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Ciné-club films muets oscarisés : The Artist (2011) – L’Heure Suprême (1927)

Pour certains, le film muet est la pré-histoire du cinéma. Pour les cinéphiles, c’est plutôt l’âge d’or mythologique où un nouveau langage, artistique et révolutionnaire, utilisait des images en mouvements avec quelques dialogues écrits sur des panneaux pour délivrer des émotions cinématographiques. Comme d’habitude, les contraintes techniques étaient le meilleur moteur de l’inventivité, ici dans la narration sans dialogues parlés. L’invention du cinéma parlant, s’il a rapproché le 7ème art de la réalité, l’a en même temps éloigné d’une certaine idéalité parallèle, et a incontestablement tué une forme d’expression symbolique de haute valeur esthétique. Synonyme d’obsolète pour beaucoup, le film muet n’est pourtant pas plus dérangeant qu’un film en noir et blanc ou en version originale sous-titrée pour qui a su prendre l’habitude de ses codes pour l’apprécier.

Le Festin Nu propose ce soir deux films muets emblématiques, l’un de son heure de gloire, l’autre de son hommage récent, salué par le public et la critique internationales. Il est amusant de remarquer que l’un est un film américain se passant en France, et l’autre un français se passant aux Etats-Unis !

 Dimanche 9 mars 2014 :

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– 19h : The Artist (Michel Hazanavicius – 2011 – 100 minutes)

avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, James Cromwell, John Goodman, Uggie

Une star du cinéma muet voit sa carrière bouleversée par l’apparition du cinéma parlant.

The Artist est un pari fou : tourner au XXIème siècle un film muet en noir et blanc ! Et français qui plus ! A Los Angeles ! Ce qui peut passer pour un exercice de style de pur performance ou pour du fétichisme totalement rétrograde s’avère être en réalité un bijou de cinéma, truffé de références, revisitant son histoire avec intelligence et brio. La dualité cinéma muet/parlant est justement au cœur du film, qui se propose d’être le pont, plus rétrospectif que nostalgique, entre deux époques cruciales du cinéma, à l’instar de Boulevard du crépuscule de Billy Wilder (1950). Michel Hazanavicius, qu’on a connu plus absurde et trublion (La Classe Américaine, les deux OSS 117), recrée avec beauté et minutie toute l’esthétique du parlant d’une part, et du noir et blanc d’époque d’autre part. Les acteurs, fidèles d’Hazanavicius (Jean Dujardin jouait déjà OSS 117, Bérénice Bejo est la compagne du réalisateur) sont grandioses. Le reste appartient à l’histoire comme on dit : Dujardin prix d’interprétation du Festival de Cannes, 5 Oscars remportés (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur – une première pour un français -, meilleur musique, meilleurs costumes) sur 10 nominations, 6 Césars (dont meilleure actrice) sur 10 nominations, une pluie de récompenses internationales (105 sur 183 nominations !), un succès critique et public sans faille, qui en font un des films les plus reconnus et acclamés du cinéma français.

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– 21h : L’Heure Suprême (Frank Borzage – 1927 – 120 minutes)

avec Janet Gaynor, Charles Farrell, Ben Bard

A Montmartre en 1914, un égoutier qui rêve de devenir nettoyeur de rue aide une femme chassée de chez elle par sa sœur, et se retrouve à l’héberger chez lui pour échapper à la police.

Frank Borzage a trente-trois ans lors qu’il réalise en 1927 son trente-septième long-métrage, L’Heure suprême (sans compter ses vingt-cinq courts métrages). Adapté d’une pièce de Broadway, le film est un sommet du mélodrame hollywoodien, particulièrement stylisé et lyrique, comparable à l’autre classique du muet, L’Aurore de Murnau (tourné au même moment avec la même actrice, Janet Gaynor). Grande référence d’André Breton (qui y voit les prémices de L’Amour fou), L’Heure suprême est l’histoire d’une ascension, sociale et symbolique (le titre original est Seventh Heaven, septième ciel) : d’un travailleur des égouts vers la surface de Paris, d’une femme vers le septième étage de l’appartement de son sauveur, de deux solitaires vers l’amour pur, de deux athées vers le salut divin qui couronne le dernier plan. D’autre part, l’histoire mélodramatique se confond avec l’Histoire, puisque l’entrée en guerre de la France brise la fraiche idylle amoureuse ; à noter que Borzage étant hostile à la guerre, les séquences de la Première Guerre mondiale ont été réalisées par nul autre que John Ford ! Lors de la toute première cérémonie des Oscars, Borzage reçoit celui du meilleur réalisateur, Janet Gaynor celui de la meilleure actrice (à la fois pour L’Heure suprême, mais aussi pour L’Ange de la rue, également de Borzage, et pour L’Aurore), et Benjamin Glazer celui du meilleur scénario adapté. Le film est un succès mondial, qui donnera lieu à un remake par Hendry King en 1937 avec James Stewart et Simone Simon, ainsi qu’à quatre en Chine et deux à Hong Kong.

En bonus sera diffusé un court métrage de Borzage de 1955, Day is done (25 minutes) se passant durant la guerre de Corée.

25 août : Ciné-club John Wayne : Le Grand Détournement (1993) – La Prisonnière du Désert (1956)

Le Festin Nu organise une soirée hommage à John Wayne ! Deux films cultes ne seront pas de trop pour célébrer l’homme le plus classe du monde.

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– 19h : Le Grand Détournement – La Classe Américaine (Michel Hazanavicius & Dominique Mézerette – 1993 – 70 minutes)

Téléfilm inoubliable diffusé en 1993 sur Canal+ pour les fêtes de fin d’année, Le Grand Détournement se veut un hommage au cinéma américain pour lequel Michel Hazanavicius (OSS 117, The Artist) et Dominique Mézerette ont eu carte blanche de la part du président de la Warner pour piocher dans un catalogue d’environ 3000 films, à l’occasion du 70ème anniversaire du studio. Dans un montage de plus de 80 films ils créent un nouveau scénario cohérent et extravagant (inspiré de Citizen Kane et des Hommes du Président), avec une bande-son nouvelle et les authentiques comédiens de doublage de stars américaines (notamment John Wayne et Paul Newman) qui déclament parmi les dialogues les plus marquants du PAF. Impossible à commercialiser pour d’évidentes et complexes raisons de droit d’auteur, Le Grand Détournement a survécu sur des VHS enregistrées, avant de devenir sur internet un des objets audiovisuels les plus bouleversants de l’humour français auprès d’innombrables fans connaissant par cœur ses répliques.

Pour les rares ingénus qui ne sauraient pas de quoi il traite, John Wayne est ici George Abitbol, l’homme le plus classe du monde, qui décède mystérieusement, et au sujet duquel des journalistes vont enquêter pour éclaircir le sens de ses dernières paroles : « monde de merde ».

En bonus sera projeté Derrick Contre Superman, tout premier détournement d’Hazanavicius et Mézerette, bien plus court (16 minutes) mais tout aussi hilarant. Diffusé sur Canal+ en 1992, le montage est composé cette fois-ci d’extraits de séries télévisées. Derrick tente en effet de sauver du naufrage la chaîne La Cinq en cherchant le soutien de différents héros.

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– 21h : La Prisonnière du Désert (John Ford – 1956 – 119 minutes)

avec John Wayne, Jeffrey Hunter, Nathalie Wood, Vera Miles, Ward Bond, John Qualen, Harry Carey Jr, Henry Brandon

Des indiens comanches attaquent un ranch et kidnappent deux jeunes filles. Leur oncle (John Wayne), ainsi que leur frère adoptif et le fiancé de l’une des deux partent à leur recherche.

Avec cinquante ans de carrière et plus de 140 films, John Ford est un des piliers du cinéma américain, et sans conteste LE réalisateur de western américain. La Prisonnière du Désert constitue l’apogée de son style parvenu à pleine maturité, et est considéré comme son chef d’œuvre. Le montage est parfait, le scénario idéalement rythmé et profond (tiré d’une histoire vraie), les acteurs excellents et charismatiques, les couleurs du Technicolor éclatantes de beauté, les plans en extérieur réels dans les déserts américains à couper le souffle. Bien moins sage et manichéen que ne laissent penser les clichés du western américain, l’American Film Institute l’a tout simplement nommé en 2008 meilleur western de tous les temps. John Wayne (acteur fétiche de Ford, avec leurs 24 collaborations) n’est pas en reste, avec son personnage de marginal rebelle et flamboyant – rien d’étonnant pour l’homme le plus classe du monde !