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12 juin : Ciné-club Farley Granger : L’Inconnu du Nord-Express (1951) – Senso (1954)

L'INCONNU DU NORD EXPRESS

– 19h : L’Inconnu du Nord-Express (Alfred Hitchcock – 1951 – 101 minutes)

avec Farley Granger, Ruth Roman, Robert Walker, Marion Lorne, Leo G. Carroll, Patricia Hitchcock, Laura Elliott

Un joueur de tennis en instance de divorce est abordé dans un train par un homme qui le reconnait. Ce dernier lui propose un macabre marché : chacun assassine une personne de l’entourage de l’autre, afin que personne ne soit soupçonné d’un meurtre sans mobile…

Alfred Hitchcock découvre Farley Granger dans Les Amants de la nuit de Nicholas Ray, film culte sur un couple en cavale qui préfigure Bonnie & Clyde. Il l’embauche alors dans La Corde, avec James Stewart. Trois ans plus tard, il en fait l’acteur principal de L’Inconnu du Nord-Express, un de ses meilleurs thrillers, adapté du roman de Patricia Highsmith, auteur de polars maintes fois portés à l’écran avec succès (Plein Soleil de René Clément, L’Ami américain de Wim Wenders, Carol de Todd Haynes). Comme souvent chez Hitchcock, le héros est un individu normal entraîné dans une suite d’événements qui le dépassent et l’enferment, mais la machination est encore plus perfide car elle joue sur la tentation de faire assassiner sa femme et de respecter la contrepartie du contrat pour ne pas voir sa vie s’effondrer. Robert Walker livre la meilleure performante de sa carrière, machiavélique et glaçante. Malheureusement ce sera son avant-dernier film : alcoolique, il succombera à seulement trente-deux ans à un mélange d’alcool et de barbituriques. A noter que la fille unique du réalisateur, Patricia Hitchcock, joue un second rôle (comme dans Le Grand alibi et Psychose), ici la sœur de la fiancée du héros. Parfaitement rythmé, avec un sous-texte homosexuel, des prouesses visuelles (nomination à l’Oscar de la meilleure photographie) et un final haletant, L’Inconnu du Nord-Express est un grand classique du suspense et un des meilleurs archétypes de son réalisateur, qui connaitra encore deux autres adaptations au cinéma et en téléfilm.

SENSO

– 21h : Senso (Luchino Visconti – 1954 – 117 minutes)

avec Alida Valli, Farley Granger, Massimo Girotti, Heinz Moog, Rina Morelli, Marcella Mariani, Christian Marquand, Sergio Fantoni

Au XIXème siècle à Venise, une comtesse italienne tombe amoureuse d’un officier autrichien. Mais la guerre entre l’Italie et l’Autriche éclate et les sépare.

Après trois films néo-réalistes, Luchino Visconti réalise son premier en couleurs, qui sera un tournant majeur de son style et de sa carrière. Adapté d’un roman italien du XIXème siècle, Senso initie une nouvelle esthétique, aux décors et costumes d’époques somptueux, entremêlant l’intime et l’Histoire, peignant le déclin d’un monde, ici l’aristocratie à l’époque des mouvements révolutionnaires visant l’unification de l’Italie (Visconti étant d’ailleurs le descendant d’une des plus grandes familles de l’aristocratie italienne), et exprimant la violence de la passion amoureuse. Le réalisateur voulait Marlon Brando et Ingrid Bergman, en vain. L’immense Alida Valli (plus de cent films, dont Le Troisième homme, Le Cri, Les Yeux sans visage, Œdipe Roi) joue une comtesse vénitienne qui a failli ne pas connaître l’amour, et qui s’y abandonne éperdument, n’hésitant pas à risquer sa réputation et à trahir son pays. Farley Granger, dans son premier rôle européen (et sans doute le meilleur de sa carrière) interprète un bel officier autrichien, qui se révèlera bien plus ambivalent et moins plaisant que prévu. Le tournage était prévu pour trois mois, il en dura six de plus. Trois des assistants devinrent réalisateurs (Francesco Rosi, Franco Zeffirelli, Jean-Pierre Mocky), et par moins de trois directeurs de la photographie se succédèrent (le troisième, Giuseppe Rotunno, devint aussi réalisateur). Les autorités italiennes censurèrent le film pour ne pas réveiller les humiliations de l’histoire passés et récentes. Les critiques de l’époque reprochèrent (à tort) à Visconti d’avoir abandonné son cinéma marxiste pour un mélodrame bourgeois. Présenté à la Mostra de Venise, le film vit ses défenseurs se battre avec ceux de La Strada de Fellini ! Avec ses milliers de figurants en costumes et son sublime Technicolor, Senso déploie une inlassable féérie visuelle et dramatique, et inaugure une série de chefs d’œuvre du cinéma italien que rejoindront Le Guépard, Les Damnés, Mort à Venise et quelques autres.

15 mai : Ciné-club France sous l’Occupation par René Clément : La Bataille du rail (1946) – Jeux interdits (1952)

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– 19h : La Bataille du rail (René Clément – 1946 – 82 minutes)

avec Marcel Barnault, Jean Daurand, Jean Clarieux, Jacques Desagneaux, Tony Laurent, Leon Pauleon, Robert Leray, Pierre Lozach, François Joux

Pendant l’Occupation, des cheminots s’engagent dans la Résistance et tente de saboter les convois nazis.

Avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement Résistance-Fer commande un film à la gloire des cheminots. Il choisit René Clément pour le réaliser, dont il s’agit du premier long-métrage, après une dizaine de courts-métrages. Entre documentaire et fiction idéaliste, La Bataille du rail montre sobrement mais de manière (néo-)réaliste des anonymes de la SNCF faire tout leur possible, jusqu’au sacrifice, pour résister, sauver des innocents, relayer des informations, saboter les trains affrétés par l’occupant nazi et soutenir les maquisards au moment du débarquement de 1944. Par soucis de vérité, la plupart des acteurs sont d’authentiques cheminots, tandis que des vraies balles sont utilisées sur le tournage, puisqu’il était plus facile de s’en procurer à l’époque que des balles en blanc ! C’est aussi un véritable train que l’on fait dérailler dans une vallée, spectaculairement filmé par trois caméras. Ses allures de film d’action le font rivaliser avec les films américains de l’époque. La Bataille du rail a remporté un grand succès populaire, ainsi le Grand Prix et le Prix du Jury du (premier) Festival de Cannes, mais n’a pas pu rester pas longtemps à l’affiche, ses scènes de préparation de sabotages risquant de donner de mauvais conseils aux indépendantistes en pleine guerre d’Indochine. Le film est aujourd’hui controversé historiquement, puisque le rôle de la SNCF sous le régime Vichy est apparu bien plus trouble, ou du moins pas aussi majoritairement engagé que ne veut le montrer le film – à l’image de la proportion de résistants parmi les Français pendant la Guerre. Il n’empêche, cela ne remet pas en cause les cheminots morts pendant la Guerre et leurs actions authentiques, et d’un point de vue cinématographique, le film conserve toutes ses qualités, son efficacité et son lyrisme.

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– 21h : Jeux interdits (René Clément – 1952 – 86 minutes)

avec Georges Poujouly, Brigitte Fossey, Amédée, Madeleine Barbulée, Laurence Badie, Suzanne Courtal, Lucien Hubert

En 1940, une jeune fille, dont les parents viennent d’être tués, est recueillie par une famille de campagnard. Avec le plus jeune garçon, ils vont se créer un univers à eux pour échapper à celui des adultes et de la guerre.

Adaptant un roman de François Boyer, Jeux interdits devaient être initialement un film à sketchs sur les enfants et la guerre, René Clément n’en réalisant qu’un segment. Mais la qualité du segment tourné transforma le projet en un long-métrage. Alors que les adultes se déchirent, tant sur le champ de bataille que dans les campagnes à l’abri, les enfants vont tenter de préserver leur innocence en se recréant un monde symbolique, tendre, animalier et morbide. La star du film est Brigitte Fossey, jeune actrice de seulement cinq ans qui livre une performance dramatique exceptionnelle, toute d’aisance et de spontanéité, ce qui lui vaudra un prix d’interprétation au Festival de Venise, et même de rencontrer la reine d’Angleterre ! Ce sont d’ailleurs ses véritables parents qui jouent ses parents dans le film pour la mettre en confiance. Ce rôle déterminant lança une longue carrière à l’écran – son partenaire Georges Poujouly, autre excellent enfant acteur, n’eut malheureusement pas le même succès. Le thème du film, joué par Narciso Yepes, est devenu un grand classique de la musique de film, travaillé par la plupart des débutants à la guitare. Refusé par le Festival de Cannes à cause de son sujet trop dur, Jeux interdits est un des plus films les plus primés de l’histoire du cinéma français, avec le Lion d’or de Venise et l’Oscar du meilleur film étranger (le deuxième de René Clément, record de l’époque pour un cinéaste européen) parmi d’autres distinctions internationales. Aussi poétique que cruel, il reste plusieurs décennies après sa sortie toujours aussi bouleversant et émouvant.

28 février : Ciné-club Animation japonaise ’06 : Paprika (2006) – Amer Béton (2006)

PAPRIKA

– 19h : Paprika (Satoshi Kon – 2006 – 90 minutes)

avec les voix de Megumi Hayashibara, Toru Emori, Katsunosuke Hori, Toru Furuya

Une machine a été inventée pour rentrer dans les rêves des patients et les enregistrer, à des fins psychothérapeutiques. Mais un prototype a été volé…

Satoshi Kon est un des réalisateurs d’animation japonaise les plus réputés avec Katsuhiro Otomo (Akira) ou Mamoru Oshii (Ghost In The Shell), signant des films bien plus adultes et sombres que le Studio Ghibli d’Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Son premier long-métrage, Perfect Blue (1997), abordait déjà les thèmes de confusion entre réalité et illusion et de personnalités multiples. Neuf ans plus tard, Kon les retrouve avec à une machine permettant d’explorer les rêves et de les manipuler, en adaptant un roman de science-fiction de Yasutaka Tsutsui. L’univers narratif et visuel est riche et sans limite, surréaliste et psychédélique, à travers un polar labyrinthique mêlant animation traditionnelle et numérique. Présenté à la Mostra de Venise en sélection officielle, Paprika a reçu de nombreux prix dans le monde entier. C’est aussi une influence évidente et avouée de Christopher Nolan pour Inception (2010), thriller onirique similaire. Malheureusement, ce sera le dernier long-métrage de Satoshi Kon, disparu trop tôt à 46 ans suite à un cancer.

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– 21h : Amer Béton (Michael Arias & Hiroaki Ando – 2006 – 110 minutes)

avec les voix de Kazunari Ninomiya, Yu Aoi, Min Tanaka, Yusuke Iseya, Masahiro Motoki

L’arrivée de yakuzas qui veulent contrôler un quartier va modifier la vie de deux orphelins, qui vont chercher à le défendre.

Adapté d’un manga de Taiyo Matsumoto, Amer Béton est un film d’animation japonaise tout à fait hors-normes, fruit de quarante mois de travail. D’abord il est réalisé par un occidental, Michael Arias (une première pour le genre ! Hiroaki Ando ne s’occupant que de la réalisation technique), qui avait déjà produit Animatrix (collection de courts-métrages d’animation autour de Matrix) et qui projetait cette adaptation pendant des années. De plus son graphisme et son ambiance sont bien plus proches du roman graphique et du film d’auteur que des anime d’action ou des contes grands publics auxquels l’animation japonaise donne l’habitude. Alliant diverses techniques d’animation (dessin, 3D, pastel, etc.), le film est une prouesse technique impressionnante, à commencer par ses décors urbains. Quasiment personnage à part entière du film (et un des thèmes centraux), cette jungle architecturale en décrépitude accumule des figures hétérogènes allant du street-art aux statues religieuses orientales. La musique alterne hip-hop et atmosphérique, composée par le groupe électronique anglais Plaid (qui a travaillé avec Portishead ou Bjork). Amer Béton est enfin une histoire d’amitié fusionnelle et poétique entre deux orphelins qui se sont construits l’un par rapport à l’autre, comme le yin et le yang. Présenté à plusieurs festivals (dont la Berlinale), ce film audacieux et inclassable a été salué par la critique.

14 juin : Ciné-club Marcello Mastroianni / Ettore Scola

QUELLE HEURE EST IL

– 19h : Quelle heure est-il (Ettore Scola – 1989 – 98 minutes)

avec Marcello Mastroianni, Massimo Troisi, Anne Parillaud, Lou Castel

Un avocat aisé va rendre visite à son fils durant une journée de permission de son service militaire. C’est l’occasion pour eux de se mesurer et d’apprendre à mieux se comprendre.

Le tournage de Splendor s’étant merveilleusement bien passé pour Marcello Mastronianni et Massimo Troisi, devenus complices et amis, Etorre Scola les réunit à nouveau dans un film écrit (avec sa fille) spécialement pour eux. Quelle heure est-il a été tourné chronologiquement, du fait des décors naturels et majoritairement extérieurs dans le petit village de Civitavecchia (près de Rome), ce qui est une pratique rare au cinéma mais permet aux acteurs de mieux endosser l’évolution de leurs personnages. Le film montre la rencontre et la confrontation entre deux mondes (jeunesse et vieillesse), deux visions opposées et surtout deux parents qui ont du mal à exprimer adéquatement leurs sentiments. D’un côté le père vieillissant, jouissant d’une carrière et d’une situation établie et qui couvre de cadeaux matériels son fils, qui de son côté étouffe, se renferme pour se protéger de lui et n’a d’autre ambition que de profiter de la vie. Quelle heure est-il est ainsi un parcours d’une journée dans la ville, à discuter en se promenant et croisant quelques personnages tels que la fiancée du fils ou ses amis. Remplie d’affinités, d’incompréhensions, de silences et de litiges, on suit la maturation de leur relation, qui croit, diminue, s’assouplit, s’endurcit jusqu’à devenir conciliante. L’émulation entre Mastroianni et Troisi étant aussi riche devant la caméra qu’en dehors, ils ont tous les deux été récompensés du Prix d’interprétation masculine de la Mostra de Venise.

 SPLENDOR

– 21h : Splendor (Ettore Scola – 1989 – 111 minutes)

avec Marcello Mastroianni, Massimo Troisi, Marina Vlady, Paolo Panelli, Pamela Villoresi

Jordan, un exploitant de cinéma criblé de dettes est contraint de céder son cinéma, le Splendor, à un riche industriel. C’est l’occasion pour lui de porter un regard sur sa vie à travers cette belle aventure.

Splendor est un des grands films du cinéma dans le cinéma, aux côtés de Boulevard du crépuscule ou Cinema Paradiso. C’est avec nostalgie que Jordan, et avec lui Etorre Scola ou nous-mêmes, replonge dans l’histoire de son cinéma, qui est aussi l’histoire du cinéma. Fils d’un exploitant de cinéma ambulant passant de village en village pour partager l’art populaire, il se souvient des séances de Metropolis et de multiples classiques qui savaient mobiliser les foules, au bord de l’émeute. Le cinéma était alors un lieu de vie et de rencontres qui montrait la vie et enrichissait la propre vie du spectateur. Depuis le cinéma engendre de moins en moins de classiques, et est concurrencé par la télévision ou de multiples autres loisirs qui n’ont guère plus d’ambition que de sortir le spectateur de l’ennui et de la torpeur. Comme des centaines de salles en France et Europe qui ont dû fermer au cours des dernières décennies, le cinéma Splendor est appelé à devenir un supermarché, ce qui en dit long sur les priorités du consommateur… Mais le propos n’est pas bassement blasé ou rageur, il est rempli de tendresse, d’humour et d’humanité, pour tenter de ré-enchanter le cinéma et le spectateur à l’égal des classiques dont il montre quantité d’extraits, de La Vie est belle à La Nuit américaine en passant par La Dolce Vita, avec justement… Marcello Mastroianni ! Plus qu’un hommage au cinéma et à ses modestes passeurs, c’est le cinéma qui se fait lui-même hommage, qui sera nommé à la Palme d’or du Festival de Cannes.

29 mars 2015 : Ciné-club Akira Kurosawa

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– 19h : Les Sept Samouraïs (Akira Kurosawa – 1954 – 207 minutes)

avec Tochirô Mifune, Takashi Shimura, Yoshio Inaba, Seiji Miyaguchi, Minoru Chiaki, Daisuke Katô, Isao Kimura

Au XVIème siècle au Japon, un village de paysans menacés par une troupe de bandits demande à des samouraïs de les protéger.

Akira Kurosawa (1910-1998) est traditionnellement associé en France aux films de chambara (films de sabre dans le Japon médiéval) – une vision réductrice et inexacte de sa filmographie d’une trentaine de films. Pour preuve, son premier chambara, Les Sept Samouraïs, n’est que son quatorzième film ! En revanche c’est aussi son film le plus connu à l’international, et cette fois-ci ce n’est pas pour de mauvaises raisons, tant il est rapidement devenu un des classiques de l’histoire du cinéma. Récompensé à sa sortie par un Lion d’argent à la Mostra de Venise, il contribua en effet à faire connaître dans le monde entier Kurosawa et le cinéma japonais, trois ans après le Lion d’or de Rashômon qui avait créé la surprise et ouvert la voie. Le film est situé au XVIème siècle, une période de trouble et de guerre civile où les individus pouvaient encore choisir leur destin, avant l’instauration du shogunat qui hiérarchisera strictement et figera la société japonaise. Les Sept Samouraïs est donc un vibrant film sur la liberté, qui montre l’humanité dans toute son intensité, aussi bien dans les scènes de constitution de l’équipe de samouraïs que dans celles de bravoure, filmées de main de maître. Tourné pendant plus d’un an, le film réunit les acteurs fétiches de Kurosawa, au premier plan Tochirô Mifune (seize films ensemble) mais aussi Takashi Shimura (vint-et-un films ensemble). Ce western féodal, épique et diluvien donnera lieu au remake Les Sept Mercenaires par John Sturges en 1960 (avec Yul Brynner, Steve McQueen et Charles Bronson). L’histoire, les thèmes et les scènes de combats de Kurosawa exerceront une influence incalculable dans le cinéma occidental, de Sam Peckinpah à George Lucas en passant par Sergio Leone et Clint Eastwood – George Lucas et Francis Ford Coppola produiront d’ailleurs Kagemusha de Kurosawa en 1980.

Ciné-club Inde : Le Fleuve (1951) – Gandhi (1982)

Dimanche 23 février 2014 :

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– 19h : Le Fleuve (Jean Renoir – 1951 – 99 minutes)

avec Nora Swinburne, Esmond Knight, Arthur Shields, Thomas E. Breen, Adrienne Corri, Suprova Mukerjee

En Inde, deux jeunes anglaises expatriées avec leurs familles et une indienne tombent amoureuses d’un jeune officier anglais blessé à la guerre.

Le Fleuve est le premier film tourné en couleur de Jean Renoir. Le tournage a duré quatre mois en Inde dans la région de Calcutta sur les bords du Gange, et la première chose qui frappe est à quel point les couleurs sont belles ! Le Technicolor nous restitue la splendeur visuelle et picturale de l’Inde, sa végétation, sa faune, sa vie locale, artisanale et culturelle. Car Le Fleuve a un aspect quasi-documentaire dans de multiples séquences contemplatives et rêveuses, où la caméra d’un occidental filme la poésie et l’exotisme si singuliers de l’Inde. C’est aussi un film mélodramatique adapté d’un livre semi-autobiographique de Rumer Godden (auteur du Narcisse noir) sur le premier amour, rite de passage inévitablement douloureux dans l’âge adulte, et dont le cadre indien apporte un supplément de spiritualité et de sagesse sur la vie et la mort. Renoir a choisi certains acteurs non-professionnels, comme Thomas E. Breen qui était vraiment unijambiste comme son personnage. Quant à Esmond Knight, il avait réellement perdu son œil à la guerre, et était marié avec Nora Swinburne, comme à l’écran. Enfin, Adrienne Corri jouera vingt plus tard la femme violée de l’écrivain dans Orange Mécanique. Le Fleuve a reçu le prix international de la Mostra de Venise, et continue d’exercer sa fascination depuis plusieurs générations : c’est un des films préférés de Martin Scorsese, ainsi qu’une influence immédiate de Wes Anderson pour A bord du Darjeeling Limited (2007).

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– 21h : Gandhi (Richard Attenborough – 1982 – 191 minutes)

avec Ben Kingsley, Candice Bergen, Edward Fox, John Gielgud, Trevor Howard, John Mills, Martin Sheen

Le film retrace la vie de Gandhi, depuis ses années d’avocat en Afrique du Sud vers la longue et tumultueuse route de l‘indépendance indienne.

Gandhi est un monumental biopic de trois heures comme on n’en fait plus, c’est-à-dire avant que cela n’en devienne un genre commercial à la mode qui pollue chaque mois les salles de cinéma au sujet d’à peu près n’importe quelle célébrité. Le projet a mis vingt ans à se concrétiser, et Richard Attenborough (également acteur, comme dans La Grande Evasion ou Jurassic Park) a même pu rencontrer et obtenir le soutien de Nehru et de sa fille Indira Gandhi, premiers ministres indiens historiques. Tourné quasi-entièrement en Inde pendant vingt-quatre semaines, le film nécessita la construction de 87 décors pour 189 scènes, dont l’ashram de Gandhi sur un terrain de plusieurs milliers de mètres carrés ; la colossale séquence des funérailles, organisée à New Dehli le jour anniversaire de la mort de Gandhi, a accueilli plus de 400.000 figurants. Ben Kingsley, grand acteur du théâtre anglais à moitié indien par son père, joue le rôle de sa vie, avec retenue et vérité. Gandhi est filmé avec sobriété et dignité, sans sur-dramatiser une fresque historique, politique et morale tellement riche et complexe que ses enjeux se suffisent à eux-mêmes. Outre une personnalité charismatique et un destin hors du commun, c’est surtout le discours de non-violence et de liberté qui ressort au final du film. Il a récolté huit Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur scénario, meilleur montage, meilleure direction artistique, meilleure photographie et meilleurs costumes – la musique du maître Ravi Shankar n’a été que nominée.