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19 février 2017 : Ciné-club Entraînement militaire : Full Metal Jacket (1987) – Le Maître de guerre (1986)

FULL METAL JACKET

– 19h : Full Metal Jacket (Stanley Kubrick – 1987 – 117 minutes)

avec Matthew Modine, Arliss Howard, Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, Ronald Lee Ermey, Kevyn Major Howard, Dorian Harewood, Ed O’Ross, John Terry

Dans les années 60, de jeunes recrues américaines sont entraînées par un instructeur impitoyable afin d’être envoyées au front de la guerre du Vietnam.

Sept ans après Shining, Stanley Kubrick (dont le rythme de réalisation se ralentit de plus en plus) sort un nouveau film magistral et percutant. Adapté de The Short Timers (Le Merdier en français) de Gustav Hasford et Dispatches (traduit en Putain de mort) de Michael Herr (ancien correspondant de guerre au Vietnam), Full Metal Jacket n’est pas tant un film sur le Vietnam ou même de guerre qu’un film sur la guerre en général. Le vétéran Ronald Lee Ermey, d’abord simple conseiller technique sur le film, à force de faire passer les auditions aux acteurs finit par décrocher le rôle du sergent Hartman (pourtant déjà attribué à un autre acteur !), sans conteste l’instructeur militaire le plus connu du cinéma, aux innombrables insultes fleuries et improvisées. Son autorité effroyable métamorphosera les recrues en machine à tuer (« born to kill ») anonymes (surnommées et non plus appelées par leurs noms). Cette entreprise de déshumanisation en vue de la destruction finit fatalement par émousser leur sens du bien et du mal, à commencer par la recrue Baleine (qui a pris 32 kilos pour le rôle) sur qui Hartman s’acharnait. La seconde partie se passe au Vietnam, mais a pourtant été entièrement tournée dans les environs de Londres, avec des palmiers importés, Kubrick détestant voyager ! A travers le regard humaniste du journaliste de guerre Joker, Kubrick montre habilement toute l’absurdité de la guerre, son thème le plus traité dès Fear and desire en 1953. Après Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now ou le récent Platoon, le public n’a pas fait un triomphe commercial à Full Metal Jacket, mais il reste par son réalisme, son esthétique et son intelligence un des constats cinématographiques définitifs sur le sujet.

Le_Maitre_de_guerre

– 21h : Le Maître de guerre (Clint Eastwood – 1986 – 130 minutes)

avec Clint Eastwood, Marsha Mason, Mario Van Peebles, Everett McGill, Moses Gunn, Eileen Heckart, Bo Svenson, Boyrd Gaines

Tom Highway, un marine dur à cuir médaillé des guerres de Corée et du Vietnam, doit entraîner de nouvelles recrues paresseuses, indisciplinées et bagarreuses.

Clint Eastwood n’a pas joué que des cowboys (la trilogie du dollar) ou des policiers (L’Inspecteur Harry), il avait déjà été militaire pour Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves). Mais c’est la première fois qu’il réalise et produit un film de guerre, dans lequel il tient impeccablement et solidement son rôle archétypal à peine modifié : un héros viril à l’impressionnant palmarès militaire qui mitraille d’insultes musclées (cultes et hilarantes !), se bat dans les bars ou tient tête à sa hiérarchie. Il va user de toute son autorité et de son expérience pour transformer des jeunes bleus désobéissants (dont le turbulent et rockeur Mario Van Peebles, le fils du réalisateur Melvin Van Peebles) en marines aguerris, dans des séquences qui précédent Full Metal Jacket. Cependant, s’il excelle sur le champ de bataille, il piétine avec son ex-femme qu’il veut reconquérir. A l’image de son personnage principal, Le Maître de guerre est relativement contrasté et ambigu, alternant patriotisme américain et critique de la hiérarchie militaire et administrative, le tout ponctué de dialogues humoristiques. Il s’inscrit cependant dans le cadre historique de l’invasion de l’île de la Grenade en 1983, pour libérer des otages américains et renverser le gouvernement communiste, où le premier degré reprend le dessus. Très professionnel, rythmé et efficace, Le Maître de guerre a été un bon succès commercial, et Eastwood reviendra bien plus tard au film de guerre avec Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima et American Sniper.

5 février 2017 : Ciné-club blaxploitation : Shaft, les nuits rouges de Harlem (1971) – Jackie Brown (1997)

SHAFT - LES NUITS ROUGES DE HARLEM

– 19h : Shaft, les nuits rouges de Harlem (Gordon Parks – 1971 – 100 minutes)

avec Richard Roundtree, Moses Gunn, Drew Bundini Brown, Charles Cioffi, Christopher St. John, Gwenn Mitchell, Lawrence Pressman

Un gros trafiquant de drogue fait appel à Shaft, un détective de Harlem aux méthodes musclées, pour retrouver sa fille enlevée, au milieu d’une guerre de gangs.

S’il n’est pas le tout premier film de blaxploitation, Shaft, les nuits rouges de Harlem, en est devenu l’incarnation (avec Sweat Sweatback Baadasssss Song de Melvin Van Peebles la même année). Ce genre cinématographique révolutionnaire consiste en des films réalisés par des afro-américains pour un public afro-américains avec les codes de la culture afro-américaine : des héros charismatiques (et non plus seulement des seconds rôles ou des méchants), Harlem, les fringues et coupes seventies, l’argot, les problèmes socio-politiques (racisme, drogue, prostitution, corruption) et surtout d’excellentes bandes originales composées par les stars de la soul et du funk (James Brown, Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Bobby Womack, Roy Ayers, Barry White ou Herbie Hancock). Cela change des films de la culture blanche que les afro-américains étaient obligés de regarder par défaut pendant des décennies sans pouvoir totalement s’y identifier. Shaft, les nuits rouges de Harlem, est ainsi un polar musclé magnifié par son mythique thème musical à la guitare wah-wah signé Isaac Hayes (qui avait auditionné pour le rôle principal), ce qui lui vaudra l’Oscar de la meilleure chanson et une nomination à celui de la meilleure bande originale. L’énorme succès du film engendra deux suites, Les Nouveaux Exploits de Shaft (1972), et Shaft contre les trafiquants d’hommes (1973), une série télévisée (1973-1974) ainsi qu’un remake avec Samuel L. Jackson (2000), et surtout des dizaines de séries B d’exploitation durant la décennie, comme Superfly, Coffy, Foxy Brown, Black Caesar ou Blacula, malheureusement d’un niveau souvent inégal, aux stéréotypes répétitifs et à l’ambition commerciale. A noter que Tarantino a révélé que son héros de Django Unchained est l’arrière-arrière-arrière-arrières grand parents de John Shaft !

Jackie_Brown

– 21h : Jackie Brown (Quentin Tarantino – 1997 – 148 minutes)

avec Pam Grier, Samuel L. Jackson, Robert Forster, Bridget Fonda, Michael Keaton, Robert De Niro, Michael Bowen, Chris Tucker

Une hôtesse de l’air ramenant régulièrement de l’étranger de l’argent à un trafiquant d’armes est coincée par la police. Faisant semblant de collaborer, elle va tenter de piéger tout le monde et de partir avec cinq cent mille dollars.

Auréolé du succès planétaire de Pulp Fiction (1994), Quentin Tarantino prend son temps pour son prochain film. Comme à son habitude, il revisite le cinéma d’exploitation qu’il vénère et refait tourner ses gloires personnelles : Jackie Brown est ainsi un hommage à la blaxploitation, repêchant une ancienne actrice culte du genre dans les années 70, Pam Grier (Coffy la panthère noire de Harlem, Foxy Brown, Black Mama White Mama, Scream Blacula Scram), qu’il nommait déjà dans un dialogue cinéphilique de Reservoir Dogs ! La bande-son est bien évidemment soignée, avec de chaleureux morceaux funk-soul de Bobby Womack, Delfonics, Minnie Riperton, Meters, Supremes ou Roy Ayers. Cependant, même si pour la première fois Tarantino n’a pas écrit le scénario mais adapté librement le roman Punch Créole d’Elmore Leonard, le film reste personnel et ne se limite pas aux codes du genre, ni même à son propre style puisque le tempo est plus lent, la violence peu présente et ses personnages plus sérieux. Mais ses caractéristiques dialogues digressifs et interminables sont toujours là, ainsi que l’humour. Le casting est soigné, retrouvant Samuel L. Jackson, avec un Robert De Niro amorphe à total contre-emploi ou le vétéran Robert Forster (Reflets dans un œil d’or), touchant prêteur sur gages usé par la vie aidant l’héroïne, ce qui lui vaudra une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle. Sans atteindre les records de Pulp Fiction, Jackie Brown est bien reçu par le public et la critique. Tarantino délaissera ensuite les polars et reviendra à des films bien plus sanglants avec les deux Kill Bill.