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Ciné-club Jésus : Monty Python : La Vie de Brian (1979) – Le Roi des rois (1961)

Jésus est un personnage au destin et la postérité exceptionnels. Fils de Dieu, fondateur du Christianisme, ressuscité d’entre les morts, c’est sans doute l’homme le plus important d’Occident, et un des grands représentants de l’humanité. Un tel palmarès auquel Le Festin Nu ne pouvait pas ne pas rendre hommage, avec un biopic monumental et une parodie hilarante.

 Dimanche 4 mai 2014 :

LA VIE DE BRIAN

– 19h : Monty Python : La Vie de Brian (Terry Jones – 1979 – 93 minutes)

avec Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Michael Palin, Terry Jones, Terry Gilliam

La vie de Brian, né en l’an 0, pris à tort pour le messie.

Après le succès de Sacré Graal !, les journalistes demandèrent aux Monty Python quel serait le titre de leur prochain film. Eric Idle répondit au hasard « Jésus Christ ou la soif de gloire » ! Finalement la troupe envisagea sérieusement l’idée, et partit écrire le scénario aux Caraïbes. Cette fois-ci le film n’est pas une suite de sketchs mis bout à bout (comme dans Flying Circus, Sacré Graal ! ou Le Sens de la vie) mais a une véritable histoire structurée. Leur producteur se désistant au dernier moment avant le tournage, c’est le Beatle George Harrison, ami du groupe, qui le finança (et y fit une apparition) – la lecture du script lui ayant donné l’envie de voir le film, ce qui fit dire aux Python qu’il s’agissait du billet de cinéma le plus cher jamais acheté ! Tourné en Tunisie, les Python incarnent une quarantaine de rôles à eux seuls. Le film est une hilarante satire des religions en général, plutôt qu’une attaque contre Jésus ou Dieu. Néanmoins il fut très mal reçu par les croyants, criant au blasphème. Une énorme polémique s’ensuivit, dans les débats télévisés ou devant les salles de cinéma où des militants distribuaient des tracts. Le film fut interdit dans certaines villes anglaises (y compris quand elles n’avaient pas de salles de cinéma !), pendant huit ans en Irlande, un an en Norvège, à Jersey jusqu’en 2001, non distribué en Italie jusqu’en 1990. Mais quelle publicité inouïe par la même occasion ! Preuve que la critique dans La Vie de Brian du fanatisme religieux et du besoin aveugle et frénétique de croire étant plus vraie que nature. Mais qu’importe, ce qui compte est qu’il s’agit d’un des films les plus drôles de l’histoire du cinéma.

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– 21h : Le Roi des rois (Nicholas Ray – 1961 – 171 minutes)

avec Jeffrey Hunter, Robert Ryan, Siobhan McKenna, Hurd Hetfield, Ron Randell, Viveca Lindfors, Brigid Balzen

La vie de Jésus en Palestine, de sa naissance à sa crucifixion, puis sa résurrection.

Dans les années 50, avec la concurrence de la télévision, le cinéma lance des formats très larges tels que Cinemascope ou VistaVision pour offrir une expérience visuelle plus immersive aux spectateurs. L’industrie cinématographique se lance donc dans des superproductions spectaculaires comme les péplums, inspirés des récits antiques ou bibliques. C’est ainsi que le producteur spécialiste du genre Samuel Bronston (Le Cid, La Chute de l’empire romain) engage le prestigieux Nicholas Ray (Les Amants de la nuit, La Fureur de vivre avec James Dean) pour réaliser un remake du Roi des rois de Cecil B. DeMille de 1927. Ce remake a la lourde tâche d’être le premier film parlant en anglais à représenter le Christ en entier ; auparavant on n’en montrait pas le visage (comme dans Ben-Hur). C’est Jeffrey Hunter (La Prisonnière du désert de John Ford) qui l’incarne – les critiques ont par la suite reproché son apparence trop juvénile, alors qu’il avait l’âge christique de 33 ans lors du tournage ! Robert Ryan interprète un Jean-Baptiste passionné et intense, tandis que Brigid Balzen est tout à fait à la hauteur de la voluptueuse Salomé et de sa fameuse danse lascive et fatale. A noter que c’est Orson Welles qui donne sa voix au narrateur. Tourné avec plusieurs milliers de figurants en Espagne, les plans sont grandioses et parfaitement construits. Pour accroître le spectacle et ajouter des scènes de batailles, le récit oppose l’approche rebelle et violente de Barabbas à celle pacifique et sentencieuse de Jésus. Quant à la partition de Miklós Rózsa (Ben-Hur, Quo Vadis, Le Cid), elle est épique et mémorable. Enfin, s’il donne à voir un Jésus plus biblique qu’humain, moins réaliste et tourmenté que dans La Dernière tentation du Christ ou La Passion du Christ, Le Roi des rois reste un des grands péplums bibliques de l’âge classique d’Hollywood, qui a longtemps fait date.

Ciné-club James Dean : A l’est d’Eden (1955) – La Fureur de vivre (1955)

Acteur météorique, c’est en seulement en seize mois de carrière cinématographique et trois films que James Dean (1931-1955) est rentré dans la légende du cinéma, avant de trouver la mort dans un accident de voiture.

 Dimanche 2 mars 2014 :

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– 19h : A l’est d’Eden (Elia Kazan – 1955 – 115 minutes)

avec James Dean, Raymond Massey, Julie Harris, Burt Ives, Richard Davalos, Jo Van Fleet

En 1917, en Californie, le turbulent Cal n’a jamais connu sa mère et souffre que son père puritain lui préfère son frère.

Tiré du roman de John Steinbeck de 1952, inspiré du mythe biblique des frères Abel et Caïn, A l’est d’Eden est le premier film de James Dean, qu’Elia Kazan avait découvert sur les planches de Broadway jouant l’Immoraliste d’André Gide. Il a été préféré au jeune Paul Newman (alors inconnu) pour ce rôle. Et c’est d’emblée une révélation : son jeu d’acteur est explosif, tourmenté et novateur. Ancien élève de l’Actors Studio de Lee Strasberg, il improvise, marmonne, surprend les acteurs, se gonfle d’émotions qui débordent, d’affects qui peuvent s’exprimer brutalement. Raymond Massey (qui joue son père) ne le supporte pas, et cette tension lors du tournage n’a fait qu’enrichir le conflit dramatique à l’écran. Il faut dire aussi que le rôle de James Dean n’était pas vraiment de composition, puisque sa mère est morte quand il avait neuf ans, qu’il a été élevé ensuite par sa grand-mère, et que ses rapports avec son père remarié sont restés difficiles. C’est aussi le premier film de Richard Davalos et Jo Van Fleet, qui se retrouveront pour Luke la main froide (1967). Elia Kazan (Un Tramway nommé désir, avec un autre acteur culte de l’Actors Studio, Marlon Brando) est au sommet de son art pour ce nouveau drame qui restera comme un de ses meilleurs films, dont il s’agit du premier en couleurs (en Cinemascope). Kazan et Dean ont été nominés aux Oscars (non seulement c’est l’un des cinq acteurs du cinéma à l’avoir été pour un premier film, mais de plus à titre posthume), mais c’est Jo Van Fleet qui remporte l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Cependant, A l’est d’Eden a été récompensé comme meilleur film dramatique aux Golden Globes et au Festival de Cannes. Enfin, c’est le seul film qui sortit sur les écrans du vivant de James Dean.

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– 21h : La Fureur de vivre (Nicholas Ray – 1955 – 111 minutes)

avec James Dean, Nathalie Wood, Sal Mineo, Jim Backus, Ann Doran, Corey Allen, Dennis Hopper, Edward Platt

Le bagarreur Jim Stark vient d’arriver dans une nouvelle ville, et rencontre une bande d’adolescents rebelles.

Si James Dean incarnait dans A l’est d’Eden les troubles de l’adolescence au sein d’un contexte familial particulier et complexe, La Fureur de vivre (Rebel without a cause en VO, rebelle sans cause) le consacre comme symbole d’un malaise générationnel, en montrant des adolescents révoltés qui flirtent avec la délinquance. Nicholas Ray (Les Amants de la nuit, 1949), qui a engagé Dean sur les conseils de Kazan, brosse un portrait novateur de la jeunesse américaine en crise, avide de sorties nocturnes, de bagarres au couteau, de courses de voiture, d’incompréhension parentale, de preuves d’honneur, de vitesse et de risques mortels. Le film est d’ailleurs tragiquement prémonitoire, puisque Dean mourra en accident de voiture un mois avant la sortie en salle ; Sal Mineo sera assassiné en 1976 et Nathalie Wood mourra noyée en 1981 (les deux ont été nominés aux Oscars des meilleurs seconds rôles). Le film préfigure d’ailleurs en bien des points West Side Story (1961), mythique comédie musicale multi-oscarisée avec Nathalie Wood et ses duels de bandes de jeunes. A noter que Dennis Hopper (Easy Rider) y joue son premier véritable rôle. La réalisation entre classicisme et modernité de Nicholas Ray lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur. Avec son jean, son T-shirt blanc moulant et sa veste d’un rouge éclatant, c’est cette image de jeunesse fougueuse et éternelle que James Dean ancrera dans les mémoires, et La Fureur de vivre restera comme un des films cultes des adolescents et sur l’adolescence.

6 octobre : Ciné-club Hippies : Easy Rider (1969) – Hair (1979)

Au programme, deux films cultes de l’époque colorée, lysergique et mouvementée du flower power :

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– 19h : Easy Rider (Dennis Hopper – 1969 – 94 minutes)
avec Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson

Deux motards sillonnent l’Amérique et font toute sorte de rencontres, notamment d’un avocat défenseur des droit civiques, d’une communauté hippie ou d’américains réactionnaires.

Avec Bonnie & Clyde et Le Lauréat, Easy Rider marque la naissance du nouvel Hollywood, rompant avec le système de production classique et s’inspirant du néoréalisme italien, de la Nouvelle Vague française et de la contre-culture américaine psychédélique, où les réalisateurs reprennent le contrôle de la création sur les producteurs. Le film est un symbole de liberté, autant celle du réalisateur et de ses amis (Dennis Hopper et Peter Fonda l’ont co-écrit, jouent dedans, le premier le réalise et le second le produit) qui tournent avec très peu de moyen dans des décors naturels, que celle de ses personnages marginaux qui à travers un road movie découvrent la face noire et rétrograde des Etats-Unis, le conservatisme, l’hostilité, l’incompréhension, la violence, la prison et bien pire encore. Il rencontra un succès immense et inattendu, reçut le prix de la meilleure première œuvre au Festival de Cannes, et devint une des œuvres culturelles les plus marquantes des années 60 en annonçant ses désillusions concernant ses valeurs utopistes et révolutionnaires. Enfin sa bande-son eut autant de succès, avec bien sûr Steppenwolf et son iconique « Born to Be Wild », mais aussi The Jimi Hendrix Experience, The Electric Prunes, The Byrds ou Electric Flag – à noter que le légendaire producteur Phil Spector fait une petite apparition au début du film !

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– 21h : Hair (Milos Forman – 1979 – 121 minutes)
avec John Savage, Treat Williams, Beverly d’Angelo, Nicholas Ray

Un jeune campagnard enrôlé pour le Vietnam désire visiter New York avant de partir au front. Il rencontre des hippies à Central Park qui vont l’initier à leur mode de vie.

Cinq ans avant son Amadeus, Milos Forman s’immisce dans le domaine musical avec l’adaptation qu’il voulait réaliser depuis longtemps de la pièce culte de Broadway de Gerome Ragni et James Rado (aux paroles) et Galt MacDermot (pour la musique). Succès colossal aux Etats-Unis en 1968 (où elle reste à l’affiche pour 1750 représentations pendant quatre ans), elle engendra des productions locales dans pas moins de 19 pays tels qu’en Angleterre, France (première traduction française d’une pièce musicale américaine, elle fit scandale pour sa nudité, provoquant une manifestation de l’Armée du Salut, et révéla nul autre que Julien Clerc !), Allemagne (avec Donna Summer !), Yougoslavie (alors communiste), Australie, Mexique ou Japon. Pur produit de la contreculture hippie et de la révolution sexuelle, ses chansons utopiques et militantes traitent de thèmes sociaux comme l’amour libre, la guerre du Vietnam, le pacifisme, le racisme, les drogues, la vie de bohème ou le conservatisme de la société. Le film fut entièrement tourné à New York pendant un an, majoritairement en extérieur, avec pas moins de 20.000 figurants. Plusieurs chansons ne furent pas reprises pour le film, et le scénario a été modifié à quelques endroits (notamment la fin), ce qui fit dire aux auteurs de la pièce que son esprit ne fut pas respecté, mais le film eut un énorme succès et reste à la fois l’une des comédies musicales les plus fameuses et un des films emblématiques du flower power.