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Ciné-club catastrophes aériennes : Y a-t-il un pilote dans l’avion (1980) – Airport (1970)

Avec les vacances d’été, il s’agit d’être conscient de la tournure que peut prendre votre voyage en avion !

Y A T'IL UN PILOTE DANS L'AVION

– 19h : Y a-t-il un pilote dans l’avion ? (Jim Abrahams, David Zucker, Jerry Zucker – 1980 – 88 minutes)

avec Robert Hays, Julie Hagerty, Lieslie Nielsen, Robert Stack, Lloyd Bridges, Peter Graves

L’équipage d’un avion est victime du poisson avarié des plateaux repas, et a donc besoin d’un pilote qui puisse reprendre les commandes.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? est une des plus fameuses parodies du cinéma ! Difficile de trouver quelqu’un qui ne l’aurait pas vu, mais le fait qu’il soit régulièrement classé parmi les films les plus drôles de tous les temps prouve qu’il y a toujours du plaisir à le revoir, à se souvenir de gags oubliés ou en découvrir un qu’on n’avait jamais relevé. Ecrit et réalisé par le trio ZAZ (Zucker, Abrahams, Zucker), le film regorge de références cinématographiques, en premier lieu la série des films Airport (dans le second, une petite fille voyage pour subir une greffe), mais pas seulement. L’une des inspirations principales est le film A l’heure zéro (1957), lui-même remake d’un téléfilm canadien où l’équipage d’un avion est victime d’une intoxication alimentaire, et le héros pilote est un ancien combattant traumatisé. ZAZ a d’ailleurs racheté les droits du film pour qu’on ne les accuse pas de l’avoir plagié en le parodiant, parfois en reprenant des dialogues du film dans un contexte délirant ! Entre autres films détournés on trouve aussi Les Dents de la mer (l’aileron dans les nuages), La Fièvre du samedi soir (la séquence de danse disco) Tant qu’il y aura des hommes (le baiser sur la plage), et bien d’autres. Le succès fut énorme, qui donna lieu en 1982 à une suite dans l’espace nettement moins bonne, puisque, même avec une partie du casting original, ZAZ n’a pas participé à l’écriture ou à la réalisation. Les ZAZ continueront de leur côté les parodies burlesques avec Leslie Nielsen dans la série Police Squad et surtout la trilogie des Naked Gun (Y a-t-il un flic pour sauver la reine/le président/Hollywood ?), tandis que Jim Abrahams réalisera les deux Hot Shots (avec Charlie Sheen et Lloyd Bridges) et Le Prince de Sicile (avec Lloyd Bridges), et David Zucker Scary Movie 3 et 4 (avec Charlie Sheen et Lieslie Nielsen).

AIRPORT

– 21h : Airport (George Seaton – 1970 – 136 minutes)

avec Burt Lancaster, Dean Martin, Jean Seberg, Jacqueline Bisset, George Kennedy, Helen Hayes, Van Heflin, Maureen Stapleton

Les péripéties d’un aéroport international de Chicago et de son personnel, entre tempête de neige bloquant un avion sur une piste, passager clandestin et menace de bombe en plein vol.

Adapté d’un best-seller, Airport est le premier film catastrophe moderne, qui lance les codes inédits de ce qui deviendra une mode dans les années suivantes : gros budget, catastrophes naturelles ou technologiques vraisemblables, casting de stars, enjeux humains dramatiques et tension permanente. Pour un budget de 6 millions de dollars il en rapporte plus de 100 millions, faisant de lui un des films les plus rentables du cinéma américain. Dans son sillon seront logiquement tournés d’autres films catastrophes spectaculaires : L’Aventure du Poséidon (1972, avec Gene Hackman), Tremblement de terre (1974, avec Charlton Heston), La Tour infernale (1974, avec Paul Newman et Steve McQueen). De la part de ce qu’on appelle un blockbuster, Airport reste finalement loin des surenchères actuelles en effets spéciaux, explosions et psycho-drames futiles. Il s’avère relativement sobre et très bien écrit, dans une veine réaliste et quasi-documentaire durant une longue exposition avant les événements dramatiques, décrivant le fonctionnement de l’aéroport et du complexe management qu’il requiert, avec les implications sur la vie privée du personnel, ponctuée de touche de comédie. Un casting de luxe a été constitué, ce qui rend chaque scène délectable rien qu’avec les pointures qui y jouent. Le succès n’est pas que commercial, il est aussi critique : Helen Hayes remportera l’Oscar du meilleur second rôle, tandis que le film sera nominé à neuf autres : meilleurs film, scénario, second rôle pour Maureen Stapleton musique, décors, costumes, photographie, montage, mixage. Airport aura donc droit à trois suites, avec George Kennedy comme seul acteur récurrent (dont Airport 80 Concorde avec Alain Delon en pilote !), et sera parodié dans Y a-t-il un pilote dans l’avion !

Ciné-club polars par Richard Fleischer : Les Inconnus dans la ville (1955) – L’Etrangleur de Boston (1968)

Fils d’un pionnier de l’animation, Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Richard Fleischer (1916 – 2006) ne semble malheureusement pas avoir gravé son nom auprès du grand public français, contrairement à des John Ford, Elia Kazan ou John Huston. C’est pourtant une véritable légende hollywoodienne, qui a tourné avec les plus grands (Kirk Douglas, Robert Mitchum, Orson Welles, Anthony Quinn, Charlton Heston, Omar Sharif, etc.), auteur de plus de quarante films, et s’étant attaqué à tous les genres : guerre, science-fiction, comédie, péplum, western. Il excellait, entre autres, dans les polars, dont le Festin Nu diffuse deux classiques de haute volée.

 Dimanche 23 mars 2014 :

LES INCONNUS DANS LA VILLE

– 19h : Les Inconnus dans la ville (Richard Fleischer – 1955 – 90 minutes)

avec Victor Mature, Richard Egan, Lee Marvin, Ernest Borgnine

Dans une petite ville provinciale où les histoires et secrets de plusieurs habitants se croisent, trois gangsters viennent y préparer le cambriolage d’une banque.

Premier film de Richard Fleischer pour la Twentieth Century Fox, Les Inconnus dans la ville est un prodigieux et unique mélange de film policier et de mélodrame, sur un remarquable scénario de Sidney Boehm (Règlements de compte de Fritz Lang, 1953). C’est en effet bien plus qu’un classique film de hold-up, Fleischer y incorporant l’analyse des travers de divers habitants d’une petite ville américaine tout ce qu’il y a de plus tranquille. Derrière de paisibles apparences se cachent une mosaïque de secrets et vices qui les renvoient dos à dos avec les gangsters, loin de tout manichéisme entre criminels et innocents. Frustrations, jalousie, désir, alcoolisme, voyeurisme, vol, honte, revanche ; la tension de tout ce réseau pulsionnel et conflictuel est subtilement maîtrisée, jusqu’à ce que le cambriolage et la violence servent de catalyseur collectif et précipitent chacun vers son destin (le titre original est d’ailleurs Violent Saturday). Tourné en Arizona en format large Cinemascope, le film brille d’une palette chromatique riche et tout à fait ravissante, qui l’inscrit dans la tradition de la peinture américaine du XXème siècle. Enfin le film dispose d’une belle distribution, avec Victor Mature (Samsom et Dalila), Lee Marvin (L’Homme qui tua Liberty Valance, Les Douze Salopards) ou Ernest Borgnine (La Horde sauvage – on se souvient particulièrement de lui pour son rôle dans la série Supercopter !).

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– 21h : L’Etrangleur de Boston (Richard Fleischer – 1968 – 116 minutes)

avec Tony Curtis, Henry Fonda, George Kennedy

En 1962, une série de meurtres sordides sèment la panique à Boston, et mobilise tous les efforts de la police pour retrouver son auteur.

Adapté d’un fait divers réel sur un célèbre serial killer, L’Etrangleur de Boston est rien de moins qu’un des plus grands films criminels, tout à fait novateur et palpitant. C’est le premier film à utiliser la technique du split screen, où l’écran est divisé en plusieurs vignettes, chacune montrant une image distincte, aussi bien différentes perspectives d’une même scène que différentes scènes indépendantes. L’effet dramatique en est démultiplié, et sert spectaculairement l’action, le malaise de la population qui commente les crimes de l’étrangleur et cherche à s’en protéger, tout comme l’enquête policière qui suit à tâtons d’innombrables pistes et suspects, pendant que les meurtres s’accumulent. La distribution est de haute volée, à commencer par Tony Curtis, qui retrouve Richard Fleischer dix ans après le mythique Les Vikings (1958), et qui offre une performance dramatique absolument phénoménale et intense, sans doute la meilleure de sa carrière. Comme Marlon Brando pour Le Parrain, Curtis a d’ailleurs dû se déguiser pour passer outre le refus des producteurs qui ne voulait pas de son image de playboy de comédies. Henry Fonda (Les Raisins de la Colère, Il était une fois dans l’Ouest) et George Kennedy (Luke la main froide) sont eux aussi excellents. Si le sujet est particulièrement dérangeant, son traitement n’a rien de voyeur ni de sensationnel, puisque les crimes ne sont jamais montrés, le récit se focalisant de manière réaliste et sobre sur l’enquête et le profil psychologique du meurtrier. L’Etrangleur de Boston, avec son long final à couper le souffle, reste d’une très grande modernité, et un des sommets des riches carrières de Richard Fleischer et de Tony Curtis.

Ciné-club prison : Luke la main froide (1967) – Midnight Express (1978)

Le Festin Nu profite de la tournée internationale des Pussy Riot pour dénoncer avec elles les horreurs du système carcéral, en projetant deux films emblématiques se déroulant en prison.

 Dimanche 9 février 2014 :

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19h : Luke la main froide (Stuart Rosenberg – 1967 – 126 minutes)

avec Paul Newman, George Kennedy, Strother Martin, J. D. Cannon, Jo Van Fleet, Dean Stanton, Dennis Hopper

 Pour avoir détérioré des parcmètres lors d’une ivresse, Luke est condamné à deux ans d’emprisonnement dans un camp de travail.

Adapté d’un roman de Donn Pearce, Luke la main froide est un des rôles les plus emblématiques de la riche carrière de Paul Newman. Il joue un anti-conformiste charismatique que les honneurs militaires n’ont pas suffi à lui trouver un rôle dans la société, où c’est justement l’autorité qui pousse à la rébellion et non l’inverse. La disproportion des peines, l’injustice des punitions, la violence et le sadisme des gardiens sont le lot commun de cet univers carcéral. Tourné en Californie dans un camp spécialement construit pour l’occasion, le film est rempli de scènes mémorables, de bravoure ou de dégoût. La bande hétéroclite de prisonniers regorge de talents, tels que George Kennedy (L’Etrangleur de Boston), Dean Stanton (le rôle principal de Paris, Texas) ou Dennis Hopper (acteur et réalisateur de Easy Rider) ; Jo Van Fleet joue la mère de Luke (A l’Est d’Eden). La performance de Paul Newman vaudra au film d’être nominé à l’Oscar du meilleur acteur, avec ceux du meilleur scénario et de meilleure musique, et son acolyte George Kennedy remporte celui du meilleur second rôle. A noter que le chef de la prison déclame une citation célèbre du cinéma : « c’est que nous avons ici, c’est un manque de communication », qui sera reprise en introduction de la chanson Civil War de Guns N’ Roses. Enfin le groupe français Luke tire son nom en hommage à ce film.

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– 21h : Midnight Express (Alan Parker – 1978 – 121 minutes)

avec Brad Davis, John Hurt, Randy Quaid, Irene Miracle, Paolo Bonacelli

Un jeune touriste américain est arrêté à la frontière turque avec deux kilos de haschich, pour lesquels il se retrouve condamné à quatre ans de prison dans des conditions effroyables.

C’est le débutant Oliver Stone qui écrit le scénario de Midnight Express, adapté de l’autobiographie de William Hayes. La violence et l’horreur des prisons turques commencent là où celle du camp américain de Luke la main froide s’arrêtait. Les conditions de détention sont en-dessous de tout, la brutalité inouïe, la justice turque un simulacre et l’impasse des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Turquie achèvent tout espoir. Tourné à Malte en 53 jours, le film a connu un énorme succès mondial, rapportant 35 millions de dollars pour un budget de seulement 2,3 millions de dollars. Sur cinq nominations aux Oscars, il remporte ceux du meilleur scénario et de meilleure musique. C’est d’ailleurs la première fois qu’un Oscar récompense une musique entièrement électronique, signée par le prestigieux Giorgio Moroder (outre la BO de Scarface, il a produits des dizaines de stars comme Donna Summers, ou plus récemment une partie du dernier Daft Punk) et qui sera un grand succès dans les charts. Enfin, le film n’a pas fait que dénoncer les conditions carcérales, il les a aussi amélioré, puisque moins de deux mois après sa présentation au Festival de Cannes les Etats-Unis et la Turquie entamaient des négociations sur l’échange de prisonniers.