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30 juillet 2017 : Ciné-club La Dolce vita (1960)

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– 19h : La Dolce vita (Federico Fellini – 1960 – 167 minutes)

avec Marcello Mastroianni, Anita Ekberg, Alain Cuny, Anouk Aimée, Magali Noel, Yvonne Furneaux, Annibale Ninchi, Lex Barker, Jacques Sernas, Nadia Gray, Walter Santesso

Marcello, un chroniqueur mondain, erre dans Rome de fêtes en fêtes, de femmes en femmes.

Après une brillante série de films néo-réalistes (notamment La Strada, Oscar du meilleur film étranger), Federico Fellini opère une rupture décisive dans son style, devenant plus onirique et poétique. La Dolce vita est l’incarnation de ce virage, sorte de comedia dell’arte remplie de personnages extravagants et de séquences baroques. Dans les habituels studios Cinecitta, il tourne pour la première fois avec l’immense Marcello Mastroianni, qui va devenir son double à l’écran (Huit et demi, La Cité des femmes, Ginger et Fred) et se forger une image de séducteur au milieu d’une galerie de femmes toutes plus distinctes et envoutantes jusqu’au bout de la nuit romaine. Il est impossible de ne pas penser à la légendaire scène où Mastronianni rejoint Ekberg dans la fontaine de Trevi, devenue un passage obligé pour les touristes du monde entier (les deux acteurs se retrouveront devant la caméra du maître en 1987 dans Intervista). A travers l’errance d’un journaliste (le terme paparazzi a tout simplement été inventé par le film), Fellini expose sans juger les transformations, excès et contradictions des mœurs de la société italienne en plein miracle économique. Malgré sa Palme d’or au Festival de Cannes, La Dolce vita a fait un retentissant scandale dans l’Italie aux valeurs chrétienne traditionnelles encore très fortes (on crache même au visage du réalisateur, l’Eglise le menace d’excommunication !), ce qui a malgré tout servi à sa publicité. Qu’importe, ce film exubérant, surréaliste et sensuel, ponctués par la partition du fidèle Nino Rota, est devenu depuis un monument du cinéma italien.

13 octobre : Ciné-club Libertins : Les Liaisons Dangereuses (1988) – Le Casanova de Fellini (1976)

Le Festin Nu s’honore d’accueillir régulièrement des libertins dont l’anonymat est scrupuleusement respecté. Il était temps de leur consacrer une soirée cinématographique, avec deux adaptations des écrits les plus représentatifs du libertinage français du XVIIIème siècle.

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– 19h : Les Liaisons Dangereuses (Stephen Frears – 1988 – 119 minutes)
avec Glenn Close, John Malkovich, Michelle Pfeiffer, Keanu Reeves, Uma Thurman

Deux aristocrates, anciens amants et manipulateurs, complotent par défi de pervertir deux jeunes femmes vertueuses de la noblesse afin de les déshonorer publiquement.

Le classique et scandaleux roman libertin (paru en 1782) de Pierre Choderlos de Laclos a été adapté pas moins de six fois au cinéma. Malgré des concurrents de poids (Roger Vadim en 1959 ou Milos Forman en 1989), cette version de Stephen Frears passe pour la plus fidèle et la plus réussie. Mais l’adaptation fut loin d’être facile, puisque le roman original n’était constitué que de lettres entre les deux protagonistes principaux. C’est pourquoi Stephen Frears s’est aussi basé sur la pièce de théâtre que Christopher Hampton en avait tirée. C’est la seule version (avec celle de Forman réalisée au même moment) à situer l’histoire dans son XVIIIème siècle d’origine. Outre son scénario adapté, ses décors et ses costumes (qui reçurent tous trois un Oscar), le film brille pour son casting et son interprétation au sommet – au tout premier plan Glenn Close et John Malkovich, monstres qui mènent la cruelle mascarade, la première maniant l’hypocrisie et le venin à merveille, le second la sensualité et le sadisme. A noter l’un des tout premiers rôles de Uma Thurman en jeune ingénue qui ne le restera pas longtemps.

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– 21h : Le Casanova de Fellini (Federico Fellini – 1976 – 154 minutes)
avec Donald Sutherland, Tina Aumont, Cicely Brown

Le film narre la vie de Giacomo Casanova à travers plusieurs épisodes clefs, depuis son emprisonnement à la prison des Plombs à Venise jusqu’à ses voyages européens et ses conquêtes en Italie, France, Angleterre ou Allemagne.

Tourné en anglais intégralement dans les studios Cinecitta à Rome, cette production fastueuse nécessita une équipe d’une centaine de personnes, mille costumes, six cent perruques, cent quatre-vingt six interprètes, deux mille cinq cent figurants et un budget de six milliards de livres. On pourrait s’attendre à ce qu’une adaptation grandiloquente des mémoires de Casanova par le maestro italien renforce la légende du séducteur aventurier – pourtant Fellini s’est ennuyé à la lecture de sa vie, et entreprend de déconstruire le mythe ! Le titre du film indique donc clairement qu’il s’agit d’une vision très personnelle : à contre-courant des récits merveilleux qui lui sont d’ordinaire consacrés, Fellini montre sa futilité et sa déchéance pathétique au sein d’une époque vulgaire. Il ne faut pas non plus espérer se délecter de scènes de séductions glamours ou érotiques, car ses ébats sont chastement montrés comme mécaniques et répétitifs. Cependant le film n’en est pas pour autant négatif ou décourageant, il est au contraire conforme à l’esthétique fellinienne : baroque jusqu’au grotesque, d’une théâtralité poétique ou onirique, avec une musique ensorcelante et inoubliable du fidèle Nino Rota, au milieu de costumes scintillants de mille feux (couronnés par un Oscar) et de décors colossaux et féériques (qui en auraient mérité un aussi). Même si Fellini, pour qui les fantasmes sexuelles ont pourtant toujours été au cœur de son œuvre, semble régler ses comptes avec le mythe du sur-mâle, sa mise en image hallucinée et désenchantée de Casanova demeure une danse macabre tout à fait sublime.