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17 juin 2018 : Ciné-club Film noir : Laura (1944) – Les Tueurs (1946)

– 19h : Laura (Otto Preminger – 1944 – 97 minutes)

avec Gene Tierney, Dana Andrews, Vincent Price, Clifton Webb, Judith Anderson

La jeune et belle Laura a tout pour elle, mais elle est assassinée. L’enquêteur va se plonger dans son passé, et tomber sous sa fascination et son charme paradoxal.

Il est difficile de parler de Laura sans en dévoiler les secrets et coups de théâtre stupéfiants. Disons simplement qu’avec sa construction audacieuse et minutieuse, sa mise en scène impeccable signée Otto Preminger (Rivière sans retour, L’Homme au bras d’or), ses excellents acteurs (à noter le jeune Vincent Price, futur pilier des films d’horreur ou fantastiques) et son fameux thème musical (repris par Charlie Parker ou Frank Sinatra), Laura est devenu un classique absolu du film noir. Il reçut quatre nominations aux Oscars (meilleurs réalisateur, scénario, second rôle et décor) et remporta celui de la meilleure photographie. Enfin, personne d’autre que la sublime Gene Tierney n’aurait pu mieux envouter l’enquêteur et les spectateurs….

– 21h : Les Tueurs (Robert Siodmak – 1946 – 102 minutes)

avec Burt Lancaster, Ava Garner, Edmond O’Brien, Sam Levene, Donald MacBride

Deux tueurs débarquent dans une petite ville tranquille pour assassiner « Le Suédois », un ancien boxeur rongé par ses démons du passé et qui attend résigné son heure…

Basé sur une nouvelle d’Ernest Hemingway (adaptée par John Huston et Richard Brooks), Les Tueurs est un chef d’œuvre du film noir, reprenant la narration en flash-backs de Citizen Kane (1942) pour démêler les fils d’un passé torturé et poisseux. Don Siegel était pressenti pour le réaliser, mais on lui préféra Robert Siodmak, à l’impeccable esthétique inspirée de l’expressionnisme allemand – qu’importe, Siegel signera son remake en 1964 sous le nom d’A bout portant. Robert Lancaster tourne son premier film et Ava Gardner son premier grand rôle (quelle femme fatale !), pour former un couple cruel et désespéré typique des films noirs qui propulsera leurs carrières au sommet d’Hollywood.

En bonus sera diffusée un autre adaptation de cette nouvelle d’Hemingway par Andreï Tarkovki, dont il s’agit du premier court-métrage quand il était étudiant (1956 – 21 minutes)

Ciné-club William Holden prisonnier de guerre : Stalag 17 (1952) – Le Pont de la rivière Kwaï (1957)

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– 19h : Stalag 17 (Billy Wilder – 1952 – 121 minutes)

Avec William Holden, Don Taylor, Otto Preminger, Peter Graves, Robert Strauss

Durant la Seconde Guerre mondiale, des prisonniers de guerre américains d’un camp allemand mettent au point un plan d’évasion, sur fond de suspicion d’un indicateur secret qui communiquerait avec les gardes allemands.

Adapté d’une pièce à succès de Broadway écrite par deux anciens prisonniers de guerre, Stalag 17 est un film typique de Billy Wilder, dont c’est déjà le onzième film (mais à peine la moitié de sa filmographie !). Typique car on retrouve ce mélange de drame et d’humour qui lui est si propre, avec des dialogues très piquants et un rythme millimétré, tant dans les séquences légères que plus graves. Seul Billy Wilder pouvait parvenir à faire une comédie dans un camp de prisonnier de guerre ! Comme dans la plupart de ses films, le thème du double est au cœur du film (y compris pour une scène de danse avec un prisonnier travesti, ce qui n’est pas sans rappeler Certains l’aiment chauds !). Il retrouve un de ses acteurs fétiches, William Holden, avec qui il a déjà tourné son grand classique Boulevard du crépuscule (1950), et dont ce rôle d’opportuniste qui sert de bouc-émissaire (nous sommes alors en plein maccarthysme) lui vaudra l’Oscar du meilleur acteur (ils tourneront encore ensemble Sabrina l’année suivante et Fedora en 1978). Le rôle du chef de camp nazi est tenu par Otto Preminger, le fameux réalisateur autrichien émigré aux Etats-Unis à la filmographie impressionnante (Laura, La Rivière sans retour). Fait rare, le film a été tourné chronologiquement (dans l’ordre du scénario), ce qui est plus coûteux mais dont le but était que les acteurs ne soient pas au courant de l’identité du traitre parmi eux, afin de rendre leur suspicion plus réelle durant le tournage. Stalag 17 est devenu un des nombreux classiques de la filmographie de Billy Wilder (qui en fut nominé à l’Oscar du meilleur réalisateur), et un des meilleurs films de prisonniers de guerre avec La Grande évasion (1963).

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– 21h : Le Pont de la rivière Kwaï (David Lean – 1957 – 161 minutes)

Avec William Holden, Alec Guinness, Jack Hawkins, Sessue Hayakawa, James Donald, Ann Sears, Geoffrey Horne

En 1943, un camp japonais en Birmanie fait travailler des prisonniers de guerre britanniques pour construire un pont au-dessus de la rivière Kwaï, qu’un commando allié souhaite faire exploser.

Le Pont de la rivière Kwaï est un classique d’entre les classiques, souvent rediffusé à la télévision pour de bonnes raisons : cette superproduction spectaculaire n’a rien perdu de sa splendeur et de sa force. Adapté d’un roman du français Pierre Boulle (auteur de La Planète des singes, transposé plus tard au cinéma par Schaffner en 1968), le film porte sur la folie militaire et destructrice, où contre tout manichéisme le code d’honneur absurde et l’instinct de mort dominent dans les deux camps, envahisseurs japonais et prisonniers britanniques, prodigieusement et dramatiquement représentés par Sessue Hayakawa (nominé à l’Oscar du meilleur second rôle) et Alec Guinness (Oscar du meilleur acteur). Tourné à Ceylan (aujourd’hui Sri Lanka), le film est rempli de superbes scènes de jungle, ce qui n’est pas une surprise de la part de David Lean, réalisateur esthète qui éblouira les spectateurs du monde entier avec son prochain film, le légendaire Lawrence d’Arabie (1962). Succès total, avec un budget d’un peu de moins de trois millions de dollars Le Pont de la rivière Kwaï en remportera dix fois plus au box-office, et recevra quelques trente-quatre récompenses internationales (BAFTA, Golden Globes, New York Film Critics Awards, etc.), dont sept Oscars (meilleurs film, réalisateur, scénario, acteur, photographie, musique, montage). Quant à William Holden, il s’en tire plutôt bien, puisqu’il avait accepté le rôle sans enthousiasme en échange d’un salaire énorme et surtout de 10 % des bénéfices mondiaux du film !