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25 septembre : Ciné-club Rédemption : Bad Lieutenant (1992) – L’Impasse (1993)

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– 19h : Bad Lieutenant (Abel Ferrara – 1992 – 96 minutes)

avec Harvey Keitel, Victor Argo, Paul Calderone, Zoë Lund, Leonard Thomas, Robin Burrows, Frankie Thorn, Victoria Bastel, Paul Hipp

A New-York, un lieutenant de police s’enfonce dans la spirale des vices, des excès et de l’autodestruction. Il va chercher la rédemption en tentant de venger une religieuse violée.

Deux ans après The King of New York, Abel Ferrara signe son film le plus sulfureux, controversé et respecté. Co-écrit avec Zoë Lund (qui joue un petit rôle), Bad Lieutenant est une véritable descente aux enfers sans concession. Le lieutenant s’enfonce ainsi dans l’alcool, la drogue, les paris sportifs, la ruine, l’adultère, la perversion sexuelle, la déchéance, le déni, se croyant intouchable grâce à son insigne de police mais menacé de mort. La légende veut qu’Harvey Keitel n’ait simulé aucune prise d’alcool et de drogue à l’écran, puisqu’il était toxicomane à l’époque, tout comme Abel Ferrara et Zoë Lund ! Au-delà de l’anecdote, l’acteur joue un de ses rôles les plus marquants (la même année que Reservoir Dogs), sans doute le plus extrême et en totale état de grâce, dans une forte symbolique christique d’expiation des pêchés, de rédemption et de sacrifice. Il faut l’entendre gémir comme un loup sur son sort à mesure qu’il s’y enfonce dramatiquement – bouleversant ! Tourné en seulement dix-huit jours en décors naturels (avec une scène finale de meurtre en pleine rue de New York, dont les passants n’étaient pas prévenus et s’attroupaient réellement autour du faux mort), Bad Lieutenant oscille intensément entre le ciel et l’enfer, a été classé X et interdit en Irlande, mais en a d’autant plus mérité son titre de film culte, et reste encore aujourd’hui un sommet indépassé pour son réalisateur. A noter que Werner Herzog affirme que son Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans (2009) n’est ni une suite, ni un remake, et qu’il n’a pas vu l’original, pourtant il ne manque pas de similitudes.

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– 21h : L’Impasse (Brian De Palma – 1993 – 143 minutes)

Avec Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller, John Leguizamo, Ingrid Rogers, Luis Guzman, James Rebhorn, Viggo Mortensen

Dans les années 70, le caïd Carlo Brigante sort de cinq années de prison et est bien décidé à se ranger. Il accepte de gérer un club afin de se faire suffisamment d’argent pour partir mener une nouvelle vie plus calme. Mais le milieu continue de tourner autour de lui…

Dix ans après Scarface, Brian De Palma ne souhaitait pas refaire un film sur les gangsters latinos. Mais, en plein crise de la cinquantaine après un mariage, un enfant et un divorce en deux ans, il changea d’avis à la lecture du scénario (tiré d’un roman de Edwin Torres, un juge portoricain de la Cour suprême de New York, connaissant manifestement bien le milieu) et s’enthousiasma pour le projet, retrouvant ainsi Al Pacino qui était à l’origine du projet. Car L’Impasse (Carlito’s way en version originale) n’est pas un classique film de gangster suivant le schéma de grandeur et de décadence, il traite au contraire d’un caïd sur le retour, ayant sa jeunesse derrière lui et souhaitant changer de vie avec un peu d’argent en poche. Il est certes traité comme une légende dans le milieu, mais il ne le reconnait plus, les jeunes loups sans manières ni éthiques tentent de se faire un nom, la cocaïne et le disco inondent les clubs. L’époque n’est plus tout à fait pour lui, et il tente de recoller les morceaux avec l’amour qu’il a déçu. Sur une bande-son latino volcanique, Brian De Palma installe minutieusement pendant deux heures vingt-trois imperceptibles une tension de tragédie, avec ses inimitables et maniérés plans-séquences et explosions de violence (la scène du billard au début et surtout la légendaire course-poursuite de vingt minutes dans le métro et la gare de New York). Tentant d’échapper à son destin, Al Pacino est plus sobre et vieilli que ses précédents héros fougueux et déchaînés, hantant la narration mortuaire de sa voix off, tandis que Sean Penn est totalement jubilatoire  en avocat véreux et cocaïnomane! Après un accueil mitigé à sa sortie, L’Impasse est devenu un film culte, considéré par les Cahiers du Cinéma comme rien de moins que le meilleur film de la décennie ! Il aura droit à un préquelle en direct-to-video (L’Impasse : de la rue au pouvoir) sur les années d’ascension du jeune Carlo Brigante.

24 mai : Ciné-club prohibition avec deux bières Beavertown en pression (Paris Beer Week #2)

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– 19h : Il était une fois en Amérique (Sergio Leone – 1984 – 229 minutes)

Avec Robert De Niro, James Wood, Elizabeth McGovern, Joe Pesci, Burt Young, Tuesday Weld, Treat Williams, Jennifer Connelly

Dans les années 60, un vieil homme se souvent de sa jeunesse avec ses amis dans le ghetto juif du New York des années 20, puis dans les bars clandestins et le trafic d’alcool au temps de la prohibition des années 30.

Bien des années après ses cinq westerns mythiques qui ont bouleversé le genre, de Pour une poignée de dollars (1964) à Il était une fois la révolution (1971), Sergio Leone reprend la caméra pour ce qui deviendra son ultime chef d’œuvre. Adapté du roman The Hoods de Harry Grey, Sergio Leone a travaillé pendant douze ans sur le scénario de Il était une fois en Amérique, cette monumentale et bouleversante fresque sur les années folles dans les bars clandestins sous la prohibition. Il y porte un regard vertigineux sur le destin d’individus liés par l’amitié, l’amour, la trahison et les règlements de comptes sanglants entre gangsters, couvrant une période de quarante ans, de l’enfance à la vieillesse. Magnifié par une partition exceptionnelle de son compositeur attitré Ennio Morricone et par des acteurs au sommet – Robert De Niro et James Wood (Videodrome, Casino, Vampires) bien évidemment, mais aussi Joe Pesci (Raging Bull, Les Affranchis, Casino), Burt Young (Rocky) ou la jeune Jennifer Connelly (Requiem for a dream) -, le film fait figure de testament esthétique et cinématographique. L’implication de Sergio Leone et le rythme de tournage lui coûtèrent sa santé (il disait que chaque film lui faisait perdre cinq ans de sa vie). Il était une fois en Amérique fut charcuté par les producteurs à sa sortie américaine (remonté chronologiquement et amputé de bien des scènes), ce qui effondra le réalisateur. Mais des années après sa mort, la version longue originelle est enfin restaurée et permet de faire justice à l’un des plus grands films du cinéma.

Vu le nombre de règlements de compte sanglants qui émaillent le film, rien de tel que de se rafraîchir avec la Bloody ‘Ell en pression, une American IPA à l’orange sanguine (7,2°) des anglais Beavertown ! Dans le cadre de la Paris Beer Week #2, une autre bière Beavertown sera proposée en pression, la Papa Pils, une Imperial Pils (7°) brassée spécialement en collaboration avec les américains Odell.

Ciné-club Michel Audiard / Albert Simonin : Les Tontons flingueurs (1963) – Les Barbouzes (1964)

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– 19h : Les Tontons flingueurs (Georges Lautner – 1963 – 111 minutes)

avec Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Robert Dalban, Jean Lefebvre, Claude Rich, Sabine Sinjen, Horst Frank, Venantino Venantini, Charles Régnier

Un vieux truand confie sur son lit de mort à un ami de jeunesse la gestion de ses affaires louches et la garde de sa jeune fille. Il va alors s’attirer la jalousie de ses rivaux.

Adapté du roman d’Albert Simonin Grisbi or not grisbi (1955), Les Tontons flingueurs est la première collaboration de Georges Lautner et du dialoguiste Michel Audiard, qui s’avèrera fructueuse puisqu’ils feront treize films ensemble. Non seulement Audiard est devenu le plus célèbre dialoguiste français, avec sa verve célinienne remplie d’argot fleuri, mais Les Tontons flingueurs est son film le plus connu, des scènes entières étant passées dans la culture populaire, avec ses répliques récitées par cœur par des générations de cinéphiles. La légendaire scène de beuverie dans la cuisine a d’ailleurs failli ne jamais exister, Audiard la jugeant inutile, mais c’est Lautner qui insista pour la garder, en hommage à une scène nostalgique de la prohibition dans Key Largo (1948) de John Huston. Mais outre les dialogues, le film repose autant sur son casting de luxe comme on n’en fait plus : Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Robert Dalban et Jean Lefebvre jouent une partition de truands à se tordre de rire, auquel il faut ajouter le jeune Claude Rich en succulent pédant excentrique. Cette comédie de malfrats est truffée de références, comme à Touchez pas au grisbi (autre film adapté d’un livre de Simonin) ou au Monocle noire (précédent succès de Lautner avec Bernard Blier), avec une apparition furtive de son héros joué par Paul Meurisse. Boudé par la critique de l’époque en pleine Nouvelle Vague, Les Tontons flingueurs a beaucoup mieux vieilli que ses concurrents prétentieux, au point devenir un film culte. Malgré ses énièmes rediffusions à la télévision (dix-sept !), on ne le voit jamais trop, avec toujours des répliques percutantes qu’on a eu le temps d’oublier.

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– 21h : Les Barbouzes (Georges Lautner – 1964 – 108 minutes)

avec Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Charles Millot, Mireille Darc, Jess Hahn, André Weber, Robert Dalban

Des brevets militaires hérités par une jeune veuve d’un marchand d’armes sont convoités par des espions du monde entier.

Après la franche rigolade de gangsters des Tontons flingueurs, Lautner, Audiard et Simonin enfoncent le clou dans Les Barbouzes. Avec Simonin toujours en co-scénariste, le film va plus loin dans le burlesque et la parodie, cette fois-ci sur le milieu des agents secrets, surnommés barbouzes en référence aux fausses-barbes de leurs déguisements. L’équipe se lâche et ne se refusera rien en termes de fausses identité, bastons, pièges, passages secrets, cascades, explosions et destructions de décors ! A vrai dire c’est quasiment toute l’équipe française des Tontons flingueurs (qui était une co-production internationale, avec quelques acteurs allemands et italiens) qui revient, de la production à la technique en passant l’infernal trio d’agents secrets internationaux Lino Ventura, Bernard Blier (déguisé en abbé !) et Francis Blanche – on trouvera plus d’un clin d’œil à leur succès précédent dans les dialogues ou les images. On retrouve la jeune et sexy Mireille Darc, actrice fétiche de Lautner qui avait commencé dans son film précédent, Des Pissenlits par la racine, et qui tournera avec lui treize films. Plus léger et outrancier, Les Barbouzes est un nouveau succès du tandem Lautner et Audiard. Une formule qui tourne à plein régime et qui continuera encore dans Ne nous fâchons pas (1966), avec les habitués Lino Ventura, Mireille Darc, Jean Lefebvre, Michel Constantin et Robert Dalban.

Ciné-club caïd : Le Petit César (1931) – Scarface (1983)

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– 19h : Le Petit César (Mervyn LeRoy – 1931 – 78 minutes)

avec Edward G. Robinson, Douglas Fairbanks Jr., Glenda Farrell, William Collier Jr., Sidney Blackmer, Ralph Ince

Le caïd Rico Bandello, surnommé le petit César, intègre une bande de gangster et commence son ascension dans le crime et le pouvoir.

Adapté d’un roman de William Burnett, best-seller qui constituait la première étude psychologique d’un gangster, Le Petit César est un film pionnier, en posant les bases du film de bandits, où l’histoire est centrée sur des anti-héros et non plus sur la police ou les victimes, dans un contexte social de prohibition et de crise économique. Inédits pour l’époque, on voit apparaître les codes cinématographiques de décors urbains, fusillades, médiatisation, scènes de voiture ou de téléphone, costumes et demeures de plus en plus élégants ou tapes à l’œil au fur et à mesure de l’ascension, corruption politique, trahisons et bien sûr l’inévitable chute. Les américains étaient fascinés de voir à l’écran des sujets de leur réalité quotidienne la plus sinistre, à une époque où la frontière entre l’illégalité et la survie en temps de crise était mince – et les studios Warner furent les premiers à oser explorer ces sombres territoires. Le film révéla d’ailleurs Edward G. Robinson, immense acteur qui deviendra associé aux rôles de gangsters et tournera pour John Huston, Fritz Lang, Howard Hawks, John Ford, Frank Capra, Orson Welles, Billy Wilder, Vincente Minnelli, Cecil B. DeMille et d’autres. Le Petit César eut un immense succès (certaines de ses répliques sont devenues cultes) et lança la mode des films de gangsters, qui engendrera d’autres classiques comme L’Ennemi Public (1931) ou Scarface (1932).

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– 21h : Scarface (Brian De Palma – 1983 – 169 minutes)

avec Al Pacino, Steven Bauer, Michelle Pfeiffer, Mary Elisabeth Mastrantonio, Robert Loggia, Miriam Colon, F. Murray Abraham, Paul Shenar

A Miami, Tony Montana, un immigré cubain est prêt à tout pour monter les marches du trafic de drogue.

Inspiré d’Al Capone, le Scarface d’Howard Hawks (1932) était devenu la référence cinématographique absolue des films de gangsters. Son remake baroque par Brian De Palma va le supplanter dans la culture populaire. Ecrit par Olivier Stone (après avoir signé les scénarios à succès de Midnight Express et Conan le Barbare), le film réactualisé prend place non plus à Chicago mais à Miami, dans le contexte de l’asile politique donné aux réfugiés cubains – comprenant quelques 25 000 prisonniers de droit commun libérés par Fidel Castro. La prohibition de l’alcool est remplacée par le trafic de cocaïne. Après le refus de Robert de Niro, c’est Al Pacino qui endosse ce qui allait être le rôle de sa vie, où ses pulsions nerveuses font corps avec le film et la réalisation esthétisé de Brian De Palma (qui accepta le projet comme une commande des studios). Tony Montana est devenu l’archétype du caïd mégalomane dominé par son désir de possession et qui ne communique que par la violence. Michelle Pfeiffer est engagée suite à sa prestation dans Grease 2. Miami ayant peur de récolter une réputation de criminalité, le tournage eut finalement lieu en majorité à Los Angeles. Le film fit scandale à l’époque pour sa violence, sa vulgarité et sa démesure – il échappa in extremis à une classification X (interdit aux moins de 18 ans). On y dénombre 42 cadavres, une scène à la tronçonneuse et 226 fois le mot fuck (soit une moyenne de 1,32 par minute). A noter que Steven Spielberg, en visite sur le tournage, aida à la réalisation de la scène finale de l’assaut colombien dans la demeure de Tony Montana. La bande-son est signée par l’italien Giorgio Moroder, producteur à succès de Donna Summer, Sparks ou David Bowie (et plus récemment Daft Punk), qui avait déjà signée celle de Midnight Express. Avec le temps, le film est devenu culte, connaissant un grand succès en vidéo, et son anti-héros est devenu une icône vénérée du gangsta rap et de ses amateurs, cité dans beaucoup de chansons. Al Pacino retrouvera Brian De Palma dix ans plus tard dans l’excellent L’Impasse.