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25 septembre : Ciné-club Rédemption : Bad Lieutenant (1992) – L’Impasse (1993)

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– 19h : Bad Lieutenant (Abel Ferrara – 1992 – 96 minutes)

avec Harvey Keitel, Victor Argo, Paul Calderone, Zoë Lund, Leonard Thomas, Robin Burrows, Frankie Thorn, Victoria Bastel, Paul Hipp

A New-York, un lieutenant de police s’enfonce dans la spirale des vices, des excès et de l’autodestruction. Il va chercher la rédemption en tentant de venger une religieuse violée.

Deux ans après The King of New York, Abel Ferrara signe son film le plus sulfureux, controversé et respecté. Co-écrit avec Zoë Lund (qui joue un petit rôle), Bad Lieutenant est une véritable descente aux enfers sans concession. Le lieutenant s’enfonce ainsi dans l’alcool, la drogue, les paris sportifs, la ruine, l’adultère, la perversion sexuelle, la déchéance, le déni, se croyant intouchable grâce à son insigne de police mais menacé de mort. La légende veut qu’Harvey Keitel n’ait simulé aucune prise d’alcool et de drogue à l’écran, puisqu’il était toxicomane à l’époque, tout comme Abel Ferrara et Zoë Lund ! Au-delà de l’anecdote, l’acteur joue un de ses rôles les plus marquants (la même année que Reservoir Dogs), sans doute le plus extrême et en totale état de grâce, dans une forte symbolique christique d’expiation des pêchés, de rédemption et de sacrifice. Il faut l’entendre gémir comme un loup sur son sort à mesure qu’il s’y enfonce dramatiquement – bouleversant ! Tourné en seulement dix-huit jours en décors naturels (avec une scène finale de meurtre en pleine rue de New York, dont les passants n’étaient pas prévenus et s’attroupaient réellement autour du faux mort), Bad Lieutenant oscille intensément entre le ciel et l’enfer, a été classé X et interdit en Irlande, mais en a d’autant plus mérité son titre de film culte, et reste encore aujourd’hui un sommet indépassé pour son réalisateur. A noter que Werner Herzog affirme que son Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans (2009) n’est ni une suite, ni un remake, et qu’il n’a pas vu l’original, pourtant il ne manque pas de similitudes.

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– 21h : L’Impasse (Brian De Palma – 1993 – 143 minutes)

Avec Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller, John Leguizamo, Ingrid Rogers, Luis Guzman, James Rebhorn, Viggo Mortensen

Dans les années 70, le caïd Carlo Brigante sort de cinq années de prison et est bien décidé à se ranger. Il accepte de gérer un club afin de se faire suffisamment d’argent pour partir mener une nouvelle vie plus calme. Mais le milieu continue de tourner autour de lui…

Dix ans après Scarface, Brian De Palma ne souhaitait pas refaire un film sur les gangsters latinos. Mais, en plein crise de la cinquantaine après un mariage, un enfant et un divorce en deux ans, il changea d’avis à la lecture du scénario (tiré d’un roman de Edwin Torres, un juge portoricain de la Cour suprême de New York, connaissant manifestement bien le milieu) et s’enthousiasma pour le projet, retrouvant ainsi Al Pacino qui était à l’origine du projet. Car L’Impasse (Carlito’s way en version originale) n’est pas un classique film de gangster suivant le schéma de grandeur et de décadence, il traite au contraire d’un caïd sur le retour, ayant sa jeunesse derrière lui et souhaitant changer de vie avec un peu d’argent en poche. Il est certes traité comme une légende dans le milieu, mais il ne le reconnait plus, les jeunes loups sans manières ni éthiques tentent de se faire un nom, la cocaïne et le disco inondent les clubs. L’époque n’est plus tout à fait pour lui, et il tente de recoller les morceaux avec l’amour qu’il a déçu. Sur une bande-son latino volcanique, Brian De Palma installe minutieusement pendant deux heures vingt-trois imperceptibles une tension de tragédie, avec ses inimitables et maniérés plans-séquences et explosions de violence (la scène du billard au début et surtout la légendaire course-poursuite de vingt minutes dans le métro et la gare de New York). Tentant d’échapper à son destin, Al Pacino est plus sobre et vieilli que ses précédents héros fougueux et déchaînés, hantant la narration mortuaire de sa voix off, tandis que Sean Penn est totalement jubilatoire  en avocat véreux et cocaïnomane! Après un accueil mitigé à sa sortie, L’Impasse est devenu un film culte, considéré par les Cahiers du Cinéma comme rien de moins que le meilleur film de la décennie ! Il aura droit à un préquelle en direct-to-video (L’Impasse : de la rue au pouvoir) sur les années d’ascension du jeune Carlo Brigante.

24 juillet : Ciné-club Bill Murray / Harold Ramis : SOS Fantômes (1984) – Un Jour sans fin (1993)

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– 19h : SOS Fantômes (Ivan Reitman – 1984 – 105 minutes)

avec Bill Murray, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver, Harold Ramis, Rick Moranis, Ernie Hudson, Annie Potts

A New York, des docteurs en parapsychologie renvoyés de leur université ouvrent une agence d’investigations paranormales, SOS Fantômes.

Dan Aykroyd et Harold Ramis écrivent un scénario de chasseurs de fantômes modernes (avec un rôle pour chacun d’eux), en envisageant John Belushi (The Blues Brothers). Mais suite à sa mort en 1982, c’est Bill Murray qui le remplace. Eddy Murphy était pressenti pour devenir le quatrième ghosbuster, mais il préféra tourner Le Flic de Beverly Hills, laissant la place libre pour Ernie Hudson. Sigourney Weaver (Alien) et Rick Moranis (Streets of fire) complètent le casting classique. Mélange efficace de comédie new-yorkaise, de fantastique et d’action, SOS Fantômes est un grand classique de la pop culture eighties, avec une esthétique tout à fait vintage et une fameuse chanson titre de Ray Parker Jr. qui se hisse trois semaines en tête du hit-parade – le film a d’ailleurs été nommé aux Oscars de la meilleure chanson et des meilleurs effets visuels. Son immense succès (presque trois cent millions de dollars de recettes) engendre deux adaptations en série télévisées d’animation, plusieurs jeux vidéo, quantité de produits dérivés, et bien sûr une suite en 1989. Un troisième volet est attendu depuis plus de quinze ans, mais le décès d’Harold Ramis en 2014 enterre finalement tout espoir. Seul un reboot douteux avec une nouvelle équipe d’actrices principales finira par sortir en août 2016.

UN JOUR SANS FIN

– 21h : Un Jour sans fin (Harold Ramis – 1993 – 100 minutes)

avec Bill Murray, Andie MacDowell, Chris Elliott, Stephen Tobolowsky, Michael Shannon, Harold Ramis

Un présentateur météo aigri et imbu de lui-même se rend dans une petite ville de province pour un reportage. Il va découvrir qu’il revit éternellement la même journée.

Quatre ans après SOS Fantômes II, Harold Ramis co-écrit et réalise un nouveau film, convoquant son compère Bill Murray. Ce qui commençait comme une petite comédie sans promotion marketing devient un conte existentiel fascinant et riche de milles interprétations philosophiques et spirituelles. Un Jour sans fin voit son personnage principal bloqué dans la même journée, qui se répète infiniment tous les matins, avec les mêmes rencontres, les mêmes événements. Bill Murray est parfait en présentateur météo cynique et aigri – c’est plus qu’une seconde nature, on dirait que c’est sa première. Il va passer à travers toutes les étapes possibles : stupeur, hédonisme, irresponsabilité, ennui, désespoir, jusqu’à ce qu’il découvre qu’il doit donner un sens à sa vie, pas seulement par égoïsme ou par amour, mais au sein du monde où il vit, pour transformer cette malédiction en bénédiction. A ses côtés, Andie MacDowell est plus craquante que jamais. De l’éternel retour nietzschéen à divers romans des décennies précédentes, le sujet n’est pas nouveau, mais c’est peut-être son meilleur traitement dans la culture populaire, renvoyant chaque spectateur à la routine de sa vie et la possibilité de s’épanouir personnellement. Un Jour sans fin est devenu un film culte, dont le thème inépuisable a été mainte fois revisité dans des romans (Prisonniers du temps de Michael Crichton) films (Edge of tomorrow avec Tom Cruise), séries (Day Break) ou jeux vidéo (The Legend of Zelda : Majora’s Mask sur Nintendo 64). Quant à Harold Ramis, il continuera à écrire et réaliser d’autres films comme Mafia Blues avec Robert De Niro.

22 mars 2015 : Ciné-club polar avec Al Pacino

INSOMNIA

– 19h : Insomnia (Christopher Nolan – 2002 – 118 minutes)

avec Al Pacino, Robin Williams, Hilary Swank, Maura Tierney, Martin Donovan, Paul Dooley

Une pointure de la police est appelé en renfort sur l’enquête autour d’un meurtre en Alaska. Mais frappé d’insomnie, il commet une faute dont le tueur est témoin et qu’il va exploiter pour négocier sa liberté.

Insomnia est le remake d’un film norvégien éponyme réalisé par Erik Skjoldbjaerg en 1997, dont Hollywood donne la réalisation à nul autre que le jeune Christopher Nolan, qui venait de se faire remarquer avec Memento (2000), bien avant ses blockbusters grandiloquents (Inception, Interstellar). Ce thriller glacial dans l’Etat d’Alaska où il fait jour toute la nuit pendant sept mois est malgré tout déjà un piège mental savamment calculé, à partir du dilemme posé par les zones d’ombre personnelle et la culpabilité, renforcée par les longues insomnies qui torturent de nuit et qui altèrent les facultés le jour. Al Pacino joue un rôle opposé à celui de Serpico, à savoir un policier certes brillant mais à la frontière de la loi et de la vérité, et dont le cas de conscience sera l’enjeu lancinant du film. Robin Williams est ici en total contre-emploi, en tueur calculateur et machiavélique, loin de tout ressort comique ni de la moindre mimique, dans un jeu froid, sombre et tendu. Hilary Swank (Million Dollar Baby) complète le trio d’acteurs oscarisés en policière dont la vocation initiée par Al Pacino va l’amener à le sonder à son insu. Cette confrontation autour de l’ambivalence de tous les personnages donne un film noir torturé, insomniaque et hivernal, et dont le thème de la séduction du mal se retrouvera dans The Dark Knight.

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– 21h : Serpico (Sidney Lumet – 1973 – 125 minutes)

avec Al Pacino, John Randolph, Jack Kehoe, Biff McGuire, Barbara Eda-Young, Cornelia Sharpe, Tony Roberts, Allan Rich

 Le policier Frank Serpico est un idéaliste de son métier et de sa fonction, qui compte s’attaquer à la corruption qui gangrène la police de New York. Mais il va se heurter à la résistance générale de ses collègues et supérieurs.

Serpico est l’adaptation d’une histoire vraie (d’après le livre de Peter Maas), celle de la vie de Frank Serpico et des douze années qu’il passa à la police de New York, depuis ses débuts naïfs et volontaires, fraichement diplômé, jusqu’à son immense et dangereuse croisade contre la corruption des multiples services de police new-yorkais, des plus dérisoires aux plus intouchables, au sein d’un système de pots de vins invulnérable. Car le problème n’est pas tant le comportement délictueux de ses collègues que la protection qu’ils tirent de leurs supérieurs, ce qui rend la place et les affections de Serpico bien précaires, et surtout mortelles. On assiste ainsi à la description froide et réaliste de la désintégration de sa vie professionnelle et privée, de ses espoirs brisés au sein d’une cité de toute façon à bout de souffle, ruinée et monstrueusement protéiforme – admirablement filmée par la caméra de Sidney Lumet comme un des personnages principaux du film. Le cinéaste profondément citoyen et new-yorkais signe ainsi un nouveau film désespéré et militant sur la (l’in)justice (Douze hommes en colère, Le Verdict), comme un combat politique, nécessaire et démesuré qui dépasse les épaules d’un simple individu, prêt à s’effondrer à tout moment. Frank Serpico est tout simplement un des rôles les plus impressionnants et iconiques d’Al Pacino, où jamais un flic d’1m70 n’a été aussi grand – ni  aussi excentrique, au vu aussi bien de son look seventies (cheveux longs, barbe, fringues) que de ses déguisements sur le terrain ! S’il fut nommé à l’Oscar du meilleur acteur, c’est le Golden Globe qu’il remporta. Serpico est un film coup de poing, passionnant et inoubliable, en tête des listes de films de Lumet et de Pacino, sur la justice, New York, ou des années 70.

Ciné-club Trafic de drogue avec Gene Hackman : French Connection (1971) – French Connection II (1975)

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– 19h : French Connection (William Friedkin – 1971 – 103 minutes)

avec Gene Hackman, Fernando Rey, Roy Scheider, Tony Lo Bianco, Marcel Bozzuffi

Deux policiers new-yorkais tentent de remonter la filière française de trafic de drogue.

Pour son cinquième long-métrage, William Friedkin s’attaque à une affaire policière qui eut réellement lieu, celle la filière française d’exportation d’héroïne, qui inondait les Etats-Unis dans les années 60 et 70 – les enquêteurs Eddie Egan et Sonny Grosso jouent d’ailleurs de petits rôles dans le film. Friedkin choisit de donner à French Connection un aspect documentaire, et si aujourd’hui on peut trouver ça banal, c’est en partie grâce à son influence sur le genre des films policiers : à l’époque c’était novateur de voir de manière terne et réaliste les enquêteurs piétiner dans le froid et la saleté (New-York connaissait un de ses hivers les plus rigoureux), s’insulter et se battre avec leurs supérieurs ou collègues, mener une vie privée minable dans les rencontres éphémères et l’alcoolisme. Bref les policiers sont tout sauf des héros, mais des médiocres qui s’obstinent jusqu’à l’aveuglement, et qui n’échappent pas à la bavure ni à l’échec professionnel. Par ailleurs, le film est en très grande partie tourné en extérieurs, dans les rues de New York, Washington ou Marseille. Brooklyn est d’ailleurs le lieu d’une des plus fameuses scènes de course-poursuite du cinéma, en voiture sous le métro aérien : au contraire de Bullitt (1968) où tout était millimétré, Friedkin laissa beaucoup de liberté – jusqu’à causer un accident à Gene Hackman ! French Connection a connu un énorme succès : tourné pour 1,8 million de dollars, il en engrangea plus de 50 millions de recettes ! Il remporta également cinq Oscars (sur huit nominations), ceux de meilleurs réalisateur, film, acteur (Gene Hackman), scénario adapté et montage. Le film est devenu un grand classique du polar américain, tandis que Friedkin continua sa carrière aux sommets, puisque son film suivant est encore un classique d’un genre différent, L’Exorciste.

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– 21h : French Connection II (John Frankenheimer – 1975 – 119 minutes)

avec Gene Hackman, Fernando Rey, Bernard Fresson, Philippe Léotard, Jean-Pierre Castaldi, Cathleen Nesbitt

Le policier Popeye arrive à Marseille pour arrêter le chef de la filière française d’exportation d’héroïne.

Suite au triomphe de French Connection, c’est tout naturellement que les producteurs ont tenté d’en faire une suite. John Frankenheimer, maître des films d’action et thrillers (Le Train, Grand Prix, Seconds – L’Opération diabolique), est choisi pour le réaliser. Francophile et francophone, il est tout indiqué pour tourner à Marseille et diriger une équipe et des acteurs français, tels que Bernard Fresson (Les Galettes de Pont-Aven), Philippe Léotard ou Jean-Pierre Castaldi. Frankenheimer avait d’ailleurs déjà dirigé Gene Hackman dans Les Parachutistes arrivent (1969). Cette fois-ci l’histoire est fictive (contrairement au premier film) et permet d’approfondir la personnalité de Popeye, en le montrant encore en conflit avec ses collègues, déphasé dans un pays dont il ne parle pas la langue, et en douloureuse phase de sevrage à l’héroïne. L’excellente musique jazzy et rythmée est encore signée Don Ellis. Comme avec la plupart des suites, on mentirait en disant que French Connection II est au niveau de son prédécesseur. Il n’empêche que si l’on en fait abstraction, d’autant plus que le lieu, les situations et le ton en sont différents, cette suite constitue un bon petit polar avec des scènes mémorables, superbement filmé par Frankenheimer.

Ciné-club Woody Allen : Annie Hall (1977) – Match Point (2005)

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– 19h : Annie Hall (Woody Allen – 1977 – 93 minutes)

avec Woody Allen, Diane Keaton, Tony Roberts, Carol Kane, Paul Simon, Shelley Duvall, Janet Margolin, Christopher Walken, Colleen Dewhurst

L’histoire d’un comique juif new-yorkais qui rencontre une aspirante chanteuse, bourgeoise de province, et que tout oppose.

Woody Allen a commencé sa carrière comme auteur de sketches pour la télévision, puis se met à réaliser des films burlesques dans lesquels il joue, comme Bananas (1971). Mais ce n’est qu’à partir d’Annie Hall que le tournant s’opère, et que son écriture, sans abandonner son irrésistible humour, devient plus personnelle, profonde et autobiographique. Annie Hall est sa première comédie dramatique, où il ausculte les relations de couples, les new-yorkais et les californiens, à travers le malaise existentiel, la psychanalyse, la sexualité, le judaïsme, l’angoisse de la mort et des références artistiques innombrables. Tournant en dérision ses échecs sentimentaux, Woody Allen incarne son fameux personnage maladroit, torturé et caustique. Celle qui joue sa compagne n’est autre que Diane Keaton, avec qui il a été en coupe de 1968 à 1974, ce qui donne à cette histoire d’amour ratée une mélancolie et une nostalgie toutes particulières. Ce sera sa première égérie avec qui il tournera huit films de 1971 à 1993. Sa performance impressionnante de naturel et d’authenticité sera couronnée de l’Oscar de la meilleure actrice. En outre, Allen n’est pas qu’un excellent scénariste et un savoureux humoriste, il se comporte en réalisateur audacieux en multipliant les techniques cinématographiques pour stimuler le récit avec beaucoup de maîtrise : monologue face caméra, séquence en dessin animé, split-screen, sous-titres des pensées des personnages, dédoublement du personnage à l’écran, caméo d’un véritable intellectuel canadien, flash-back et voyage des personnages dans le passé, voix off, entre autres scènes surréalistes où il imagine philosopher naturellement avec de simples passants ! Par ce coup d’essai stylistique, c’est un coup de maître qui concourt depuis à la place de meilleur film du réalisateur, et qui a été récompensé par les Oscar de meilleur film, réalisateur et scénario.

 MATCH POINT

– 21h : Match Point (Woody Allen – 2005 – 124 minutes)

avec Jonathan Rhys-Meyers, Scarlett Johansson, Emily Mortimer, Matthew Goode, Brian Cox

Un professeur de tennis issu d’un milieu modeste entame une idylle avec la fille d’une très riche famille londonienne, mais est aussi attiré par la fiancée américaine du frère de sa compagne.

Après une période creuse dans les années 90, peinant à se renouveler, mais sans ralentir pour autant son rythme d’un film par an, Woody Allen entame un nouveau chapitre de sa carrière avec Match Point. D’habitude si attaché à l’urbanisme et la culture new-yorkaise, il se délocalise en Europe pour renouveler son écriture et son univers. Le film est tourné à Londres avec des acteurs britanniques – à ceci près que Kate Winslet se désiste au dernier moment, et est remplacé in extremis par l’américaine Scarlett Johansson, qui va devenir une de ses actrices fétiches, une des rares après Diane Keaton et Mia Farrow à tourner deux fois de suite avec lui, puisqu’on la retrouvera dans Scoop (2006), ainsi que dans Vicky Cristina Barcelona (2007). Match Point est le début d’une série de films londoniens avec Scoop, Le Rêve de Cassandre (2007) et Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (2010), tandis que ses escapades européennes lui feront consacrer d’autres films à Paris, Barcelone ou Rome. Mais derrière ces anecdotes touristiques, marketing ou budgétaires (les subventions étaient plus faciles à Londres) se cache une réelle réinvention de son style en se basant sur les spécificités culturelles étrangères. Loin des névroses, de l’humour et de l’intellectualisme new-yorkais, Match Point est un drame élégant, sombre et cynique sur le hasard et la chance, prenant pour cadre une ascension sociale qui ne recule devant aucun moyen, même sanglant, pour parvenir à ses fins, au sein de la haute société anglaise. Prenant à rebours nombre de clichés hollywoodiens, le film met le spectateur devant le dilemme entre l’arrivisme d’une confortable position professionnelle et financière et une passion sexuelle qui n’offre pas beaucoup d’autres perspectives que l’amour et l’eau fraîche. Le scénario est un mécanisme implacable et fascinant jusqu’à la fin, porté par des acteurs absolument parfaits dans leur rôle. Match Point a été un triomphe critique et public, nommé à l’Oscar du meilleur scénario et au César du meilleur film étranger, et est devenu un des sommets inattendus de la longue filmographie du réalisateur.

Ciné-club Dustin Hoffman / John Schlesinger : Macadam Cowboy (1969) – Marathon Man (1976)

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– 19h : Macadam Cowboy (John Schlesinger – 1969 – 113 minutes)

avec Dustin Hoffman, Jon Voight, Sylvia Miles, John McGyver, Brenda Vaccaro, Bob Balaban, Paul Morrissey

Un jeune texan habillé en cowboy, mignon et naïf, débarque à New York pour devenir gigolo, et rencontre un petit escroc minable et boiteux.

Réalisateur anglais emblématique de la nouvelle vague britannique, John Schlesinger vient tourner son premier film américain à New York, dont le décalage culturel sera particulièrement précieux, et qui sera paradoxalement un des étendards du Nouvel Hollywood (plus cru, réaliste et moderne). Il adapte un livre sulfureux de James Leo Herlihy, Midnight Cowboy. La prostitution masculine fait scandale et parachève la peinture de la saleté urbaine, la pauvreté et la déchéance des personnages. Le film est à peu près raccord avec l’esthétique new-yorkaise du Velvet Underground : le sujet est d’ailleurs proche des films précurseurs de Paul Morrissey (Flesh, Trash, Heat), un collaborateur d’Andy Warhol faisant même une apparition dans la fantastique scène de fête psychédélique restituant l’ambiance underground de la Factory (allant jusqu’à engager les superstars warholiennes de pacotille telles que Viva, Ultra Violet ou International Velvet). Néanmoins derrière cette décadence se cache en réalité un film tragi-comique et touchant sur la candeur, les illusions de la jeunesse sur la grande ville, les rêves enfantins de l’image du cowboy d’une époque passée, où une émouvante amitié fait office de moyen de survie dans une machine américaine où l’on ne trouve pas sa place. Le tout est souligné par une bande-son ensoleillée folk-pop du grand John Barry (compositeur des James Bond jusque dans les années 80), ainsi que par le tube Everybody’s Talkin’ de Harry Nilsson (repris de Fred Neil). Dustin Hoffman casse immédiatement son image de garçon modèle suite à sa révélation dans Le Lauréat (1967), Jon Voight décroche son premier grand rôle, et les deux sont authentiques et renversants, au point d’être nominés à l’Oscar du meilleur acteur, remporté par… le cowboy John Wayne ! Le film a été classé X (interdit aux moins de 17 ans) à sa sortie aux Etats-Unis, alors qu’il n’est pas moins chaste que la plupart des films ou séries télévisées grand public actuels. Cela ne l’a pas empêché de gagner l’Oscar du meilleur film (une première inégalée pour un film classé X), ainsi que ceux de meilleur réalisateur et meilleur scénario, et de devenir un des grands classiques du cinéma américain.

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– 21h : Marathon Man (John Schlesinger – 1976 – 125 minutes)

avec Dustin Hoffman, Laurence Olivier, Roy Scheider, William Devane, Marthe Keller

Un étudiant en histoire, coureur amateur, se retrouve impliqué via son frère dans un mystérieux complet international.

Sept ans après Macadam Cowboy, John Schlesinger retrouve Dustin Hoffman (qui joue un étudiant malgré ses trente-huit ans !) pour un des grands thrillers politiques américains des années 70, adapté du best-seller de William Goldman. Il confronte deux acteurs de légende, emblématiques de deux époques cinématographiques et de deux écoles de jeu d’acteur. Alors qu’Hoffman est un ancien élève de la fameuse Actor’s Studio de Lee Strasberg, qui exigeait de vivre réellement et intensément les émotions des personnages, Sir Laurence Olivier est quant à lui le représentant du prestigieux théâtre anglais shakespearien, sur scène comme devant la caméra. Tandis qu’Hoffman a perdu dix kilos pour le rôle, s’entraînaient tous les jours à la course, lisait des livres sur l’Holocauste, passait une nuit blanche ou courrait avant une scène pour être dans le même état physique que son personnage durant la prise, Olivier (nominé à l’Oscar du meilleur second rôle dans ce film) lui lance avec malice et agacement « et si vous vous contentiez de jouer ? » Mais au-delà des anecdotes de tournage et des biographies respectives, le face à face entre les deux géants est saisissant, culminant dans l’inoubliable scène de torture dentaire (avec la phrase lancinante et troublante « is it safe? »), qui fut d’ailleurs raccourcie suite au malaise provoqué durant les projections tests. Marathon Man est un thriller magistral, au suspens constant et parfaitement maîtrisé, à travers un scénario prenant la forme d’un puzzle opaque et labyrinthique, brouillant les pistes entre New York et Paris, où doubles jeux, trahisons et tentatives d’assassinat mènent la dance, avant de dévoiler son ampleur politique et historique, remontant au nazisme.

1er septembre : Ciné-club Robert De Niro / Martin Scorsese : Taxi Driver (1976) – Les Affranchis (1990)

Collaboration mythique acteur/réalisateur du cinéma américain, Robert De Niro et Martin Scorsese sont tous deux new-yorkais d’origine italienne du même âge. C’est donc sans surprise que la plupart de leurs huit films en commun tournent autour de la mafia et de New York.

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– 19h : Taxi Driver (Martin Scorsese – 1976 – 113 minutes)
avec Robert De Niro, Cybill Shepherd, Harvey Keitel, Jodie Foster

Taxi Driver est sans doute le rôle le plus célèbre de De Niro (révélé par le film précédent de Scorsese, Mean Streets), et il y décoche une des répliques les plus fameuses de l’histoire du cinéma, souvent citée ou parodiée. Histoire d’un chauffeur de taxi de nuit (De Niro a travaillé comme taxi pendant un mois pour préparer son personnage avant le tournage) progressivement contaminé par la violence et la perversion new-yorkaise, c’est aussi l’un des premiers films à traiter des séquelles psychologiques de la guerre du Vietnam sur ses vétérans. Avec une entêtante bande-son jazz soulignant l’atmosphère d’errance et de solitude, on finirait presque par oublier que les autres acteurs sont excellents, dont le fidèle Harvey Keitel ou la jeune Jodie Foster de douze ans dans le rôle d’une prostitué. Le film remporta la palme d’or du Festival de Cannes en 1976.

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– 21h : Les Affranchis (Martin Scorsese – 1990 – 146 minutes)
avec Ray Liotta, Robert De Niro, Joe Pesci, Lorraine Bracco, Paul Sorvino

Quand on pense à un film de mafia de Scorsese avec De Niro, il ne faut pas chercher plus loin que Les Affranchis (Goodfellas en VO). Scorsese y atteint l’apogée de son style nerveux, à la narration ample, aux innombrables chansons des Rolling Stones, de soul ou de blues pour retranscrire l’ambiance d’une époque. Cette saga d’irrésistible ascension et chute d’un mafieux sur vingt-cinq années est inspirée de l’histoire vraie de Henry Hill. Nommé six fois aux Oscars, il remporte celui du meilleur second rôle pour Joe Pesci (amplement mérité), et sera une influence majeure pour Casino (autre chef d’œuvre mafieux de Scorsese avec le même scénariste et une partie des acteurs) ou la série Les Soprano (où l’on dénombre pas moins de vingt-sept acteurs en commun !).

30 juin : Ciné-club : Manhattan (1979)

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– 21h : Manhattan (Woody Allen – 1979 – 96 minutes)
avec Woody Allen, Diane Keaton, Michael Murphy, Mariel Hemingway, Meryl Streep, Anne Byrne

A 42 ans, Isaac Davis (Woody Allen) est partagé entre un métier qu’il déteste, une petite amie (Mariel Hemingway) trop jeune pour lui et une ex-femme (Meryl Streep) qui compte publier un livre sur leur vie conjugale passée ! Sa rencontre avec Mary (Diane Keaton), journaliste snob et suffisante, ne laisse en rien présager qu’entre ces deux êtres va s’établir une relation unique.

Tourné en noir et blanc en décors extérieurs et intérieurs naturels, superbement photographié, Manhattan est une déclaration d’amour à New York et à ses habitants. Imprégné exclusivement de la musique de George Gershwin, Woody Allen tisse et dénoue avec intelligence, tendresse, ironie et bien sûr énormément d’humour les relations entre les personnages, et poursuit ses thèmes chers : les femmes, l’amitié, l’insatisfaction de vivre, l’art, l’écriture, le jazz. Succès public et critique, cette comédie douce-amère est l’un des films les plus beaux et les plus touchants de la très longue carrière de Woody Allen, et a, entre autres, reçu le César du meilleur film étranger.