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24 avril : Ciné-club Méta-cinéma : La Nuit américaine (1973) – Cinéma Paradiso (1988)

LA NUIT AMERICAINE

– 19h : La Nuit américaine (François Truffaut – 1973 – 112 minutes)

avec Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Léaud, François Truffaut, Nathalie Baye, Jean-Pierre Aumont, Valentine Cortese, Jean Champion, Dani, Alexandra Stewart, Bernard Menez, Jean-François Stévenin

Un réalisateur entame le tournage de son nouveau film, et doit faire face aux multiples aléas et imprévus causés par les acteurs et l’équipe technique.

Comme Les Ensorcelés de Vincente Minneli, Chantons sous la pluie de Stanley Donen ou Le Mépris de Jean-Luc Godard, La Nuit américaine est un exemple typique de méta-cinéma : un film montrant un film. Pour renforcer la mise en abyme cinématographique, François Truffaut joue lui-même le rôle du réalisateur, exposant ses angoisses et ses admirations cinématographiques. On retrouve aussi son acteur fétiche, son double habituel à l’écran, Jean-Pierre Léaud (Les Quatre Cents Coups, Baisers Volés, Domicile Conjugal). Jean-François Stévenin était réellement l’assistant du film, et Nathalie Baye démarre sa carrière avec ce premier rôle. Le film montre donc l’envers du décor, avec toutes les histoires anodines et relations entre artisans et professionnels du métier qui façonnent et influencent le film final. Toutes les anecdotes sont d’ailleurs véridiques, tirées de la propre expérience de Truffaut ou de son entourage. Bien avant l’ère des making of réglementaires en bonus des DVD, La Nuit américaine offre un regard instructif sur la réalité déconcertante de la fabrique du cinéma envahie par la vie réelle, et a été récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger.

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– 21h : Cinéma Paradiso (Giuseppe Tornatore – 1988 – 167 minutes)

avec Philippe Noiret, Salvatore Cascio, Marco Leonardi, Jacques Perrin, Agnese Nano, Brigitte Fossey, Leopoldo Trieste

Un enfant sicilien d’après-guerre découvre le monde du cinéma à travers la cabine du projectionniste qui lui apprend le métier.

Cinéma Paradiso ne montre pas de tournage à proprement parler, mais revisite passionnément l’histoire du cinéma depuis la cabine de projection d’un cinéma de village italien, la salle de cinéma se prenant cette fois-ci elle-même pour objet. Le film est en partie autobiographique puisque Tornatore avait lui-même été projectionniste de village, et il en profite pour réaliser un vibrant hommage au septième art et à ce métier des coulisses, aussi essentiel que discret, très technique voire dangereux, comme le récit le montrera, à des années lumières des projections numériques actuelles. Comme Splendor d’Ettore Scola sorti au même moment, il dépeint le triste spectacle de l’épidémie de fermetures des salles de cinéma avec l’arrivée de la télévision et des chaînes racoleuses de l’époque Berlusconi. Une symbolique très forte se dégage de la narration, puisque le cinéma Paradiso est au départ une église, où les scènes sensuelles des grands classiques étaient systématiquement censurées, puis le cinéma est rénové et désormais sans censeur, et enfin finit sa course avec de tristes films érotiques sans âmes, tandis que parallèlement le personnage principal aime le cinéma, apprend à aimer avec le cinéma mais verra son amour condamné par le cinéma. Magnifié par sa fameuse bande-son d’Ennio Morricone, Cinema Paradiso a obtenu un triomphe critique international, à commencer par le Grand Prix du Jury du Festival de Cannes et l’Oscar du meilleur film étranger. A noter que le film a été finalement restauré dans sa version longue initiale, qui ne comporte pas pour une fois des simples rallonges ou scènes secondaires, mais apporte des révélations déterminantes et un dénouement plus dramatique et ambivalent concernant les liens et le destin des personnages principaux.

Ciné-club scandales italiens : Le Dernier Tango à Paris (1972) – Salò ou les 120 journées de Sodome (1976)

Dimanche 30 mars 2014 :

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– 19h : Le Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci – 1972 – 125 minutes)

avec Marlon Brando, Maria Schneider, Jean-Pierre Léaud, Catherine Allégret, Catherine Breillat

A Paris dans un appartement quasiment vide, un américain d’âge mûr et une jeune parisienne, qui ignorent chacun le prénom de l’autre, entament une liaison passionnelle et destructrice.

Né d’un fantasme que Bertolucci a eu en rêve, Le Dernier Tango à Paris a été tourné dans des conditions intenses et difficiles (douze semaines à raison de 14h par jour). Après les refus de Jean-Louis Trintignant, Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, Marlon Brando, dont la carrière a redémarré avec Le Parrain (1972), accepte le rôle de Paul, américain traumatisé par le suicide de sa femme qui tente de redécouvrir l’amour – l’acteur improvisera beaucoup ses répliques, n’appréciant pas celles écrites. La réalisation porte la marque de la Nouvelle Vague, que la présence de Jean-Pierre Léaud, acteur fétiche de François Truffaut, confirme. Bertolucci filme avec beaucoup d’audace visuelle le nihilisme de ce couple primitif où pulsions de vie et pulsions de mort se confondent dans une danse érotique extrême. Reflet de la libération sexuelles et des mœurs, Le Dernier Tango à Paris connut à sa sortie en salles le succès et le scandale retentissants : certaines critiques et associations y virent de la pornographie, plusieurs pays européens le classèrent X, la France l’interdit aux moins de 18 ans, l’Italie l’interdit complètement et déchut Bertolucci de ses droits civiques. En cause notamment la légendaire scène où Marlon Brando utilise du beurre pour lubrifier Maria Schneider et simuler une sodomie, qu’elle prit comme une humiliation et un viol puisqu’elle n’avait pas été tenue au courant par l’acteur et le réalisateur du déroulement de la scène. Mais le scandale n’a pas empêché Brando et Bertolucci d’être nommés aux Oscars de meilleur acteur et meilleur réalisateur. Marlon Brando renia pourtant le film de peur de briser son image, Maria Schneider fut marquée à vie et vit sa prometteuse carrière détruite malgré quelques fulgurances (Profession : reporter d’Antonioni en 1975), et Bertolucci regretta de n’avoir pas eu le temps de s’excuser auprès d’elle lorsqu’elle disparut en 2011.

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– 21h : Salò ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini – 1976 – 117 minutes)

avec Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Umberto P. Quintavalle, Aldo Valletti

En Italie, durant la république fasciste de Salò, quatre notables kidnappent des enfants dans un château et leur font subir les pires supplices.

Ultime film de Pasolini, retrouvé assassiné quelques semaines avant sa sortie, Salò ou les 120 journées de Sodome n’était pourtant pas pensé comme un testament, contrairement à qu’on voit en lui depuis. Après sa Trilogie de la vie, Pasolini initiait en effet une Trilogie de la mort avec Salò, qui restera sans suite. Pasolini adapte ici Les cent vingt journées de Sodome du Marquis de Sade, en l’actualisant dans le contexte de l’Italie fasciste durant la Seconde Guerre mondiale. Salò est fameusement divisé en quatre cruelles parties (vestibule de l’enfer, cercle des passions, cercle de la merde, cercle du sang), durant lesquels d’innocents adolescents sont enlevés, emprisonnés, humiliés, violés, torturés et mutilés par des bourreaux libertins et sadiques qui récitent des citations littéraires à l’envie. Loin d’être gratuite, l’œuvre dantesque de Pasolini – communiste notoire – critique les relations de pouvoir bourgeois, le capitalisme déshumanisant, la marchandisation des corps objetisés, la déshumanisation des victimes, l’hypocrisie de la libération sexuelle et le voyeurisme généralisé, et n’a non seulement pas perdu son actualité, mais l’a vu renforcée par la culture ambiante de la société de consommation. Cette descente en enfer radicale a bien évidemment profondément choqué l’Italie et l’Europe, et provoqué censures et interdictions, au point d’être rangé parmi les films maudits et insoutenables. Mais plus que tout, Salò demeure une véritable expérience cinématographique, esthétique et personnelle sans équivalent, particulièrement éprouvante et intime, comme bien peu de films de l’histoire du cinéma sont en mesure d’en provoquer.