Archives du mot-clé Grand Prix du Festival d’Avoriaz

26 avril : Ciné-club science-fiction avec Charlton Heston

SOLEIL VERT

– 19h : Soleil Vert (Richard Fleischer – 1973 – 97 minutes)

avec Charlton Heston, Edward G. Robinson, Joseph Cotten, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Brock Peters, Paula Kelly

En 2022 dans un monde pollué, dévasté et surpeuplé, un inspecteur mène l’enquête sur la mort d’un haut dirigeant de la seule entreprise commercialisant de la nourriture.

Adapté d’un roman Harry Harrison, Soleil Vert est un terrifiant film d’anticipation futuriste. Le monde décrit est à bout de souffle, en plein désastre écologique. Les gens s’entassent dans la rue ou les cages d’escaliers, la chaleur est étouffante, la nature a disparu, les émeutes sont calmées à l’aide de pelleteuses, les jeunes ne connaissent pas d’autres nourriture que le « soleil vert », tablette synthétique. Le fossé avec la caste des riches est immense : ils vivent dans de luxueux immeubles dont les femmes font office de « fourniture », ils ont encore accès à de la vraie nourriture cultivée dans des forteresses. C’est la mort de l’un d’eux qui va donner lieu à une enquête, qui mènera à la révélation du plus atroce des scandales. Après La Planète des singes et Le Survivant (dont Je suis une légende avec Will Smith est le remake), Charlton Heston est à nouveau le héros d’un classique de la science-fiction, à l’univers brillamment écrit et mis en forme, avec comme conseiller technique le président de American Academy for Environmental Protection), réalisé par le prolifique et varié Richard Fleischer (Les Inconnus dans la ville, L’Etrangleur de Boston, Kalidor). Le film est le 101e et dernier rôle du prestigieux Edward G. Robinson (Le Petit César, Assurance sur la mort, Le Kid de Cincinnati). Atteint d’un cancer, il décèdera peu après le tournage, ce qui rend sa dernière scène dans Soleil Vert aussi véridique que poignante. Grand Prix du Festival d’Avoriaz, le film porte un discours pessimiste et effrayant, aussi visionnaire qu’inquiétant, avec une émouvante nostalgie pour un monde naturel disparu. Les dérèglements climatiques actuels n’ont pas entamé son propos sur l’urgence écologique.

 LA PLANETE DES SINGES

– 21h : La Planète des singes (Franklin J. Schaffner – 1968 – 112 minutes)

avec Charlton Heston, Roddy McDowall, Kim Hunter, Maurice Evans, James Whitmore, James Daly, Linda Harrison

Un vaisseau d’astronautes fait naufrage sur une planète où les singes ont pris le pouvoir.

La Planète des singes est la première franchise de science-fiction, bien avant Star Wars. Son succès commercial fut immense, donnant lieu à quatre suites, deux séries télévisées (dont une en dessin animé) et de nombreux jouets et produits dérivés. Adapté d’un roman de Pierre Bulle (Le Pont de la rivière Kwaï) avec la collaboration du génial Rod Serling au scénario (La Quatrième Dimension, série culte des années 60), le film montre une planète où les singes est l’espèce la plus évoluée et domine les humains primitifs. Afin de contourner les barrières de la censure empêchant de traiter de politique ou de racisme, la science-fiction a souvent eu l’habitude de traiter ces sujets avec des extra-terrestres (comme dans Stark Trek). Outre la ségrégation, le créationnisme et l’obscurantisme religieux, c’est aussi la course au progrès et à l’armement nucléaire (guerre froide oblige), bref toute l’absurdité de notre monde qui est dénoncée par cet astucieux renversement où les humains ne sont que des animaux de laboratoire. Les masques créés pour le film (qui nécessitaient plusieurs heures de maquillage quotidien aux acteurs) doivent beaucoup à son succès, et ont fait remporter un Oscar d’honneur à son créateur. Cette saga d’aventure et de science-fiction est encore vivante aujourd’hui, avec un remake par Tim Burton en 2001 et deux suites en 2011 et 2014.

Ciné-club Laura Dern / David Lynch : Blue Velvet (1986) – Sailor et Lula (1990)

BLUE VELVET

– 19h : Blue Velvet (David Lynch – 120 minutes – 1986)

avec Kyle MacLachlan, Isabella Rossellini, Laura Dern, Dennis Hopper, Hope Lange, George Dickerson, Dean Stockwell

Un jeune américain d’une petite ville tranquille trouve une oreille coupée dans un champ, et par curiosité mène son enquête, au milieu d’individus louches.

Après l’échec commercial de Dune (1984), David Lynch se tourne vers un cinéma plus personnel. Toujours produit par Dino de Laurentiis après le refus des grands studios, son nouveau film va poser les bases de son style de la maturité, rempli de fantasmes psychanalytiques. A la forme narrative encore classique, avant l’éclatement des prochains films (Lost Highway, Mulholland Drive) où le rêve et la réalité sont confondus, Blue Velvet explore un monde de mystères et de faux-semblants, partant dans l’envers du décor de l’american way of life sage et triomphant, pour faire remonter à sa surface ses pulsions sexuelles et violentes enfouies. Kyle McLachlan, déjà héros de Dune, interprète l’alter-ego ingénue de Lynch dans le film. Dennis Hopper (Easy Rider, Apocalypse Now) est la célébrité du casting, dans un rôle de dément complètement jouissif et inoubliable – assurément une de ses meilleures prestations. Isabella Rossellini, mannequin fille du réalisateur phare du néo-réalisme italien Roberto Rossellini et de l’actrice Ingrid Bergman, incarne un sex-symbol sulfureux et fascinant – elle avait alors une liaison avec Lynch. C’est aussi la révélation de la jeune Laura Dern (19 ans), que l’on retrouvera dans deux autres films de Lynch, ainsi que dans Jurassic Park (1993) ou Un Monde parfait (1993). Il faut noter aussi qu’il s’agit de la première collaboration du réalisateur avec son compositeur fétiche, Angelo Badalamenti. Si Blue Velvet n’est pas un succès commercial, il rembourse ses frais de production et est surtout acclamé par la critique : Grand Prix du Festival d’Avoriaz, Lynch nominé à l’Oscar du meilleur réalisateur. Aujourd’hui le film est devenu culte, classé parmi les dix meilleurs films à énigme selon l’Américan Film Institute, et reste peut-être le film de Lynch à la fois le plus accessible et profond, au milieu d’autres cauchemars cinématographiques plus hermétiques.

 MovieCovers-200433-200433-SAILOR  LULA

– 21h : Sailor et Lula (David Lynch – 1990 – 127 minutes)

avec Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe, Crispin Glover, Diane Ladd, Isabella Rossellini, Harry Dean Stanton

Sorti de prison, Sailor emmène sur la route sa compagne Lula, dont la mère hystérique a juré de tout faire pour les séparer.

Pendant qu’il travaillait sur sa série Twin Peaks, David Lynch découvre une nouvelle de Barry Gifford (avec qui il écrira Lost Highway), Wild at hearts : the story of Sailor and Lula. Il en tire rapidement un scénario et reprend une partie de l’équipe de Blue Velvet, à commencer par son chef opérateur. Laura Dern passe en actrice principale, et Isabella Rossellini a cette fois-ci un plus petit rôle. Willem Dafoe avait refusé le rôle de Frank dans Blue Velvet (qu’a joué Dennis Hopper), mais cette fois-ci il accepte avec plaisir un autre personnage de freak pervers et glaçant, Bobby Peru. Nicolas Cage décroche le rôle principal, avec sa fameuse veste à peau de serpent (en référence à L’Homme à peau de serpent de Sidney Lumet avec Marlon Brando) et son interprétation vocale de « Love Me Tender » d’Elvis Presley. La mère de Lula qui tire les ficelles et mets des tueurs sur leur chemin est d’ailleurs interprétée par Diane Ladd (nominée aux Oscars), la propre mère de Laura Dern, avec qui elle a plusieurs fois joué (notamment Inland Empire de Lynch) ! Deux actrices secondaires sont aussi issues de Twin Peaks. Sailor et Lula est un road-movie délirant autour d’un couple qui s’aime comme des dingues et qui ne croisent que des dingues. Une belle galerie de personnages qui sont encore le reflet d’une Amérique obsédée par le sexe et la mort. A noter que la chanson « Wicked Game » de Chris Isaak lança sa carrière commerciale, tandis qu’Angelo Badalamenti signe toujours la musique du film. Sailor et Lula a reçu la Palme d’or du Festival de Cannes et est devenu une icône déjantée de la filmographie tourmentée de Lynch.