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12 novembre 2017 : Ciné-club Alcool : Cocktail (1988) – Leaving Las Vegas (1995)

COCKTAIL

– 19h : Cocktail (Roger Donaldson – 1988 – 103 minutes)

avec Tom Cruise, Bryan Brown, Elisabeth Shue, Gina Gershon, Kelly Lynch

Un jeune ambitieux arrive à New York et devient barman, aidé par son patron qui va lui apprendre comment monter dans le métier et la société.

Le jeune Tom Cruise est en pleine ascension dans les années 80 : il enchaîne Legend (Ridley Scott), l’inénarrable Top Gun et La Couleur de l’argent (suite de L’Arnaqueur avec Paul Newman par Scorsese). Son prochain film est sur mesure pour lui : une comédie vaguement romantique et efficace sur un jeune étudiant qui a pour lui sa belle gueule et qui va s’ouvrir les portes du monde de la nuit. Inspiré par l’expérience du métier par le scénariste dans sa jeunesse, Cocktail est un pur produit des années 80, et c’est en ça qu’il est encore intéressant aujourd’hui : il montre une société obsédée par la réussite sociale, l’argent, l’apparence, le clinquant, le confort, jusqu’à son esthétique si caractéristique. C’est donc la parfaite capsule temporelle et culturelle d’une époque codifiée, légère et futile. La bande-son est remplie de morceaux pop-rock rythmés, à commencer par « Kokomo » qui devint numéro un et remit en selle les vieux Beach Boys. Cocktail a été un grand succès à son époque, et ses scènes de jonglage de shaker par Tom Cruise font partie de la culture populaire.

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– 21h : Leaving Las Vegas (Mike Figgis – 1995 – 107 minutes)

avec Nicolas Cage, Elisabeth Shue, Julian Sands

Un scénariste alcoolique est renvoyé de son travail. Il s’installe à Las Vegas pour réaliser un suicide alcoolique. Mais il rencontre une prostituée, et ils vont tenter de retrouver goût à la vie.

L’écrivain John O’Brien se suicida deux semaines après avoir vendu les droits d’adaptation de son roman autobiographique. Ca donne le ton d’entrée de jeu… Leaving Las Vegas est une descente aux enfers, ni hollywoodienne ni glauque mais simplement réaliste, dans l’alcoolisme. Les joies, les scandales, le manque, la destruction. La rencontre d’un alcoolique avec une prostituée va donner lieu à une tentative désespérée de sauver leurs vies. Nicolas Cage (à l’époque encore un acteur dramatique) a accepté un cachet quinze fois inférieur à son standard pour jouer ce rôle, et grand bien lui a fait, puisqu’il en a été récompensé de l’Oscar et le Golden Globe du meilleur acteur. Elisabeth Shue est quant à elle nommée à l’Oscar, tout comme le réalisateur et le défunt scénariste. La bande-son blues/jazz du film, lui collant assez bien, a été composée par le réalisateur Mike Figgis, avec plusieurs titres chantés par Sting. Cette histoire d’un amour impossible entre deux marginaux ayant chacun besoin l’un de l’autre est tout à fait touchante sans être dérangeante. Ce film d’auteur à petit budget et anti-Pretty Woman a connu un surprenant mais mérité succès auprès du public américain, sans doute fasciné par la face cachée de leur pays. Nicolas Cage n’interprétera plus de rôles aussi profonds, puisqu’il enchaînera directement sur The Rock, Les Ailes de l’enfer, Volte/Face, et des dizaines de films d’action insipides.

22 octobre 2017 : Ciné-club Le Parrain, 2ème partie (1974)

LE PARRAIN 2

– 19h : Le Parrain, 2ème partie (Francis Ford Coppola – 1974 – 200 minutes)

avec Al Pacino, Robert Duvall, Diane Keaton, Robert De Niro, Talia Shire, Morgana King, John Cazale, Marianna Hill, Lee Strasberg

Michael Corleone dirige les affaires de la famille et poursuit son ascension. Mais il réchappe de peu à un attentat, et en cherche l’auteur.

Le succès colossal du Parrain a poussé les studios Paramount à demander une suite à Coppola. Comme ce dernier n’est pas du tout intéressé, les studios lui font une offre qu’il ne peut pas refuser : un million de dollars de cachet, un pourcentage sur les recettes du film, le contrôle artistique total sur le film, et la production d’un projet qui lui tient à cœur, Conversation secrète (qui obtient la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1974). Avec un budget deux fois et demi supérieur à celui du premier, le tournage dure huit mois et demi, en passant par la République dominicaine pour les scènes se passant à Cuba. Le Parrain, 2ème partie met en parallèle la lutte pour le pouvoir de Michael Corleone qui mènera à la désintégration de ses valeurs et de sa famille, avec de nombreux flashbacks sur la jeunesse et l’ascension de son père Vito, depuis la Sicile jusqu’à New York. La tragédie familiale prend la forme d’une fatalité mythique et implacable traversant les générations, avec son lot de meurtres et de trahisons. Marlon Brando devait d’ailleurs reprendre son rôle, mais le cachet exigé était trop élevé. Robert De Niro, qui avait beaucoup étudié dans sa formation le jeu d’acteur de Brando, fut ainsi engagé, après avoir été remarqué dans Mean Streets de Scorsese (il avait déjà auditionné pour le premier film dans le rôle de Sonny). Même avec une rentabilité de plus de 700%, cette suite ne parvient pas à surpasser le succès du premier opus, mais récolte tout de même six Oscars : meilleurs film, réalisateur, scénario, second rôle (Robert De Niro), musique, direction artistique. Le débat fait encore rage chez les cinéphiles pour savoir quel est le meilleur épisode de la saga – mais ce n’est certainement pas le troisième, tourné par Coppola en 1990.

10 septembre 2017 : Ciné-club Extraterrestres : Invasion Los Angeles (1988) – Rencontres du troisième type (1977)

INVASION LOS ANGELES

– 19h : Invasion Los Angeles (John Carpenter – 1988 – 94 minutes)

avec Roddy Piper, Keith David, Meg Foster

Un SDF découvre par hasard des lunettes spéciales qui lui révèlent une autre facette de la réalité : l’humanité est infiltrée par des extraterrestres.

Depuis l’échec commercial des Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, John Carpenter s’est tourné vers le cinéma indépendant à plus faible budget mais avec un total contrôle créatif. Il adapte ainsi un comics écrit par Ray Nelson sur une invasion d’extraterrestres déguisés en humain, reprenant l’ambiance paranoïaque de L’Invasion des profanateurs de sépulture. Tourné en deux mois, Invasion Los Angeles, sous ses allures de série B d’action, est une critique féroce de l’Amérique de Ronald Reagan, de son libéralisme économique sauvage et de sa théorie du ruissèlement, qui veut qu’en permettant aux riches de faire des affaires sans entraves, les pauvres finiront bien par en profiter… Ici les extraterrestres, sous forme de yuppies, dirigent la politique et l’économie en inondant la société de messages subliminaux (obéis, achète, procréé, etc.), tandis que les SDF survivent comme ils peuvent. Le SDF héros du film n’est autre que le lutteur Roddy Piper, ce qui va donner lieu à une mythique scène de baston avec son acolyte Keith David (qui jouait déjà dans The Thing de Carpenter), longue de six minutes et délicieusement excessive (ayant tout de même nécessité un mois et demi de préparation physique). Comme d’habitude, Carpenter assure lui-même la musique du film. Invasion Los Angeles, avec son budget de quatre millions de dollars, en rapportera treize millions, et confirmera à Carpenter qu’il a plus de succès et de liberté dans le cinéma indépendant pour réaliser des films de révolte contre l’autorité, tout à fait visionnaires.

RENCONTRES DU TROISIEME TYPE

– 21h : Rencontres du troisième type (Steven Spielberg – 1977 – 137 minutes)

avec Richard Dreyfuss, Teri Garr, Melinda Dillon, François Truffaut

D’étranges événements se produisent : une escadrille de la Seconde Guerre mondiale est retrouvée intacte, un cargo dans le désert de Gobi, des pannes de courant et des formes volantes dans l’Indiana… Un spécialiste des OVNI est chargé de l’enquête.

Changement de registre pour Steven Spielberg : après deux thrillers, Duel et surtout le blockbuster multi-millionnaire Les Dents de la mer, il passe à la science-fiction. Mais pas la SF spectaculaire à la Star Wars (sorti quelques mois plus tôt) ou avec des aliens belliqueux comme durant la guerre froide,  puisqu’il aborde son sujet de manière réaliste, humaniste et pacifique. Rencontres du troisième type est ainsi le premier film à traiter serieusement de l’ufologie – J. Allen Hynek, l’inventeur de la classification d’observations des OVNI, est consultant technique sur le film et y fait même une apparition. Spielberg retrouve Richard Dreyfuss (Les Dents de la mer, American Graffiti), dans la peau d’un illuminé qui perçoit des phénomènes étranges. Le réalisateur en profite pour rendre hommage appuyé à François Truffaut en lui proposant le rôle du professeur respecté, ce dont il sera honoré et ce qui lui donnera une aura internationale. On n’échappera bien sûr pas à la signature grand public de Spielberg, mais le film est un grand succès, remporte les Oscars de la meilleure photographie (malgré onze directeurs de la photographie successifs !) et du montage des effets sonores (ainsi que sept nominations), et est devenu un classique, préfigurant le futur ET familial. A noter que Spielberg sortira deux nouveaux montages avec des scènes supplémentaires et de nouveaux effets spéciaux, en 1980 et 1998.

9 juillet 2017 : Ciné-club mathématiques : Pi (1998) – Will Hunting (1997)

PI

– 19h : Pi (Darren Aronosky – 1998 – 84 minutes)

avec Sean Gullette, Mark Margolis, Ben Shenkman, Samia Shoaib, Pamela Hart, Ajay Naidu, Joanne Gordon, Stephen Pearlman

Un mathématicien solitaire et obsessionnel cherche le nombre d’or qui régirait l’univers. Il est harcelé par des gens de Wall Street ou des juifs orthodoxes.

Le premier de film de Darren Aronofsky est un thriller psychologique et paranoïaque où le monde entier peut être réduit en chiffre et en séquence, tournant autour de la quête du nombre d’or qui serait la clef aussi bien de l’univers, de l’ADN, des marchés financiers ou de la Torah. Malgré un budget ridicule (68.000 dollars), il développe une esthétique expérimentale et singulière, à base de noir et blanc granuleux et contrasté, de  montage rapide et elliptique, servant adéquatement une histoire urbaine, cosmique et métaphysique. Pi se vit comme un brillant trip psychédélique, labyrinthique et chaotique, que l’on déchiffre le scénario ou non, porté par une bande son électronique inquiétante ou frénétique (Aphex Twin, Autechre, Massive Attack). Avec ce film culte, Aronofsky décroche le prix de la mise en scène au festival de Sundance, et il est en compétition officielle au festival de Deauville. Il persévèrera dans la mise en scène expérimentale avec Requiem for a dream et The Fountain, avant d’aller vers des réalisations plus traditionnelles (The Wrestler, Black Swan, Noé).

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– 21h : Will Hunting (Gus Van Sant – 1997 – 126 minutes)

avec Robin Williams, Matt Damon, Ben Affleck, Stellan Skarsgard, Minnie Driver, Casey Affleck, Cole Hauser

Un professeur de l’université MIT découvre qu’un des balayeurs est un génie des mathématiques. Mais celui-ci fait face à des blocages psychologiques qui lui font gâcher son potentiel.

Alors étudiant à Harvard, Matt Damon a entamé l’écriture d’un scénario, poursuivi avec Ben Affleck. Gus Van Sant a réalisé le film, et les deux acteurs ont joué les rôles principaux, ce qui a lancé leurs carrières jusqu’à devenir d’immenses stars aujourd’hui. Sous des allures de comédie dramatique, l’histoire traite des marginaux, des problèmes familiaux d’un orphelin qui a peur d’être de souffrir et préfère boire des bières avec ses amis plutôt que de faire face à son génie et son destin. Mais c’est sa relation avec un psychologue en plein deuil qui va lui permettre de se confronter à lui-même. Robin Williams est d’une sobriété rare par rapport à sa filmographie, et en sera récompensé de l’Oscar du meilleur second rôle – Matt Damon remportant l’Ours d’argent. La bande originale est composée par Danny Elfman (compositeur de Tim Burton), entrecoupée de chansons d’Elliott Smith. Will Hunting a connu un grand succès critique et commercial, décrochant l’Oscar du meilleur scénario original et nommé à sept autres, parmi d’autres récompenses internationales.

18 juin 2017 : Ciné-club Piano : La Leçon de piano (1993) – Le Pianiste (2002)

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– 19h : La Leçon de piano (Jane Campion – 1993 – 115 minutes)

avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neil, Annna Paquin, Kerry Walker, Geneviève Lemon

Au XIXème siècle, une femme part avec sa fille rejoindre son nouveau mari en Nouvelle-Zélande. Muette, elle est impérieusement attachée à son piano. Mais celui-ci devient la propriété d’un voisin qui la désire.

La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, après Sweetie et Un ange à ma table, signe à nouveau un drame romanesque auscultant les méandres du désir féminin, à partir d’une muette qui s’exprime au moyen de son piano, qu’elle transporte péniblement jusque dans la jungle néo-zélandaise. Il sera l’objet d’un contrat érotique : son nouveau propriétaire le lui restituera touche par touche en échange d’autant de fantaisies qu’elle lui autorisera. Les émotions se lient et se tendent au milieu de magnifiques paysages naturels et sauvages, aussi agités que les passions des complexes personnages, impeccablement joués. A noter qu’Holly Hunter a assuré elle-même presque toutes les parties de piano du film. Entre classicisme et romantisme, La Leçon de piano reçoit une pluie de récompenses internationales, à commencer par la Palme d’or du Festival de Cannes (la première de l’histoire pour un film d’une réalisatrice, et à ce jour la seule) et le prix d’interprétation féminine pour Holly Hunter, ainsi que trois Oscars (meilleure actrice, meilleur second rôle féminin et meilleur scénario original) ou le César du meilleur film étranger, parmi d’autres Golden Globes ou BAFTA. Harvey Keitel retrouvera Jane Campion en 1999 dans Holy Smoke.

LE PIANISTE

– 21h : Le Pianiste (Roman Polanski – 2002 – 148 minutes)

avec Adrien Brody, Thomas Kretschmann, Frank Finlay, Maureen Lipman, Emilia Fox, Ed Stoppard, Julia Rayner, Jessica Kate Meyer

Durant la Seconde Guerre mondiale à Varsovie, un brillant pianiste et sa famille endurent les persécutions antisémites grandissantes.

Roman Polanski a vécu la persécution des juifs dans son enfance à Cracovie durant la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi Steven Spielberg lui avait proposé de réaliser La Liste de Schindler, ce qu’il déclina car le film ne lui était pas assez personnel. Mais c’est à la lecture du livre autobiographique de Wladyslaw Szpilman, célèbre pianiste polonais, qu’il trouve l’occasion de réaliser un film sur l’Holocauste. Szpilman travaillait à la radio de d’Etat, mais fut enfermé avec sa famille dans le ghetto de Varsovie, puis dû se cacher dans des conditions effroyables, dangereuses et misérables, pour échapper à la mort. Szpilman meurt cependant en 2000 durant l’écriture du scénario du film. Adrien Brody perdit quatorze kilos pour se préparer au rôle, quitta son appartement, vendit sa voiture et se priva de télévision pour atteindre le niveau de solitude de son personnage. Production française tourné en anglais en Pologne, Le Pianiste est admirablement reconstitué et se déploie méthodiquement dans une mise en scène sobre et digne, sans pathos manipulateur face à l’horreur et la déshumanisation nazie. Le film a été un succès critique et commercial incontestable, remportant une quarantaine de récompenses dont la Palme d’or du Festival de Cannes, sept Césars (dont meilleurs film, réalisateur et acteur) et trois Oscars (meilleurs réalisateur, acteur et scénario adapté. De toute sa riche et diverse filmographie, Polanski considère que c’est le film par lequel il souhaite que l’on se souvienne de lui, indéniablement son plus intime.

21 mai 2017 : Ciné-club Guerre de gangs : Outsiders (1983) – West Side Story (1961)

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– 19h : Outsiders (Francis Ford Coppola – 1983 – 114 minutes)

avec C. Thomas Howll, Matt Dillon, Diane Lane, Ralph Macchio, Rob Lowe, Patrick Swayze, Emilio Estevez, Tom Cruise, Leif Garrett

Dans les années 50 dans l’Oklahoma, deux bandes d’adolescents, se font la guerre : les Greasers, délinquants défavorisés, contre les Socs, issus des beaux quartiers.

Après l’historique Apocalypse Now, Francis Ford Coppola était revenu à un cinéma moins épique, le très stylisé et musical Coup de cœur. Dans un genre encore différent et stylistiquement bien plus sobre, il adapte d’un roman best-seller de Susan Hinton Outsiders, une histoire d’adolescents bagarreurs. Il explore bien sûr la confusion et la complexité existentielles de cette période ingrate, où l’on cherche sa place dans la société, à se situer par rapport aux adultes et à la famille, et où l’amitié est la valeur la plus élevée. La dimension sociologique est particulièrement présente, entre les deux bandes issues de classes opposées. Le casting est remarquable pour révéler toute une génération de jeunes acteurs inconnus qui deviendront des stars : Matt Dillon (Sexcrimes, Mary à tout prix), Patrick Swayze (Dirty Dancing, Ghost), Tom Cruise (Top Gun, Mission Impossible), Emilio Estevez (The Breakfast Club), Diane Lane (Rusty James, Les Rues de feu), Ralph Macchio (Karate Kid), Rob Lowe (A la Maison Blanche, Wayne’s World). Excellemment bien filmé et mis en scène, Outsiders se révèle particulièrement juste, innocent et touchant, et n’est pas sans rappeler le mythique La Fureur de vivre avec James Dean. Rusty James, le film suivant de Coppola, sera aussi adapté d’un roman de Susan Hinton, avec Matt Dillon.

WEST SIDE STORY

– 21h : West Side Story (Robert Wise & Jerome Robbins – 1961 – 153 minutes)

avec Natalie Wood, Richard Beymer, Russ Tamblyn, Rita Moreno, George Chakiris

Les Jets, américains d’origine polonaise, et les Sharks, immigrés portoricains, se font la guerre à New-York. Mais la sœur du chef des Sharks et l’ancien chef des Jets tombent amoureux…

En 1957, l’âge d’or des comédies musicales avec Gene Kelly et Fred Astaire est bien révolu. Mais un spectacle mis en musique par Leonard Bernstein triomphe à Broadway durant trois ans : West Side Story. Robert Wise, connu pour sa diversité de genres (science-fiction, polar, péplum, guerre), est choisi pour le produire au cinéma et le mettre en scène, cette deuxième casquette étant partagée avec l’auteur de la pièce, Jerome Robbins pour les chorégraphies. Les acteurs répètent pendant d’innombrables heures, la plupart étant doublés pour les parties chantées. Le tournage dure six mois, et contrairement à la tradition hollywoodienne des musicals sur-stylisés, une partie est filmée en extérieur dans les rues de New York durant cinq semaines. West Side Story est un miracle visuel, chorégraphique et mélodramatique, doublé d’une sérieuse critique sociale, ciblant les problèmes d’immigration et de délinquance derrière le vernis de l’american way of life. Remplies de scènes et chansons fameuses, ce Romeo et Juliette musical, urbain et ethnique est un triomphe public et critique, raflant dix Oscars (meilleurs film, réalisateur, acteur et actrice de second rôle, direction artistique, costumes, photographie, son, montage et musique). Non content d’avoir relancé la comédie musicale, il en est un des sommets absolus. Robert Wise signera quand même un autre classique du genre en 1965 : La Mélodie du bonheur.

16 avril 2017 : Ciné-club romans de crise par John Ford : Qu’elle était verte ma vallée (1941) – Les Raisins de la colère (1940)

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– 19h : Qu’elle était verte ma vallée (John Ford – 1941 – 118 minutes)

avec Walter Pidgeon, Maureen O’Hara, Anna Lee, Donald Crisp, Roddy McDowall

Une famille de mineurs au pays de Galle est confrontée à la baisse des salaires imposée par les patrons de la mine.

Derrière ce titre et des affiches qui peuvent paraître aujourd’hui guimauves se cache l’adaptation d’un classique de la littérature britannique, écrit en 1939 par Richard Llewellyn, rien de moins qu’un chef d’œuvre du cinéma américain. Le producteur Darryl F. Zanuck ambitionnait initialement une grande fresque de quatre heures rivalisant avec Autant en emporte le vent, une superproduction en couleurs tournée au pays de Galle par le réalisateur William Wyler (Vacances romaines, Ben-Hur). Mais les bombardements allemands au Royaume-Uni en pleine Seconde Guerre mondiale obligent la production à tourner en Californie, et donc en noir et blanc pour que la végétation ne paraisse pas trop décalée avec le lieu du récit. De plus, William Wyler est remplacé, à cause de sa réputation de dépassements de budget, par John Ford, grand réalisateur de westerns. Cependant ce fils d’immigrés irlandais va insuffler des éléments familiaux dans cette histoire galloise. Qu’elle était verte ma vallée narre les joies et les peines d’une famille de mineurs dans une région en train d’être transformée irréversiblement par le capitalisme et ses tensions sociales. Ce monde qui change, avec son lot de pauvreté, d’injustices et d’hypocrisie est vue à travers les yeux innocents du narrateur, le dernier né de la famille (merveilleusement joué par Roddy McDowall). La tendresse de l’histoire, la beauté des cadrages et le sublime de la photographie donnent une grâce spirituelle au film, le préféré de la longue carrière de Ford. Il deviendra le succès commercial de l’année et recevra une pluie d’Oscars : meilleurs film (en compétition avec Citizen Kane et Le Faucon maltais), réalisateur (contre… William Wyler !), second rôle pour Donald Crisp (le père de famille), photographie, direction artistique, ainsi que quatre autres nominations.

LES RAISINS DE LA COLERE

– 21h : Les Raisins de la colère (John Ford – 1940 – 129 minutes)

avec Henry Fonda, Jane Darwell, John Carradine, Charley Grapewin

Une famille de fermiers est expulsée de ses terres, comme des milliers d’autres, et part vert la Californie dans l’espoir de retrouver du travail et leur dignité.

Le roman de John Steinbeck (A l’Est d’Eden, Des Souris et des hommes), écrit en 1939 et récompensé du prix Pulitzer, est rapidement devenu un des grands classiques de la littérature américaine. Adapté au cinéma par John Ford, Les Raisins de la colère crie le désespoir d’une partie de l’Amérique ruinée par la Grande Dépression et les manigances capitalistes, obligée d’émigrer là où il y a peut-être du travail, à n’importe quel prix. Dans ce road-trip de la misère, les yeux clairs d’Henry Fonda expriment à la fois l’espoir d’un monde meilleur et plus digne et la douleur de l’injustice la plus inacceptable, où les puissants (propriétaires ou policiers) n’ont aucune pitié ni sentiment de responsabilité dans le quasi-esclavage qu’ils imposent à une partie de leur population, logée dans des camps insalubres. Le film est aussi vif et édifiant que le livre, sublimé par la mise en scène de Ford et son superbe noir et blanc en clair-obscur. Il remporte l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur second rôle (Jane Darwell, pour le rôle de la mère), et est nommé à cinq autres. Il a même été projeté par l’URSS pour critiquer l’ennemi américain – avant d’être interdit quand le public réalise que leur situation est pire… D’ailleurs, le miroir montré aux Etats-Unis n’a pas toujours été bien reçu, puisque la Chambre de commerce et d’Agriculture de Californie appela au boycott du film, le livre fut interdit dans certains Etats, et son auteur menacé de mort. Œuvre incontournable de la conscience morale et sociale américaine, Les Raisins de la colère a inspiré à Woody Guthrie (mentor de Bob Dylan) la chanson « The Ballad of Tom Joad », et à Bruce Springsteen l’album The Ghost of Tom Joad et sa chanson éponyme.

2 avril 2017 : Ciné-club Boxe : When We Were Kings (1996) – Million Dollar Baby (2004)

WHEN WE WERE KINGS

– 19h : When We Were Kings (Leon Gast – 1996 – 85 minutes)

avec Mohamed Ali, George Foreman, Don King, James Brown, BB King, Norman Mailer, George Plimpton, Spike Lee, The Crusaders, The Spinners

Suite à son refus d’incorporer l’armée américaine pour aller combattre au Vietnam en 1967, Mohamed Ali est déchu de son titre de champion du monde de boxe poids lourds. En 1974, le promoteur Don King parvient à négocier un match de championnat du monde entre Ali et George Foreman – pour cinq millions de dollars chacun, financé par le dictateur Mobutu, pour faire la promotion du Zaïre, où la rencontre aura lieu. Foreman, le tenant du titre, est le grand favori : plus jeune et plus fort, ayant écrasé des adversaires qu’Ali avait eu du mal à battre. Ce dernier entreprend alors une intense campagne médiatique d’intimidation psychologique, mettant en valeur son charisme, son humour et ses talents de showman hors-normes pour ridiculiser son adversaire ou même politiser l’événement chaque fois que l’occasion se présente. When We Were Kings suit ainsi l’histoire de ce match historique, de l’entraînement sous tension des champions à Kinshasa à leur montée sur le ring devant cent mille spectateurs, en passant par son organisation ou les réactions de la population locale. Des stars de la musique noire américaine comme James Brown, BB King, les Crusaders et les Spinners firent aussi le voyage pour des concerts, faisant de cet événement une sorte de Woodstock afro-américain. Leon Gast mettra vingt-deux ans pour développer et monter les cent mille mètres de pellicule. Il insère des interviews récentes de Norman Mailer (auteur du livre Le Combat du siècle) ou du réalisateur Spike Lee. When We Were Kings recevra l’Oscar du meilleur documentaire, sans doute le meilleur sur ce sport ainsi que pour comprendre pourquoi Mohamed Ali l’un des sportifs et des icônes culturelles les plus puissantes. Lors de la cérémonie de remise de prix, Foreman aidera Ali (malade de Parkinson) à monter les marches, en signe de réconciliation.

MILLION DOLLAR BABY

– 21h : Million Dollar Baby (Clint Eastwood – 2004 – 132 minutes)

avec Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman, Jay Baruchel, Mike Colter, Lucia Rijker

Une passionnée de boxe tente par tous les moyens de se faire entraîner par un dur vétéran du sport, dans l’espoir de devenir championne.

Inspiré de plusieurs nouvelles semi-autobiographiques de Jerry Boyd, un ancien soigneur de la boxe professionnelle qui en connait parfaitement bien l’univers et ses codes, Million Dollar Baby est loin d’être un film à la Rocky vantant l’effort, la force et le succès. Il va en effet plus loin que la simple histoire d’une passion ou du prix de la réussite, puisqu’il repose avant tout sur les liens complexes unissant les trois personnages principaux (la boxeuse, l’entraîneur et son assistant, un ancien boxeur qu’il soignait dans sa jeunesse), des nœuds familiaux à leur transfert, de la culpabilité à la transmission, de la foi à l’euthanasie. Le fait d’entraîner une boxeuse évapore ainsi les clichés virils du genre, et la dernière partie du film prend de toute façon une tournure inattendue. Hilary Swank a suivi un entraînement sportif de trois mois pour lequel elle a pris dix kilos, coachée par l’entraîneur de plusieurs champions, boxant avec la quadruple championne du monde Lucia Rijker (qui joue aussi son adversaire). La réalisation d’Eastwood est comme toujours d’une sobriété et d’un classicisme impeccable, immersive dans les combats, grave dans les drames. Il a en outre composé lui-même la musique. Onze ans après Impitoyable, Eastwood refait un triomphe aux Oscars : meilleurs film, réalisateur, actrice (Hilary Swank) et second rôle (Morgan Freeman), et nominations à ceux de meilleur acteur (Clint Eastwood), scénario adapté et montage.