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11 mars : Ciné-club Francis Veber : Les Compères (1983) – Les Fugitifs (1986)

– 19h : Les Compères (Francis Veber – 1983 – 89 minutes)

avec Pierre Richard, Gérard Depardieu, Stéphane Bierry, Anny Duperey, Michel Aumont, Philippe Khorsand, Maurice Barrier, Robert Dalban

Le fils de Christine fait une fugue avec sa copine. Devant l’inefficacité de la police et de son mari, elle fait croire séparément à deux de ses anciens amants qu’il est son véritable père, pour qu’ils partent à sa recherche.

Après l’immense succès de La Chèvre (7 millions d’entrées en France), Francis Veber retrouve Pierre Richard et Gérard Depardieu pour son troisième film qu’il réalise et écrit. Il réunit donc le duo impayable, Depardieu en journaliste costaud (nommé au César du meilleur acteur), et Richard en doux dépressif, chacun en compétition pour se prouver qu’il est le véritable père du fugueur. Les gags et les baffes s’enchaînent dans un jeu de pistes à Nice avec des mafieux sur leurs traces. Les Compères est une sympathique comédie populaire mais soignée (nommé au César du meilleur scénario), comme la France savait alors si bien en faire, et dont elle est devenue bien incapable aujourd’hui. Ivan Reitman en tirera un remake en 1997 avec Robin Williams et Billy Crystal, Drôles de pères.

– 21h : Les Fugitifs (Francis Veber – 1986 – 86 minutes)

avec Gérard Depardieu, Pierre Richard, Jean Carmet, Maurice Barrier, Jean Benguigui, Roland Blanche, Philippe Lelièvre, Anais Bret, Michel Blanc

Jean Lucas sort de cinq ans de prison avec la résolution de se ranger. Mais à la banque, il est pris en otage par François Pignon, un braqueur maladroit et désespéré qui cherche à sauver sa fille muette.

Les Compères ayant amené presque cinq millions de spectateurs dans les salles, Francis Veber rempile une dernière fois avec son duo d’acteurs gagnants, Depardieu toujours dur et impulsif, Richard fragile et maladroit, tous deux en fuite. Les Fugitifs, en plus de ses séquences comiques, ajoute une touche sentimentale autour de la petite fille muette et attendrissante. A noter en second rôle les très bons Jean Carmet en vétérinaire sénile (nommé au César du meilleur second rôle) et Michel Blanc en docteur alcoolisé. Comme dans les trois précédents films de Veber, Vladimir Cosma signe la musique. Nommé au César du meilleur scénario, Les Fugitifs attirera 4.5 millions de spectateurs en France (22 millions en URSS !), et Veber en réalisera lui-même un remake américain avec Nick Nolte ! Veber retrouvera Depardieu dans Le Placard (2001) et Tais-toi ! (2002).

14 janvier 2018 : Ciné-club Tournée rock : J’ai tout donné (1972) – Presque célèbre (2000)

– 19h : J’ai tout donné (François Reichenbach – 1972 – 80 minutes)

Le prestigieux documentariste François Reichenbach a filmé Johnny Hallyday pendant un an, tout au long de sa tournée de 1971, où celui-ci jouait dans des chapiteaux de cirque montés chaque soir, devant un public post-soixante-huitard en masse et réellement en transe. Un road movie franco-américain où Polnareff l’accompagne au clavier au Palais des Sports, les groupies font irruption dans ses hôtels, certains fans suivent toute la tournée – qui avait encore une dimension humaine, presque artisanale comparée à la logistique du star system contemporain. Avec un montage audacieux loin des documentaires consensuels habituels, Reichenbach pose une caméra intimiste et indiscrète, tentant de percer dans ses instants volés le mythe Hallyday, titan timide, idole solitaire ne s’appartenant plus, dépassé par sa légende, bête de scène absolue portant sur ses seules épaules le rock en France pendant vingt ans, épuisé avant et après les concerts dans des loges inconfortables, se couchant à 6h et dormant le jour, tentant de sauver son mariage avec Sylvie Vartan et de résister aux vices des tournées, allant enregistrer et voyager en moto aux USA, le pays de ses rêves. Présenté en ouverture du Festival de Cannes, J’ai tout donné ne triche pas sur son titre et donnera des surprises aux plus snobs amateurs de rock.

– 21h : Presque célèbre (Cameron Crowe – 2000 – 122 minutes)

avec Billy Crudup, Frances McDormand, Kate Hudson, Jason Lee, Patrick Fugit, Anna Paquin, Fairuza Balk, Noah Taylor, Philip Seymour Hoffman, Jimmy Fallon

Dans les années 70, un adolescent est engagé par le magazine Rolling Stone pour suivre la tournée du groupe de rock Stillwater, avec son lot habituel de groupies et d’excès.

A travers le groupe fictif Stillwater, Cameron Crowe raconte sa propre jeunesse dans ce film autobiographique. Le critique précoce signa en effet des articles pour Creem et Rolling Stone où il racontait les tournées de Led Zeppelin, Allman Brothers Band, Eagles ou Lynyrd Skynyrd. Toute l’ambiance et l’esthétique de l’époque sont donc méticuleusement reconstituées, sur scène et en coulisses, des fêtes d’hôtels aux longs voyages en bus, en passant par les tensions dans le groupe ou les plaisirs avec les groupies. Le guitar hero Peter Frampton a été engagé comme consultant technique, et la bande-son est évidemment constituée de classiques de l’époque : Led Zeppelin, Black Sabbath, Stooges, David Bowie, The Who, Rod Stewart, etc. Hollywood oblige, si Presque célèbre est forcément en-dessous de la réalité (le documentaire sur la tournée 72 des Rolling Stones, Cocksucker Blues, est toujours interdit, et il y a de quoi), il reste une agréable comédie nostalgique sur un certain âge d’or du rock et ses fantasmes, ainsi que sur le passage à l’âge adulte d’une jeune passionné naïf et innocent. Ce récit efficace a été récompensé de l’Oscar du meilleur scénario, tandis que Kate Hudson et Frances McDormand ont été nommées à l’Oscar du meilleur second rôle féminin.

16 décembre 2017 : Ciné-club Gastronomie : Tampopo (1985) – Vatel (2000)

– 19h : Tampopo (Juzo Itami – 1985 – 114 minutes)

avec Tsutomu Yamazaki, Nobuko Miyamoto, Koji Yakusho, Ken Watanabe

Un camionneur cowboy rentre dans un restaurant de ramen (soupe de nouilles japonaises), et critique le plat de la cuisinière. Celle-ci l’implore de lui apprendre à mieux cuisiner.

Second long-métrage de Juzo Itami (suicidé en 1997, à moins que les yakuza ne l’y aient aidé…), Tampopo est le seul à être sorti en France. Qualifié de western ramen (parodiant le terme « western spaghetti »), cette comédie hilarante met en scène des japonais en quête des nouilles absolues, avec des scènes délirantes et pince-sans-rire (parfois façon films à sketches à la Monty Python) et un sens du rituel typiquement nippon. Le personnage principal, flanqué d’un chapeau de cowboy, copie le jeu minéral de Clint Eastwood, tandis que l’on a droit à une belle galerie de personnages, tous plus gourmets et déjantés les uns que les autres. Rempli de plats et aliments savoureux (parfois érotiques), ce film culte est incontournable pour tous les amateurs de gastronomie, de culture nipponne ou tout simplement de films hors-normes. Il a d’ailleurs donné son nom à bien des restaurants japonais dans le monde, mais on doute que les ramen y soient aussi excellents.

– 21h : Vatel (Roland Joffé – 2000 – 117 minutes)

avec Gérard Depardieu, Uma Thurman, Tim Roth, Arielle Dombasle, Julian Glover, Timothy Spall, Julian Glover, Julian Sands

François Vatel, l’intendant du prince de Condé, doit organiser trois jours de repas, de fêtes et de spectacles en l’honneur de la venue de Louis XIV et de sa cour, afin de faire regagner à Condé les bonnes grâces du roi.

Après Danton, Rodin ou Christophe Colomb, Gérard Depardieu tourne à nouveau dans un film historique. Cette fois-ci il prend les traits de François Vatel, prodigieux pâtissier-traiteur, intendant et organisateur de banquets grandioses, rôle qui apparaît comme une évidence pour notre acteur gourmet et gourmand. Celui-ci est passé à la postérité pour son sens de l’honneur absolu et radical (nous laisserons la surprise à ceux qui l’ignorent). Roland Joffé (La Déchirure, Mission) en tire ainsi un film très soigné visuellement, centré sur les fêtes fastueuses pour des centaines de convives et ses spectacles somptueux, d’une démesure gastronomique, théâtrale et pyrotechnique, car rien n’est trop bon pour satisfaire le roi. Mais les coulisses nous sont aussi racontées, tant du point de vue logistique que des redoutables et cyniques intrigues de cour. Le réalisateur devient en quelque sorte un nouveau Vatel, avec des tournages dans des décors prestigieux (châteaux de Voisins, de Chantilly, Maisons-Laffitte, de Vaux-le-Vicomte, etc.) récompensés d’un César, des costumes magnifiques aux César et une musique signée Ennio Morricone.

1er octobre 2017 : Ciné-club Prisonniers : La Fièvre monte à El Pao (1959) – La Grande illusion (1937)

LA FIEVRE MONTE A EL PAO

– 19h : La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel – 1959 – 100 minutes)

avec Gérard Philipe, Maria Félix, Jean Servais, Domingo Soler

Sous une dictature d’Amérique centrale, le gouverneur d’une île-pénitencier est assassiné par un opposant politique. Son secrétaire idéaliste tente d’améliorer le sort des prisonniers, tandis qu’il entame une relation avec la femme du défunt.

Luis Buñuel réalise ses films au Mexique depuis plus de dix ans quand il a enfin l’opportunité de tourner avec l’immense Gérard Philipe, après plusieurs projets avortés. Il adapte un roman d’Henri Castillou au sujet d’un fonctionnaire qui se confronte sous une dictature à l’exercice du pouvoir avec des intentions humanistes, tiraillé entre ses convictions et les compromissions, hésitant entre la figure du militant armé et de l’intellectuel engagé. En plus des contradictions intérieures qu’il ne parvient pas à se résoudre, il ajoute aux chaînes du pouvoir celles de l’amour. Maria Félix irradie le film de sa sensualité (elle a eu quatre maris !). La Fièvre monte à El Pao est un subtil mélodrame politique sur les rapports de force entre les dominants et les dominés, à tour de rôle. Le personnage convient admirablement à Gérard Philipe, sympathisant communiste (il ira même visiter le jeune régime castriste de Cuba après le tournage). Cependant, ce sera son dernier rôle, emporté par un cancer du foie foudroyant quelques jours avant la sortie du film, à seulement trente-six ans. Buñuel ne tournera plus qu’un autre film au Mexique avant d’entamer la dernière partie de sa carrière en France.

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– 21h : La Grande illusion (Jean Renoir – 1937 – 113 minutes)

avec Jean Gabin, Dita Parlo, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim, Dalio, Julien Carette

Durant la Première Guerre mondiale, des soldats alliés sont retenus prisonniers dans une forteresse allemande.

Jean Renoir a été sauvé au combat pendant la Première Guerre mondiale par le général Pinsard, qui lui racontera bien plus tard ses récits de captivité et d’évasion en Allemagne, qui inspireront La Grande illusion. Alors qu’il sort en 1937 et se situe durant la Grande Guerre de 14-18, personne n’ignore qu’elle ne sera pas la dernière et que la Seconde se prépare. Le film est pourtant d’un humanisme profond et universel : il montre une fraternité qui dépasse les frontières, les nationalités et les langues, mais qui se heurte aux classes sociales. Il y a ainsi plus d’affinité et de valeurs communes entre les officiers français et allemands (les excellents Fresnay et von Stroheim), qu’entre la classe populaire et l’aristocratie (reflétant la sympathie de Renoir pour le Front populaire). Jean Gabin est comme d’habitude aussi magistral que bouleversant. Malgré ses censures, le film est un grand succès critique et populaire, mais sera évidemment interdit en Allemagne et en Italie (malgré une récompensé à la Mostra de Venise) puis sous l’Occupation, à cause de son pacifisme sans illusion. Mais sa ressortie après-guerre en version intégrale l’inscrira au panthéon des chefs d’œuvre éternels du cinéma mondial.

7 mai 2017 : Ciné-club Président : Ségo et Sarko sont sur un bateau (2007) – Dans la peau de Jacques Chirac (2006)

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– 19h : Ségo et Sarko sont dans un bateau (Karl Zéro & Michel Royer – 2007 – 95 minutes)

L’ancien présentateur du Vrai Journal sur Canal Plus, Karl Zéro, suit les campagnes pour l’élection présidentielle de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Il pioche même dans les « off » de ses interviews tutoyées et décontractées qui sont sa marque de fabrique, tandis que son compère Michel Royer fouille dans les archives télévisuelles des candidats du PS et de l’UMP depuis leurs débuts en politique. Ils en ressortent de grandes perles derrières les langues de bois et les discours bétonnés, dessinant un portrait plus humain et réaliste. Les moments savoureux, navrant ou tordant de rire en manquent pas, forcément !

DANS LA PEAU DE JACQUES CHIRAC

– 21h : Dans la peau de Jacques Chirac (Karl Zéro & Michel Royer – 2006 – 90 minutes)

Entré en politique en 1965, fondateur du RPR et de l’UMP, premier ministre de cohabitation sous François Mitterrand et président de la République de 1995 à 2007, on ne présente plus Jacques Chirac, pilier de la droite et de la politique française. On connait aussi ses affaires, son charisme, ses ridicules et ses contradictions. Karl Zéro, habitué des fausses interviews de personnalités, réalise avec l’archiviste Michel Royer un documentaire sur Chirac, entièrement composé d’images d’archives couvrant plusieurs décennies. Elles sont commentées par sa fausse voix, en réalité imitée par Didier Gustin (bien plus sobre qu’Yves Lecoq des Guignols de l’info). Cette satire est aussi hilarante que passionnante, retraçant son longs parcours politique jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir, ses échecs, ses magouilles, ses gaffes, ses adversaires ou rivaux. Malgré toutes ses erreurs et scandales, Chirac n’en demeure pas moins terriblement gaulois et donc sympathique, tandis que ce faux-documentaire donne un éclairage certain sur la politique française des années 70 à 2000. Grand succès en salle pour le genre, Dans la peau de Jacques Chirac a d’ailleurs été récompensé du César du meilleur documentaire.

9 avril 2017 : Ciné-club Lino Ventura : L’Emmerdeur (1973) – Ne nous fâchons pas (1966)

L'EMMERDEUR

-19h : L’Emmerdeur (Edouard Molinaro – 1973 – 85 minutes)

avec Lino Ventura, Jacques Brel, Caroline Cellier, Nino Castelnuovo, Jean-Pierre Darras, André Vallardy, Michele Gammino, Angela Cardile, Pierre Forget

Un tueur à gage se prépare à exécuter son contrat dans une chambre d’hôtel, mais son voisin, en tentant de se suicider, va perturber ses plans.

La pièce Le Contrat (1971), écrite par Francis Veber (Le Grand blond avec une chaussure noire) est adaptée au cinéma sous le nom de L’Emmerdeur, avec Edouard Molinaro à la réalisation (Arsène Lupin contre Arsène Lupin, La Cage aux folles). Il réunit deux acteurs avec qui il avait déjà tourné : Lino Ventura (dans Un Témoin dans la ville) et Jacques Brel (dans Mon Oncle Benjamin). Les deux acteurs (qui s’étaient déjà donné la réplique l’année précédente dans L’Aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch) forment un duo irrésistible, parfait contrepoint entre le tueur à gage dur et impassible, excédé par un paumé gentil mais imprévisible. Très bien joué, les situations sont hilarantes, et le film devient un classique du cinéma populaire français. Cette formule du duo contrasté et improbable sera la marque de fabrique des futurs films de Veber (La Chèvre, Le Dîner de cons, Le Jaguar). Billy Wilder en fera un remake pour son tout dernier film, Buddy buddy (1981) avec Jack Lemmon, Walter Matthau et Klaus Kinski. Francis Veber réactualisera la pièce en 2005 avec Richard Berry et Patrick Timsit, dont le succès le poussera à en réaliser un nouveau film avec les mêmes acteurs trois ans plus tard, mais qui sera un échec.

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– 21h : Ne nous fâchons pas (Georges Lautner – 1966 – 100 minutes)

avec Lino Ventura, Mireille Darc, Jean Lefebvre, Michel Constantin, Tommy Duggan, Sylvia Sorrente, André Pousse, Robert Dalban

Un ancien truand rangé doit récupérer à la demande de deux anciens complices 40.000 francs auprès d’un escroc idiot. Ce dernier a des problèmes avec un militaire britannique qui envoie de jeunes tueurs à la mode yéyés.

Après les cultissimes Tontons flingueurs et Barbouzes, Georges Lautner retrouve Lino Ventura pour leur troisième et dernier film ensemble, toujours avec Michel Audiard aux savoureux dialogues. Comme d’habitude, Lautner s’entoure d’acteurs familiers : Mireille Darc (Des Pissenlits par la racine, Les Barbouzes, Galia), Jean Lefebvre (Les Tontons Flingueurs), Robert Dalban (Le Monocle noir, Les Tontons Flingueurs, Les Barbouzes) ; et de futurs habitués : Michel Constantin (Laisse aller, c’est une valse, Il était une fois un flic et La Valise), André Pouce (Fleur d’oseille, Le Pacha, Quelques messieurs trop tranquilles). Dans ce pastiche de film de gangsters, Lino Ventura distribue les baffes, Jean Lefebvre pleurniche et Mireille Darc séduit au milieu des coups de feu et des explosions. Délicieusement sixties, rempli de gags et de séquences d’anthologie (notamment les anglais habillés comme les Beatles), Ne nous fâchons pas a, comme les précédents films de Lautner, été injustement boudé par la critique intello de l’époque, mais a remporté un grand succès populaire.

26 mars 2017 : Ciné-club Jean Gabin / Marcel Carné : Le Quai des brumes (1938) – Le Jour se lève (1939)

LE QUAI DES BRUMES

– 19h : Le Quai des brumes (Marcel Carné – 1938 – 92 minutes)

avec Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan, Pierre Brasseur, Jenny Burnay, René Génin, Marcel Pérès, Martial Rèbe, Edouard Delmont, Aimos, Robert Le Vigan

Jean, un déserteur, arrive au Havre pour quitter la France. Il s’arrête dans un bar fréquenté par des marginaux et rencontre Nelly, terrorisée par son tuteur.

Jean Gabin a été très impressionné par Drôle de drame, le second film de Marcel Carné, sur un scénario et dialogues de Jacques Prévert, et insiste pour faire un film avec eux. Comme la star était sous contrat avec une société de production allemande, Le Quai des brumes devait être tourné en Allemagne. Mais Goebbels, ministre de la propagande, s’opposa au tournage, et les droits du film sont revendus à un producteur juif ayant fui l’Allemagne nazie. En France, le ministère de la guerre interdit l’usage du mot « déserteur », ou que l’uniforme militaire de Gabin soit jeté à terre. Le Quai des brumes appartient au réalisme poétique, avec un script et une atmosphère d’une grande noirceur, reflet autant de l’intériorité des personnages que des sombres années trente à la veille de la guerre. Mais au-delà-de son pessimisme, c’est avant tout une bouleversante histoire d’amour, jouée par des acteurs inoubliables, immortalisée par une des plus célèbres répliques du cinéma, le « t’as de beaux yeux tu sais » de Gabin à la jeune Morgan (d’ailleurs amants à la ville). Le film est un immense succès public et critique (Prix Louis-Delluc, Grand Prix national du cinéma français, Prix Méliès de l’Académie du film, recommandation spéciale pour la réalisation à la Mostra de Venise), mais est attaqué par l’extrême gauche et l’extrême droite. Il sera interdit sous l’Occupation, avant de devenir un des grands classiques nationaux. Couple mythique du cinéma français, Gabin et Morgan retourneront ensemble dans Le Récif de corail (1938), Remorques (1941) et La Minute de vérité (1952).

LE JOUR SE LEVE

– 21h : Le Jour se lève (Marcel Carné – 1939 – 92 minutes)

avec Jean Gabin, Jules Berry, Arletty, Jacqueline Laurent, Mady Berry, René Génin, Arthur Devère, Bergeron, Bernard Blier, Perès, Germaine Lix, Gabrielle Fontan, Jacques Baumer

François, un ouvrier, vient de tuer quelqu’un. Il se remémore les événements qui l’y ont conduit, notamment sa rencontre avec Françoise.

Après le triomphe de Quai des brumes, Jean Gabin collabore à nouveau avec Marcel Carné et Jacques Prévert, sur une idée de scénario de Jacques Viot. Le Jour se lève est un drame social faisant preuve d’une très grande modernité narrative, avec son histoire racontée en longs flashbacks – et ce, deux ans avant Citizen Kane. Le film a été entièrement tourné en studio – le décor de la chambre du héros est d’ailleurs visible par ses quatre côtés, et non trois comme traditionnellement, afin d’effectuer des plans circulaires pour montrer son enfermement et la fatalité de son sort. Le jeu de Gabin n’a jamais été aussi intense, passionné et désespéré, dans une nouvelle histoire d’amour déchirante. Jacqueline Laurent rayonne de sa pureté et de fraîcheur, tandis qu’Arletty retrouve Carné après Hôtel du Nord – une scène la montrant nue (probablement la première du cinéma français !) à la sortie de la douche fut longtemps censurée. La photographie du film est sublime, constituant un chaînon déterminant entre l’esthétique de l’expressionnisme allemand et celle des films noirs américains. Le Jour se lève est un chef d’œuvre sur tous les plans, mais a été évidemment interdit sous Vichy, car jugé trop défaitiste. Il donnera lieu à un remake américain avec Henry Fonda et Vincent Price, The Long Night (1947). Enfin, Carné et Prévert réaliseront encore trois autres classiques ensembles : Les Visiteurs du soir, Les Enfants du Paradis (tous deux avec Arletty) et Les Portes de la nuit.

Ciné-club meurtre avec Anthony Perkins : Psychose (1960) – Le Glaive et la balance (1963)

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– 19h : Psychose (Alfred Hitchcock – 1960 – 109 minutes)

avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire, Simon Oakland, Patricia Hitchcock, Vaughn Taylor

Une femme s’enfuit de son travail en ayant volé 40.000 dollars. Elle trouve refuge dans un hôtel vide avec un réceptionniste tourmenté…

Avec son adaptation du roman de Robert Bloch (inspiré de l’histoire vraie d’Ed Gein), Alfred Hitchcock signe son plus grand succès commercial (40 millions de dollars, pour un budget de 800.000 dollars) et son troisième chef d’œuvre d’affilée, après Sueurs froides et La Mort aux trousses. Après bien des films de suspense, Psychose est son premier film de véritable terreur, manipulant perfidement le spectateur en n’hésitant pas à faire mourir son personnage principal (joué par Janet Leigh) à la moitié du film (du jamais vu pour l’époque, interdisant même aux exploitants de salles de faire rentrer des spectateurs en retard) dans une légendaire scène de douche (sept jours de tournage, soixante-dix plans, la plus étudiée par les étudiants de cinéma) sur la musique stridente et iconique de Bernard Herrmann. Hitchcock invente rien de moins que le genre slasher, d’une influence considérable dans l’histoire du cinéma, inspirant directement des classiques comme Massacre à la tronçonneuse ou Halloween (avec d’ailleurs Jamie Lee Curtis, la fille de Janet Leigh !). Brian De Palma, éternel admirateur du maître, en fera une variation avec Pulsions (1980). Anthony Perkins signe une performance inquiétante et torturée d’un personnage rentré dans les annales du cinéma, dont il ne parviendra jamais vraiment à se détacher au cours du reste de sa carrière, se résignant à tourner dans trois suites dans les années 80, réalisant d’ailleurs le troisième volet, tandis que le quatrième n’est qu’un téléfilm (de Mick Garris)…  Enfin, Gus Van Sant fit une remake du film plan pour plan en 1998.

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– 21h : Le Glaive et la balance (André Cayatte – 1963 – 138 minutes)

avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy, Renato Salvatori, Pascale Audret, Marie Déa, Elina Labourdette, Fernand Ledoux, Jacques Monod, Anne Tonietti, Lou Bennett

Deux individus coupables de kidnapping et de meurtre sont poursuivis par la police, mais ils sont arrêtés avec une troisième personne en même temps, sans que l’on sache lequel est innocent.

Ancien avocat, les films d’André Cayatte sont souvent à thèse, engagés comme des pamphlets cinématographiques, et il en avait déjà consacré quatre dans les années 50 sur la justice (Justice est faite, Nous sommes tous des assassins, Avant le déluge, Le Dossier noir). Si Le Glaive et la balance commence comme un film de kidnapping (rappelant la première partie du grandiose Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa, en réalité sorti un mois plus tard !), il bascule ensuite en film judiciaire, d’abord entre les mains de la police, avec l’enquête psychologique pour fouiller le passé et les motivations des accusés, puis au tribunal, plus particulièrement avec le cas de conscience des jurés (se rapprochant cette fois-ci du fameux Douze hommes en colère de Sydney Lumet, en 1957). Le dilemme central du film porte sur l’intime conviction qui doit conduire à la condamnation, jusqu’à la peine de mort : vaut-il mieux prendre le risque de condamner un innocent ou de relâcher un meurtrier ? Le film tranchera de manière surprenante, avec une fin qui marquera le spectateur, intimement impliqué comme s’il était un des jurés. En plus de son brillant scénario et d’une réalisation impeccable, le film est porté par d’excellents acteurs aux styles différents : Anthony Perkins (qui joue et chante en français – sa chanson « Dreaming of you » sortira même en 45 tours !), Jean-Claude Brialy (Le Beau Serge de Claude Chabrol, Arsène Lupin contre Arsène Lupin) et Renato Salvatori (Rocco et ses frères), dans le cadre langoureux, jazzy ou festif de la Côte d’Azur.