Archives du mot-clé folie

26 juin : Ciné-club Drame judiciaire avec Philippe Noiret / Bertrand Tavernier

L'HORLOGER DE SAINT-PAUL

– 19h : L’Horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier – 1974 – 105 minutes)

avec Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jacques Denis, Yves Alfonso, Julien Bertheau, Bernard Descombes, Christine Pascal, Sylvain Rougerie, Monique Chaumette

Un paisible horloger lyonnais apprend que son fils et sa compagne sont recherchés pour meurtre.

Après avoir été critique de cinéma érudit, attaché de presse et écrit quelques scénarios, Bertrand Tavernier réalise son premier long-métrage, au bout de presque deux ans de travail et de tractations avec divers producteurs et distributeurs. L’Horloger de Saint-Paul est un drame réaliste et sobre, adapté d’un roman de Georges Simenon (ayant accepté d’en céder les droits au bout d’une soixante lettres !), L’Horloger d’Everton, situé aux Etat-Unis mais relocalisé dans la ville natale du réalisateur (Lyon), montrant au passage la beauté de ses vieilles rues colorées (le film servira plus tard comme référence pour la restauration de la ville !). Le scénario a été co-écrit avec Jean Aurenche et Pierre Bost, deux grands scénaristes d’une trentaine de films des années 40-50 (La Traversée de Paris, Jeux interdits), que la Nouvelle Vague avait violemment attaqué et mis au chômage. En père de famille confronté aux tourments de l’enquête et de la traque policière, Philippe Noiret réalise qu’il ne connait pas si bien que ça son fils, tandis que le commissaire en charge (Jean Rochefort) se met à éprouver de la compassion et de l’estime pour lui. Brillamment interprété, restituant le climat politique de la France pompidolienne, L’Horloger de Saint-Paul a été récompensé par le prix Louis-Delluc et le prix spécial du jury (alias Ours d’argent) de la Berlinale (ayant même été nommé à l’Ours d’or). Avec son succès critique et public, il lançait la longue carrière de Tavernier – dans Une semaine de vacances (1980), Philippe Noiret retrouvera d’ailleurs le temps d’une scène son rôle d’horloger.

Le_Juge_et_l_Assassin

– 21h : Le Juge et l’assassin (Bertrand Tavernier – 1976 – 126 minutes)

avec Philippe Noiret, Michel Galabru, Isabelle Huppert, Jean-Claude Brialy, Cécile Vassort, Renée Faure, Yves Robert, Monique Chaumette, Jean Bretonnière, Jean-Roger Caussimon, François Dyreck, Daniel Russo, Gérard Jugnot

A la fin du XIXème siècle, le soldat fou réformé arpente la France en égorgeant des jeunes filles. Un juge, ne croyant pas à sa folie, veut lui faire avouer ses crimes à la justice pour éviter qu’il aille à l’asile.

Bertrand Tavernier avait demandé à Jean Aurenche s’il n’avait pas dans ses tiroirs un scénario qui n’avait pas été tourné. Ce sera Le Juge et l’assassin, inspiré de l’histoire vraie du premier tueur en série français, Joseph Vacher, auteur d’une vingtaine de meurtres sordides. Il retrouve Philippe Noiret, son acteur fétiche (huit films ensembles) après Que la fête commence, pour un rôle de juge bourgeois, représentatif d’une classe qui était en train de remplacer l’aristocratie et d’asséner sa justice, n’hésitant pas  à mettre en scène médiatiquement la captivité du suspect pour rallier l’opinion publique, à trahir la relation de confiance qu’il tisse avec lui pour mieux extorquer ses aveux, et à nier sa folie manifeste pour qu’il aille à la guillotine au lieu de l’asile – de sorte qu’un assassin en cache un autre, légal lui. Face à lui dans cette confrontation dramatique, l’inespéré Michel Galabru (qui joue  la même année dans Les Bidasses en cavale ou Le Trouble-fesses…) livre une performance d’acteur exaltée, intense et inoubliable. Il remportera le César du meilleur acteur, face à Alain Delon, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, excusez du peu ! Le film recrée les tensions politiques et idéologiques de l’époque, entre l’affaire Dreyfus, le socialisme révolutionnaire et l’Eglise anti-Zola. Les superbes et variés paysages de l’Ardèche simulent le vagabondage de Galabru dans toute la France, sur de belles musiques émulant les chansons populaires de l’époque. Le Juge et l’assassin a aussi remporté le César du meilleur scénario adapté, et été nommé à ceux de meilleurs film, réalisateur, second rôle (Jean-Claude Brialy) et musique (Philippe Sarde). Il est devenu une référence dans le milieu de la magistrature pour la justesse de son écriture et des problématiques vécues dans le métier.

6 décembre : Ciné-club dictateur : Le Dictateur (1940) – Le Dernier Roi d’Ecosse (2006)

MovieCovers-215851-175035-LE DICTATEUR

– 19h : Le Dictateur (Charles Chaplin – 1940 – 120 minutes)

avec Charles Chaplin, Paulette Goddard, Jack Oakie, Reginald Gardiner, Henry Daniell, Billy Gilbert

Un barbier juif de Tomanie blessé pendant la Première Guerre mondiale passe vingt ans à l’hôpital. A sa sortie, il ignore que la Tomanie est dirigée par un dictateur antisémite.

Le hasard a fait naître Charles Chaplin et Adolf Hitler en novembre 1889, et bien sûr tout les sépare. L’un prône la tolérance et la défense des exclus, quand l’autre les attaque. Pour son premier film parlant, Chaplin interprète rien de moins qu’une parodie du Führer ! La portée politique et historique de cette satire du nazisme est sans équivalent. Tourné quelques jours après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, Le Dictateur sort alors que les Etats-Unis, isolationnistes, ne sont pas encore engagés dans la Seconde Guerre mondiale. Il est pourtant accueilli tièdement, tant par les diplomates que par les critiques, qui y voient un appel à s’engager dans la guerre, et donc contraire aux intérêts américains d’alors. Si le film est le plus grand succès commercial de Chaplin, il ne remporta aucun Oscar, malgré ses cinq nominations (dont meilleur film, scénario et acteur). Interdit en Allemagne bien sûr, il ne sort en France qu’en 1945, devant un public gêné et éprouvé par les dures années de la guerre. Mais passé tout cela, Le Dictateur est entré au panthéon de l’histoire du cinéma, comme un des films les plus drôles, courageux et humanistes jamais tournés. Enfin Hitler lui-même aurait acquis une copie du film, qu’il se serait fait projeter en privé à deux reprises ; Chaplin a déclaré qu’il aurait donné n’importe quoi pour connaître sa réaction.

 LE DERNIER ROI D'ECOSSE

– 21h : Le Dernier Roi d’Ecosse (Kevin Macdonald – 2006 – 124 minutes)

avec Forest Whitaker, James McAvoy, Gillian Anderson, Kerry Washington, David Oyelowo, Simon McBurney

En 1971, un jeune médecin écossais qui travaille en Ouganda rencontre par hasard Idi Amin Dada, qui vient de prendre le pouvoir, et qui lui propose de devenir son médecin personnel.

Petit-fils de Emeric Pressburger (acolyte de Michael Powell et scénariste des Chaussons Rouges ou Colonel Blimp), Kevin Macdonald était surtout connu pour ses films documentaires (dont plus tard Marley). Après un film sur une histoire vraie d’alpinisme tragique (La Mort suspendue), il s’est attaqué à un autre sujet authentique, plus historique cette fois-ci : le dictateur mégalomaniaque d’Ougandan dans les années 70 Idi Amin Dada. Derrière ses frasques excentriques (dont le titre honorifique de Roi d’Ecosse qu’il s’était attribué) se cache un des plus sordides et sanglants régimes du XXème siècle, responsable de 300 000 morts. Forest Whitaker (déjà excellent dans Ghost Dog) réalise une performance d’acteur plus vraie que nature, récompensée par un Oscar et un Golden Globe. Il montre bien toute l’ambivalence et l’ambiguïté du personnage : charismatique et fascinant bien sûr, mais aussi paranoïaque et dangereux. La belle idée du film (adapté d’un livre) est de nous le montrer à travers la relation privilégiée et innocente qu’il avait tissée avec le personnage fictif d’un jeune médecin écossais, joué par James McAvoy (X-Men : Le Commencement). On retrouve aussi en rôle secondaire Gillian Anderson (Scully dans la X Files). Le Dernier Roi d’Ecosse est un portrait passionnant des coulisses et du magnétisme du pouvoir, jusqu’à la folie.