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1er octobre 2017 : Ciné-club Prisonniers : La Fièvre monte à El Pao (1959) – La Grande illusion (1937)

LA FIEVRE MONTE A EL PAO

– 19h : La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel – 1959 – 100 minutes)

avec Gérard Philipe, Maria Félix, Jean Servais, Domingo Soler

Sous une dictature d’Amérique centrale, le gouverneur d’une île-pénitencier est assassiné par un opposant politique. Son secrétaire idéaliste tente d’améliorer le sort des prisonniers, tandis qu’il entame une relation avec la femme du défunt.

Luis Buñuel réalise ses films au Mexique depuis plus de dix ans quand il a enfin l’opportunité de tourner avec l’immense Gérard Philipe, après plusieurs projets avortés. Il adapte un roman d’Henri Castillou au sujet d’un fonctionnaire qui se confronte sous une dictature à l’exercice du pouvoir avec des intentions humanistes, tiraillé entre ses convictions et les compromissions, hésitant entre la figure du militant armé et de l’intellectuel engagé. En plus des contradictions intérieures qu’il ne parvient pas à se résoudre, il ajoute aux chaînes du pouvoir celles de l’amour. Maria Félix irradie le film de sa sensualité (elle a eu quatre maris !). La Fièvre monte à El Pao est un subtil mélodrame politique sur les rapports de force entre les dominants et les dominés, à tour de rôle. Le personnage convient admirablement à Gérard Philipe, sympathisant communiste (il ira même visiter le jeune régime castriste de Cuba après le tournage). Cependant, ce sera son dernier rôle, emporté par un cancer du foie foudroyant quelques jours avant la sortie du film, à seulement trente-six ans. Buñuel ne tournera plus qu’un autre film au Mexique avant d’entamer la dernière partie de sa carrière en France.

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– 21h : La Grande illusion (Jean Renoir – 1937 – 113 minutes)

avec Jean Gabin, Dita Parlo, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim, Dalio, Julien Carette

Durant la Première Guerre mondiale, des soldats alliés sont retenus prisonniers dans une forteresse allemande.

Jean Renoir a été sauvé au combat pendant la Première Guerre mondiale par le général Pinsard, qui lui racontera bien plus tard ses récits de captivité et d’évasion en Allemagne, qui inspireront La Grande illusion. Alors qu’il sort en 1937 et se situe durant la Grande Guerre de 14-18, personne n’ignore qu’elle ne sera pas la dernière et que la Seconde se prépare. Le film est pourtant d’un humanisme profond et universel : il montre une fraternité qui dépasse les frontières, les nationalités et les langues, mais qui se heurte aux classes sociales. Il y a ainsi plus d’affinité et de valeurs communes entre les officiers français et allemands (les excellents Fresnay et von Stroheim), qu’entre la classe populaire et l’aristocratie (reflétant la sympathie de Renoir pour le Front populaire). Jean Gabin est comme d’habitude aussi magistral que bouleversant. Malgré ses censures, le film est un grand succès critique et populaire, mais sera évidemment interdit en Allemagne et en Italie (malgré une récompensé à la Mostra de Venise) puis sous l’Occupation, à cause de son pacifisme sans illusion. Mais sa ressortie après-guerre en version intégrale l’inscrira au panthéon des chefs d’œuvre éternels du cinéma mondial.

7 mai 2017 : Ciné-club Président : Ségo et Sarko sont sur un bateau (2007) – Dans la peau de Jacques Chirac (2006)

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– 19h : Ségo et Sarko sont dans un bateau (Karl Zéro & Michel Royer – 2007 – 95 minutes)

L’ancien présentateur du Vrai Journal sur Canal Plus, Karl Zéro, suit les campagnes pour l’élection présidentielle de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Il pioche même dans les « off » de ses interviews tutoyées et décontractées qui sont sa marque de fabrique, tandis que son compère Michel Royer fouille dans les archives télévisuelles des candidats du PS et de l’UMP depuis leurs débuts en politique. Ils en ressortent de grandes perles derrières les langues de bois et les discours bétonnés, dessinant un portrait plus humain et réaliste. Les moments savoureux, navrant ou tordant de rire en manquent pas, forcément !

DANS LA PEAU DE JACQUES CHIRAC

– 21h : Dans la peau de Jacques Chirac (Karl Zéro & Michel Royer – 2006 – 90 minutes)

Entré en politique en 1965, fondateur du RPR et de l’UMP, premier ministre de cohabitation sous François Mitterrand et président de la République de 1995 à 2007, on ne présente plus Jacques Chirac, pilier de la droite et de la politique française. On connait aussi ses affaires, son charisme, ses ridicules et ses contradictions. Karl Zéro, habitué des fausses interviews de personnalités, réalise avec l’archiviste Michel Royer un documentaire sur Chirac, entièrement composé d’images d’archives couvrant plusieurs décennies. Elles sont commentées par sa fausse voix, en réalité imitée par Didier Gustin (bien plus sobre qu’Yves Lecoq des Guignols de l’info). Cette satire est aussi hilarante que passionnante, retraçant son longs parcours politique jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir, ses échecs, ses magouilles, ses gaffes, ses adversaires ou rivaux. Malgré toutes ses erreurs et scandales, Chirac n’en demeure pas moins terriblement gaulois et donc sympathique, tandis que ce faux-documentaire donne un éclairage certain sur la politique française des années 70 à 2000. Grand succès en salle pour le genre, Dans la peau de Jacques Chirac a d’ailleurs été récompensé du César du meilleur documentaire.

9 avril 2017 : Ciné-club Lino Ventura : L’Emmerdeur (1973) – Ne nous fâchons pas (1966)

L'EMMERDEUR

-19h : L’Emmerdeur (Edouard Molinaro – 1973 – 85 minutes)

avec Lino Ventura, Jacques Brel, Caroline Cellier, Nino Castelnuovo, Jean-Pierre Darras, André Vallardy, Michele Gammino, Angela Cardile, Pierre Forget

Un tueur à gage se prépare à exécuter son contrat dans une chambre d’hôtel, mais son voisin, en tentant de se suicider, va perturber ses plans.

La pièce Le Contrat (1971), écrite par Francis Veber (Le Grand blond avec une chaussure noire) est adaptée au cinéma sous le nom de L’Emmerdeur, avec Edouard Molinaro à la réalisation (Arsène Lupin contre Arsène Lupin, La Cage aux folles). Il réunit deux acteurs avec qui il avait déjà tourné : Lino Ventura (dans Un Témoin dans la ville) et Jacques Brel (dans Mon Oncle Benjamin). Les deux acteurs (qui s’étaient déjà donné la réplique l’année précédente dans L’Aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch) forment un duo irrésistible, parfait contrepoint entre le tueur à gage dur et impassible, excédé par un paumé gentil mais imprévisible. Très bien joué, les situations sont hilarantes, et le film devient un classique du cinéma populaire français. Cette formule du duo contrasté et improbable sera la marque de fabrique des futurs films de Veber (La Chèvre, Le Dîner de cons, Le Jaguar). Billy Wilder en fera un remake pour son tout dernier film, Buddy buddy (1981) avec Jack Lemmon, Walter Matthau et Klaus Kinski. Francis Veber réactualisera la pièce en 2005 avec Richard Berry et Patrick Timsit, dont le succès le poussera à en réaliser un nouveau film avec les mêmes acteurs trois ans plus tard, mais qui sera un échec.

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– 21h : Ne nous fâchons pas (Georges Lautner – 1966 – 100 minutes)

avec Lino Ventura, Mireille Darc, Jean Lefebvre, Michel Constantin, Tommy Duggan, Sylvia Sorrente, André Pousse, Robert Dalban

Un ancien truand rangé doit récupérer à la demande de deux anciens complices 40.000 francs auprès d’un escroc idiot. Ce dernier a des problèmes avec un militaire britannique qui envoie de jeunes tueurs à la mode yéyés.

Après les cultissimes Tontons flingueurs et Barbouzes, Georges Lautner retrouve Lino Ventura pour leur troisième et dernier film ensemble, toujours avec Michel Audiard aux savoureux dialogues. Comme d’habitude, Lautner s’entoure d’acteurs familiers : Mireille Darc (Des Pissenlits par la racine, Les Barbouzes, Galia), Jean Lefebvre (Les Tontons Flingueurs), Robert Dalban (Le Monocle noir, Les Tontons Flingueurs, Les Barbouzes) ; et de futurs habitués : Michel Constantin (Laisse aller, c’est une valse, Il était une fois un flic et La Valise), André Pouce (Fleur d’oseille, Le Pacha, Quelques messieurs trop tranquilles). Dans ce pastiche de film de gangsters, Lino Ventura distribue les baffes, Jean Lefebvre pleurniche et Mireille Darc séduit au milieu des coups de feu et des explosions. Délicieusement sixties, rempli de gags et de séquences d’anthologie (notamment les anglais habillés comme les Beatles), Ne nous fâchons pas a, comme les précédents films de Lautner, été injustement boudé par la critique intello de l’époque, mais a remporté un grand succès populaire.

26 mars 2017 : Ciné-club Jean Gabin / Marcel Carné : Le Quai des brumes (1938) – Le Jour se lève (1939)

LE QUAI DES BRUMES

– 19h : Le Quai des brumes (Marcel Carné – 1938 – 92 minutes)

avec Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan, Pierre Brasseur, Jenny Burnay, René Génin, Marcel Pérès, Martial Rèbe, Edouard Delmont, Aimos, Robert Le Vigan

Jean, un déserteur, arrive au Havre pour quitter la France. Il s’arrête dans un bar fréquenté par des marginaux et rencontre Nelly, terrorisée par son tuteur.

Jean Gabin a été très impressionné par Drôle de drame, le second film de Marcel Carné, sur un scénario et dialogues de Jacques Prévert, et insiste pour faire un film avec eux. Comme la star était sous contrat avec une société de production allemande, Le Quai des brumes devait être tourné en Allemagne. Mais Goebbels, ministre de la propagande, s’opposa au tournage, et les droits du film sont revendus à un producteur juif ayant fui l’Allemagne nazie. En France, le ministère de la guerre interdit l’usage du mot « déserteur », ou que l’uniforme militaire de Gabin soit jeté à terre. Le Quai des brumes appartient au réalisme poétique, avec un script et une atmosphère d’une grande noirceur, reflet autant de l’intériorité des personnages que des sombres années trente à la veille de la guerre. Mais au-delà-de son pessimisme, c’est avant tout une bouleversante histoire d’amour, jouée par des acteurs inoubliables, immortalisée par une des plus célèbres répliques du cinéma, le « t’as de beaux yeux tu sais » de Gabin à la jeune Morgan (d’ailleurs amants à la ville). Le film est un immense succès public et critique (Prix Louis-Delluc, Grand Prix national du cinéma français, Prix Méliès de l’Académie du film, recommandation spéciale pour la réalisation à la Mostra de Venise), mais est attaqué par l’extrême gauche et l’extrême droite. Il sera interdit sous l’Occupation, avant de devenir un des grands classiques nationaux. Couple mythique du cinéma français, Gabin et Morgan retourneront ensemble dans Le Récif de corail (1938), Remorques (1941) et La Minute de vérité (1952).

LE JOUR SE LEVE

– 21h : Le Jour se lève (Marcel Carné – 1939 – 92 minutes)

avec Jean Gabin, Jules Berry, Arletty, Jacqueline Laurent, Mady Berry, René Génin, Arthur Devère, Bergeron, Bernard Blier, Perès, Germaine Lix, Gabrielle Fontan, Jacques Baumer

François, un ouvrier, vient de tuer quelqu’un. Il se remémore les événements qui l’y ont conduit, notamment sa rencontre avec Françoise.

Après le triomphe de Quai des brumes, Jean Gabin collabore à nouveau avec Marcel Carné et Jacques Prévert, sur une idée de scénario de Jacques Viot. Le Jour se lève est un drame social faisant preuve d’une très grande modernité narrative, avec son histoire racontée en longs flashbacks – et ce, deux ans avant Citizen Kane. Le film a été entièrement tourné en studio – le décor de la chambre du héros est d’ailleurs visible par ses quatre côtés, et non trois comme traditionnellement, afin d’effectuer des plans circulaires pour montrer son enfermement et la fatalité de son sort. Le jeu de Gabin n’a jamais été aussi intense, passionné et désespéré, dans une nouvelle histoire d’amour déchirante. Jacqueline Laurent rayonne de sa pureté et de fraîcheur, tandis qu’Arletty retrouve Carné après Hôtel du Nord – une scène la montrant nue (probablement la première du cinéma français !) à la sortie de la douche fut longtemps censurée. La photographie du film est sublime, constituant un chaînon déterminant entre l’esthétique de l’expressionnisme allemand et celle des films noirs américains. Le Jour se lève est un chef d’œuvre sur tous les plans, mais a été évidemment interdit sous Vichy, car jugé trop défaitiste. Il donnera lieu à un remake américain avec Henry Fonda et Vincent Price, The Long Night (1947). Enfin, Carné et Prévert réaliseront encore trois autres classiques ensembles : Les Visiteurs du soir, Les Enfants du Paradis (tous deux avec Arletty) et Les Portes de la nuit.

Ciné-club meurtre avec Anthony Perkins : Psychose (1960) – Le Glaive et la balance (1963)

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– 19h : Psychose (Alfred Hitchcock – 1960 – 109 minutes)

avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire, Simon Oakland, Patricia Hitchcock, Vaughn Taylor

Une femme s’enfuit de son travail en ayant volé 40.000 dollars. Elle trouve refuge dans un hôtel vide avec un réceptionniste tourmenté…

Avec son adaptation du roman de Robert Bloch (inspiré de l’histoire vraie d’Ed Gein), Alfred Hitchcock signe son plus grand succès commercial (40 millions de dollars, pour un budget de 800.000 dollars) et son troisième chef d’œuvre d’affilée, après Sueurs froides et La Mort aux trousses. Après bien des films de suspense, Psychose est son premier film de véritable terreur, manipulant perfidement le spectateur en n’hésitant pas à faire mourir son personnage principal (joué par Janet Leigh) à la moitié du film (du jamais vu pour l’époque, interdisant même aux exploitants de salles de faire rentrer des spectateurs en retard) dans une légendaire scène de douche (sept jours de tournage, soixante-dix plans, la plus étudiée par les étudiants de cinéma) sur la musique stridente et iconique de Bernard Herrmann. Hitchcock invente rien de moins que le genre slasher, d’une influence considérable dans l’histoire du cinéma, inspirant directement des classiques comme Massacre à la tronçonneuse ou Halloween (avec d’ailleurs Jamie Lee Curtis, la fille de Janet Leigh !). Brian De Palma, éternel admirateur du maître, en fera une variation avec Pulsions (1980). Anthony Perkins signe une performance inquiétante et torturée d’un personnage rentré dans les annales du cinéma, dont il ne parviendra jamais vraiment à se détacher au cours du reste de sa carrière, se résignant à tourner dans trois suites dans les années 80, réalisant d’ailleurs le troisième volet, tandis que le quatrième n’est qu’un téléfilm (de Mick Garris)…  Enfin, Gus Van Sant fit une remake du film plan pour plan en 1998.

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– 21h : Le Glaive et la balance (André Cayatte – 1963 – 138 minutes)

avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy, Renato Salvatori, Pascale Audret, Marie Déa, Elina Labourdette, Fernand Ledoux, Jacques Monod, Anne Tonietti, Lou Bennett

Deux individus coupables de kidnapping et de meurtre sont poursuivis par la police, mais ils sont arrêtés avec une troisième personne en même temps, sans que l’on sache lequel est innocent.

Ancien avocat, les films d’André Cayatte sont souvent à thèse, engagés comme des pamphlets cinématographiques, et il en avait déjà consacré quatre dans les années 50 sur la justice (Justice est faite, Nous sommes tous des assassins, Avant le déluge, Le Dossier noir). Si Le Glaive et la balance commence comme un film de kidnapping (rappelant la première partie du grandiose Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa, en réalité sorti un mois plus tard !), il bascule ensuite en film judiciaire, d’abord entre les mains de la police, avec l’enquête psychologique pour fouiller le passé et les motivations des accusés, puis au tribunal, plus particulièrement avec le cas de conscience des jurés (se rapprochant cette fois-ci du fameux Douze hommes en colère de Sydney Lumet, en 1957). Le dilemme central du film porte sur l’intime conviction qui doit conduire à la condamnation, jusqu’à la peine de mort : vaut-il mieux prendre le risque de condamner un innocent ou de relâcher un meurtrier ? Le film tranchera de manière surprenante, avec une fin qui marquera le spectateur, intimement impliqué comme s’il était un des jurés. En plus de son brillant scénario et d’une réalisation impeccable, le film est porté par d’excellents acteurs aux styles différents : Anthony Perkins (qui joue et chante en français – sa chanson « Dreaming of you » sortira même en 45 tours !), Jean-Claude Brialy (Le Beau Serge de Claude Chabrol, Arsène Lupin contre Arsène Lupin) et Renato Salvatori (Rocco et ses frères), dans le cadre langoureux, jazzy ou festif de la Côte d’Azur.

22 janvier 2017 : Ciné-club adaptations de bandes dessinées : Quai d’Orsay (2013) – La Vie d’Adèle (2013)

QUAI D'ORSAY (2013)

– 19h : Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier – 2013 – 114 minutes)

avec Thierry Lhermitte, Raphael Personnaz, Niels Arestrup, Bruno Raffaeli, Julie Gayet, Anaïs Demoustier, Thomas Chabrol, Thierry Frémont

Un jeune énarque est embauché au ministère des affaires étrangères comme chargé de langage pour le ministre, personnage exubérant et hors-norme, pour lequel il doit rédiger son discours à l’ONU.

Abel Lanzac a été conseiller de Dominique de Villepin au Ministère des affaires étrangères. Il tire de cette expérience un scénario avec Christophe Blain de bande dessiné, que ce dernier dessine, publiant en 2010 Quai d’Orsay. Le second tome obtient d’ailleurs le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême. Après avoir l’avoir découverte, Bertrand Tavernier (L’Horloger de Saint-Paul, Le Juge et l’assassin) décide immédiatement d’en acheter les droits d’adaptation, pour en faire sa première comédie. Thierry Lhermitte incarne ainsi officieusement sous un nom modifié le fameux ministre, retranscrivant à la perfection son comportement fantasque, inspiré et intenable, sans pour autant tomber dans la caricature, renouant avec une énergie et une subtilité digne de ses années du Splendid. Niels Arestrup joue le directeur de cabinet, épuisé et sur lequel tout repose, sans que jamais le grand public apprenne un jour son rôle essentiel dans les succès du ministère dans le monde – une performance récompensée du César du meilleur second rôle. Merveilleusement vif et rythmé, Quai d’Orsay nous montre une pépinière constamment au travail dans une organisation presque kafkaïenne, remplie de personnages  variés et très bien campés. Une plongée hilarante et passionnante dans les coulisses improbables du pouvoir, où les grandes dossiers diplomatiques internationaux sont traités et résolus par la comédie humaine.

LA VIE D'ADELE - CHAPITRE 1&2 (2013)

– 21h : La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche – 2013 – 180 minutes)

avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Salim Kechiouche, Aurélien Recoing, Catherine Salée, Benjamin Siksou, Mona Walravens, Jérémie Laheurte, Alma Jodorowsky, Sandor Funtek

Adèle, une adolescente, s’ennuie avec son copain. Un jour elle croise une intrigante femme aux cheveux bleus qui va la hanter et transformer son identité.

Abdellatif Kechiche adapte librement le roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, pour en faire un film aussi personnel que ses précédents (L’Esquive, La Graine et le mulet, tous deux Césars du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario). Dans une même veine naturaliste, il filme la jeune Adèle  dans son cheminement existentiel, ses doutes, ses expériences, ses désirs, ses amours, ses vertiges et ses douleurs, à travers la rencontre déterminante d’une lesbienne aux cheveux bleus. Avec un art impressionnant de l’ellipse, La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2, est incroyablement bien filmé, réalisé et monté, une magnifique expérience immersive avec des acteurs d’un naturel désarmant – au prix d’un éprouvant tournage (sept cent cinquante heures de rush !) pour les acteurs comme pour les techniciens, ce qui éclata en polémique médiatique au moment de sa projection au Festival de Cannes. Certains champions de la vertu s’indignèrent aussi des scènes de rapports sexuels, longues et explicites, sans vouloir voir qu’elles n’étaient qu’une représentation d’un amour et d’un désir d’une intensité sans pareil. Qu’importe, le film est couronné de la Palme d’Or, de dizaines de récompenses internationales et nommé à huit Césars – les votants ont l’air d’avoir boudé le grand favori, ne décernant que le César du meilleur espoir féminin pour Adèle Exarchopoulos. Loin des scandales, La Vie d’Adèle est tout simplement une des plus belles, des plus véridiques et des plus bouleversantes histoires d’amour, qui résonne avec nos propres vécus.

27 novembre : Ciné-club Addiction : Le Pari (1997) – Trainspotting (1996)

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– 19h : Le Pari (Didier Bourdon & Bernard Campan – 1997 – 98 minutes)

avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Régis Laspalès, Philippe Chevalier, François Berléand, Isabelle Ferron, Isabel Otéro, Hélène Surgère, Roger Ibáñez, Kelly Lawnson, Jean-Roger Milo

Deux beaux-frères socialement opposés qui se détestent font le pari d’arrêter de fumer.

Le succès de leurs émissions comiques La Télé des Inconnus et de leurs spectacles a conduit le trio au cinéma, où ils triomphèrent en 1995 avec Les Trois frères. Mais leur producteur Paul Lederman détenant les droits du nom « Les Inconnus » et leur interdisant de se produire tous les trois sans son implication, Didier Bourdon et Bernard Campan se lancèrent à deux dans Le Pari, qu’ils ont écrit, réalisé et interprété. Pascal Légitimus y fait tout de même un caméo de deux secondes, tandis que son père Théo y tient un rôle secondaire. A partir de deux personnages stéréotypés (un pharmacien de droite et un professeur de gauche qui ne se supportent pas), ils parviennent à insuffler tout le comique extravagant qu’on leur connait, captant et exagérant les travers de la société française avec toujours autant d’acuité et de mordant,  dans des interprétations aussi complices que jubilatoires. Ils sont d’ailleurs rejoints par le tandem Chevallier-Laspalès. Le film fut un grand succès populaire (quatre millions d’entrées en salle), et le duo continua en 2000 avec L’Extra-terrestre, moins bien accueilli. Mais un accord avec Lederman leur permit finalement de rejouer à trois, ce qu’ils firent dans Les Rois mages en 2001 et Les Trois frères : le retour en 2014.

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– 21h : Trainspotting (Danny Boyle – 1996 – 94 minutes)

avec Ewan McGregor, Ewen Bremmer, Jonny Lee Miller, Kevin McKidd, Robert Carlyle, Kelly McDonald, Peter Mullan, James Cosmo

A Edimbourg, Mark Renton nous raconte sa vie d’héroïnomane, entouré de ses amis à moitié ratés et excentriques.

Le best-seller d’Irvine Welsh, paru en 1993, avait rapidement été transposé au théâtre (avec déjà Ewen Bremmer). Là où le roman enchaînait les chapitres avec des narrateurs différents, l’adaptation cinématographique se concentre sur le personnage de Mark Renton, autour duquel son microcosme loufoque gravite. Pour l’interpréter, Danny Boyle retrouve le jeune Ewan McGregor, qu’il avait déjà dirigé dans son précédent et premier film, Petits meurtres entre amis (1994). Trainspotting n’est absolument pas un drame glauque sur la toxicomanie, mais plutôt une fable souvent comique et déjantée qui encapsule ingénieusement son époque par sa réalisation stylisée et surtout sa bande-son remplie de classiques du rock des années 70 à 90 (Iggy Pop, Lou Reed, Pulp, Underworld, Primal Scream, New Order, etc.). Il n’hésite pas à montrer avec réalisme les prises de drogue, leurs effets et sa dépendance, au milieu de situations surréalistes ou foireuses et de réflexions sur une société de consommation qui manque de sens et d’espoir. Outre Ewan McGregor, qui travaillera avec George Lucas, Roman Polanski, Ridley Scott ou Tim Burton, l’autre grande révélation du casting est Robert Carlyle, savoureux psychopathe imprévisible, qui enchaînera sur The Full Monty et Le Monde ne suffit pas. Présenté hors compétition au Festival de Cannes, Trainspotting a connu un énorme succès surprise, tant critique que public (deuxième meilleur box-office du cinéma anglais), et est rapidement devenu un film culte générationnel. Une suite avec le même réalisateur et casting est annoncée pour début 2017.

2 octobre : Ciné-club humour noir : Bernie (1996) – C’est arrivé près de chez vous (1992)

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– 19h : Bernie (Albert Dupontel – 1996 – 85 minutes)

avec Albert Dupontel, Claude Perron, Roland Blanche, Hélène Vincent, Roland Bertin, Paul Le Person, Philippe Uchan, Eric Elmosnino

Un trentenaire délirant, jeté à la poubelle à sa naissance, quitte son orphelinat pour partir à la recherche de ses parents, l’un SDF, l’autre bourgeoise, et découvre par la même occasion le monde.

Albert Dupontel a commencé par faire quelques sketchs pour Canal + (Les Sales Histoires) et des spectacles sur scène (Le Sale Spectacle, 1 & 2). Mais sa véritable ambition c’est le cinéma, alors après un court-métrage (Désiré) et quelques rôles, en 1996 il a réuni assez d’argent pour son premier film, Bernie, qu’il écrit, réalise et interprète. A travers la découverte du monde par un simplet sortant de son orphelinat, il expose un univers et un humour d’une noirceur et d’une violence sans égale – la violence n’étant d’ailleurs pas seulement verbale, mais aussi physique, avec une avalanche d’accidents, de chocs, de coups de pelle, de duels et de giclée de sang. Les acteurs, généralement pas connus, sont excellents, et incarnent à la perfection leurs personnages hors-normes et déjantés. Dupontel ne se refuse rien, et son rôle accumule les répliques ovniesques et hallucinées, faisant de Bernie un réservoir à citations et surtout un film culte. Nominé au César du meilleur premier film, Bernie a rencontré son public et suscité l’admiration de ses idoles les Monty Python,  en particulier Terry Gilliam dont l’influence accompagnera son prochain film, Le Créateur, avec en partie la même équipe (et où le Python Terry Jones tiendra le rôle de Dieu).

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– 21h : C’est arrivé près de chez vous (Remy Belvaux, André Bonzel & Poelvoorde – 1992 – 96 minutes)

avec Benoît Poelvoorde, Rémy Belvaux, André Bonzel

Une équipe de journalistes réalise un reportage sur un tueur excentrique qui s’attaque aux vieilles dames et aux individus de classe moyenne.

C’est arrivé près de chez vous est initialement un moyen-métrage en noir et blanc de fin d’études de cinéma de Rémy Belvaux avec ses amis en Belgique, pour lequel seront ensuite tournées de nouvelles scènes afin d’en faire un long-métrage pour le cinéma. Il se veut une parodie de l’émission documentaire Strip-tease, traitant de la société à travers des personnes lambda ou hors-normes. Ce faux-documentaire d’un cynisme et d’une immoralité inouïe suit ainsi les exploits du monstrueux et sympathique Ben pendant trente-trois meurtres et un viol, et aussi dans son quotidien, expliquant comment lester des cadavres sous l’eau ou la recette du cocktail « petit Grégory », entre deux envolées poétiques ou musicales. Benoît Poelvoorde crève l’écran avec sa prestation gracieuse, habitée et naturelle – à vrai dire il n’a jamais joué que sa propre excentricité, comme le montrera la suite de sa prolifique carrière. Bien plus hilarant que dérangeant, le film est présenté au Festival de Cannes, où il reçoit le prix de la critique internationale, le prix SACD et le prix spécial de la jeunesse, parmi d’autres récompenses et nominations internationales. Au-delà de son triomphe critique, ce Citizen Kane du cinéma belge est devenu un film culte depuis plusieurs générations pour son audace, sa poésie noire et son humour ravageur, critiquant au passage la télé-réalité et le voyeurisme contemporain. Mais là où Poelvoorde enchaînera avec le même esprit la série Les Carnets de Monsieur Manatane et bien des comédies populaires, le groupe d’amis se fissure. Rémy Belvaux, véritable metteur en scène et co-scénariste du film, vivra mal d’avoir été éclipsé, tournera de nombreux films publicitaires remarqués, jusqu’à son suicide en 2006.

En bonus sera diffusé Pas de C4 pour Daniel-Daniel (13 minutes – 1987), court-métrage de la même équipe, une fausse-bande annonce d’un film d’espionnage terriblement loufoque, Poelvoorde oblige !