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2 juillet 2017 : Ciné-club ville frontière : Casablanca (1942) – Le Troisième homme (1949)

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– 19h : Casablanca (Michael Curtiz – 1942 – 102 minutes)

avec Humphrey Bogart, Ingrid Bergman, Paul Henreid, Claude Rains, Conrad Veidt, Sydney Greenstreet, Peter Lorre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un patron d’un club à Casablanca voit débarquer son ancien amour en compagnie d’un héros de la Résistance qui doit absolument se procurer des papiers pour quitter le pays et poursuivre la lutte.

Hollywood produisait des dizaines de films du genre à la chaîne, en tant qu’industrie parfaitement bien rôdée, avec des talents à tous les étages, des plus discrets techniciens aux plus grandes stars. Et pourtant le sort a fait de Casablanca une alchimie littéralement miraculeuse, le faisant entrer au panthéon des grands classiques de l’histoire du cinéma. A l’origine une pièce de théâtre adaptée et modifiée par la Warner, le film est réalisé par le prolifique américain d’origine hongroise Michael Curtiz (173 films !), déployant ses superbes et subtils mouvements de caméra. Eclipsant Ronald Reagan (!) pour le premier rôle, Humphrey Bogart est alors en pleine ascension (il a joué dans le mythique Faucon maltais l’année précédente), et Ingrid Bergman n’a jamais été aussi belle, les deux formant l’un des couples les plus iconiques et déchirants du cinéma. Tourné en pleine Seconde Guerre mondiale, Casablanca a une résonnance historique particulière avec le patriotisme des Alliés, le couple devant choisir entre leur amour privé ou le sacrifice pour une cause plus grande et universelle. Leur incertitude et leur confusion n’est pas simulée, puisque le acteurs ne connaissaient pas la conclusion du scénario avant le dernier jour de tournage ! Chaque acteur secondaire est aussi brillant : Claude Rains (L’Homme invisible, Le Fantôme de l’opéra, Les Enchaînés), Sidney Greenstreet (Le Faucon maltais), Peter Lorre (M le maudit, Le Faucon maltais), et la photographie noir et blanc est absolument prodigieuse. Perfection magnétique de tous les instants, Casablanca a reçu les Oscars des meilleurs film, réalisateur et scénario adapté, nommé dans cinq autres (meilleurs acteur pour Bogart, second rôle pour Rains, photographie, montage et musique), et trône toujours, pour ceux qui l’ignoraient encore, sur le podium des classements des plus grands films américains, avec Citizen Kane ou Le Parrain.

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– 21h : Le Troisième homme (Carol Reed – 1949 – 104 minutes)

avec Joseph Cotten, Alida Valli, Orson Welles, Trevor Howard

Un écrivain se rend à Vienne, alors occupée par les différents vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, à l’invitation d’un ami. Mais le jour de son arrivée il apprend sa mort mystérieuse. Il décide de mener sa propre enquête…

Ecrit par le réalisateur britannique Carol Reed et l’écrivain Graham Greene, Le Troisième homme se passe à Vienne en ruines, divisée comme Berlin en différents secteurs contrôlés par les Alliés. La ville est un décor idéal pour un trouble film d’espionnage, rempli de cadrages magnifiques, d’une photographie renversante de contrastes et d’ombres (ce qui lui valut un Oscar). Le personnage mythique d’Harry Lime fut inspiré à Graham Green par un de ses supérieurs aux services secrets britanniques. Orson Welles tient un de ses plus fameux rôles d’acteur – métier qu’il consentait à faire uniquement pour financer ses propres réalisations, en l’occurrence Othello à l’époque. En plus de sa présence magnétique à l’écran, on raconte qu’il influença la mise en scène de certaines séquences ou ses dialogues. L’inoubliable thème musical à la cithare fut si populaire qu’il sortit en single et se vendit à plusieurs millions d’exemplaires (elle sera réutilisée pour la série Around the world with Orson Welles) ! Avec son scénario riche et ses multiples scènes cultes (les égouts, la grande roue, l’enterrement), Le Troisième homme est un des sommets du film noir, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes. Le personnage d’Harry Lime fut si célèbre qu’il eut droit à sa propre série radiophonique sur la BBC ! En 1953, Carol Reed tournera un autre film d’espionnage, cette fois-ci  Berlin : L’Homme de Berlin.

18 juin 2017 : Ciné-club Piano : La Leçon de piano (1993) – Le Pianiste (2002)

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– 19h : La Leçon de piano (Jane Campion – 1993 – 115 minutes)

avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neil, Annna Paquin, Kerry Walker, Geneviève Lemon

Au XIXème siècle, une femme part avec sa fille rejoindre son nouveau mari en Nouvelle-Zélande. Muette, elle est impérieusement attachée à son piano. Mais celui-ci devient la propriété d’un voisin qui la désire.

La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, après Sweetie et Un ange à ma table, signe à nouveau un drame romanesque auscultant les méandres du désir féminin, à partir d’une muette qui s’exprime au moyen de son piano, qu’elle transporte péniblement jusque dans la jungle néo-zélandaise. Il sera l’objet d’un contrat érotique : son nouveau propriétaire le lui restituera touche par touche en échange d’autant de fantaisies qu’elle lui autorisera. Les émotions se lient et se tendent au milieu de magnifiques paysages naturels et sauvages, aussi agités que les passions des complexes personnages, impeccablement joués. A noter qu’Holly Hunter a assuré elle-même presque toutes les parties de piano du film. Entre classicisme et romantisme, La Leçon de piano reçoit une pluie de récompenses internationales, à commencer par la Palme d’or du Festival de Cannes (la première de l’histoire pour un film d’une réalisatrice, et à ce jour la seule) et le prix d’interprétation féminine pour Holly Hunter, ainsi que trois Oscars (meilleure actrice, meilleur second rôle féminin et meilleur scénario original) ou le César du meilleur film étranger, parmi d’autres Golden Globes ou BAFTA. Harvey Keitel retrouvera Jane Campion en 1999 dans Holy Smoke.

LE PIANISTE

– 21h : Le Pianiste (Roman Polanski – 2002 – 148 minutes)

avec Adrien Brody, Thomas Kretschmann, Frank Finlay, Maureen Lipman, Emilia Fox, Ed Stoppard, Julia Rayner, Jessica Kate Meyer

Durant la Seconde Guerre mondiale à Varsovie, un brillant pianiste et sa famille endurent les persécutions antisémites grandissantes.

Roman Polanski a vécu la persécution des juifs dans son enfance à Cracovie durant la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi Steven Spielberg lui avait proposé de réaliser La Liste de Schindler, ce qu’il déclina car le film ne lui était pas assez personnel. Mais c’est à la lecture du livre autobiographique de Wladyslaw Szpilman, célèbre pianiste polonais, qu’il trouve l’occasion de réaliser un film sur l’Holocauste. Szpilman travaillait à la radio de d’Etat, mais fut enfermé avec sa famille dans le ghetto de Varsovie, puis dû se cacher dans des conditions effroyables, dangereuses et misérables, pour échapper à la mort. Szpilman meurt cependant en 2000 durant l’écriture du scénario du film. Adrien Brody perdit quatorze kilos pour se préparer au rôle, quitta son appartement, vendit sa voiture et se priva de télévision pour atteindre le niveau de solitude de son personnage. Production française tourné en anglais en Pologne, Le Pianiste est admirablement reconstitué et se déploie méthodiquement dans une mise en scène sobre et digne, sans pathos manipulateur face à l’horreur et la déshumanisation nazie. Le film a été un succès critique et commercial incontestable, remportant une quarantaine de récompenses dont la Palme d’or du Festival de Cannes, sept Césars (dont meilleurs film, réalisateur et acteur) et trois Oscars (meilleurs réalisateur, acteur et scénario adapté. De toute sa riche et diverse filmographie, Polanski considère que c’est le film par lequel il souhaite que l’on se souvienne de lui, indéniablement son plus intime.

30 avril 2017 : Ciné-club Le Guépard (1963)

LE GUEPARD

– 19h : Le Guépard (Luchino Visconti – 1963 – 184 minutes)

avec Burt Lancaster, Alain Delon, Claudia Cardinale, Paolo Stoppa, Serge Reggiani, Rina Morelli, Romolo Valli, Terence Hill, Pierre Clémenti

Pendant la campagne d’unification italienne menée par les troupes de Garibaldi en Sicile, le prince Salina observe les bouleversements et le déclin de son époque, tandis qu’il arrange le mariage de son neveu Tancrède avec Angelica, la fille d’un propriétaire foncier.

L’unique roman de Lampedusa est paru en 1958, un an après sa mort, et devient un évènement littéraire en Italie. Il est rapidement adapté quatre ans plus tard par Luchino Visconti, dont le précédent film a triomphé à la Mostra de Venise, Rocco et ses frères, déjà avec Alain Delon et Claudia Cardinale. Le cowboy hollywoodien Burt Lancaster (Vera Cruz) est imposé par la production, mais incarne parfaitement le prince Salina. Fresque historique sublime et monumentale, Le Guépard a nécessité sept mois de tournage (dont un entier pour la séquence du bal, qui dure quarante-cinq minutes), cent cinquante décorateurs, cent quarante maquilleurs et coiffeurs, cinquante fleuristes. La Sicile de 1860 est ainsi recréée dans ses moindres détails pour un coût astronomique, et l’esthétique décadente et minutieuse de Visconti explose spectaculairement à l’écran. Il filme une aristocratie à l’agonie, la disparition d’un monde et l’émergence d’un nouveau, avec son lot de désillusion et de mélancolie. Le réalisateur communiste montre ainsi comment toute poussée du monde vers le neuf se retrouve pliée par les règles du vieux, résumé par la fameuse formule « pour que rien ne change, il faut que tout change ». Brillant de mille feux, ce chef d’œuvre absolu du cinéma a été couronné de la Palme d’or du Festival de Cannes. Visconti retrouvera Cardinale dans Sandra (1965) et Lancaster dans Violence et passion (1974).

19 mars 2017 : Ciné-club Poisson avec John Cleese & Michael Palin : Monty Python : Le Sens de la vie (1983) – Un Poisson nommé Wanda (1988)

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– 19h : Monty Python : Le sens de la vie (Terry Jones – 1983 – 106 minutes)

avec Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Terry Jones, Eric Idle, Michael Palin

Des poisons dans un aquarium s’interrogent sur le sens de la vie.

La troupe britannique des Monty Python se forme en 1969 avec leur cultissime série télévisée Flying Circus, qui durera quatre ans et marquera à jamais la culture populaire par son insurpassable absurdité humoristique. Ils entrent au cinéma en 1971 en retournant certains des meilleurs sketchs de la série sous le nom de La Première folie des Monty Python. Si leurs deux films suivants ont une histoire cohérente, Sacré Graal en 1975 et La Vie de Brian en 1979, Le Sens de la vie revient au format des sketchs libres, malgré un vague fil conducteur autour du… sens de la vie ! Le film est découpé en sept parties, de la naissance à la mort, dégommant les codes de la société anglaise (notamment la sexualité, la religion ou l’armée), entrecoupé de quatre chansons (dont l’imposant « Every Sperm Is Sacred ») et de nombreux passages cultes (un énorme client qui mange toute la carte d’un restaurant). Le film est précédé d’un court-métrage de seize minutes de Terry Gilliam, sur des vieux employés d’une compagnie d’assurance qui se rebellent contre leurs nouveaux propriétaires, des financiers américains. Le Sens de la vie a été récompensé du Grand Prix du Festival de Cannes. Quand Universal Studios leur a proposé de faire un film, ils leur ont dit qu’ils n’auront plus besoin de travailler le reste de leur vie. Cela expliquerait ainsi qu’il s’agisse de leur dernier film ! La troupe s’est finalement reformée pour dix représentations sur scène à Londres en 2014 – les vint milles places pour le premier soir se sont écoulés en quarante-cinq secondes.

UN POISSON NOMME WANDA

– 21h : Un Poisson nommé Wanda (Charles Crichton – 1988 – 108 minutes)

avec John Cleese, Jamie Lee Curtis, Kevin Kline, Michael Palin

Un avocat anglais coincé tombe amoureux d’une voleuse de bijoux, alors que son complice et amant est un psychopathe se prenant pour un intellectuel.

Les membres de Monty Python ont bien sûr continué séparément leurs carrières au cinéma, avec des succès divers. Ils se sont d’ailleurs souvent croisé individuellement, ne serait-ce que dans des films de leur acolyte Terry Gilliam (Jabberwocky, Bandits bandits, Brazil ou Les Aventures du baron du Münchhausen). John Cleese et Michael Palin se retrouvent ainsi dans Un Poisson nommé Wanda, une comédie anglaise à petit budget écrite et produite par Cleese, qui va connaître un triomphe international aux cent quatre-vingt-dix millions de dollars de recette. Autour d’une histoire de diamants volés à récupérer, les quatre acteurs principaux forment une équipe aussi improbable qu’hilarante : Cleese en avocat coincé à la vie de famille ennuyeuse, Jamie Lee Curtis en voleuse séductrice, Kevin Kline en amateur d’arts martiaux et de Nietzsche (récompensé par l’Oscar du meilleur second rôle), et Michael Palin en bègue amoureux des animaux. Nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur scénario original, Un Poisson nommé Wanda est une comédie culte typiquement british remplie de situations loufoques. Un film à mourir de rire, et littéralement : un orthophoniste danois est réellement mort d’arrêt cardiaque à force de rire pendant une projection ! Les quatre acteurs récidiveront en 1997 dans Créatures féroces, sans retrouver un succès aussi exceptionnel.

22 janvier 2017 : Ciné-club adaptations de bandes dessinées : Quai d’Orsay (2013) – La Vie d’Adèle (2013)

QUAI D'ORSAY (2013)

– 19h : Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier – 2013 – 114 minutes)

avec Thierry Lhermitte, Raphael Personnaz, Niels Arestrup, Bruno Raffaeli, Julie Gayet, Anaïs Demoustier, Thomas Chabrol, Thierry Frémont

Un jeune énarque est embauché au ministère des affaires étrangères comme chargé de langage pour le ministre, personnage exubérant et hors-norme, pour lequel il doit rédiger son discours à l’ONU.

Abel Lanzac a été conseiller de Dominique de Villepin au Ministère des affaires étrangères. Il tire de cette expérience un scénario avec Christophe Blain de bande dessiné, que ce dernier dessine, publiant en 2010 Quai d’Orsay. Le second tome obtient d’ailleurs le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême. Après avoir l’avoir découverte, Bertrand Tavernier (L’Horloger de Saint-Paul, Le Juge et l’assassin) décide immédiatement d’en acheter les droits d’adaptation, pour en faire sa première comédie. Thierry Lhermitte incarne ainsi officieusement sous un nom modifié le fameux ministre, retranscrivant à la perfection son comportement fantasque, inspiré et intenable, sans pour autant tomber dans la caricature, renouant avec une énergie et une subtilité digne de ses années du Splendid. Niels Arestrup joue le directeur de cabinet, épuisé et sur lequel tout repose, sans que jamais le grand public apprenne un jour son rôle essentiel dans les succès du ministère dans le monde – une performance récompensée du César du meilleur second rôle. Merveilleusement vif et rythmé, Quai d’Orsay nous montre une pépinière constamment au travail dans une organisation presque kafkaïenne, remplie de personnages  variés et très bien campés. Une plongée hilarante et passionnante dans les coulisses improbables du pouvoir, où les grandes dossiers diplomatiques internationaux sont traités et résolus par la comédie humaine.

LA VIE D'ADELE - CHAPITRE 1&2 (2013)

– 21h : La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche – 2013 – 180 minutes)

avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Salim Kechiouche, Aurélien Recoing, Catherine Salée, Benjamin Siksou, Mona Walravens, Jérémie Laheurte, Alma Jodorowsky, Sandor Funtek

Adèle, une adolescente, s’ennuie avec son copain. Un jour elle croise une intrigante femme aux cheveux bleus qui va la hanter et transformer son identité.

Abdellatif Kechiche adapte librement le roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, pour en faire un film aussi personnel que ses précédents (L’Esquive, La Graine et le mulet, tous deux Césars du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario). Dans une même veine naturaliste, il filme la jeune Adèle  dans son cheminement existentiel, ses doutes, ses expériences, ses désirs, ses amours, ses vertiges et ses douleurs, à travers la rencontre déterminante d’une lesbienne aux cheveux bleus. Avec un art impressionnant de l’ellipse, La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2, est incroyablement bien filmé, réalisé et monté, une magnifique expérience immersive avec des acteurs d’un naturel désarmant – au prix d’un éprouvant tournage (sept cent cinquante heures de rush !) pour les acteurs comme pour les techniciens, ce qui éclata en polémique médiatique au moment de sa projection au Festival de Cannes. Certains champions de la vertu s’indignèrent aussi des scènes de rapports sexuels, longues et explicites, sans vouloir voir qu’elles n’étaient qu’une représentation d’un amour et d’un désir d’une intensité sans pareil. Qu’importe, le film est couronné de la Palme d’Or, de dizaines de récompenses internationales et nommé à huit Césars – les votants ont l’air d’avoir boudé le grand favori, ne décernant que le César du meilleur espoir féminin pour Adèle Exarchopoulos. Loin des scandales, La Vie d’Adèle est tout simplement une des plus belles, des plus véridiques et des plus bouleversantes histoires d’amour, qui résonne avec nos propres vécus.

15 janvier 2017 : Ciné-club colonisation de l’Amérique : Mission (1986) – 1492 : Christophe Colomb (1992)

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– 19h : Mission (Roland Joffé – 1986 – 125 minutes)

avec Robert De Niro, Jeremy Irons, Ray McAnally, Aidan Quinn, Cherie Lunghi, Liam Neeson, Daniel Berrigan

Au XVIIIème en Amérique Latine, un missionnaire jésuite et un ancien mercenaire prennent parti pour la tribu des Guaranis que les puissances coloniales espagnoles et portugaises veulent chasser de leurs terres.

Deux ans après La Déchirure sur la dictature khmère rouge au Cambodge (trois Oscars), Roland Joffé retrouve son producteur (David Puttnam) et son directeur de la photographie (Chris Menges) pour un autre drame historique et exotique politiquement engagé : l’évangélisation de la tribu des Guaranis et l’expropriation de leurs terres. L’hypocrisie des puissances espagnoles et portugaises, se comportant en barbares impérialistes après avoir apporté la révélation chrétienne, sera l’occasion d’un cas de conscience opposant Jeremy Irons, missionnaire jésuite résigné à la prière et la non-violence, et Robert De Niro, ancien mercenaire repenti en prêtre et prêt à prendre les armes pour les défendre. Le tournage en Argentine est l’occasion de superbes prises de vue dans la jungle, et notamment les spectaculaire chutes d’Iguazú – ce qui vaudra au passage à presque toute l’équipe du film (sauf De Niro) d’attraper la dysenterie… Ennio Morricone signe ici une de ses partitions les plus fameuses, combinant musique religieuse et instruments amérindiens, qui lui permet d’exprimer sa spiritualité. Mission a reçu la Palme d’Or du Festival de Cannes (au prix des sifflements de ceux qui lui préféraient Le Sacrifice de Tarkovski), le César du meilleur film étranger et l’Oscar de la meilleure photographie (ainsi que six autres nominations, dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure musique). Joffé continuera à défendre des grandes causes dans ses films, notamment la vie dans le bidonville de Calcuta avec La Cité de la joie (1992).

1492 CHRISTOPHE COLOMB

– 21h : 1492 : Christophe Colomb (Ridley Scott – 1992 – 150 minutes)

avec Gérard Depardieu, Armand Assante, Sigourney Weaver, Tcheky Karyo, Angela Molina, Fernando Rey

Le navigateur Christophe Colomb est convaincu que l’on peut rejoindre les Indes orientales en passant par l’océan Atlantique, et tente de convaincre la reine d’Espagne d’en financer l’expédition maritime.

Pour le cinq-centième anniversaire de la découverte du Nouveau Monde, une grande co-production franco-britannico-espagnole entreprend un biopic sur son découvreur. Des réalisateurs prestigieux tels que Francis Ford Coppola, Roland Joffé ou Oliver Stone furent approchés, mais c’est finalement Ridley Scott qui décrocha le poste, exigeant pour donner son accord que le rôle principal soit tenu par  Gérard Depardieu. Il retrouve l’actrice culte de son film Alien, Sigourney Weaver, qui venait de terminer Alien 3 (par David Fincher) – pour lequel elle a dû se raser les cheveux, ce qui l’obligea à porter une perruque pour jouer la reine d’Espagne. Le film a été tourné en seize semaines, entre l’Espagne et le Costa Rica, et deux répliques des caravelles de l’époque refirent le même voyage en mer. 1492 : Christophe Colomb restitue ainsi le rêve fou et inédit d’un aventurier qui allait changer la vision du monde, son obstination, ses contradictions et le désastre colonial et civilisationnel qui s’annonce, au milieu des moments de doutes, de révoltes d’une partie de ses troupes et d’intrigues de cour. Pour la bande-son, Scott refait appel à Vangelis (qui avait déjà signé celle de son Blade Runner), dont le thème à base de synthétiseur et de chœurs deviendra son plus grand succès commercial (quatre millions d’exemplaires dans le monde). Grosse production européenne (quarante millions de dollars), le film est sorti mondialement le 12 octobre 1492, le jour de l’arrivée de Colomb en Amérique. A ne pas confondre cependant avec Christophe Colomb : la découverte, sorti la même année, qui malgré son casting prestigieux (Marlon Brando, Tom Selleck, Catherine Zeta-Jones, Benicio del Toro) a reçu une pluie de nominations aux Razzie Awards…

18 septembre : Ciné-club Comédie de guerre : M*A*S*H (1970) – De l’or pour les braves (1970)

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– 19h : M*A*S*H (Robert Altman – 1970 – 115 minutes)

avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall, Jo Ann Pfulg, Rene Auberjonois

Pendant la guerre de Corée, un camp militaire médical américain pour blessés tente de contourner le quotidien de la guerre par des comportements loufoques ou sexuels.

Les films de guerre sont un des piliers du cinéma américain, vantant le patriotisme, l’héroïsme et la puissance du pays (La Grande Evasion, Le Jour le plus long, Les Canons de Navarone). Aussi spectaculaires et réussis qu’ils peuvent être, ils n’en servent pas moins le mythe politico-culturel national, sous l’étroit contrôle des majors d’Hollywood. Cependant, avec la contre-culture des années 60 et la désillusion de la guerre du Vietnam, les mentalités commencent à changer, tant dans le public que sur les plateaux de tournage. Faire financer une satire de la guerre par un grand studio américain est délicat, mais comme la 20th Century Fox est déjà accaparée par deux grosses productions militaires (Tora ! Tora ! Tora ! et Patton), Robert Altman (Nashville, The Player, Short Cuts) parvient à faire profil bas avec son petit projet de quatre millions de dollars. Adapté d’un roman de Richard Hornberger, M*A*S*H tourne en dérision la vie militaire, avec une unité médicale excentrique qui s’efforce de passer du bon temps, à jouer des tours aux à raseurs ou à laisser libre cours à leurs penchants sexuels, pour oublier les folies de la guerre. Faisant beaucoup improviser ses acteurs (en partie débutants), Altman conserve néanmoins un ton réaliste et un humour noir, rendant sa farce d’autant plus crédible et percutante dans une forme comique à peu près inédite. Enchaînant les séquences d’anthologie, M*A*S*H obtient un succès public et critique immense, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes (rarissime pour une comédie) ou l’Oscar du meilleur scénario (et quatre autres nominations, dont meilleurs film et réalisateur). Le film culte se déclinera en une série télévisée au succès sans précédent pendant pas moins de onze saisons (soit bien plus longtemps que les trois ans de la véritable guerre de Corée !), son dernier épisode (de 2h30 !) étant resté le record absolu d’audience de la télévision américaine pendant vingt-sept ans.

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– 21h : De l’or pour les braves (Brian G. Hutton – 1970 – 144 minutes)

avec Clint Eastwood, Telly Savalas, Donald Sutherland, Don Rickles, Carroll O’Connor, Harry Dean Stanton

En pleine Seconde Guerre mondiale en France, une bande de militaires vont en territoire ennemi pour s’emparer de nombreux lingots d’or gardés par les nazis dans une banque.

Après le classique Quand les aigles attaquent, Clint Eastwood retrouve le réalisateur Brian G. Hutton pour un nouveau film de guerre, mais cette fois-ci dans un ton tout à fait différent, puisqu’il s’agit d’une comédie ! Certes pas une comédie classique car De l’or pour les braves reste tout de même une grosse production militaire avec des scènes de combats et d’explosions, mais dans un registre inhabituel, immoral et déjanté, où les militaires sont plus motivés par leur enrichissement personnel que par la libération de la France, n’hésitant pas à se disputer, magouiller, contourner leur hiérarchie et détourner les véhicules et équipements militaires à leurs propres fins. Le film est donc une farce irrévérencieuse qui a dû faire grincer bien des dents aux Etats-Unis parmi les anciens combattants ! Portés par des acteurs efficaces, de Clint Eastwood au complètement cinglé et proto-hippie Donald Sutherland (M.A.S.H., Le Casanova de Fellini) en passant par Telly Savalas (héros de la série Kojak !), sur une partition du grand Lalo Schifrin (Bullitt, L’Inspecteur Harry, Opération Dragon), De l’or pour les braves est une critique loufoque des valeurs américaines et de la guerre, sorti quelques mois seulement après M.A.S.H.,, avec des clins d’œil aux films de western (évidemment ceux d’Eastwood avec Leone) ou de gangsters. Le film connaîtra un remake français (Les Morfaloux avec Jean-Paul Belmondo), tandis que Les Rois du désert (avec George Clooney et Ice Cube) reprendra exactement le même thème pendant la guerre du Golfe.

31 juillet : Ciné-club Che, 1ère partie : L’Argentin & 2ème partie : Guerilla (2008)

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– 19h : Che, 1ère partie : L’Argentin (Steven Soderbergh – 2008 – 126 minutes)

avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera, Elvira Minguez, Jorge Perugorria, Edgar Ramirez, Vladimir Cruz, Julia Ormond, Victor Rasuk

En 1955, le médecin Ernesto « Che » Guevara rencontre au Mexique Fidel Castro et son groupuscule de révolutionnaires cubains, exilés pour avoir tenté de renverser le dictateur Batista.

CHE 2EME PARTIE - GUERILLA

– 21h15 : Che, 2ème partie : Guerilla (Steven Soderbergh – 2008 – 127 minutes)

avec Benicio Del Toro, Franka Potente, Joaquim de Almedia, Demian Bichir, Lou Diamond Philips, Marc-André Grondin, Oscar Jaenada

En 1967, Che Guevara disparaît mystérieusement de Cuba. Il réapparait secrètement en Bolivie, afin de mener une guérilla pour renverser le pouvoir et étendre la révolution marxiste en Amérique Latine.

Présenté au Festival de Cannes, Che était initialement un seul film de plus de quatre heures, découpé ensuite en deux parties symétriques lors de sa sortie en salles. Il adapte deux livres de Che Guevara, Souvenirs de la guerre révolutionnaire et Journal de Bolivie. Benicio Del Toro, également co-producteur, est d’une parfaite ressemblance avec le héros marxiste, dans son treillis, sa barbe hirsute et sa havane en bouche. Il avait d’ailleurs déjà joué pour Steven Soderbergh dans Traffic, ce qui lui avait valu l’Oscar du meilleur second rôle. La première partie est consacrée à la révolution cubaine, entrecoupée de flash-forwards d’une interview du Che par une journaliste américaine en 1964 une fois le pouvoir renversé, permettant de mettre en parallèle le discours théorique et l’âpre quotidien des révolutionnaires tapis dans la jungle, piétinant pour avancer ses pions lentement et durement face à l’armée. La seconde partie est entièrement consacrée à la guérilla bolivienne, bien plus asphyxiante et désespérée, dans une immersion quasi-documentaire. Ces deux parties tranchent singulièrement avec la mode hollywoodienne des biopics glorieux, voyeurs et sensationnels : le film Che est d’une sobriété totale, ne cédant à aucune accumulation biographique ou anecdotique pour se concentrer sur la lutte collective en vue de la révolution. Même les combats sont réalistes, avec des bruits discrets d’armes et de balles que l’on n’entendrait jamais dans un blockbuster ou un jeu vidéo. Le même souci est poussé jusqu’à ne filmer les scènes qu’à la lumière naturelle lors du tournage (en Espagne, Porto Rico et Mexique, mais aussi au Conseil de Sécurité de l’ONU, pour recréer son fameux discours anti-impérialiste !). Sans esbroufe, Benicio Del Toro incarne discrètement son personnage légendaire, dont la seule présence et quelques mots suffisent à motiver ses troupes épuisées à continuer la révolution, quel qu’en soit le prix – une performance récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes.