalisateur et le second scénariste, ils signeront sans distinction toutes leurs œuvres communes (Colonel Blimp, Le Narcisse noir), associés au sein de Archers Films Production. Reprenant un ancien scénario de Pressburger pour un projet sans suite, Les Chaussons rouges est un film de ballet adapté d’un conte d’Andersen, avec pour une fois d’authentiques professionnels du métier : Moira Shearer était une étoile montante du ballet britannique, Leonide Massine et Robert Helpmann des prestigieux danseurs et chorégraphes. Les Ballets russes de Serge Diaghilev portent une ombre évidente sur le film, d’une part à travers le personnage fascinant et glaçant du directeur Lermontov joué par Anton Walbrook qui s’en inspire directement, et aussi via Massine qui avait remplacé le légendaire Vaslav Nijinski dans les Ballets russes. Le film culmine à son milieu dans une inoubliable et irréelle scène de ballet de 17 minutes avec 53 danseurs, une des plus incroyables de l’histoire du cinéma. Mais Les Chaussons rouges n’est pas qu’un film de danse, bien qu’il en soit le plus beau : c’est aussi et surtout un film sur la création artistique et le sacrifice qu’il exige, comme un pacte méphistophélique qui fait renoncer à l’amour et à la vie. Totalement boudé par les producteurs anglais de l’époque qui ne l’ont projeté qu’à minuit et sans même en réaliser une affiche, Les Chaussons rouges, avec son Technicolor à tomber par terre, s’est imposé comme une œuvre d’art totale, esthétique, visuelle, scénographique et musicale, qui remporta les Oscars de meilleures direction artistique et musique et fut nommé à ceux de meilleurs film, scénario et montage. Féérique et vertigineuse, une référence absolue de la cinéphilie, comptant parmi ses plus fervents admirateurs Martin Scorsese (qui a financé sa restauration), Brian De Palma (qui le connait par cœur image par image, et qui s’en inspirera pour son Phantom of the Paradise) ou Francis Ford Coppola, et qui perdure encore récemment avec Black Swan.

Ciné-club Inde : Le Fleuve (1951) – Gandhi (1982)

Dimanche 23 février 2014 :

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– 19h : Le Fleuve (Jean Renoir – 1951 – 99 minutes)

avec Nora Swinburne, Esmond Knight, Arthur Shields, Thomas E. Breen, Adrienne Corri, Suprova Mukerjee

En Inde, deux jeunes anglaises expatriées avec leurs familles et une indienne tombent amoureuses d’un jeune officier anglais blessé à la guerre.

Le Fleuve est le premier film tourné en couleur de Jean Renoir. Le tournage a duré quatre mois en Inde dans la région de Calcutta sur les bords du Gange, et la première chose qui frappe est à quel point les couleurs sont belles ! Le Technicolor nous restitue la splendeur visuelle et picturale de l’Inde, sa végétation, sa faune, sa vie locale, artisanale et culturelle. Car Le Fleuve a un aspect quasi-documentaire dans de multiples séquences contemplatives et rêveuses, où la caméra d’un occidental filme la poésie et l’exotisme si singuliers de l’Inde. C’est aussi un film mélodramatique adapté d’un livre semi-autobiographique de Rumer Godden (auteur du Narcisse noir) sur le premier amour, rite de passage inévitablement douloureux dans l’âge adulte, et dont le cadre indien apporte un supplément de spiritualité et de sagesse sur la vie et la mort. Renoir a choisi certains acteurs non-professionnels, comme Thomas E. Breen qui était vraiment unijambiste comme son personnage. Quant à Esmond Knight, il avait réellement perdu son œil à la guerre, et était marié avec Nora Swinburne, comme à l’écran. Enfin, Adrienne Corri jouera vingt plus tard la femme violée de l’écrivain dans Orange Mécanique. Le Fleuve a reçu le prix international de la Mostra de Venise, et continue d’exercer sa fascination depuis plusieurs générations : c’est un des films préférés de Martin Scorsese, ainsi qu’une influence immédiate de Wes Anderson pour A bord du Darjeeling Limited (2007).

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– 21h : Gandhi (Richard Attenborough – 1982 – 191 minutes)

avec Ben Kingsley, Candice Bergen, Edward Fox, John Gielgud, Trevor Howard, John Mills, Martin Sheen

Le film retrace la vie de Gandhi, depuis ses années d’avocat en Afrique du Sud vers la longue et tumultueuse route de l‘indépendance indienne.

Gandhi est un monumental biopic de trois heures comme on n’en fait plus, c’est-à-dire avant que cela n’en devienne un genre commercial à la mode qui pollue chaque mois les salles de cinéma au sujet d’à peu près n’importe quelle célébrité. Le projet a mis vingt ans à se concrétiser, et Richard Attenborough (également acteur, comme dans La Grande Evasion ou Jurassic Park) a même pu rencontrer et obtenir le soutien de Nehru et de sa fille Indira Gandhi, premiers ministres indiens historiques. Tourné quasi-entièrement en Inde pendant vingt-quatre semaines, le film nécessita la construction de 87 décors pour 189 scènes, dont l’ashram de Gandhi sur un terrain de plusieurs milliers de mètres carrés ; la colossale séquence des funérailles, organisée à New Dehli le jour anniversaire de la mort de Gandhi, a accueilli plus de 400.000 figurants. Ben Kingsley, grand acteur du théâtre anglais à moitié indien par son père, joue le rôle de sa vie, avec retenue et vérité. Gandhi est filmé avec sobriété et dignité, sans sur-dramatiser une fresque historique, politique et morale tellement riche et complexe que ses enjeux se suffisent à eux-mêmes. Outre une personnalité charismatique et un destin hors du commun, c’est surtout le discours de non-violence et de liberté qui ressort au final du film. Il a récolté huit Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur scénario, meilleur montage, meilleure direction artistique, meilleure photographie et meilleurs costumes – la musique du maître Ravi Shankar n’a été que nominée.