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5 mars 2017 : Ciné-club XIXème siècle : Raison et sentiments (1995) – Le Temps de l’innocence (1993)

RAISON ET SENTIMENTS

– 19h : Raison et sentiments (Ang Lee – 1995 – 136 minutes)

avec Emma Thompson, Alan Rickman, Kate Winslet, Hugh Grant, Gemma Jones, Hugh Laurie

A la mort de leur père, madame Dashwood et ses trois filles sont déshéritées et doivent déménager dans le Devonshire. Les deux ainées, aux tempéraments opposés, vont tenter de trouver l’homme de leur vie.

Publié anonymement à compte d’auteur en 1811, Raison et sentiments est le premier roman de Jane Austen, qui deviendra un classique de la littérature britannique et mondiale. S’il a déjà été adapté trois fois à la télévision, il s’agit de sa première adaptation cinématographique (et le second d’un roman d’Austen, après Orgueil et préjugés en 1940). La productrice a confié l’écriture du scénario à l’actrice Emma Thompson (Retour à Howards End, Au nom du père) après être tombée sur ses sketchs à la télévision – un travail de quatre ans qui sera récompensé par l’Oscar du meilleur scénario adapté. L’histoire tourne autour des histoires d’amour de deux sœurs, Elinor (Emma Thompson) et Marianne (Kate Winslet), dont les prétendants leur réservent des surprises, contrariétés et révélations. La première est raisonnable et résignée, là où la seconde est romantique et passionnée, au milieu d’une haute société anglaise codifiée et feutrée où les sentiments ne peuvent s’exprimer directement mais au mieux se deviner. La reconstitution est remarquable, tant au niveau des costumes fidèles que des magnifiques décors anglais, que ce soient les maisons à la campagne, la nature verte ou les intérieurs londoniens. Après le triomphe de Quatre mariages et un enterrement en 1994, Hugh Grant accentue son image de comédien romantique, avant Coup de foudre à Notting Hill ou Love Actually (où il retrouvera justement Emma Thompson et Alan Rickman). Raison et sentiments a été couronné de l’Ours d’or du meilleur film à Berlin, de sept nominations aux Oscars (dont meilleur film), de multiples BAFTA et Golden Globes et autres récompenses internationales. Son succès engendrera bien d’autres adaptations d’Austen au cinéma et à la télévision, comme Orgueil et préjugés, Persuasion ou Emma.

LE TEMPS DE L'INNOCENCE

– 21h15 : Le Temps de l’innocence (Martin Scorsese – 1993 – 139 minutes)

avec Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer, Winona Ryder

Dans la haute société new-yorkaise de 1870, Newland Archer est fiancé à la douce May, mais est troublé par l’arrivée d’Europe de la cousine de cette dernière, la comtesse Olenska, qui souhaite divorcer, ce qui est mal vu par la famille.

Publié en 1920, le roman d’Edith Wharton avait gagné le prix Pulitzer (le premier pour une écrivaine). Après deux premières adaptations cinématographiques (en 1924 et 1934), Martin Scorsese s’y attaque à son tour pour son quatorzième film, deux ans après son remake des Nerfs à vif. Si cela apparaît pour le réalisateur des Affranchis (1990) comme une curieuse incursion dans le mélodrame de la haute société du XIXème siècle, on décèle rapidement un de ses thèmes de prédilection : la description minutieuse des mœurs et du fonctionnement d’un clan codifié, à travers son style rigoureusement soigné (décors, costumes, accessoires), ses rituels (fastueux dîners, bals privés, sorties à l’opéra ou au théâtre) et ses protocoles. Le Temps de l’innocence est l’histoire d’un homme hésitant entre la sécurité bourgeoise et la coûteuse liberté punie socialement, d’un désir étouffé par les étiquettes, d’un amour impossible broyé par les conventions rigides et impitoyables de son milieu. Scorsese s’oriente ainsi vers le raffinement et l’analyse socio-historique des films de Visconti, du tandem Powell/Pressburger ou même du Docteur Jivago (où Geraldine Chaplin jouait déjà d’ailleurs). Habitué à préparer ses rôles intensivement, Daniel Day-Lewis se promena pendant deux mois dans les rues de New York habillé en costume du XIXème siècle, et s’isola des semaines dans un hôtel dans le style de l’époque (il retrouvera Scorsese dans Gangs of New York en 2002). Michelle Pfeiffer est comme toujours envoutante, mais la lisse et mièvre Winona Ryder révèle bien plus de subtilités que prévues (Golden Globes du meilleur second rôle, nomination à l’Oscar). Le film a remporté l’Oscar des meilleurs costumes, a été nommé à quatre autres (dont scénario adapté, direction artistique, musique). Scorsese reviendra ensuite en 1995 à la mafia avec son magnum opus, Casino.

22 mai : Ciné-club Le Docteur Jivago (1965)

LE DOCTEUR JIVAGO

19h : Le Docteur Jivago (David Lean – 1965 – 197 minutes)

avec Omar Sharif, Julie Christie, Geraldine Chaplin, Rod Steiger, Alec Guinness, Tom Courtenay, Siobhan McKenna, Ralph Richardson, Rita Tushingham, Klaus Kinski

A la veille de la révolution soviétique, un médecin sur le point de se marier croise la route d’une jeune femme sous le charme d’un odieux bourgeois. Leurs destins vont se lier au rythme des remous de l’Histoire russe.

Le poète russe Boris Pasternak publie son roman Le Docteur Jivago en 1957. Il reçoit le Prix Nobel de littérature l’année suivante, mais il doit le refuser pour ne pas subir les foudres des autorités soviétiques (qui n’autoriseront la publication du roman qu’en 1985). Qui d’autre que le grand David Lean aurait pu l’adapter au cinéma ? Le réalisateur multi-oscarisé du Pont de la Rivière Kwaï et de Lawrence d’Arabie déploie tout son talent pour filmer les grandes épopées passionnelles, historiques et exotiques, à travers les magnifiques paysages sibériens. Le film est tourné pendant dix mois en Finlande, au Canada et en Espagne, où des décors impressionnants recréent Moscou sur plus de huit cent mètres avec tramway, viaduc et Kremlin, ou des champs de bataille. Dans son rôle le plus iconique, Omar Sharif hésite entre sa femme brune (Geraldine Chaplin, fille de Charles, dans son premier rôle) et une sublime infirmière blonde (Julie Christie), pendant que l’histoire révolutionnaire de la Russie se déroule, depuis la période tsariste touchant à sa fin, l’entrée dans la Première Guerre mondiale, la révolution d’octobre, le bouleversement social de la population, l’abolition des classes ou les difficultés matérielles jusqu’aux fins fonds de la Sibérie. Le compositeur habituel de Lean, Maurice Jarre, signe une nouvelle fois un thème fameux du cinéma, riches des sonorités russes. Classique d’entre les classiques entrelaçant l’intime avec l’Histoire, Le Docteur Jivago a reçu cinq Oscars (scénario, direction artistique, costumes, photographie et musique) sur dix nominations, et est devenu le huitième plus grand succès commercial du cinéma – son chiffre d’affaire en dollars réactualisés équivaut à 1,9 milliards de dollars. Il ne fut pas projeté en Russie avant 1994.