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6 août 2017 : Ciné-club Voyage : Delivrance (1972) – Into the wild (2007)

DELIVRANCE

– 19h : Delivrance (John Boorman – 1972 – 109 minutes)

avec Jon Voight, Burt Reynolds, Nead Beatty, Ronny Cox

Quatre amis vont dans la nature pour descendre une rivière en canoë et camper. Mais le voyage se révèle plus hostile que prévu…

Basé sur un livre de James Dickey (qui joue un shérif dans le film), Delivrance commence comme un sympathique voyage entre amis, et tourne progressivement au cauchemar irréversible. Il fut tourné en décors naturels en Géorgie et en Caroline du Sud, mais avec son budget limité de deux millions de dollars, les acteurs n’étaient pas assurés lors de leurs cascades (alors que Burt Reynolds s’est blessé dans les rapides), et en guise de figurants, des habitants locaux furent engagés à la place de professionnels. Le film interroge le rapport entre l’homme et la nature, la dualité culture/nature (la belle et fameuse séquence de banjo avec un garçon consanguin), et la part bestiale qui resurgit en l’homme quand la culture disparait. Delivrance ne cesse de croitre en intensité narrative et émotionnelle, culminant dans une des scènes chocs comme seules les années 70 en étaient capables, qui fait basculer le récit et qui hantera les protagonistes à vie (ainsi que les spectateurs). Comme le veut l’expression, on ne pourrait plus faire un film pareil aujourd’hui. Et pourtant, le film fut un grand succès, preuve que l’audace paie toujours quand il y a du talent. Il a été nommé aux Oscars de meilleurs film, réalisateur et montage, mais face au Parrain et à Cabaret, il était difficile de décrocher quoi que ce soit…

INTO THE WILD

– 21h : Into the wild (Sean Penn – 2007 – 143 minutes)

avec Emile Hirsch, Marcia Gay Harden, William Hurt, Jena Malone, Catherine Keener, Brian Dierker, Vince Vaughn, Zach Galifianakis, Kristen Stewart, Hal Holbrook

En 1990, un jeune diplômé coupe les ponts avec sa famille pour commencer une vie de voyage et d’errance, jusqu’en Alaska.

Into the wild est l’adaptation du livre Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer, tirée de l’histoire vraie de Christopher McCandless. Franchement diplômé, il a fui un brillant avenir, la société matérialiste et sa famille, abandonnant son nom et se surnommer Alexander Supertramp, pour sillonner l’Amérique en solitaire. Bercé par les lectures de Henry David Thoreau, Léon Tolstoï ou Jack London, il a choisi une vie sauvage et beatnik, sur la route et dans la nature, en quête de vérité et d’absolu. Le film alterne ainsi grands espaces américains (Dakota, Colorado, Californie, Alaska), rencontres avec des marginaux et survie en milieu extrêmes. Pour se préparer au rôle, Emile Hirsch a perdu vingt kilos, et n’a pas été doublé, que ce soit en descendant des courants, gravissant des rochers ou face à face avec un ours. Pour sa quatrième réalisation, Sean Penn a mis dix ans à le concrétiser, afin d’avoir l’accord de la famille McCandless. Il a été nommé à l’Oscar du meilleur montage et du meilleur second rôle pour Hal Holbrook (82 ans !), et a remporté le Golden Globes de la meilleure chanson pour « Guaranteed » d’Eddie Vedder (le chanteur de Pearl Jam compose ainsi toute la bande-son, avec Michael Brook). Entre Sur la route et Jeremiah Johnson, Into the wild est un appel vers l’ailleurs et la liberté, à la recherche de soi-même.

22 février 2015 : ciné-club Nature sauvage avec Robert Redford / Sydney Pollack

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– 19h : Jeremiah Johnson (Sydney Pollack – 1972 – 116 minutes)

avec Robert Redford, Will Geer, Allyn Ann McLerie, Stefan Gierasch, Charles Tyner, Delle Bolton

Au XIXème siècle, un ancien militaire décide de fuir la civilisation et de vivre comme trappeur dans les montagnes Rocheuses américaines.

Deuxième des sept films que Robert Redford et Sydney Pollack tourneront ensemble, Jeremiah Johnson est inspiré d’une histoire vraie, celle du célèbre mountain man John Johnson (1824-1900), surnommé « Johnson le mangeur de foie ». Trappeur et chasseur ayant vécu dans les montagnes Rocheuses américaines, il doit son surnom à sa guerre personnelle contre les indiens Corbeaux, qui ont assassiné sa femme amérindienne, et dont il aurait mangé les foies de leurs cadavres pour se venger. Entièrement tourné dans l’Utah, le film est avant tout un vibrant hommage aux superbes, purs et infinis paysages montagneux américains, souvent enneigés. Ce western naturaliste, contemplatif et hivernal est aussi une quête existentielle et transcendantale, revisitant les codes du genre. Révélé dans le western Butch Cassidy et le Kid (1969), Robert Redford interprète cette fois-ci un personnage bien différent : notre trappeur a beau fuir la société et sa violence pour revenir à la rude nature et sa solitude, il retrouvera malgré lui les compromis des humains et fatalement leur violence. Premier western présenté en compétition du Festival de Cannes, Jeremiah Johnson a été un grand succès critique et commercial à sa sortie. Il est enfin à noter que le film a fourni plusieurs séquences mémorables de La Classe américaine, le cultissime Grand Détournement de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette à partir de dizaines de films de la Warner, diffusé sur Canal Plus en 1993.

 OUT OF AFRICA

– 21h : Out of Africa (Sydney Pollack – 1985 – 161 minutes)

avec Robert Redford, Meryl Streep, Klaus Maria Brandauer, Michael Kitchen, Michael Gough

Une jeune et riche danoise part vivre au Kenya pour diriger une plantation de café. Elle croise la route d’un aventurier charismatique et solitaire.

Pour son avant-dernière collaboration avec Robert Redford, Sydney Pollack adapte le livre autobiographique de la danoise Karen Blixen La Ferme africaine, femme moderne et indépendante qui raconte son amour pour l’Afrique (où elle a séjourné pendant dix-sept ans) et pour un aventurier insaisissable. L’histoire se passant au début du XXème siècle, elle fut donc une observatrice privilégiée des transformations du continent sous le colonialisme occidental, de sa pureté originelle et de ses traditions autochtones, bientôt effritées par le développement économique et technologique, les débuts des safaris commerciaux – bref le passage de l’homme sur une terre d’animaux et de tribus qui ne peut que faire penser au jardin d’Eden. Grand classique de la romance, le film dépeint autant des sentiments contrariés autour de la possessivité et de la liberté, que des somptueux paysages à perte de vue. Grand triomphe commercial, Out of Africa a été récompensé par les Oscars de meilleurs film, réalisateur, scénario adapté, photographie, direction artistique, musique (John Barry) et son, tandis qu’il a été aussi nommé à ceux de meilleurs costumes, montage et acteurs pour Meryl Streep (Voyage au bout de l’enfer, Sur la route de Madison) et Klaus Maria Brandauer (Jamais plus jamais, Tetro). Son histoire d’amour a fait couler les larmes de bien des spectatrices, tandis que l’intensité des images en fait le parent de films de paysages et de cultures tels que Le Fleuve, Lawrence d’Arabie ou Danse avec les loups.

Ciné-club Danny Boyle : 127 heures (2010) – Slumdog Millionnaire (2008)

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– 19h : 127 heures (Danny Boyle – 2010 – 94 minutes)
avec James Franco, Clémence Poésy, Kate Mara, Amber Tamblyn, Lizzy Caplan, Treat Williams, Kate Burton, Pieter Jan Brugge

Un randonneur-alpiniste américain se retrouve par accident coincé au fond d’un canyon dans l’Utah.

Inspiré d’une histoire vraie survenue à Aron Ralston en 2003, transcrite en 2006 dans le livre Plus fort qu’un roc, cela faisait quatre ans que Danny Boyle souhaitait réaliser un film sur lui. L’alpiniste était d’ailleurs réticent au début, préférant réaliser lui-même un documentaire avec sa propre voix off. Mais c’est suite au succès mondial de Slumdog Millionaire qu’il changea d’avis. 127 heures reprend d’ailleurs certaines pointures oscarisées de ce film : Simon Beaufroy est de retour au scénario, ainsi que A. R. Rahman à la musique (Dido co-compose et interprète la chanson « If I Rise », nominée aux Oscars)). Tourné en partie dans le vrai canyon du drame et en partie en studio après avoir reproduit avec exactitude le relief de la crevasse, ce film de survie est un véritable défi narratif, puisqu’il est centré pendant presque une heure et demie sur un homme coincé dans la nature, à un endroit inaccessible, et parvient quand même à être stimulant, rythmé et impliquant pour le spectateur. Il repose donc en grande partie sur la performance de James Franco, seul à l’écran durant la majorité du film, alternant entre instinct de survie, monologues, désespoir, hallucinations et flashbacks. 127 heures a reçu cent vingt-cinq nominations, dont trois aux Golden Globes et six aux Oscars (dont meilleurs film, acteur, scénario, montage et musique), et remporte vingt-deux prix, dont celui de meilleur film selon l’American Film Institute.

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– 21h : Slumdog Millionaire (Danny Boyle – 2008 – 120 minutes)
avec Dev Patel, Freida Pinto, Anil Kapoor, Irfan Khan, Ayush Mahesh Khedekar, Azharuddin Mohammed Ismail, Rubina Ali

Un jeune indien des bidonvilles est accusé de triche au jeu télévisé Qui veut gagner des millions ?

Adaptation du roman indien de Vikas Swarup, Slumdog Millionaire prend place en Inde, dans la face cachée de sa prodigieuse croissance économique. L’interrogatoire de la police concernant la série suspecte de bonnes réponses provenant d’un jeune « pouilleux » (« slumdog ») sans éducation au célèbre jeu télévisé est un prétexte à des flashbacks sur des épisodes clefs de sa vie dans la pauvreté urbaine, à l’ombre du développement et de la modernisation du pays, au contact de la vie locale, de la mafia, de la mendicité, du vol, des petits boulots et de la débrouille quotidienne. Certaines scènes sont d’ailleurs tournées en temps réel dans les rues des bidonvilles de Bombay, en se mêlant à la foule avec de l’équipement léger et discret sans se faire remarquer. Mais loin d’être une peinture glauque de la misère, le film est un véritable conte de fées coloré et grouillant, une histoire d’amour prenante et rythmée, magistralement réalisée et efficacement scénarisée par Simon Beaufroy (The Full Monty). Si les deux acteurs principaux sont débutants au cinéma (Dev Patel était certes au casting de la série Skins), Anil Kapoor (le présentateur du jeu) a joué dans une centaine de films indiens (son nom est d’ailleurs proposé parmi les réponses possibles à une question du jeu !). Pour l’anecdote, le jeu Qui veut gagner des millions ? fait aussi partie d’un autre film, français, Mon Meilleur ami (2006, de Patrice Leconte), avec Jean-Pierre Foucault au casting dans son propre rôle ! Slumdog Millionaire a été un véritable triomphe public et critique, remportant quatre Golden Globes, sept BAFTA et huits Oscars (ceux de meilleurs film, réalisateur, scénario, montage, photographie, musique, chanson et mixage). Si certaines critiques ont créé la controverse en dénonçant une vision occidentale et tiers-mondiste des inégalités profondes et dramatiques de l’Inde moderne, Slumdog Millionaire reste avant tout un grand film populaire où tout fonctionne admirablement, un spectacle naïf et imparable digne des grandes heures d’Hollywood.