Archives du mot-clé John Carradine

16 avril 2017 : Ciné-club romans de crise par John Ford : Qu’elle était verte ma vallée (1941) – Les Raisins de la colère (1940)

MovieCovers-86728-247217-QU'ELLE ETAIT VERTE MA VALLEE

– 19h : Qu’elle était verte ma vallée (John Ford – 1941 – 118 minutes)

avec Walter Pidgeon, Maureen O’Hara, Anna Lee, Donald Crisp, Roddy McDowall

Une famille de mineurs au pays de Galle est confrontée à la baisse des salaires imposée par les patrons de la mine.

Derrière ce titre et des affiches qui peuvent paraître aujourd’hui guimauves se cache l’adaptation d’un classique de la littérature britannique, écrit en 1939 par Richard Llewellyn, rien de moins qu’un chef d’œuvre du cinéma américain. Le producteur Darryl F. Zanuck ambitionnait initialement une grande fresque de quatre heures rivalisant avec Autant en emporte le vent, une superproduction en couleurs tournée au pays de Galle par le réalisateur William Wyler (Vacances romaines, Ben-Hur). Mais les bombardements allemands au Royaume-Uni en pleine Seconde Guerre mondiale obligent la production à tourner en Californie, et donc en noir et blanc pour que la végétation ne paraisse pas trop décalée avec le lieu du récit. De plus, William Wyler est remplacé, à cause de sa réputation de dépassements de budget, par John Ford, grand réalisateur de westerns. Cependant ce fils d’immigrés irlandais va insuffler des éléments familiaux dans cette histoire galloise. Qu’elle était verte ma vallée narre les joies et les peines d’une famille de mineurs dans une région en train d’être transformée irréversiblement par le capitalisme et ses tensions sociales. Ce monde qui change, avec son lot de pauvreté, d’injustices et d’hypocrisie est vue à travers les yeux innocents du narrateur, le dernier né de la famille (merveilleusement joué par Roddy McDowall). La tendresse de l’histoire, la beauté des cadrages et le sublime de la photographie donnent une grâce spirituelle au film, le préféré de la longue carrière de Ford. Il deviendra le succès commercial de l’année et recevra une pluie d’Oscars : meilleurs film (en compétition avec Citizen Kane et Le Faucon maltais), réalisateur (contre… William Wyler !), second rôle pour Donald Crisp (le père de famille), photographie, direction artistique, ainsi que quatre autres nominations.

LES RAISINS DE LA COLERE

– 21h : Les Raisins de la colère (John Ford – 1940 – 129 minutes)

avec Henry Fonda, Jane Darwell, John Carradine, Charley Grapewin

Une famille de fermiers est expulsée de ses terres, comme des milliers d’autres, et part vert la Californie dans l’espoir de retrouver du travail et leur dignité.

Le roman de John Steinbeck (A l’Est d’Eden, Des Souris et des hommes), écrit en 1939 et récompensé du prix Pulitzer, est rapidement devenu un des grands classiques de la littérature américaine. Adapté au cinéma par John Ford, Les Raisins de la colère crie le désespoir d’une partie de l’Amérique ruinée par la Grande Dépression et les manigances capitalistes, obligée d’émigrer là où il y a peut-être du travail, à n’importe quel prix. Dans ce road-trip de la misère, les yeux clairs d’Henry Fonda expriment à la fois l’espoir d’un monde meilleur et plus digne et la douleur de l’injustice la plus inacceptable, où les puissants (propriétaires ou policiers) n’ont aucune pitié ni sentiment de responsabilité dans le quasi-esclavage qu’ils imposent à une partie de leur population, logée dans des camps insalubres. Le film est aussi vif et édifiant que le livre, sublimé par la mise en scène de Ford et son superbe noir et blanc en clair-obscur. Il remporte l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur second rôle (Jane Darwell, pour le rôle de la mère), et est nommé à cinq autres. Il a même été projeté par l’URSS pour critiquer l’ennemi américain – avant d’être interdit quand le public réalise que leur situation est pire… D’ailleurs, le miroir montré aux Etats-Unis n’a pas toujours été bien reçu, puisque la Chambre de commerce et d’Agriculture de Californie appela au boycott du film, le livre fut interdit dans certains Etats, et son auteur menacé de mort. Œuvre incontournable de la conscience morale et sociale américaine, Les Raisins de la colère a inspiré à Woody Guthrie (mentor de Bob Dylan) la chanson « The Ballad of Tom Joad », et à Bruce Springsteen l’album The Ghost of Tom Joad et sa chanson éponyme.

Ciné-club pleine lune : Le Loup-Garou (1941) – Hurlements (1981)

Ce dimanche 10 août étant un véritable dimanche de pleine lune, c’est l’occasion de présenter deux classiques des films de loup-garous. Gare aux mauvaises rencontres durant la nuit !

 29088

– 19h : Le Loup-Garou (George Waggner – 1941 – 70 minutes)

avec Lon Chaney Jr., Claude Rains, Warren William, Ralph Bellamy, Patric Knowles, Bela Lugosi, Maria Ouspenskaya, Evelyn Ankers

Lawrence Talbot revient en Angleterre dans le château de son père, et apprend la légende du loup-garou.

Depuis les années 30, les studios Universal dominaient le cinéma d’horreur avec des films de monstres, les fameux Universal Monsters, tels que Dracula, la Momie, la créature de Frankenstein ou l’Homme Invisible. En 1935, Universal avait déjà produit Le Monstre de Londres, mais celui-ci fut peu remarqué par le public en raison de sa ressemblance avec Docteur Jekyll et M. Hyde (1931). Cependant c’est le film de 1941 Le Loup-Garou qui fut un grand succès, et fit de ce monstre un des classiques de la pop culture. Le réalisateur George Waggner retrouve Lon Chaney Jr., qu’il avait déjà dirigé dans L’Echappé de la chaise électrique (1941). Lon Chaney Jr., né Creighton Chaney, est le fils de Lon Chaney, une immense star des films muets (Notre-Dame de Paris, Le Fantôme de l’opéra), surnommé l’homme aux mille visages, en raison de ses multiples et impressionnantes transformations à l’aide de maquillage (qu’il effectuait lui-même). Sous l’impulsion de son agent, Creighton prit donc le nom de Lon Chaney Jr. après la mort de son père. Le loup-garou est le rôle de sa vie, qu’il interprètera quatre fois, et rentrera au panthéon des acteurs de films d’horreur, avec Bela Lugosi (qui joue d’ailleurs un gitan dans Le Loup-Garou) et Boris Karloff. En outre, Lon Chaney Jr. est le seul acteur à avoir interprété la plupart des monstres mythiques de l’époque, à savoir la Momie, la créature de Frankenstein et Dracula. A noter aussi deux remarquables prestations dramatiques dans Des Souris et des hommes (1939) et Le Train sifflera trois fois (1952). Sa superbe photographie, ses décors oniriques, sa réalisation soignée, ses remarquables maquillages signés Jack Pierce (qui travaillait plus de sept heures par jour sur Lon Chaney Jr. à partir de poils de yak) font du Loup-Garou un classique old-school à redécouvrir, qui engendrera de multiples suites (Frankenstein rencontre le loup-garou en 1943), variations (Wolf en 1994 avec Jack Nicholson et Michelle Pfeiffer) et remakes (Wolfman en 2010 avec Benicio del Toro et Anthony Hopkins).

 MovieCovers-59717-207616-HURLEMENTS

– 21h : Hurlements (Joe Dante – 1981 – 90 minutes)

avec Dee Wallace, Patrick MacNee, Dennis Dugan, Christopher Stone, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, John Carradine, Slim Pickens, Elisabeth Brooks

Une présentatrice de télévision est poursuivie par un tueur en série. Elle est envoyée dans la « Colonie », un centre de repos dans la nature.

Joe Dante est un orfèvre des hommages aux films de genre. Après le succès de Piranhas (1978, pastiche des Dents de la mer), et avant le succès mondial des Gremlins (1984 et 1990), il entame avec Hurlements une variation sur le thème du loup-garou. Le traitement est assez original, car là où Le Loup-Garou montrait le conflit intérieur d’un homme qui ne contrôle ni ne supporte sa condition d’animal assoiffé de sang, Hurlements modernise le genre en commençant comme un slasher movie, avec un mystérieux serial killer pourchassant une jeune femme et accumulant progressivement ses victimes – on se croirait dans un thriller à la Brian De Palma, avec qui il partage le même compositeur, Pino Donaggio (qui a notamment signé les partitions de Pulsions ou Blow Out, ainsi que celle de Piranhas). Joe Dante, technicien artisanal hors-pair et fin cinéphile, insère de nombreuses références à l’histoire des films de loup-garous, en nommant les personnages du film en référence aux réalisateurs du genre (Patrick MacNee, l’inoubliable héros de la série british Chapeau melon et bottes de cuir devient ainsi le docteur George Waggner), ou même avec des extraits du Loup-Garou de 1941 ! Les effets spéciaux mécaniques de Rob Bottin (génie oscarisé responsables de ceux de Piranhas, The Thing, Total Recall, Las Vegas Parano et bien d’autres classiques) sont parmi les plus impressionnants que l’on ait pu voir. A noter que Hurlements sortit quelques mois avant Le Loup-Garou de Londres de John Landis, qui est l’autre grand classique du genre – les deux ayant contribué, de manière distincte, à réinventer et relancer le mythe du monstre. Hurlements fut un très grand succès commercial, reçut le prix de la critique du Festival International de film fantastique d’Avoriaz, et connaîtra pas moins de huit épisodes – oscillant entre nanars et série B.