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29 janvier 2017 : Ciné-club Marlon Brando : Reflet dans un œil d’or (1967) – Le Parrain (1972)

REFLETS DANS UN OEIL D'OR

– 19h : Reflets dans un œil d’or (John Huston – 1967 – 109 minutes)

avec Marlon Brando, Elizabeth Taylor, Brian Keith, Julie Harris, Robert Forster, Zorro David, Gordon Mitchell, Irvin Dugan, Fay Sparks

Dans une caserne militaire en Georgie, d’étranges triangles amoureux se tissent, rempli de non-dits et de jalousies.

Le film s’ouvre sur la phrase « il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis ». Adapté d’un roman de Carson McCullers, Reflets dans un œil d’or est un film tourmenté et mystérieux sur le désir, la frustration, la déviation, la folie. Derrière la surface lisse d’une caserne militaire, Marlon Brando joue un major torturé par ses démons refoulés, troublé par un de ses soldats (Robert Forster, que l’on retrouvera dans Jackie Brown, Delta Force ou Mulholland Drive) qui s’adonne au naturisme et au voyeurisme, épiant la nuit sa femme (Elizabeth Taylor) dans sa chambre. Elle, frustrée, reporte ses pulsions sur ce qu’elle peut, son cheval ou un colonel avec qui elle a une liaison. La femme de ce dernier (Julie Harris, vue dans A l’Est d’Eden ou La Maison du diable) sombre dans la folie et passe son temps avec un boy philippin caractériel. Dans le prolongement des Désaxés (1961), John Huston installe un climat de malaise rempli de tensions sexuelles et d’interprétations sous-jacentes. La photographie du film est soignée, il a d’ailleurs été tourné dans une version alternative à la teinte entièrement sépia et dorée, que la Warner refusa. Porté par de très grands acteurs, Reflets dans un œil d’or est un drame psychologique vénéneux et complexe préfigurant David Lynch à plusieurs niveaux, et un des films les plus audacieux et singuliers de John Huston.

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– 21h : Le Parrain (Francis Ford Coppola – 1972 – 177 minutes)

avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Richard Castellano, Robert Duvall, Sterling Hayden, John Marley, Richard Conte, Diane Keaton, John Cazale

En 1945, la famille sicilienne Corleone est une des cinq familles régnant sur la mafia new-yorkaise. Mais son chef, Don Corleone, est vieillissant, et refuse la proposition d’une autre famille de s’associer dans le trafic de drogue…

Le jeune Francis Ford Coppola n’avait réalisé que quelques films inégaux (et remporté l’Oscar du meilleur scénario pour Patton) avant de s’attaquer à  l’adaptation d’un roman best-seller de Mario Puzo. Le poste avait été refusé par quantité de réalisateurs et Coppola s’est résolu à l’accepter avant tout pour renflouer sa société de production, American Zoetrope, alors en difficulté. D’un tournage houleux, bataillant constamment avec les studios Paramount alors dirigés par des financiers sans ambition artistique , il accouche rien de moins que de l’un des plus grands films de tous les temps, sur lequel tout a été dit. Le Parrain est un drame shakespearien vertigineux, pas tant un film de gangster qu’une histoire de famille et de pouvoir dont les membres ne peuvent échapper à leur destin inexorable, rempli d’intrigues, de trahisons et de meurtres. Marlon Brando était au plus bas de sa carrière, dont Paramount ne voulait plus entendre parler, mais s’abaissa à accepter un salaire en-dessous de son standard et passer une audition pour décrocher le rôle, signant une des performances les plus mythiques d’Hollywood, récompensée d’un Oscar (qu’il refusa, pour protester contre le traitement infligé aux Indiens d’Amérique). Un jeune inconnu venu du théâtre dont c’est le troisième film, Al Pacino, tient presque seul  le film sur ses épaules et lance sa riche carrière d’acteur culte. Le reste de la distribution est à chaque fois prodigieuse (James Caan, Robert Duvall, Diane Keaton, John Cazale). Le film est une splendeur à tous les niveaux, de la musique (Nina Rota) à la photographie (les scènes en Sicile…), en passant par la réalisation impériale. Succès critique et public absolu, le film est le premier à dépasser les 100 millions de dollars de recettes, culminant à 245 millions (pour un budget de 7 millions !). Il est nommé à dix Oscars et en remporte trois (dont meilleur film et meilleur scénario). Pierre angulaire du cinéma des années 70, considéré par Stanley Kubrick comme potentiellement le plus grand film jamais réalisé avec un casting parfait, la saga connaîtra deux suites (en 1974 et en 1990).

Ciné-club James Dean : A l’est d’Eden (1955) – La Fureur de vivre (1955)

Acteur météorique, c’est en seulement en seize mois de carrière cinématographique et trois films que James Dean (1931-1955) est rentré dans la légende du cinéma, avant de trouver la mort dans un accident de voiture.

 Dimanche 2 mars 2014 :

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– 19h : A l’est d’Eden (Elia Kazan – 1955 – 115 minutes)

avec James Dean, Raymond Massey, Julie Harris, Burt Ives, Richard Davalos, Jo Van Fleet

En 1917, en Californie, le turbulent Cal n’a jamais connu sa mère et souffre que son père puritain lui préfère son frère.

Tiré du roman de John Steinbeck de 1952, inspiré du mythe biblique des frères Abel et Caïn, A l’est d’Eden est le premier film de James Dean, qu’Elia Kazan avait découvert sur les planches de Broadway jouant l’Immoraliste d’André Gide. Il a été préféré au jeune Paul Newman (alors inconnu) pour ce rôle. Et c’est d’emblée une révélation : son jeu d’acteur est explosif, tourmenté et novateur. Ancien élève de l’Actors Studio de Lee Strasberg, il improvise, marmonne, surprend les acteurs, se gonfle d’émotions qui débordent, d’affects qui peuvent s’exprimer brutalement. Raymond Massey (qui joue son père) ne le supporte pas, et cette tension lors du tournage n’a fait qu’enrichir le conflit dramatique à l’écran. Il faut dire aussi que le rôle de James Dean n’était pas vraiment de composition, puisque sa mère est morte quand il avait neuf ans, qu’il a été élevé ensuite par sa grand-mère, et que ses rapports avec son père remarié sont restés difficiles. C’est aussi le premier film de Richard Davalos et Jo Van Fleet, qui se retrouveront pour Luke la main froide (1967). Elia Kazan (Un Tramway nommé désir, avec un autre acteur culte de l’Actors Studio, Marlon Brando) est au sommet de son art pour ce nouveau drame qui restera comme un de ses meilleurs films, dont il s’agit du premier en couleurs (en Cinemascope). Kazan et Dean ont été nominés aux Oscars (non seulement c’est l’un des cinq acteurs du cinéma à l’avoir été pour un premier film, mais de plus à titre posthume), mais c’est Jo Van Fleet qui remporte l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Cependant, A l’est d’Eden a été récompensé comme meilleur film dramatique aux Golden Globes et au Festival de Cannes. Enfin, c’est le seul film qui sortit sur les écrans du vivant de James Dean.

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– 21h : La Fureur de vivre (Nicholas Ray – 1955 – 111 minutes)

avec James Dean, Nathalie Wood, Sal Mineo, Jim Backus, Ann Doran, Corey Allen, Dennis Hopper, Edward Platt

Le bagarreur Jim Stark vient d’arriver dans une nouvelle ville, et rencontre une bande d’adolescents rebelles.

Si James Dean incarnait dans A l’est d’Eden les troubles de l’adolescence au sein d’un contexte familial particulier et complexe, La Fureur de vivre (Rebel without a cause en VO, rebelle sans cause) le consacre comme symbole d’un malaise générationnel, en montrant des adolescents révoltés qui flirtent avec la délinquance. Nicholas Ray (Les Amants de la nuit, 1949), qui a engagé Dean sur les conseils de Kazan, brosse un portrait novateur de la jeunesse américaine en crise, avide de sorties nocturnes, de bagarres au couteau, de courses de voiture, d’incompréhension parentale, de preuves d’honneur, de vitesse et de risques mortels. Le film est d’ailleurs tragiquement prémonitoire, puisque Dean mourra en accident de voiture un mois avant la sortie en salle ; Sal Mineo sera assassiné en 1976 et Nathalie Wood mourra noyée en 1981 (les deux ont été nominés aux Oscars des meilleurs seconds rôles). Le film préfigure d’ailleurs en bien des points West Side Story (1961), mythique comédie musicale multi-oscarisée avec Nathalie Wood et ses duels de bandes de jeunes. A noter que Dennis Hopper (Easy Rider) y joue son premier véritable rôle. La réalisation entre classicisme et modernité de Nicholas Ray lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur. Avec son jean, son T-shirt blanc moulant et sa veste d’un rouge éclatant, c’est cette image de jeunesse fougueuse et éternelle que James Dean ancrera dans les mémoires, et La Fureur de vivre restera comme un des films cultes des adolescents et sur l’adolescence.