Archives du mot-clé Isabella Rossellini

Ciné-club Laura Dern / David Lynch : Blue Velvet (1986) – Sailor et Lula (1990)

BLUE VELVET

– 19h : Blue Velvet (David Lynch – 120 minutes – 1986)

avec Kyle MacLachlan, Isabella Rossellini, Laura Dern, Dennis Hopper, Hope Lange, George Dickerson, Dean Stockwell

Un jeune américain d’une petite ville tranquille trouve une oreille coupée dans un champ, et par curiosité mène son enquête, au milieu d’individus louches.

Après l’échec commercial de Dune (1984), David Lynch se tourne vers un cinéma plus personnel. Toujours produit par Dino de Laurentiis après le refus des grands studios, son nouveau film va poser les bases de son style de la maturité, rempli de fantasmes psychanalytiques. A la forme narrative encore classique, avant l’éclatement des prochains films (Lost Highway, Mulholland Drive) où le rêve et la réalité sont confondus, Blue Velvet explore un monde de mystères et de faux-semblants, partant dans l’envers du décor de l’american way of life sage et triomphant, pour faire remonter à sa surface ses pulsions sexuelles et violentes enfouies. Kyle McLachlan, déjà héros de Dune, interprète l’alter-ego ingénue de Lynch dans le film. Dennis Hopper (Easy Rider, Apocalypse Now) est la célébrité du casting, dans un rôle de dément complètement jouissif et inoubliable – assurément une de ses meilleures prestations. Isabella Rossellini, mannequin fille du réalisateur phare du néo-réalisme italien Roberto Rossellini et de l’actrice Ingrid Bergman, incarne un sex-symbol sulfureux et fascinant – elle avait alors une liaison avec Lynch. C’est aussi la révélation de la jeune Laura Dern (19 ans), que l’on retrouvera dans deux autres films de Lynch, ainsi que dans Jurassic Park (1993) ou Un Monde parfait (1993). Il faut noter aussi qu’il s’agit de la première collaboration du réalisateur avec son compositeur fétiche, Angelo Badalamenti. Si Blue Velvet n’est pas un succès commercial, il rembourse ses frais de production et est surtout acclamé par la critique : Grand Prix du Festival d’Avoriaz, Lynch nominé à l’Oscar du meilleur réalisateur. Aujourd’hui le film est devenu culte, classé parmi les dix meilleurs films à énigme selon l’Américan Film Institute, et reste peut-être le film de Lynch à la fois le plus accessible et profond, au milieu d’autres cauchemars cinématographiques plus hermétiques.

 MovieCovers-200433-200433-SAILOR  LULA

– 21h : Sailor et Lula (David Lynch – 1990 – 127 minutes)

avec Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe, Crispin Glover, Diane Ladd, Isabella Rossellini, Harry Dean Stanton

Sorti de prison, Sailor emmène sur la route sa compagne Lula, dont la mère hystérique a juré de tout faire pour les séparer.

Pendant qu’il travaillait sur sa série Twin Peaks, David Lynch découvre une nouvelle de Barry Gifford (avec qui il écrira Lost Highway), Wild at hearts : the story of Sailor and Lula. Il en tire rapidement un scénario et reprend une partie de l’équipe de Blue Velvet, à commencer par son chef opérateur. Laura Dern passe en actrice principale, et Isabella Rossellini a cette fois-ci un plus petit rôle. Willem Dafoe avait refusé le rôle de Frank dans Blue Velvet (qu’a joué Dennis Hopper), mais cette fois-ci il accepte avec plaisir un autre personnage de freak pervers et glaçant, Bobby Peru. Nicolas Cage décroche le rôle principal, avec sa fameuse veste à peau de serpent (en référence à L’Homme à peau de serpent de Sidney Lumet avec Marlon Brando) et son interprétation vocale de « Love Me Tender » d’Elvis Presley. La mère de Lula qui tire les ficelles et mets des tueurs sur leur chemin est d’ailleurs interprétée par Diane Ladd (nominée aux Oscars), la propre mère de Laura Dern, avec qui elle a plusieurs fois joué (notamment Inland Empire de Lynch) ! Deux actrices secondaires sont aussi issues de Twin Peaks. Sailor et Lula est un road-movie délirant autour d’un couple qui s’aime comme des dingues et qui ne croisent que des dingues. Une belle galerie de personnages qui sont encore le reflet d’une Amérique obsédée par le sexe et la mort. A noter que la chanson « Wicked Game » de Chris Isaak lança sa carrière commerciale, tandis qu’Angelo Badalamenti signe toujours la musique du film. Sailor et Lula a reçu la Palme d’or du Festival de Cannes et est devenu une icône déjantée de la filmographie tourmentée de Lynch.

Ciné-club compositeurs : Ludwig van B. (1994) – Amadeus (1984)

Le lendemain de la Fête de la Musique, rien de tels que deux biopics sur les plus grands compositeurs de tous les temps !

LUDWIG VAN B

– 19h : Ludwig van B. (Bernard Rose – 1994 – 120 minutes)

avec Gary Oldman, Jeroen Krabbé, Isabella Rossellini, Johanna Ter Steege, Valeria Golino

Beethoven meurt en léguant ses biens à son « éternel bien aimée ». Son secrétaire va se mettre en quête de cette mystérieuse inconnue, et ce faisant revisiter sa vie amoureuse et musicale.

Avec Mozart, Beethoven est sans conteste le compositeur le plus universel et le plus cité dans la culture populaire. Dix ans après Amadeus, il lui fallait donc un biopic. Après le film d’horreur Candyman (1992), et avant un autre film à costumes (Anna Karénine, 1997), Bernard Rose le réalise, non pas de manière chronologique, mais sous forme d’enquête à la Citizen Kane : en commençant par sa mort, ce sont ceux qui l’ont connu qui vont raconter les événements marquants de sa vie. Ici le Rosebud est son énigmatique « immortal beloved » (titre original du film), qui a tracassé tant de biographes. Les flash-backs se concentrent donc sur sa vie amoureuse avec certaines maîtresses, mais aussi sur ses créations et interprétations musicales, son caractère tumultueux et colérique, ses rapports avec son neveu qu’il a arraché à sa belle-sœur, et surtout sa fameuse surdité, si déchirante pour un tel génie musical, et qui obligeait son entourage à communiquer par écrit avec une ardoise. Elle est astucieusement bien rendue par un bourdonnement étouffé de la musique et de son environnement, restituant ce qu’aurait été sa perception auditive. C’est l’acteur caméléon Gary Oldman qui interprète le compositeur, après avoir incarné Sid Vicious (Sid et Nancy) et Lee Harvey Oswald (JFK), tandis qu’Isabella Rossellini est superbe et magnétique. Filmé à Prague, les décors et les costumes du film sont tout à fait soignés et resplendissants. Inutile enfin de préciser que la bande-son, interprétée par la London Symphony Orchestra, est de haute volée.

 hb4n8yJxzrQeGLEuzbzxAbvdRjp

– 21h : Amadeus (Miloš Forman – 1984 – 180 minutes)

avec F. Murray Abraham, Tom Hulce, Elizabeth Berridge, Simon Callow, Roy Dotrice, Christine Ebersole, Jeffrey Jones, Charles Kay, Kenneth McMillan

A Vienne, le compositeur de la Cour Antonio Salieri raconte la rivalité et l’admiration qu’il a eues pour Mozart, doté du génie musical qu’il souhaitait avoir pour lui-même.

Adapté de la pièce de Peter Shaffer (qui écrit le scénario du film), elle-même inspirée d’une nouvelle de Pouchkine (Mozart et Salieri), Amadeus (« aimé de Dieu ») dépeint la rivalité de Wolfgang Amadeus Mozart, au génie insolent et au comportement fantasque et vulgaire, et du jaloux et machiavélique Antonio Salieri, qui usera de son influence auprès de l’empereur pour nuire en secret à sa carrière et sa vie, sans pour autant s’empêcher d’être son premier admirateur. Quelques libertés sont prises avec la vérité historique (surtout sur sa fin), mais qu’importe : non seulement le destin de Mozart n’en est que plus exact, mais surtout Amadeus est bien plus qu’un simple biopic, c’est un film total, ambitieux, complexe, spectaculaire et magistral. A travers la personnalité de Mozart et les déboires de sa carrière musicale, ce sont une époque, une société, une cour, des classes sociales, les rapports des musiciens et courtisans avec le pouvoir, la loi et l’argent, ainsi que le génie de la création qui sont dépeints avec finesse et brio, aisance et profondeur – à l’instar des partitions mozartiennes. Le tournage eut lieu derrière le Rideau de fer dans la Tchécoslovaquie natale de Forman, au sein de décors pragois magnifiques (et parfois historiquement authentiques), éclairés en lumière naturelle (comme Barry Lyndon de Kubrick). La distribution est parfaite – F. Murray a remporté l’Oscar du meilleur acteur, tandis que Tom Hulce s’entraînait quatre heures par jour au piano pour son rôle de Mozart. Le film est un triomphe mondial critique et public, raflant huit Oscars sur onze nominations (meilleurs film, réalisateur, scénario, acteur, direction artistique, costumes, maquillage et son), et plus globalement quarante prix sur cinquante-trois nominations dans le monde (dont César du meilleur film étranger). Enfin, le chef d’œuvre est ressorti en 2002 en director’s cut avec vingt minutes de splendeurs supplémentaires.