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2 juillet 2017 : Ciné-club ville frontière : Casablanca (1942) – Le Troisième homme (1949)

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– 19h : Casablanca (Michael Curtiz – 1942 – 102 minutes)

avec Humphrey Bogart, Ingrid Bergman, Paul Henreid, Claude Rains, Conrad Veidt, Sydney Greenstreet, Peter Lorre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un patron d’un club à Casablanca voit débarquer son ancien amour en compagnie d’un héros de la Résistance qui doit absolument se procurer des papiers pour quitter le pays et poursuivre la lutte.

Hollywood produisait des dizaines de films du genre à la chaîne, en tant qu’industrie parfaitement bien rôdée, avec des talents à tous les étages, des plus discrets techniciens aux plus grandes stars. Et pourtant le sort a fait de Casablanca une alchimie littéralement miraculeuse, le faisant entrer au panthéon des grands classiques de l’histoire du cinéma. A l’origine une pièce de théâtre adaptée et modifiée par la Warner, le film est réalisé par le prolifique américain d’origine hongroise Michael Curtiz (173 films !), déployant ses superbes et subtils mouvements de caméra. Eclipsant Ronald Reagan (!) pour le premier rôle, Humphrey Bogart est alors en pleine ascension (il a joué dans le mythique Faucon maltais l’année précédente), et Ingrid Bergman n’a jamais été aussi belle, les deux formant l’un des couples les plus iconiques et déchirants du cinéma. Tourné en pleine Seconde Guerre mondiale, Casablanca a une résonnance historique particulière avec le patriotisme des Alliés, le couple devant choisir entre leur amour privé ou le sacrifice pour une cause plus grande et universelle. Leur incertitude et leur confusion n’est pas simulée, puisque le acteurs ne connaissaient pas la conclusion du scénario avant le dernier jour de tournage ! Chaque acteur secondaire est aussi brillant : Claude Rains (L’Homme invisible, Le Fantôme de l’opéra, Les Enchaînés), Sidney Greenstreet (Le Faucon maltais), Peter Lorre (M le maudit, Le Faucon maltais), et la photographie noir et blanc est absolument prodigieuse. Perfection magnétique de tous les instants, Casablanca a reçu les Oscars des meilleurs film, réalisateur et scénario adapté, nommé dans cinq autres (meilleurs acteur pour Bogart, second rôle pour Rains, photographie, montage et musique), et trône toujours, pour ceux qui l’ignoraient encore, sur le podium des classements des plus grands films américains, avec Citizen Kane ou Le Parrain.

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– 21h : Le Troisième homme (Carol Reed – 1949 – 104 minutes)

avec Joseph Cotten, Alida Valli, Orson Welles, Trevor Howard

Un écrivain se rend à Vienne, alors occupée par les différents vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, à l’invitation d’un ami. Mais le jour de son arrivée il apprend sa mort mystérieuse. Il décide de mener sa propre enquête…

Ecrit par le réalisateur britannique Carol Reed et l’écrivain Graham Greene, Le Troisième homme se passe à Vienne en ruines, divisée comme Berlin en différents secteurs contrôlés par les Alliés. La ville est un décor idéal pour un trouble film d’espionnage, rempli de cadrages magnifiques, d’une photographie renversante de contrastes et d’ombres (ce qui lui valut un Oscar). Le personnage mythique d’Harry Lime fut inspiré à Graham Green par un de ses supérieurs aux services secrets britanniques. Orson Welles tient un de ses plus fameux rôles d’acteur – métier qu’il consentait à faire uniquement pour financer ses propres réalisations, en l’occurrence Othello à l’époque. En plus de sa présence magnétique à l’écran, on raconte qu’il influença la mise en scène de certaines séquences ou ses dialogues. L’inoubliable thème musical à la cithare fut si populaire qu’il sortit en single et se vendit à plusieurs millions d’exemplaires (elle sera réutilisée pour la série Around the world with Orson Welles) ! Avec son scénario riche et ses multiples scènes cultes (les égouts, la grande roue, l’enterrement), Le Troisième homme est un des sommets du film noir, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes. Le personnage d’Harry Lime fut si célèbre qu’il eut droit à sa propre série radiophonique sur la BBC ! En 1953, Carol Reed tournera un autre film d’espionnage, cette fois-ci  Berlin : L’Homme de Berlin.

12 mars 2017 : Ciné-club Mal avec Orson Welles : Le Génie du mal (1959) – La Soif du mal (1958)

LE GENIE DU MAL

– 19h : Le Génie du mal (Richard Fleischer – 1959 – 103 minutes)

avec Orson Welles, Dean Stockwell, Bradford Dillman, Diane Varsi, E. G. Marshall, Martin Milner

Deux jeunes étudiants, supérieurement riches et intelligents, se prétendent au-dessus des lois et commettent un meurtre, par pure expérience et excitation du crime parfait.

En 1948, Alfred Hitchcock réalisait l’excellent La Corde, tiré d’une pièce de théâtre basée sur l’affaire Leopold et Loeb qui avait scandalisé l’Amérique en 1924. Comment de jeunes garçons aisés à qui la vie offrait tout avaient-ils pu basculer dans le pur mal en commettant un assassinat gratuit et froidement prémédité ? Richard Fleischer s’y penche à son tour en 1959, mais beaucoup plus fidèlement. Le réalisateur a beau avoir une filmographie des plus éclectiques, allant de la science-fiction (Soleil Vert, Le Voyage fantastique) à la guerre (Tora ! Tora ! Tora !) en passant par l’heroic fantasy (Conan le destructeur, Kalidor), il a tout de même réalisé beaucoup de films noirs et policiers (Les Inconnus dans la ville) ou des adaptations de faits divers (L’Etrangleur de Boston), dont Le Génie du mal fait partie. Ancien étudiant en psychiatrie, il présente régulièrement des études psychologiques poussées de ses personnages pour analyser leurs actions, ici l’exploration du mal et sur surhomme nietzschéen. Excellemment photographié et mis en scène, le film se concentre dans sa deuxième partie sur le procès, avec humanisme. Dean Stockwell (Paris Texas, Code Quantum) et Bradford Dillman (Les Evadés de la planète des singes, Piranhas, Le Retour de l’Inspecteur Harry) sont parfaits dans leurs interprétations hautaines et glaçantes, tandis qu’Orson Welles, qui ne concédait à jouer que pour financer ses propres films, livre comme d’habitude une performance charismatique, portant pendant quinze minutes le plus vibrant plaidoyer contre la peine de mort – en réalité, l’avocat avait plaidé douze heures ! Les trois acteurs remportèrent ainsi le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes.

LA SOIF DU MAL

– 21h : La Soif du mal (Orson Welles – 1958 – 111 minutes)

avec Charlton Heston, Janet Leigh, Orson Welles, Akim Tamiroff, Joseph Calleia, Valentin De Vargas, Dennis Weaver, Marlene Dietrich, Joseph Cotton, Zsa Zsa Gabor, Mercedes McCambridge

A la frontière américano-mexicaine, un policier américain corrompu enquête sur la mort d’un couple dans l’explosion d’une voiture. Un enquêteur mexicain en voyage de noces s’oppose à ses méthodes et va fouiller son passé.

Si Citizen Kane a été un triomphe commercial, les films suivants d’Orson Welles furent des gouffres financiers, ce qui lui valut une épouvantable réputation auprès des studios et limita énormément sa liberté artistique pour le reste de sa carrière. Mais c’est en apprenant que ce dernier serait acteur dans La Soif du mal que Charlton Heston fit pression pour qu’il le réalise. Welles tourne ainsi le premier jour l’équivalent de quatre journées de planning, ce qui rassura Universal Studios et lui permit de travailler sans interférences. Mais le premier montage ne les satisfait pas, et ils font tourner de nouvelles séquences et remonter le film par d’autres. Cependant Welles avait laissé une note de 58 pages détaillant ses instructions pour un director’s cut, qui fut réalisé en 1998 après sa mort. Il s’ouvre sur le plus long plan-séquence de l’époque, une scène époustouflante plantant le décor et l’atmosphère pesante et louche propre aux villes frontières et aux films noirs. La distribution est parfaite : Welles interprête prodigieusement une ordure physique et morale, Charlton Heston est impeccable, Janet Leigh tient déjà le rôle d’une femme en danger dans un motel deux ans avant Psychose, et des légendes comme Marlene Dietrich, Zsa Zsa Gabor et Joseph Cotten y font des apparitions. Dernier film Hollywoodien de Welles, La Soif du mal est un miracle de mise en scène, avec des cadrages en contre-plongée sublimes et audacieux, sur un tempo endiablé et fiévreux d’Henry Mancini, reconnu comme un des grands films du réalisateur et de l’époque, d’une modernité esthétique et narrative renversante et sans équivalent. Malheureusement, Welles ne réussira ensuite à financer que quelques autres films en Europe (notamment Le Procès ou Falstaff), en laissant plusieurs inachevés.

11 octobre : Ciné-club Patrick Dewaere : Coup de tête (1979) – Série noire (1979)

COUP DE TETE

– 19h : Coup de tête (Jean-Jacques Annaud – 1979 – 88 minutes)

avec Patrick Dewaere, Corinne marchand, France Dougnac, Dorothée Jemma, Maurice Barrier, Paul Le Person, Michel Aumont, Jean Bouise

Un joueur de football d’une petite ville est renvoyé de l’équipe et de son travail, et accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Il va chercher à se défendre et se venger.

Le second film de Jean-Jacques Annaud est le seul à se passer dans la société contemporaine. Il est écrit par Francis Veber, prolifique scénariste (Le Grand blond avec une chaussure noire, L’Emmerdeur, Le Magnifique), et réalisateur (La Chèvre, Les Fugitifs, Le Dîner de cons) à succès. Coup de tête est une comédie dramatique, une satire sociale hilarante et féroce aux dialogues excellents sur l’hypocrisie d’une petite ville, l’injustice qui touche un pauvre type et la vengeance qu’il leur réserve. Patrick Dewaere est comme d’habitude très à l’aise dans son rôle et particulièrement succulent. L’équipe de football est jouée par les véritables joueurs de l’AJ Auxerre et du Troyes AC, tournés pendant la mi-temps de leur derby, avec Guy Roux comme conseiller technique et sportif ! Les seconds rôles sont majoritairement d’illustres comédiens de doublages, à qui l’on doit les voix de Michael Douglas, Robin Williams, Robert De Niro, Mel Gibson, Jennifer Aniston, Danny DeVito, Harvey Keitel, Clark Gable ou le Grand Schtroumpf ! Jean Bouise a par ailleurs reçu le César du meilleur second rôle. Coup de tête est un des meilleurs films sur le football et l’envers de son décor, à base de copinages et basses magouilles commerciales.

 SERIE NOIRE

– 21h : Série noire (Alain Corneau – 1979 – 116 minutes)

avec Patrick Dewaere, Myriam Boyer, Marie Trintignant, Bernard Blier, Jeanne Herviale, Andreas Katsulas

Un vendeur à domicile rencontre une adolescente exploitée par sa vieille tante. Elle lui suggère de s’emparer de son magot…

Adapté d’un polar de Jim Thompson (Guet-apens de Sam Peckinpah), Série noire a été adapté dans un contexte bien plus français et banlieusard par l’écrivain d’avant-garde Georges Perec (La vie mode d’emploi), qui en signe aussi les dialogues fleuris (« qu’est-ce qu’on se marre à kesh » !). Alain Corneau, grand amoureux des films noirs, signe ici une œuvre d’une noirceur abyssale, désespérée et poignante, tourné avec peu de budget en cinq semaines, caméra à l’épaule, avec une formidable osmose de son équipe et des acteurs. Le film repose avant tout sur les épaules de Patrick Dewaere, qui livre une interprétation absolument titanesque. Sa performance de Frank Poupart, looser à la folie innocente et attachante, le hisse au panthéon des acteurs français et contribue au mythe de l’acteur écorché vif parti trop tôt – c’était d’ailleurs son rôle préféré. Bernard Blier, Myriam Boyer et la jeune Marie Trintignant sont eux aussi impeccables. Présenté au Festival de Cannes et nommé à cinq Césars (meilleurs acteurs pour Patrick Dewaere et Bernard Blier, meilleur actrice pour Myriam Boyer, meilleur scénario et meilleur montage), Série noire n’en remporta aucun mais est devenu un film culte extravagant et cauchemardesque, un grand classique vertigineux du film noir et du cinéma français.

17 mai : Ciné-club thriller noir avec Joseph Cotten

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– 19h : Niagara (Henry Hathaway – 1953 – 98 minutes)

avec Joseph Cotten, Marilyn Monroe, Jean Peters, Casey Adams, Denis O’Dea, Richard Allan, Don Wilson, Lurene Tuttle, Russel Collins, Will Wright

En vacances aux chutes du Niagara, un couple sympathise avec un autre bien étrange : le mari est perturbé, son épouse est une femme fatale qui attire beaucoup les regards et les désirs.

Niagara est un classique du film noir, célèbre pour arborer deux merveilles de la nature : les chutes du Niagara et Marilyn Monroe. La jeune actrice en pleine ascension n’a alors eu que des rôles secondaires, mais ce film va représenter un tournant dans sa carrière, puisque c’est à la fois son premier rôle principal dramatique ainsi la naissance du plus grand sex-symbol féminin du cinéma, avec son personnage de femme fatale, son déhanché redoutable, ses histoires d’adultère, de mensonges et de meurtres. Son film suivant continuera à l’imposer comme icône, dans un registre plus léger : Les Hommes préfèrent les blondes (Howard Hawks, 1953). Joseph Cotten quant à lui interprète un ancien militaire traumatisé et instable, aussi sombre qu’il a l’habitude de l’être dans sa carrière. Enfin les chutes du Niagara sont l’autre personnage principal du film, quasiment omniprésent, même indirectement. Lieu privilégié de lune de miel et du tourisme, il incarne toute la force irrésistible de la nature, des sentiments, mais aussi le danger et la mort. Niagara est donc un film pessimiste, passionnel et mythique.

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– 21h : L’Ombre d’un doute (Alfred Hitchcock – 1943 – 108 minutes)

avec Joseph Cotten, Teresa Wright, Macdonald Carey, Henry Travers, Patricia Cillinge, Hume Cronyn, Wallace Ford

Un homme s’installe dans la famille de sa sœur après des années d’absence. Mais sa nièce dont il est très proche commence à avoir des soupçons sur lui et son passé.

L’Ombre d’un doute est le film préféré qu’Alfred Hitchcock ait réalisé dans sa très longue filmographie. De la part du maître du suspense ce n’est pas anecdotique, et L’Ombre d’un doute est aussi maîtrisé et efficace que ce qu’on pouvait en attendre. Joseph Cotten était lui-même fier d’y avoir joué dans le film préféré du maître, ajoutant qu’il avait aussi joué dans le film préféré d’Orson Welles, Citizen Kane (1941), et de Carol Reed, Le Troisième homme (1949). Le film repose quasiment entièrement sur ses épaules pour lui donner toute son ambiguïté et sa noirceur. Son personnage charismatique, mystérieux et sombre est d’autant mieux mis en relief qu’il contraste avec une gentille et banale famille d’une ville américaine, et surtout avec l’admiration que lui porte sa nièce tourmentée par l’adolescence dans un environnement désespérément trop normal. C’est donc le genre de film où le mal fascine bien plus que le bien. Avec son scénario nommé à l’Oscar, L’Ombre d’un doute est ainsi en très bonne place dans les riches filmographies d’Hitchcock et de Cotten. Un remake en sera tiré par Harry Keller en 1958.

Ciné-club polars par Richard Fleischer : Les Inconnus dans la ville (1955) – L’Etrangleur de Boston (1968)

Fils d’un pionnier de l’animation, Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Richard Fleischer (1916 – 2006) ne semble malheureusement pas avoir gravé son nom auprès du grand public français, contrairement à des John Ford, Elia Kazan ou John Huston. C’est pourtant une véritable légende hollywoodienne, qui a tourné avec les plus grands (Kirk Douglas, Robert Mitchum, Orson Welles, Anthony Quinn, Charlton Heston, Omar Sharif, etc.), auteur de plus de quarante films, et s’étant attaqué à tous les genres : guerre, science-fiction, comédie, péplum, western. Il excellait, entre autres, dans les polars, dont le Festin Nu diffuse deux classiques de haute volée.

 Dimanche 23 mars 2014 :

LES INCONNUS DANS LA VILLE

– 19h : Les Inconnus dans la ville (Richard Fleischer – 1955 – 90 minutes)

avec Victor Mature, Richard Egan, Lee Marvin, Ernest Borgnine

Dans une petite ville provinciale où les histoires et secrets de plusieurs habitants se croisent, trois gangsters viennent y préparer le cambriolage d’une banque.

Premier film de Richard Fleischer pour la Twentieth Century Fox, Les Inconnus dans la ville est un prodigieux et unique mélange de film policier et de mélodrame, sur un remarquable scénario de Sidney Boehm (Règlements de compte de Fritz Lang, 1953). C’est en effet bien plus qu’un classique film de hold-up, Fleischer y incorporant l’analyse des travers de divers habitants d’une petite ville américaine tout ce qu’il y a de plus tranquille. Derrière de paisibles apparences se cachent une mosaïque de secrets et vices qui les renvoient dos à dos avec les gangsters, loin de tout manichéisme entre criminels et innocents. Frustrations, jalousie, désir, alcoolisme, voyeurisme, vol, honte, revanche ; la tension de tout ce réseau pulsionnel et conflictuel est subtilement maîtrisée, jusqu’à ce que le cambriolage et la violence servent de catalyseur collectif et précipitent chacun vers son destin (le titre original est d’ailleurs Violent Saturday). Tourné en Arizona en format large Cinemascope, le film brille d’une palette chromatique riche et tout à fait ravissante, qui l’inscrit dans la tradition de la peinture américaine du XXème siècle. Enfin le film dispose d’une belle distribution, avec Victor Mature (Samsom et Dalila), Lee Marvin (L’Homme qui tua Liberty Valance, Les Douze Salopards) ou Ernest Borgnine (La Horde sauvage – on se souvient particulièrement de lui pour son rôle dans la série Supercopter !).

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– 21h : L’Etrangleur de Boston (Richard Fleischer – 1968 – 116 minutes)

avec Tony Curtis, Henry Fonda, George Kennedy

En 1962, une série de meurtres sordides sèment la panique à Boston, et mobilise tous les efforts de la police pour retrouver son auteur.

Adapté d’un fait divers réel sur un célèbre serial killer, L’Etrangleur de Boston est rien de moins qu’un des plus grands films criminels, tout à fait novateur et palpitant. C’est le premier film à utiliser la technique du split screen, où l’écran est divisé en plusieurs vignettes, chacune montrant une image distincte, aussi bien différentes perspectives d’une même scène que différentes scènes indépendantes. L’effet dramatique en est démultiplié, et sert spectaculairement l’action, le malaise de la population qui commente les crimes de l’étrangleur et cherche à s’en protéger, tout comme l’enquête policière qui suit à tâtons d’innombrables pistes et suspects, pendant que les meurtres s’accumulent. La distribution est de haute volée, à commencer par Tony Curtis, qui retrouve Richard Fleischer dix ans après le mythique Les Vikings (1958), et qui offre une performance dramatique absolument phénoménale et intense, sans doute la meilleure de sa carrière. Comme Marlon Brando pour Le Parrain, Curtis a d’ailleurs dû se déguiser pour passer outre le refus des producteurs qui ne voulait pas de son image de playboy de comédies. Henry Fonda (Les Raisins de la Colère, Il était une fois dans l’Ouest) et George Kennedy (Luke la main froide) sont eux aussi excellents. Si le sujet est particulièrement dérangeant, son traitement n’a rien de voyeur ni de sensationnel, puisque les crimes ne sont jamais montrés, le récit se focalisant de manière réaliste et sobre sur l’enquête et le profil psychologique du meurtrier. L’Etrangleur de Boston, avec son long final à couper le souffle, reste d’une très grande modernité, et un des sommets des riches carrières de Richard Fleischer et de Tony Curtis.

Ciné-club Alain Dleon : Plein Soleil (1960) – Le Cercle Rouge (1970)

Grand mythe du cinéma français jusqu’à la caricature, Alain Delon n’en a pas moins une filmographie irréprochable pendant sa décennie des années 60, triomphant autant pour sa beauté insurpassable qui contribua à son succès que pour sa recherche de rôles à contre-emploi pour casser son image. Il a travaillé avec les plus grands réalisateurs (Visconti, Antonioni), et il brille ici devant la caméra des rares stylistes français, à l’esthétique méticuleuse et sublime, René Clément et Jean-Pierre Melville, avec qui il tourna plusieurs films, parmi ses meilleurs.

 Dimanche 17 novembre 2013 :

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– 19h : Plein Soleil (René Clément – 1960 – 115 minutes)

avec Alain Delon, Marie Laforêt,  Maurice Ronet

 Tom Ripley est chargé par un milliardaire de ramener son fils aux Etats-Unis. Ripley suit donc Philippe Greenleaf et sa fiancée Marge dans ses vacances en Italie, et une complicité malsaine se tisse entre eux.

 Adapté du roman Monsieur Ripley de Patricia Highsmith (qui connaîtra quatre suites, dont plusieurs adaptées au cinéma), Plein Soleil est pour Alain Delon, irradiant de beauté, son premier grand rôle, qui fera de lui une vedette et lancera sa longue carrière cinématographique. D’autre part, René Clément signe un véritable bijou, un thriller sur la convoitise et les faux-semblants, dont la mise en scène est magistrale et subtile, aussi moderne que poétique. Chromatiquement superbe, débordant de scènes inoubliables, le film est rempli de métaphores visuelles tout en restant réaliste – la déambulation estivale des personnages dans les superbes décors naturels et urbains d’Italie est une irrésistible invitation à prendre l’avion ! Nino Rota signe quant à lui une bande originale à la hauteur des richesses visuelles. Plein Soleil donnera lieu à un remake sans intérêt avec Matt Damon et Jude Law en 1999 – on voit mal comment on pourrait égaler une œuvre aussi parfaite.

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– 21h : Le Cercle Rouge (Jean-Pierre Melville – 1970 – 140 minutes)

avec Alain Delon, André Bourvil, Gian Maria Volonte, Yves Montand, François Perrier

 Un malfrat libéré de prison s’associe avec un détenu en fuite recherché par la police et un ancien flic alcoolique pour réaliser un hold-up de bijoux.

 Le Cercle Rouge est le deuxième des trois films d’Alain Delon réalisé par Jean-Pierre Melville, trois ans après Le Samourai et deux ans avant Un Flic, toujours dans une posture d’antihéros – pour l’occasion il arbore même une inhabituelle moustache ! Avec un casting de luxe (Bourvil, Montand, Volonte, Perrier), c’est un sombre et palpitant film d’hommes, sans aucun personnage féminin, à l’instar du Deuxième souffle de Melville. Il s’agit d’ailleurs d’un des rares rôles dramatiques de Bourvil, ici crédité au générique avec son prénom pour la première fois, et qui décèdera quelques mois après la fin du tournage. Melville continue son entreprise de fondation d’une nouvelle mythologie criminelle, à la symbolique existentialiste, avec ses personnages prisonniers de leur destin, ses codes d’honneur et gestes méticuleux, sans aucun objet ou détail laissé au hasard mais en même temps terriblement esthétiques. Le Cercle Rouge partage avec Le Samourai une citation orientale ouvrant le récit (ici du Bouddha), deux acteurs à l’interprétation glaçante (Delon et Perrier), des personnages solitaires et mélancoliques, des policiers cyniques, un club de jazz délicieusement pop, et un goût pour le mutisme (le premier dialogue apparaît au bout de sept minutes, la scène du casse dure vingt-cinq minutes sans dialogues). Un des grands films noirs français, à ranger dans la liste des inspirations de Tarantino ou du cinéma hongkongais.

29 septembre : Ciné-club Humphrey Bogart / John Huston : Le Faucon Maltais (1941) – Le Trésor de la Sierra Madre (1948)

Amis et compagnons de beuverie, Humphrey Bogart (soixante-quinze films, plus grande star masculine de tous les temps par l’American Film Institute en 1999) et John Huston (une quarantaine de films) représentent une des plus fameuses collaborations du cinéma américain. Ayant tourné six films ensembles, ils se doivent respectivement d’avoir contribué à leur gloire respective : Le Faucon Maltais est le premier film de John Huston, et il marque la seconde partie de la carrière d’Humphrey Bogart, acquérant une stature de premier plan (un an avant Casablanca). A la mort de ce dernier en 1957, John Huston prononça son éloge funèbre en ces termes : « Il avait reçu le plus beau de tous les dons, le talent. Le monde entier l’a reconnu, la vie lui a donné tout ce dont il rêvait et même plus ; nous ne devons pas être désolés pour lui mais plutôt pour nous qui l’avons perdu. Il est irremplaçable. Il n’y aura jamais personne comme lui…»

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– 19h : Le Faucon Maltais (John Huston – 1941 – 101 minutes)

avec Humphrey Bogart, Mary Astor, Peter Lorre, Sydney Greenstreet, Gladys George

 Suite au meurtre de son partenaire qui effectuait une simple filature pour le compte d’une cliente, le détective Spade apprend l’existence d’un inestimable bijou, le faucon maltais, dont beaucoup sont prêt à tout pour mettre la main dessus.

On ne devinerait pas que l’un des plus grands classiques du cinéma est le premier film de son réalisateur, John Huston (auparavant scénariste). C’est tout bonnement l’archétype du film noir : scénario poisseux qui commence comme un banal fait divers dont les enjeux véritables se complexifient rapidement, ambiance sombre et cynique, meurtres en série, une liaison ambiguë entre une femme mystérieuse et un détective misogyne. Adapté fidèlement du roman éponyme (parmi trois autres adaptations) de Dashiell Hammett (ancien détective devenu fondateur du roman noir), tourné rapidement avec un budget limité dans une poignée de décors majoritairement en intérieur, le film ne repose pas que sur sa fameuse intrigue, mais aussi sur la brillante interprétation de ses acteurs : Humphrey Bogart (qui n’était que le second choix du réalisateur), habitué aux seconds rôles de malfrats, trouve son style inimitable et désabusé, et devient un des mythes du cinéma américain ; Peter Lorre est toujours aussi maniéré et terriblement glaçant, et son acolyte avec qui se tisse des sous-entendus homosexuels Sydney Greenstreet (nominé à l’Oscar du meilleur second rôle) est tout aussi captivant. Les excellents dialogues ont donné lieu à de nombreuses citations cultes. A l’instar d’Orson Welles avec son Citizen Kane, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître !

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– 21h : Le Trésor de la Sierra Madre (John Huston – 1948 – 126 minutes)

 avec Humphrey Bogart, Tim Holt, Walter Huston, Bruce Bennett

Dans les années 20, deux aventuriers américains sans le sou coincés au Mexique s’associent avec un vieil explorateur pour chercher de l’or dans la Sierra Madre.Un des premiers films hollywoodiens a être tourné (quasi-entièrement) en dehors des Etats-Unis,

Le Trésor de la Sierra Madre a pour cadre le turbulent Mexique d’après la révolution de 1910, où les étrangers risquaient leur vie dans les zones terrorisées par des groupes de bandits pourchassés par les federales, la brutale police fédérale. Film de spectacle et d’aventure, ironique et tragique, l’histoire montre trois motivations distinctes dans leur quête, et narre à merveille comment l’or fascine, attire, rend fou et prêt à tous les risques et trahisons – la transformation de Bogart est saisissante. Le film a remporté l’Oscar du meilleur réalisateur, du meilleur scénario, ainsi que celui de meilleur second rôle pour Walter Huston (père de John !), et est une référence absolue pour de nombreux réalisateurs : c’est le film préféré de Sam Raimi, le quatrième du top ten de Stanley Kubrick, et était le film de chevet de Paul Thomas Anderson pour l’écriture de There Will Be Blood.

9 juin Ciné-club : Le Samouraï (1967)

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– 21h : Le Samouraï (Jean-Pierre Melville – 1967 – 105 minutes)
avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon, Cathy Rosier

Un tueur à gages, solitaire et au grand code de l’honneur, a pour mission de faire disparaître un patron de boîte de jazz. Mais un commissaire de police doute fortement de son alibi.

 

Non seulement pierre angulaire de la filmographie de Jean-Pierre Melville (L’Armée des Ombres, Le Cercle Rouge) qui atteint la pleine maturité de son style, ce polar minimaliste et glacial est tout simplement le plus grand film noir français. Il offre aussi un des rôles les plus beaux et mythiques à un Alain Delon mutique. Sa sombre aura plane depuis durablement sur le cinéma international, de John Woo (The Killer) à Nicolas Winding Refn (Drive) en passant par Jim Jarmusch (Ghost Dog).