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1er octobre 2017 : Ciné-club Prisonniers : La Fièvre monte à El Pao (1959) – La Grande illusion (1937)

LA FIEVRE MONTE A EL PAO

– 19h : La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel – 1959 – 100 minutes)

avec Gérard Philipe, Maria Félix, Jean Servais, Domingo Soler

Sous une dictature d’Amérique centrale, le gouverneur d’une île-pénitencier est assassiné par un opposant politique. Son secrétaire idéaliste tente d’améliorer le sort des prisonniers, tandis qu’il entame une relation avec la femme du défunt.

Luis Buñuel réalise ses films au Mexique depuis plus de dix ans quand il a enfin l’opportunité de tourner avec l’immense Gérard Philipe, après plusieurs projets avortés. Il adapte un roman d’Henri Castillou au sujet d’un fonctionnaire qui se confronte sous une dictature à l’exercice du pouvoir avec des intentions humanistes, tiraillé entre ses convictions et les compromissions, hésitant entre la figure du militant armé et de l’intellectuel engagé. En plus des contradictions intérieures qu’il ne parvient pas à se résoudre, il ajoute aux chaînes du pouvoir celles de l’amour. Maria Félix irradie le film de sa sensualité (elle a eu quatre maris !). La Fièvre monte à El Pao est un subtil mélodrame politique sur les rapports de force entre les dominants et les dominés, à tour de rôle. Le personnage convient admirablement à Gérard Philipe, sympathisant communiste (il ira même visiter le jeune régime castriste de Cuba après le tournage). Cependant, ce sera son dernier rôle, emporté par un cancer du foie foudroyant quelques jours avant la sortie du film, à seulement trente-six ans. Buñuel ne tournera plus qu’un autre film au Mexique avant d’entamer la dernière partie de sa carrière en France.

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– 21h : La Grande illusion (Jean Renoir – 1937 – 113 minutes)

avec Jean Gabin, Dita Parlo, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim, Dalio, Julien Carette

Durant la Première Guerre mondiale, des soldats alliés sont retenus prisonniers dans une forteresse allemande.

Jean Renoir a été sauvé au combat pendant la Première Guerre mondiale par le général Pinsard, qui lui racontera bien plus tard ses récits de captivité et d’évasion en Allemagne, qui inspireront La Grande illusion. Alors qu’il sort en 1937 et se situe durant la Grande Guerre de 14-18, personne n’ignore qu’elle ne sera pas la dernière et que la Seconde se prépare. Le film est pourtant d’un humanisme profond et universel : il montre une fraternité qui dépasse les frontières, les nationalités et les langues, mais qui se heurte aux classes sociales. Il y a ainsi plus d’affinité et de valeurs communes entre les officiers français et allemands (les excellents Fresnay et von Stroheim), qu’entre la classe populaire et l’aristocratie (reflétant la sympathie de Renoir pour le Front populaire). Jean Gabin est comme d’habitude aussi magistral que bouleversant. Malgré ses censures, le film est un grand succès critique et populaire, mais sera évidemment interdit en Allemagne et en Italie (malgré une récompensé à la Mostra de Venise) puis sous l’Occupation, à cause de son pacifisme sans illusion. Mais sa ressortie après-guerre en version intégrale l’inscrira au panthéon des chefs d’œuvre éternels du cinéma mondial.

Ciné-club Inde : Le Fleuve (1951) – Gandhi (1982)

Dimanche 23 février 2014 :

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– 19h : Le Fleuve (Jean Renoir – 1951 – 99 minutes)

avec Nora Swinburne, Esmond Knight, Arthur Shields, Thomas E. Breen, Adrienne Corri, Suprova Mukerjee

En Inde, deux jeunes anglaises expatriées avec leurs familles et une indienne tombent amoureuses d’un jeune officier anglais blessé à la guerre.

Le Fleuve est le premier film tourné en couleur de Jean Renoir. Le tournage a duré quatre mois en Inde dans la région de Calcutta sur les bords du Gange, et la première chose qui frappe est à quel point les couleurs sont belles ! Le Technicolor nous restitue la splendeur visuelle et picturale de l’Inde, sa végétation, sa faune, sa vie locale, artisanale et culturelle. Car Le Fleuve a un aspect quasi-documentaire dans de multiples séquences contemplatives et rêveuses, où la caméra d’un occidental filme la poésie et l’exotisme si singuliers de l’Inde. C’est aussi un film mélodramatique adapté d’un livre semi-autobiographique de Rumer Godden (auteur du Narcisse noir) sur le premier amour, rite de passage inévitablement douloureux dans l’âge adulte, et dont le cadre indien apporte un supplément de spiritualité et de sagesse sur la vie et la mort. Renoir a choisi certains acteurs non-professionnels, comme Thomas E. Breen qui était vraiment unijambiste comme son personnage. Quant à Esmond Knight, il avait réellement perdu son œil à la guerre, et était marié avec Nora Swinburne, comme à l’écran. Enfin, Adrienne Corri jouera vingt plus tard la femme violée de l’écrivain dans Orange Mécanique. Le Fleuve a reçu le prix international de la Mostra de Venise, et continue d’exercer sa fascination depuis plusieurs générations : c’est un des films préférés de Martin Scorsese, ainsi qu’une influence immédiate de Wes Anderson pour A bord du Darjeeling Limited (2007).

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– 21h : Gandhi (Richard Attenborough – 1982 – 191 minutes)

avec Ben Kingsley, Candice Bergen, Edward Fox, John Gielgud, Trevor Howard, John Mills, Martin Sheen

Le film retrace la vie de Gandhi, depuis ses années d’avocat en Afrique du Sud vers la longue et tumultueuse route de l‘indépendance indienne.

Gandhi est un monumental biopic de trois heures comme on n’en fait plus, c’est-à-dire avant que cela n’en devienne un genre commercial à la mode qui pollue chaque mois les salles de cinéma au sujet d’à peu près n’importe quelle célébrité. Le projet a mis vingt ans à se concrétiser, et Richard Attenborough (également acteur, comme dans La Grande Evasion ou Jurassic Park) a même pu rencontrer et obtenir le soutien de Nehru et de sa fille Indira Gandhi, premiers ministres indiens historiques. Tourné quasi-entièrement en Inde pendant vingt-quatre semaines, le film nécessita la construction de 87 décors pour 189 scènes, dont l’ashram de Gandhi sur un terrain de plusieurs milliers de mètres carrés ; la colossale séquence des funérailles, organisée à New Dehli le jour anniversaire de la mort de Gandhi, a accueilli plus de 400.000 figurants. Ben Kingsley, grand acteur du théâtre anglais à moitié indien par son père, joue le rôle de sa vie, avec retenue et vérité. Gandhi est filmé avec sobriété et dignité, sans sur-dramatiser une fresque historique, politique et morale tellement riche et complexe que ses enjeux se suffisent à eux-mêmes. Outre une personnalité charismatique et un destin hors du commun, c’est surtout le discours de non-violence et de liberté qui ressort au final du film. Il a récolté huit Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur scénario, meilleur montage, meilleure direction artistique, meilleure photographie et meilleurs costumes – la musique du maître Ravi Shankar n’a été que nominée.