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8 janvier 2017 : Ciné-club Course : Torque, la route s’enflamme (2004) – Les Chariots de feu (1981)

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– 19h : Torque, la route s’enflamme (Joseph Kahn – 2004 – 84 minutes)

avec Martin Henderson, Ice Cube, Monet Mazur, Adam Scott, Matt Schulze, Jaime Pressly, Jay Hernandez

Accusé par un gang de motards d’un meurtre qu’il n’a pas commis, Cary Ford doit fuir et retrouver le coupable pour sauver sa peau.

De la part du producteur de Fast and Furious, S.W.A.T. et xXx, on sait que l’on ne risque pas de tomber sur un film d’auteur, mais plutôt sur des grosses cylindrées. Après sa série de films de bagnoles, voici un film de bécanes, avec pas moins de soixante-dix motos différentes pour le tournage (dont la plus rapide du monde, n’existant qu’en dix exemplaires). Sous une fausse histoire d’amour, Torque est un authentique film de brute, de vitesse, d’adrénaline, de carrosserie, d’asphalte et de grabuges pyrotechniques, soutenu pour une BO affreusement MTVesque. Après plus de deux cent clips musicaux pour Britney Spears, Eminem, Christina Aguilera, U2, Ricky Martin ou Ice Cube (qui joue dans le film, ou plutôt grimace, puisque c’est la seule chose dont il soit ici capable), Joseph Kahn met enfin son génie dans son premier long métrage. Il déploie une audace visuelle improbable dont on se serait bien passé tant il est fier de lui. Il va tellement loin qu’il franchit allégrement le mur du çon, ivre de surenchères de mouvements de caméra impossibles– mention spéciale à une course-poursuite en moto sur le toit d’un train, et pour la scène finale dans Los Angeles qui fait exploser le compteur de bêtise et fait rentrer Torque au panthéon des plus grands nanars, mention mâchoire par terre. Le film est un échec critique et commercial complet, qui vaudra au réalisateur de ne pouvoir tourner à nouveau pour le cinéma qu’en 2011. D’un très grand professionnalisme technique, Torque est un des films les plus singuliers et hilarants qu’il est donné de voir dans sa vie par sa nullité et sa crétinerie, bien plus marquant que la plupart des sorties annuelles. En un mot : culte !

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– 21h : Les Chariots de feu (Hugh Hudson – 1981 – 123 minutes)

avec Ben Cross, Ian Charleson, Nigel Havers, Cheryl Campbell, Alice Krige, Lindsay Anderson, Dennis Christopher, Nigel Davenport, Brad Davis, Peter Egan, Sir John Gielgud, Ian Holm, Patrick Magee

Deux coureurs britanniques que tout oppose se préparent pour les Jeux Olympiques de Paris en 1924.

Ce film d’époque commence dans les belles universités anglaises de la classe supérieure et adapte l’histoire vraie de deux champions britanniques d’athlétisme, pourtant si différent : Eric Liddell, chrétien qui court pour Dieu et ainsi refusant les courses le dimanche (y compris durant les Jeux Olympiques), et Harold Abrahams, juif arrogant qui souhaite prendre sa revanche sur l’antisémitisme ambiant. Autour de cette dualité, Les Chariots de feu constitue une sublime mise en forme esthétique, tempéraments, motivations et visions du monde respectives à travers l’effort athlétique, comme pendant et expression de leur foi et de leur force intérieure. Le casting masculin a d’ailleurs dû suivre un titanesque entraînement professionnel pendant trois mois pour passer pour des athlètes crédibles. La séquence où ils courent avec une vingtaine d’hommes en blanc au ralenti est un grand classique de l’histoire du cinéma, transcendée par la célèbre musique au synthétiseur de Vangelis Papathanassiou (dit Vangelis) – une des premières du genre du cinéma, et qui sera une des bandes originales les plus vendues dans le monde, lançant une mode de BO au synthé. Malgré son petit budget, Hugh Hudson réalise pour son premier film (après tout de même plus de mille cinq cent publicités et documentaires !) un classique quasi mystique sur l’esprit sportif et les conflits de classe, remportant quatre Oscars (meilleur film, meilleur scénario original, meilleure musique et meilleurs costumes) sur sept nominations.

Ciné-club Ultra-violence : Funny Games U.S. (2007) – Orange Mécanique (1971)

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– 19h : Funny Games U.S. (Michael Haneke – 2007 – 111 minutes)

Avec Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt, Brady Corbet, Devon Gearhart

Une famille américaine en vacances dans leur maison de campagne est malmenée par deux charmants jeunes hommes un peu trop joueurs.

Après sa trilogie de la glaciation émotionnelle, Michael Haneke avait réalisé en Autriche en 1997 un film choc, Funny Games. Dix ans plus tard, il réalise lui-même un remake, Funny Games U.S., avec exactement le même scénario, les mêmes dialogues, les mêmes plans de caméra, avec pour seule différence les décors et les acteurs. Pourquoi une initiative aussi étrange ? Il faut savoir que Funny Games était tout sauf un film de violence gratuite (qui est de toute façon et avant tout psychologique), mais une rude mise à l’épreuve du spectateur, visant à lui faire comprendre que la violence qu’on lui a habitué à voir au cinéma et à la télévision depuis des décennies était fausse, édulcorée, in fine toujours lavée dans la morale, la justice et le happy end, par la police ou de valeureux héros. En réalité, la véritable violence, telle qu’elle est vécue dans le monde réel n’a rien à voir avec celle de la fiction : elle est radicale, crue, douloureuse, et souvent sans secours. Le film avait beau avoir fait scandale lors de sa présentation au cinquantième Festival de Cannes, le film autrichien était passée complètement inaperçue aux Etats-Unis, qui est le pays même de la violence, à la fois réelle et fictionnelle, à travers son imposante industrie du divertissement audiovisuel qui vend de la violence (sous forme de scènes de fusillades ou de meurtres sanglants) comme des popcorns pour presque tous les publics. C’est pourquoi Haneke adopte une nouvelle stratégie, et décide de porter son discours cinématographique sur la violence non plus par la petite case des films indépendants en langue allemande importés d’Europe, mais avec un nouveau film en anglais produit par des capitaux internationaux, avec des stars américaines (Naomi Watts et Tim Roth) dans un cadre de vie américain à Long Island, afin qu’il ait une meilleure exposition sur les écrans nationaux. Le film s’avère être un échec au box-office, mais qu’importe, il demeure une des dénonciations définitives sur la violence de divertissement, grâce à son mécanisme psychologiques tout à fait machiavélique et rigoureux. En somme, l’Orange Mécanique des années 2000.

 ORANGE MECANIQUE

– 21h : Orange Mécanique (Stanley Kubrick – 1971 – 137 minutes)

Avec Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates, Warren Clarke, Adrienne Corri, David Prowse

« Il y avait moi, c’est à dire Alex et mes trois droogies, c’est à dire Pete, Georgie et Dim. Nous étions installés au Korova Milk Bar à nous creuser le rassoudok pour savoir où passer la soirée. Au Korova on sert du Lait Plus, Lait Plus Velocet ou Synthemesc ou Drinkrom. Nous, on en était au Drinkrom, ça vous affute l’esprit et ça vous met en train pour une bonne petite fête d’ultra violence. »

En 1962 Anthony Burgess écrit le livre L’Orange mécanique, inspiré par le viol de sa femme. En 1971, Stanley Kubrick, auréolé du triomphe de 2001, l’Odyssée de l’espace (1968), l’adapte au cinéma (en se basant sur l’édition américaine du livre, qui omet le chapitre final où Alex murit et renonce à la violence, ce qui rend la fin du film plus cynique et pessimiste). C’est un film de science-fiction qui pose le problème politique de la violence dans une époque de crise économique à l’horizon social sombre, en montrant le conflit entre le libre arbitre de l’individu et le contrôle totalitaire de l’Etat (ce qui est encore d’actualité, et sans doute pour longtemps). Après la sortie de films violents en 1971 comme Les Chiens de paille (Sam Peckinpah) ou Les Diables (Ken Russel), la polémique éclate dans les médias, Orange mécanique est classé X au cinéma. Suite à quelques actes de délinquances influencés par le film, ainsi que des lettres de protestation et de menaces contre sa famille, Kubrick (résident britannique) choisit d’interdire le film au Royaume-Uni. Il y restera donc officiellement invisible pendant vingt-sept ans, jusqu’à sa mort, ce qui a grandement contribué à en faire un film culte, qu’on ne pouvait réussir à voir qu’en copie pirate de mauvaise qualité. Mais au-delà de son aura sulfureuse, les qualités d’Orange mécanique résident évidemment dans son esthétique unique, visuellement futuriste et volontairement kitsch, en accentuant la mode psychédélique de l’époque. Les scènes de violence stylisée n’ont pas d’équivalent dans l’histoire du cinéma, magnifiée par la musique expérimentale de Wendy Carlos, du Beethoven, Purcell et Rossini joué sur synthétiseur Moog ! Malcolm McDowell (repéré dans If… en 1968) joue ici le rôle de sa vie, Alex DeLarge et son fameux langage nadsat (mélange d’argot anglais et de russe), devenu un symbole du jeune subversif et charismatique. L’influence et l’importance culturelle du film est immense, tant dans le cinéma (Quentin Tarantino, Gaspar Noé) que dans l’esthétique ou les paroles de groupe de musique (Led Zeppelin, David Bowie, Siouxsie and the Banshees, Blur), parmi bien d’autres clins d’œil audiovisuels (Simpson, South Park). Entre 2001 et Barry Lyndon, Orange mécanique est un des chefs d’œuvre qui ont fait de Stanley Kubrick est un des plus grands réalisateurs du cinéma.