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1er octobre 2017 : Ciné-club Prisonniers : La Fièvre monte à El Pao (1959) – La Grande illusion (1937)

LA FIEVRE MONTE A EL PAO

– 19h : La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel – 1959 – 100 minutes)

avec Gérard Philipe, Maria Félix, Jean Servais, Domingo Soler

Sous une dictature d’Amérique centrale, le gouverneur d’une île-pénitencier est assassiné par un opposant politique. Son secrétaire idéaliste tente d’améliorer le sort des prisonniers, tandis qu’il entame une relation avec la femme du défunt.

Luis Buñuel réalise ses films au Mexique depuis plus de dix ans quand il a enfin l’opportunité de tourner avec l’immense Gérard Philipe, après plusieurs projets avortés. Il adapte un roman d’Henri Castillou au sujet d’un fonctionnaire qui se confronte sous une dictature à l’exercice du pouvoir avec des intentions humanistes, tiraillé entre ses convictions et les compromissions, hésitant entre la figure du militant armé et de l’intellectuel engagé. En plus des contradictions intérieures qu’il ne parvient pas à se résoudre, il ajoute aux chaînes du pouvoir celles de l’amour. Maria Félix irradie le film de sa sensualité (elle a eu quatre maris !). La Fièvre monte à El Pao est un subtil mélodrame politique sur les rapports de force entre les dominants et les dominés, à tour de rôle. Le personnage convient admirablement à Gérard Philipe, sympathisant communiste (il ira même visiter le jeune régime castriste de Cuba après le tournage). Cependant, ce sera son dernier rôle, emporté par un cancer du foie foudroyant quelques jours avant la sortie du film, à seulement trente-six ans. Buñuel ne tournera plus qu’un autre film au Mexique avant d’entamer la dernière partie de sa carrière en France.

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– 21h : La Grande illusion (Jean Renoir – 1937 – 113 minutes)

avec Jean Gabin, Dita Parlo, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim, Dalio, Julien Carette

Durant la Première Guerre mondiale, des soldats alliés sont retenus prisonniers dans une forteresse allemande.

Jean Renoir a été sauvé au combat pendant la Première Guerre mondiale par le général Pinsard, qui lui racontera bien plus tard ses récits de captivité et d’évasion en Allemagne, qui inspireront La Grande illusion. Alors qu’il sort en 1937 et se situe durant la Grande Guerre de 14-18, personne n’ignore qu’elle ne sera pas la dernière et que la Seconde se prépare. Le film est pourtant d’un humanisme profond et universel : il montre une fraternité qui dépasse les frontières, les nationalités et les langues, mais qui se heurte aux classes sociales. Il y a ainsi plus d’affinité et de valeurs communes entre les officiers français et allemands (les excellents Fresnay et von Stroheim), qu’entre la classe populaire et l’aristocratie (reflétant la sympathie de Renoir pour le Front populaire). Jean Gabin est comme d’habitude aussi magistral que bouleversant. Malgré ses censures, le film est un grand succès critique et populaire, mais sera évidemment interdit en Allemagne et en Italie (malgré une récompensé à la Mostra de Venise) puis sous l’Occupation, à cause de son pacifisme sans illusion. Mais sa ressortie après-guerre en version intégrale l’inscrira au panthéon des chefs d’œuvre éternels du cinéma mondial.

14 mai 2017 : Ciné-club Evasion : New York 1997 (1981) – La Grande Evasion (1963)

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– 19h : New York 1997 (John Carpenter – 1981 – 98 minutes)

avec Kurt Russell, Lee Van Cleef, Ernest Borgnine, Donald Pleasence, Isaac Hayes, Season Hubley, Harry Dean Stanton, Adrienne Barbeau

Face à l’explosion de la criminalité, New York est devenu une prison fermée à ciel ouvert aux trois millions de prisonniers. L’avion du président s’étant écrasé dedans, le criminel Snake Plissken a vingt-quatre heures pour le retrouver et le ramener vivant, sinon une bombe placée en lui le tuera.

Inspiré par la jungle urbaine d’Un Justicier dans la ville avec Charles Bronson, John Carpenter écrit un western futuriste. Après Fog, il tourne un nouveau film de série B à petit budget – encore nocturne. Dans un Saint-Louis, Missouri (en réalité dévasté par un gigantesque incendie dans les années 70), il recréé un univers post-apocalyptique, inventif et marquant, typique des années 80. Le personnage de Snake Plissken est mythique, et révèle Kurt Russel, après des productions pour Disney et une collaboration sur le téléfilm Le Roman d’Elvis (réalisé par Carpenter). Lee Van Cleef (Pour quelques dollars de plus, Le Bon, la brute et le truand), Donald Pleasence (La Grande Evasion, Halloween) et Ernest Borgnine (La Horde Sauvage) complètent ce casting vintage, auquel il faut ajouter Isaac Hayes, grand chanteur funk-soul de l’écurie Stax, auteur de la fameuse BO de Shaft. Celle aux synthés de New York 1997 est comme d’habitude signée Carpenter lui-même. Le film est un succès, surtout en France, et devient rapidement culte. Le réalisateur enchainera avec Kurt Russell The Thing, un de ses meilleurs films, et Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, cuisant échec commercial qui le poussera dans le cinéma indépendant. Une suite sera tournée en 1996, Los Angeles 2013, toujours avec son acteur fétiche.

LA GRANDE EVASION

– 21h : La Grande Evasion (John Sturges – 1963 – 172 minutes)

avec Steve McQueen, James Garner, Richard Attenborough, James Donald, Charles Bronson, Donald Pleasence, James Coburn, David McCallum

En 1943, des officiers anglais et américains, prisonniers de guerre d’un camp allemand, prévoient de creuser un tunnel souterrain pour s’échapper.

L’histoire de La Grande Evasion est vraie, tirée d’un roman écrit par un ancien prisonnier. Il a été tourné dans les environs de Munich dans un camp reconstruit, et l’économie réalisée sur les décors permit d’embaucher un certain nombre de stars internationales. John Sturges avait d’ailleurs déjà dirigé trois d’entre elle dans son western Les Sept Mercenaires : Steve McQueen, Charles Bronson et James Coburn. Il s’agit du premier rôle principal de McQueen, qui inonde le film de son flegme légendaire. C’est lui qui suggère d’ajouter des scènes de course-poursuite à moto, dont il réalisa lui-même les cascades (sauf celle du mythique saut final). Sturges réalise un grand classique du cinéma, héroïque, minutieux et tendu, alternant suspense et humour, dont on ne perçoit jamais la longueur, et qui a eu beaucoup de succès. McQueen deviendra une immense star hollywoodienne, enchaînant ensuite Le Kid de Cincinnati, L’Affaire Thomas Crown ou Bullitt. Une suite, La Grande Evasion II, sortira en téléfilm en 1988 avec Christopher Reeve.

18 décembre : Ciné-club Ciné-Bazar / Science-fiction par Paul Verhoeven : Robocop (1987) – Starship Troopers (1997)

Soirée spéciale à l’occasion de la sortie du quatrième numéro de la revue Ciné-Bazar, qui consacre un dossier à Paul Verhoeven. Des exemplaires seront en vente, en présence du rédacteur en chef Thomas Revay.

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– 19h : Robocop (Paul Verhoeven – 1987 – 102 minutes)

avec Peter Weller, Nancy Allen, Daniel O’Herlihy, Ronny Cox, Kurtwood Smith, Miguel Ferrer, Paul McCrane, Ray Wise, Robert DoQui

A Detroit, face à une criminalité explosive, la sécurité civile est en train d’être privatisée à l’entreprise OCP. Elle met au point Robocop, un policier mort au service transformé en puissant robot.

Steven Spielberg conseillait depuis longtemps au néerlandais Paul Verhoeven d’émigrer aux Etats-Unis, pour sa plus grande facilité de financement de films. C’est ainsi que la femme du cinéaste lui suggère de réaliser Robocop, beaucoup refusé dans le milieu à cause de son apparence simpliste et commerciale, à commencer par le titre. Mais le fourbe Verhoeven a plus d’une idée en tête pour le détourner et ajouter des niveaux de lecture plus subtils, critiques et subversifs. Le film est en réalité une féroce satire sociale et politique des années Reagan comme seul un européen pouvait la faire : vulgaires, superficielles et proto-fascistes où règnent l’argent, le pouvoir et la corruption, constamment tournée en dérision. Il donne une vision cynique et objective de la violence, explosive et sanglante, exagérée jusqu’au grotesque pour à la fois faire passer la pilule tout en réveillant les consciences endormies par les blockbusters d’action. Inspirée autant par Metropolis que par Le Jour où la Terre s’arrêta, le personnage de Robocop – à l’évidente symbolique christique de mort et résurrection pour sauver son prochain – est devenu un des grands héros de la pop culture, dont le design et l’armure ont été élaborés par le fameux prothésiste et maquilleur Rob Bottin (Fog, Hurlements, The Thing, Total Recall). Peter Weller (Le Festin Nu) a su lui donner une présence et une démarche si caractéristiques, en dépit de la pénibilité de son costume (si lourd et si chaud qu’il en a perdu des kilos !). Le tournage fut désastreux, difficile et conflictuel, dépassant son budget son planning, mais cela n’a pas empêché Robocop de devenir un des grands succès des années 80, qui sera décliné en deux suites, deux dessins animés, une série télévisée, quatre téléfilms et un remake. Verhoeven considère encore qu’il s’agit de son meilleur film américain.

– 21h : Starship Troopers (Paul Verhoeven – 1997 – 129 minutes)

avec Casper Van Dien, Dina Meyer, Denise Richards, Jake Busey, Neil Patrick Harris, Patrick Muldoon, Michael Ironside, Clancy Brown, Seth Gilliam

Des jeunes diplômés s’engagent dans un service militaire de deux ans, donnant droit au statut de Citoyen, alors que la Terre mène une guerre intergalactique contre des insectes extra-terrestres géants. Johnny Rico le fait pour plaire à sa petite amie et se retrouve dans l’infanterie, tandis que celle-ci s’est engagée dans la marine spatiale avec le rival de Rico.

Au bout de dix ans de carrière à Hollywood (Totall Recall, Basic Instinct, Showgirls), Paul Verhoeven se lance dans une nouvelle farce politique d’une ampleur et d’une violence inégalées, en adaptant librement un livre de science-fiction de 1959 (il en prend d’ailleurs le contre-pied). Rarement Hollywood n’aura accouché d’un film aussi subversif, qui plus est à ses dépens ! Car Starship Troopers se révèle être en fait une parodie de blockbuster, une satire contre le militarisme, le patriotisme aveugle et la propagande manipulatrice du Bien. Mais avec son budget d’une centaine de millions de dollars, ses effets spéciaux saisissants (nommés à l’Oscar), ses acteurs beaux et niais comme dans des sitcoms (Casper Van Dien et Dina Meyer viennent de Beverley Hills 90210, Denise Richards et Patrick Muldoon de Melrose Place, et Neil Patrick Harris de Docteur Doogie, des années avant How I met you mother !) et ses séquences spectaculaires de navigation spatiale et de guerres sanglantes, les critiques de l’époque l’ont pris au premier degré et l’a descendu comme un film fasciste – ce qu’il entendait précisément dénoncer… Ce n’est pourtant pas faute de Verhoeven d’avoir oublié son humour burlesque dans les dialogues, les explosions de têtes et ses flashs d’informations grotesques (dans la droite lignée de ceux de Robocop). Mais le temps a fini par réparer son erreur et a réévalué Starship Troopers comme un chef d’œuvre titanesque et complexe, entre Star Wars et Full Metal Jacket. Trois suites sortiront directement en vidéo, preuve de leur intérêt négligeable, ainsi qu’une série télévisée en images de synthèse.

20 novembre : Ciné-club Afrique : Johnny Mad Dog (2008) – Hatari ! (1962)

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– 19h : Johnny Mad Dog (Jean-Stéphane Sauvaire – 2008 – 100 minutes)

avec Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy, Dagbeh Tweh, Barry Chernoh, Mohammed Sesay, Leo Boyeneh Kote, Prince Kotie, Nathaniel, J. Kapeyou, Eric Cole, Joseph Duo

En Afrique, des adolescents sont enrôlés de force dans un commando d’enfants soldats pour combattre dans une guerre civile.

L’écrivain Emmanuel Dongala décrivait en 2002 l’enfer des enfants soldats de son pays en guerre dans son roman Johnny Chien Méchant. Le documentariste Jean-Stéphane Sauvaire, aidé à la production par Mathieu Kassovitz, souhaitait l’adapter pour son premier long-métrage, et ils ont du mal à trouver un pays africain où le tourner. Choisissant finalement le Liberia, ils n’ont engagé que d’authentiques anciens soldats (parfois très jeunes) de ses deux guerres civiles (1989-1997 et 1999-2003). Ces derniers ont travaillé pendant un an pour répéter, improviser, apprendre les techniques d’acteurs, influençant même le scénario et les dialogues quand leurs propres expériences du conflit étaient bien plus réalistes que le script. Johnny Mad Dog est ainsi un film on ne peut plus cru et authentique sur l’enfer de la guerre dans un pays africain – non précisé à l’écran. Ces adolescents, aux surnoms et déguisements extravagants, tuent, pillent, violent, ivres de drogues, de violence et de superstitions, manipulés par les maîtres de guerre aux idéologies arbitraires et lointaines. Le film est magnifiquement tourné (pendant six semaines) et photographié dans de longs plans séquences à la steady cam, tandis que les acteurs, revivant par catharsis leurs exactions passées, jouent admirablement et intensément. Le tournage du film a contribué à réconcilier les anciennes factions ennemies du pays, et la Fondation Johnny Mad Dog a par ailleurs été créée pour aider aussi bien les acteurs que les anciens enfants soldats, scolarisés pour la première fois. Johnny Mad Dog reste une expérience forte sur un sujet et une région peu documentée au cinéma, et a été récompensé du Prix de l’espoir dans la catégorie Un Certain Regard du Festival de Cannes.

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– 21h : Hatari ! (Howard Hawks – 1962 – 158 minutes)

avec John Wayne, Hardy Krüger, Elsa Martinelli, Red Buttons, Gérard Blain, Michèle Girardon, Bruce Cabot, Valentin De Vargas, Eduard Franz

Au Tanganyika, une bande de chasseurs d’animaux sauvages pour zoos voit son joyeux équilibre chamboulé par l’arrivée d’un français et d’une photographe italienne.

Howard Hawks excelle dans les genres les plus différents : comédie (L’Impossible Monsieur Bébé), gangster (Scarface), science-fiction (La Chose d’un autre monde, dont Carpenter tirera un remake avec The Thing), film noir (Le Grand sommeil), ou western (La Captive aux yeux clairs). Il souhaitait depuis longtemps réaliser un film de chasse en Afrique, mais les studios lui refusaient le budget, trop élevé. Mais le succès colossal de Rio Bravo, grand classique du western avec John Wayne (avec qui il avait déjà tourné La Rivière Rouge), lui permet de décrocher le budget nécessaire à son projet. Il part donc tourner en Tanganyika (aujourd’hui Tanzanie) pendant cinq mois avec sa vedette John Wayne, ainsi que Hardy Krüger (Un Taxi pour Toubrouk), la gracieuse Elsa Martinelli (La Rivière de nos amours d’André De Toth) ou le comique de télévision Red Buttons. Deux français sont au casting, mais leurs rôles furent considérablement réécrits et réduits en cours de route – Gérard Blain (Le Beau Serge et Les Cousins de Chabrol) ayant des querelles politiques avec Wayne, et Michèle Girardon (La Mort en ce jardin de Buñuel) refusant les avances de Hawks… A noter qu’aucun acteur n’est doublé pendant les scènes de chasse ou de ligotage d’animaux, Wayne et Krüger devenant même de véritables chasseurs ! Hatari ! (qui signifie « danger » en swahili) n’est pourtant pas un film d’aventure comme le souhaitait les studios Paramount, car il n’a pas de tension dramatique ni d’ennemi – si ce n’est les dangereux animaux à capturer, mais que les chasseurs n’essaient pas de tuer. C’est bien plutôt un film de personnages, alternant légèreté, exotisme, romance, comédie, séquences spectaculaires de chasses motorisées, animaux attachants et beaux paysages en Technicolor – le tout sur une partition du grand Henry Mancini (La Panthère rose). Une déconstruction et modernité de la narration qui vaudra à Hawks l’admiration de la Nouvelle Vague française.

16 octobre : Ciné-club Russie : Bons baisers de Russie (1963) – Croix de fer (1977)

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– 19h : Bons baisers de Russie (Terence Young – 1963 – 115 minutes)

avec Sean Connery, Daniela Bianchi, Robert Shaw, Pedro Armendáriz, Lotte Lenya

Pendant la guerre froide, James Bond se voit proposer par une agent russe de récupérer une machine de chiffrement détenue à Istanbul. Elle est en réalité envoyée par l’organisation criminelle SPECTRE.

Paru en 1957, le cinquième roman James Bond, Bons baisers de Russie, d’Ian Flemming était l’un des dix livres préférés du président Kennedy. Après le succès mondial de Dr No, c’est celui-ci qui est choisi pour lui faire suite sur grand écran, avec un budget doublé pour l’occasion. Là où le premier opus avait introduit la plupart des éléments typiques de la saga par tatonnement, ce second épisode les consolide pour donner instantanément le cachet standard d’un James Bond qui prévaudra jusqu’à aujourd’hui (ajoutant d’ailleurs la séquence habituelle de pré-générique). Le piège du SPECTRE met déjà en évidence le penchant de 007 pour les femmes, Istanbul, l’Orient-Express et Venise font office de nouveau cadre exotique, les soviétiques sont des acteurs privilégiés de tensions géopolitiques en pleine guerre froide, la nouvelle Bond Girl est bien évidemment superbe (Miss Rome et première dauphine Miss Univers). Lotte Lenya (ancienne femme et interprète de Kurt Weill) joue une agent du SPECTRE vieille et aigrie, qui sera caricaturée dans Austin Powers. Le personnage de Q ainsi que son premier gadget font leur apparition, sous la forme d’un attaché-case cachant un couteau et une grenade aimantée, qui sera fort utile dans la spectaculaire scène de combat dans le train contre le puissant agent joué par Robert Shaw. Sean Connery, dont le salaire a été décuplé, est comme d’habitude parfaitement à l’aise dans son costume. Expertement réalisé par Terence Young, avec son cocktail dynamique et soigné d’espionnage, d’intrigue, de voyage, de séduction, de spectacle et d’humour britannique, Bons baisers de Russie est déjà un classique de la série, qui frappera encore plus fort l’année suivante avec Goldfinger, annoncé dès le générique de fin.

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– 21h : Croix de fer (Sam Peckinpah – 1977 – 132 minutes)

avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner, Senta Berger

Sur le front russe en 1943, un capitaine aristocrate de l’armée allemande est prêt à tout pour obtenir rapidement une croix militaire, même à sacrifier ses soldats.

Le roman de Willi Henreich La Peau des hommes (1956) était partiellement basé sur l’histoire vraie d’un officier – qui vivra bien plus longtemps que la plupart des acteurs du film qui en a été tiré, puisqu’il décède en décembre 2015 à 101 ans ! Dans Croix de fer, pas de patriotisme américain ni même de présence d’Alliés à l’écran, car tout se passe sur le front russe du point de vue allemand. Peckinpah (La Horde Sauvage, Le Guet-apens) oblige, le ton est désespéré, où les soldats n’ont plus leur place dans leur époque, coincés dans une guerre atroce qu’ils savent ne plus pouvoir gagner. Le maître ne faillit bien sûr pas sur ses spectaculaires scènes de combat, réalistes et crues, caméra à l’épaule, parfois au ralenti, avec quantité de cadavres qui s’effondrent. Mais il distille tout de même ce qu’il peut d’humanité au sein de cette boucherie, par le biais du Sergent Steiner, interprété par James Coburn (Il était une fois la révolution, Major Dundee), et ses hommes usés, sacrifiés pour la seule gloire militaire d’un capitaine (Maximilian Schell), malgré la bienveillance du colonel désillusionné sur le régime nazi, joué par l’excellent James Mason (Lolita, La Mort aux trousses, Pandora). Tourné en Yougoslavie avec une équipe cosmopolite (ce qui compliquait la communication), un budget insuffisant et un scénario mainte fois réécrit, Croix de fer est donc l’anti-exemple des représentations traditionnelles au cinéma de l’armée allemande patriote et disciplinée, et est considéré par Orson Welles comme le meilleur film de guerre, après A l’Ouest rien de nouveau.

18 septembre : Ciné-club Comédie de guerre : M*A*S*H (1970) – De l’or pour les braves (1970)

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– 19h : M*A*S*H (Robert Altman – 1970 – 115 minutes)

avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall, Jo Ann Pfulg, Rene Auberjonois

Pendant la guerre de Corée, un camp militaire médical américain pour blessés tente de contourner le quotidien de la guerre par des comportements loufoques ou sexuels.

Les films de guerre sont un des piliers du cinéma américain, vantant le patriotisme, l’héroïsme et la puissance du pays (La Grande Evasion, Le Jour le plus long, Les Canons de Navarone). Aussi spectaculaires et réussis qu’ils peuvent être, ils n’en servent pas moins le mythe politico-culturel national, sous l’étroit contrôle des majors d’Hollywood. Cependant, avec la contre-culture des années 60 et la désillusion de la guerre du Vietnam, les mentalités commencent à changer, tant dans le public que sur les plateaux de tournage. Faire financer une satire de la guerre par un grand studio américain est délicat, mais comme la 20th Century Fox est déjà accaparée par deux grosses productions militaires (Tora ! Tora ! Tora ! et Patton), Robert Altman (Nashville, The Player, Short Cuts) parvient à faire profil bas avec son petit projet de quatre millions de dollars. Adapté d’un roman de Richard Hornberger, M*A*S*H tourne en dérision la vie militaire, avec une unité médicale excentrique qui s’efforce de passer du bon temps, à jouer des tours aux à raseurs ou à laisser libre cours à leurs penchants sexuels, pour oublier les folies de la guerre. Faisant beaucoup improviser ses acteurs (en partie débutants), Altman conserve néanmoins un ton réaliste et un humour noir, rendant sa farce d’autant plus crédible et percutante dans une forme comique à peu près inédite. Enchaînant les séquences d’anthologie, M*A*S*H obtient un succès public et critique immense, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes (rarissime pour une comédie) ou l’Oscar du meilleur scénario (et quatre autres nominations, dont meilleurs film et réalisateur). Le film culte se déclinera en une série télévisée au succès sans précédent pendant pas moins de onze saisons (soit bien plus longtemps que les trois ans de la véritable guerre de Corée !), son dernier épisode (de 2h30 !) étant resté le record absolu d’audience de la télévision américaine pendant vingt-sept ans.

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– 21h : De l’or pour les braves (Brian G. Hutton – 1970 – 144 minutes)

avec Clint Eastwood, Telly Savalas, Donald Sutherland, Don Rickles, Carroll O’Connor, Harry Dean Stanton

En pleine Seconde Guerre mondiale en France, une bande de militaires vont en territoire ennemi pour s’emparer de nombreux lingots d’or gardés par les nazis dans une banque.

Après le classique Quand les aigles attaquent, Clint Eastwood retrouve le réalisateur Brian G. Hutton pour un nouveau film de guerre, mais cette fois-ci dans un ton tout à fait différent, puisqu’il s’agit d’une comédie ! Certes pas une comédie classique car De l’or pour les braves reste tout de même une grosse production militaire avec des scènes de combats et d’explosions, mais dans un registre inhabituel, immoral et déjanté, où les militaires sont plus motivés par leur enrichissement personnel que par la libération de la France, n’hésitant pas à se disputer, magouiller, contourner leur hiérarchie et détourner les véhicules et équipements militaires à leurs propres fins. Le film est donc une farce irrévérencieuse qui a dû faire grincer bien des dents aux Etats-Unis parmi les anciens combattants ! Portés par des acteurs efficaces, de Clint Eastwood au complètement cinglé et proto-hippie Donald Sutherland (M.A.S.H., Le Casanova de Fellini) en passant par Telly Savalas (héros de la série Kojak !), sur une partition du grand Lalo Schifrin (Bullitt, L’Inspecteur Harry, Opération Dragon), De l’or pour les braves est une critique loufoque des valeurs américaines et de la guerre, sorti quelques mois seulement après M.A.S.H.,, avec des clins d’œil aux films de western (évidemment ceux d’Eastwood avec Leone) ou de gangsters. Le film connaîtra un remake français (Les Morfaloux avec Jean-Paul Belmondo), tandis que Les Rois du désert (avec George Clooney et Ice Cube) reprendra exactement le même thème pendant la guerre du Golfe.

28 août : Ciné-club Vétéran du Vietnam: Rambo (1982) – Voyage au bout de l’enfer (1978)

RAMBO– 19h : Rambo (Ted Kotcheff – 1982 – 90 minutes)

avec Sylvester Stallone, Richard Crenna, Brian Dennehy, Bill McKinney, Jack Starrett, Michael Talbott, John McLiam, David Caruso

Un ancien héros du Vietnam a du mal à se réinsérer dans la société. A son arrivée dans une petite ville du Nord des Etats-Unis, le shérif le voit comme un vagabond à expulser.

Déjà superstar du cinéma avec trois Rocky tournés depuis 1976, Sylvester Stallone s’apprête à endosser un des personnages les plus iconiques de la pop culture du XXe siècle. Pourtant, ce premier Rambo est tout sauf un film bourrin de l’impérialisme américain de l’ère Reagan, comme le deviendra la franchise. Adapté d’un roman de David Morrell et co-scénarisé par Stallone, First Blood en v.o. (celui qui ouvre les hostilités) traite au contraire d’un des grands traumatismes de l’histoire américaine, les séquelles des vétérans du Vietnam, qui ont survécu à l’horreur de la guerre mais sont revenus mutilés psychologiquement, inadaptés socialement, dans l’ingratitude collective et politique. Notre John Rambo se retrouve déboussolé et persécuté par la police d’une petite ville montagneuse et forestière, et est contraint de se défendre, lui et son honneur, avec tous les moyens de la guerilla de terrain et de la pyrotechnique à sa disposition. Spectaculaire, bien écrit écrit et construit, subtil et intelligent, et à la fin, n’ayons pas peur des mots, émouvant, Rambo a été un immense succès au box office, connaîtra trois suites, une série animée, des jeux vidéos, et lancera une nouvelle mode de films militaires – beaucoup plus brutaux. Les trois récents Expandables de Stallone ne sont pas non plus éloignés de son personnage mythique qui lui collera éternellement à la peau.

VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER

– 21h : Voyage au bout de l’enfer (Michael Cimino – 1978 – 182 minutes)

avec Robert De Niro, John Cazale, John Savage, Christopher Walken, Meryl Streep, Shirley Stoler, Rutanya Alda

Trois amis ouvriers partent combattre au Vietnam. Leurs vies vont en êtres bouleversées.

Avant Apocalypse Now, Platoon ou Full Metal Jacket, Voyage au bout de l’enfer est le premier film américain à traiter de la guerre du Vietnam. Et d’emblée il est très critique sur cet épisode sombre des Etats-Unis – correspondant à une décennie où le Nouvel Hollywood exposait le désenchantement et le malaise du rêve américain. Pour son second film, Michael Cimino se lance dans une fresque de trois heures, dont l’essentiel ne se focalise pas tant sur la guerre elle-même que sur la vie paisible et heureuse des protagonistes avant d’aller au front, et leur retour de l’enfer, couverts de séquelles physiques et psychologiques. Tous le casting est excellent, de Robert De Niro (une de ses meilleures performances, pour laquelle il s’est préparé six semaines dans une usine de sidérurgie) à John Cazale (son cinquième et dernier rôle, mort avant la fin du tournage d’un cancer des os à 42 ans), en passant par les jeunes Meryl Streep (fiancée à Cazale), Christopher Walken (Oscar du meilleur second rôle) et John Savage (Hair) dont les carrières démarrent sous les meilleures auspices. Alternant comme dans les westerns des paysages magnifiques, pour contrebalancer la plongée dans le cauchemar militaire (la séquence culte de roulette russe) et le gâchis d’une génération sacrifiée, Voyage au bout de l’enfer (en v.o. The Deer Hunter, le chasseur de cerf) est rapidement devenu un film culte, au grand succès public et critique international, à commencer par cinq Oscars (dont ceux de meilleurs film, réalisateur, montage et son) sur neuf nominations. Ce sera le seul film de Cimino (disparu en juillet 2016) encensé à sa sortie, dont le suivant allait être un des plus grands fiascos financiers de l’histoire du cinéma, Les Portes du Paradis, conduisant les studios United Artists à la faillite.

31 juillet : Ciné-club Che, 1ère partie : L’Argentin & 2ème partie : Guerilla (2008)

CHE-1ERE PARTIE L'ARGENTIN

– 19h : Che, 1ère partie : L’Argentin (Steven Soderbergh – 2008 – 126 minutes)

avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera, Elvira Minguez, Jorge Perugorria, Edgar Ramirez, Vladimir Cruz, Julia Ormond, Victor Rasuk

En 1955, le médecin Ernesto « Che » Guevara rencontre au Mexique Fidel Castro et son groupuscule de révolutionnaires cubains, exilés pour avoir tenté de renverser le dictateur Batista.

CHE 2EME PARTIE - GUERILLA

– 21h15 : Che, 2ème partie : Guerilla (Steven Soderbergh – 2008 – 127 minutes)

avec Benicio Del Toro, Franka Potente, Joaquim de Almedia, Demian Bichir, Lou Diamond Philips, Marc-André Grondin, Oscar Jaenada

En 1967, Che Guevara disparaît mystérieusement de Cuba. Il réapparait secrètement en Bolivie, afin de mener une guérilla pour renverser le pouvoir et étendre la révolution marxiste en Amérique Latine.

Présenté au Festival de Cannes, Che était initialement un seul film de plus de quatre heures, découpé ensuite en deux parties symétriques lors de sa sortie en salles. Il adapte deux livres de Che Guevara, Souvenirs de la guerre révolutionnaire et Journal de Bolivie. Benicio Del Toro, également co-producteur, est d’une parfaite ressemblance avec le héros marxiste, dans son treillis, sa barbe hirsute et sa havane en bouche. Il avait d’ailleurs déjà joué pour Steven Soderbergh dans Traffic, ce qui lui avait valu l’Oscar du meilleur second rôle. La première partie est consacrée à la révolution cubaine, entrecoupée de flash-forwards d’une interview du Che par une journaliste américaine en 1964 une fois le pouvoir renversé, permettant de mettre en parallèle le discours théorique et l’âpre quotidien des révolutionnaires tapis dans la jungle, piétinant pour avancer ses pions lentement et durement face à l’armée. La seconde partie est entièrement consacrée à la guérilla bolivienne, bien plus asphyxiante et désespérée, dans une immersion quasi-documentaire. Ces deux parties tranchent singulièrement avec la mode hollywoodienne des biopics glorieux, voyeurs et sensationnels : le film Che est d’une sobriété totale, ne cédant à aucune accumulation biographique ou anecdotique pour se concentrer sur la lutte collective en vue de la révolution. Même les combats sont réalistes, avec des bruits discrets d’armes et de balles que l’on n’entendrait jamais dans un blockbuster ou un jeu vidéo. Le même souci est poussé jusqu’à ne filmer les scènes qu’à la lumière naturelle lors du tournage (en Espagne, Porto Rico et Mexique, mais aussi au Conseil de Sécurité de l’ONU, pour recréer son fameux discours anti-impérialiste !). Sans esbroufe, Benicio Del Toro incarne discrètement son personnage légendaire, dont la seule présence et quelques mots suffisent à motiver ses troupes épuisées à continuer la révolution, quel qu’en soit le prix – une performance récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes.