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14 janvier 2018 : Ciné-club Tournée rock : J’ai tout donné (1972) – Presque célèbre (2000)

– 19h : J’ai tout donné (François Reichenbach – 1972 – 80 minutes)

Le prestigieux documentariste François Reichenbach a filmé Johnny Hallyday pendant un an, tout au long de sa tournée de 1971, où celui-ci jouait dans des chapiteaux de cirque montés chaque soir, devant un public post-soixante-huitard en masse et réellement en transe. Un road movie franco-américain où Polnareff l’accompagne au clavier au Palais des Sports, les groupies font irruption dans ses hôtels, certains fans suivent toute la tournée – qui avait encore une dimension humaine, presque artisanale comparée à la logistique du star system contemporain. Avec un montage audacieux loin des documentaires consensuels habituels, Reichenbach pose une caméra intimiste et indiscrète, tentant de percer dans ses instants volés le mythe Hallyday, titan timide, idole solitaire ne s’appartenant plus, dépassé par sa légende, bête de scène absolue portant sur ses seules épaules le rock en France pendant vingt ans, épuisé avant et après les concerts dans des loges inconfortables, se couchant à 6h et dormant le jour, tentant de sauver son mariage avec Sylvie Vartan et de résister aux vices des tournées, allant enregistrer et voyager en moto aux USA, le pays de ses rêves. Présenté en ouverture du Festival de Cannes, J’ai tout donné ne triche pas sur son titre et donnera des surprises aux plus snobs amateurs de rock.

– 21h : Presque célèbre (Cameron Crowe – 2000 – 122 minutes)

avec Billy Crudup, Frances McDormand, Kate Hudson, Jason Lee, Patrick Fugit, Anna Paquin, Fairuza Balk, Noah Taylor, Philip Seymour Hoffman, Jimmy Fallon

Dans les années 70, un adolescent est engagé par le magazine Rolling Stone pour suivre la tournée du groupe de rock Stillwater, avec son lot habituel de groupies et d’excès.

A travers le groupe fictif Stillwater, Cameron Crowe raconte sa propre jeunesse dans ce film autobiographique. Le critique précoce signa en effet des articles pour Creem et Rolling Stone où il racontait les tournées de Led Zeppelin, Allman Brothers Band, Eagles ou Lynyrd Skynyrd. Toute l’ambiance et l’esthétique de l’époque sont donc méticuleusement reconstituées, sur scène et en coulisses, des fêtes d’hôtels aux longs voyages en bus, en passant par les tensions dans le groupe ou les plaisirs avec les groupies. Le guitar hero Peter Frampton a été engagé comme consultant technique, et la bande-son est évidemment constituée de classiques de l’époque : Led Zeppelin, Black Sabbath, Stooges, David Bowie, The Who, Rod Stewart, etc. Hollywood oblige, si Presque célèbre est forcément en-dessous de la réalité (le documentaire sur la tournée 72 des Rolling Stones, Cocksucker Blues, est toujours interdit, et il y a de quoi), il reste une agréable comédie nostalgique sur un certain âge d’or du rock et ses fantasmes, ainsi que sur le passage à l’âge adulte d’une jeune passionné naïf et innocent. Ce récit efficace a été récompensé de l’Oscar du meilleur scénario, tandis que Kate Hudson et Frances McDormand ont été nommées à l’Oscar du meilleur second rôle féminin.

24 septembre 2017 : Ciné-club Arizona : Arizona Junior (1987) – Arizona Dream (1993)

ARIZONA JUNIOR

– 19h : Arizona Junior (Joel Coen – 1987 – 94 minutes)

avec Nicolas Cage, Holly Hunter, John Goodman, Trey Wilson, William Forsythe, Sam McMurray, Frances McDormand, Randall “Tex” Cobb, M. Emmet Walsh

Un cambrioleur, dont la femme est stérile, décide de voler un des récents quintuplés d’une riche famille, afin de l’élever comme son fils.

Pour leur second film, les frères Coen abandonnent le polar noir de Sang pour sang et passent à la comédie déjantée, franchement inspiré par les cartoons. On retrouve déjà les bases de leur univers, en explorant l’Amérique profonde à travers les péripéties de marginaux à moitié loosers, ici un ancien cambrioleur (Nicolas Cage) et sa femme policière (Holly Hunter). Leur kidnapping du bébé et la rançon promise par sa famille va donner lieu à une cavalcade délirante, avec à ses trousses des bandits et un motard digne de Mad Max. Parmi les seconds rôles, John Goodman, Frances McDormand et Warren Keith deviendront des habitués des réalisateurs. Avec ses couleurs flashys, ses personnages guignolesques et ses courses-poursuites hystériques, Arizona Junior installe durablement les frères Coen dans le paysage cinématographique américain, avec de nombreux classiques à venir (Barton Fink, The Big Lebowsky, Fargo).

ARIZONA DREAM

– 21h : Arizona Dream (Emir Kusturica – 1993 – 140 minutes)

avec Johnny Depp, Jerry Lewis, Faye Dunaway, Lili Taylor, Vincent Gallo, Paulina Porizkova

Un vendeur de poissons, orphelin et rempli de rêves, est invité par son oncle en Arizona pour son mariage. Il rencontre une veuve farfelue qui rêve de voler, et va l’aider à l’accomplir.

Après trois films yougoslaves récompensés aux festivals de Berlin et de Cannes, Emir Kusturica s’en va tourner aux Etats-Unis pour une production française-américaine. C’est l’occasion pour lui de filmer ses fantasmes et désillusions sur le pays, avec ses mythiques Cadillac, ses régions et son patrimoine cinématographique. Il tourne ainsi avec deux légendes (Jerry Lewis et Faye Dunaway) tout en faisant émerger des talents montants (Johnny Depp, Vincent Gallo, Lili Taylor). Comme souvent, Kusturica partage ses obsessions en intégrant des extraits du Parrain 2, de Raging Bull et de La Mort aux trousses, qui seront rejoués par le personnage de Vincent Gallo. Arizona Dream est un ode à l’onirisme, avec une galerie de personnages fantasques qui tentent de s’évader par et dans leurs rêves, sans en soupçonner le prix. La réalisation souligne à merveille cette liberté surréaliste, passant régulièrement du rire au tragique dans la même scène, ce qui lui vaudra d’être primé à Berlin par l’Ours d’argent (Prix Spécial du Jury).

22 septembre : Ciné-club Frères Coen : Fargo (1996) – The Big Lebowski (1998)

Joel et Ethan Coen ont tissé une rare collaboration fraternelle dans le monde du cinéma, le premier réalisant, le second produisant, les deux s’occupant de l’écriture et du montage (ils partageront par la suite l’ensemble des crédits de leurs films). A travers une mise en scène et un scénario régulièrement impeccables, leur filmographie offre deux facettes principales : comédies absurdes (souvent cruelles), et thrillers sanglants. Fargo et The Big Lebowski, deux films consécutifs (1966 et 1998) parmi leurs plus fameux, présentent à merveille ces deux visages indissociables de leur œuvre.

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– 19h : Fargo (Joel Coen – 1996 – 98 minutes)
avec William H. Macy, Frances McDormand, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell

Un vendeur de voiture engage deux bandits minables pour kidnapper sa femme, afin de récupérer la rançon payée par son riche beau-père.

Tourné dans les décors enneigés du Minnesota (dont sont originaires les frères Coen), du Dakota et du Canada, Fargo s’annonce comme une histoire vraie – alors qu’en réalité, ce film noir s’inspire de plusieurs faits divers sordides, mais est présenté ainsi pour augmenter l’implication du public. Qu’importe, la trame policière est parfaitement bien menée, montrant des gens ordinaires de la middle class du nord américain hivernal (tout le casting est remarquable) confrontés à une cascade d’évènements que plus personne ne contrôle, oscillant sans surprise entre la violence sanglante et l’humour noir. Fargo a remporté de nombreuses distinctions, telles que le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, l’Oscar du meilleur scénario et celui de la meilleure actrice pour Frances McDormand (d’ailleurs mariée à Joel Coen).

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– 21h : The Big Lebowski (Joel Coen – 1998 – 117 minutes)
avec Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi

Le Dude, paresseux joueur de bowling, se fait passer à tabac par des malfrats qui l’ont confondu avec son homonyme millionnaire. Il entreprend donc d’aller lui demander réparation.

Avec son scénario labyrinthique et embrouillé, The Big Lebowski a l’apparence d’un film noir inspiré par le classique Grand Sommeil (roman de Raymond Chandler, adapté par Howard Hawks en 1946 avec Humphrey Bogart). Mais c’est en réalité un pastiche délirant, qui a rapidement gagné son statut de film culte. Avec une riche bande originale résolument 60s-70s (Bob Dylan, Captain Beefheart, Creedence Clearwater Revival, Nina Simone, Elvis Costello, Santana, Eagles, …), ce film dévoile une avalanches de gags, de dialogues et de situations burlesques, des séquences oniriques hallucinantes et surtout une galerie de personnages hors-normes, à commencer par le légendaire Dude, antihéros icône d’une vie à la cool, à base de nonchalance, bowling et russes blancs. Son aura est telle que des fans ont créé le dudeisme, parodie de religion portant aux nues sa philosophie et son style de vie, comptant plus de 150 000 prêtres ! On pourrait aussi parler des rôles hilarants de John Goodman, John Turturro ou Steve Buscemi, mais soit on les connait déjà par cœur, soit il faut voir de toute urgence ce film tellement culte qu’il donne lieu à plusieurs festivals annuels aux Etats-Unis et à Londres qui lui sont exclusivement consacrés !