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23 octobre : Ciné-club Spartacus (1960)

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– 19h : Spartacus (Stanley Kubrick – 1960 – 196 minutes)

avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Jean Simmons, Charles Laughton, Peter Ustinov, John Gavin, Tony Curtis, Woody Strode, John Ireland

Dans l’Antiquité, un gladiateur mène une rébellion d’esclaves contre le pouvoir romain pour retrouver leur liberté.

Kirk Douglas souhaitait vivement jouer le rôle principal de Ben-Hur, mais on ne lui proposait que le rôle de son ennemi (Messala), ce qu’il refusa. Mais il se rattrape avec l’adaptation du roman Spartacus d’Howard Fast, qu’il produit et interprète. Le tournage commence avec Anthony Mann (Le Cid, La Chute de l’empire romain) à la réalisation, mais Douglas le renvoie au bout de deux semaines, et le remplace par Stanley Kubrick (avec qui il avait tourné Les Sentiers de la gloire), qui venait justement de se faire virer par Marlon Brando du western La Vengeance aux deux visages. Spartacus est le second film le plus cher de l’époque (après Ben-Hur) avec ses douze millions de dollars, cent soixante-sept jours de tournage et dix mille figurants, et ça se voit à l’écran, pour le ravissement des yeux ! Le casting est inouï : outre Douglas (Les Vikings), on retrouve Sir Laurence Olivier (Hamlet, Marathon Man), Jean Simmons (Un si doux visage), Charles Laughton (Les Révoltés du Bounty), Peter Ustinov (Mort sur le Nil), John Gavin (Le Temps d’aimer et le temps de mourir) ou Tony Curtis (L’Etrangleur de Boston, Amicalement vôtre). Le spectacle et le succès sont au rendez-vous dans ce péplum magnifique et vibrant, un des grands classiques de l’âge d’or d’Hollywood, remportant quatre Oscars (meilleur second rôle pour Peter Ustinov, meilleure direction artistique, meilleurs costumes et meilleure photographie). Scénarisé par Dalton Trumbo (exilé depuis qu’il est placé sur la liste noire du maccarthysme), le film accompagne la lutte des dominés contre les dominants, ce qui à l’heure du racisme et du marxisme était loin d’être anodin et ainsi réactualise ce mythe puissant. Cependant Kubrick ne le considéra jamais comme un de ses films mais comme une commande, puisque Douglas, en tant que producteur, avait son avis sur tout et le dernier mot – ce qui décida judicieusement à Kubrick à imposer son final cut sur tous ses films suivants. Enfin, comme Douglas l’écrira dans ses mémoires « Spartacus occupa trois ans de ma vie, plus de temps que n’en passa le véritable Spartacus à guerroyer contre l’empire romain ».

15 novembre : Ciné-club Cléopâtre (1963)

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– 19h : Cléopâtre (Joseph L. Mankiewicz – 1963 – 249 minutes)

avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, Rex Harrison, Martin Laudau, Roddy McDowall

L’histoire de Cléopâtre, reine d’Egypte à la beauté légendaire, et ses relations avec Jules César et Marc-Antoine pour faire alliance avec Rome.

Le film Cléopâtre est une légende à lui tout seul, à l’égal de son sujet. Alors que le président de la 20th Century Fox voulait au départ faire un simple remake à petit budget du film muet Cléopâtre de 1917, en voulant s’inspirer des superproductions à la mode à la Ben-Hur le projet deviendra le film le plus coûteux de l’histoire du cinéma, avec ses 44 millions de dollars (soit en terme relatif 300 millions de dollars actuels).

Deux ans de tournage, des décors coûteux construits en Angleterre abandonnés à cause du climat non raccord avec le cadre égyptien, un premier réalisateur renvoyé (Rouben Mamoulian) et remplacé en cours de route par le maître Joseph L. Mankiewicz (L’Aventure de Mme Muir, Eve, La Comtesse aux pieds nus) qui doit tourner de jour et continuer d’écrire le scénario la nuit, une star mondiale (Elizabeth Taylor) payée un million de dollars (record de l’époque… sans compter les frais de dépassement de calendrier) qui manque de mourir d’une pneumonie et qui ne peut tourner pendant un an, les deux acteurs masculins principaux qui sont remplacés par Rex Harrison et Richard Burton et doivent retourner leurs scènes, une liaison scandaleuse et ultra-médiatisée entre Taylor et Burton (tous deux mariés) condamnée par le Pape en personne. Ainsi que 79 plateaux de tournages, quatre batailles épiques, 26 000 costumes (195 000 dollars rien que pour les 65 costumes de Taylor, dont une robe en or de 24 carats), des kilomètres de figurants, presque une centaine d’heures de scènes tournées. Dépassé par les événements incontrôlables, Mankiewicz reniera le film – il souhaitait en sortir deux films de trois heures, mais le studio fit son propre montage de quatre heures.

Malgré ses quatre Oscars (meilleurs costumes, effets visuels, photographie et direction artistique) sur neuf nominations, le film faillit faire couler la 20th Century Fox, et mit des années à se rembourser. Derrière la fascinante histoire de cette production pharaonique, on en oublierait presque que le film est un sublime spectacle visuel, une tragédie intimiste shakespearienne alternant romance, politique et Histoire.

Ciné-club Jésus : Monty Python : La Vie de Brian (1979) – Le Roi des rois (1961)

Jésus est un personnage au destin et la postérité exceptionnels. Fils de Dieu, fondateur du Christianisme, ressuscité d’entre les morts, c’est sans doute l’homme le plus important d’Occident, et un des grands représentants de l’humanité. Un tel palmarès auquel Le Festin Nu ne pouvait pas ne pas rendre hommage, avec un biopic monumental et une parodie hilarante.

 Dimanche 4 mai 2014 :

LA VIE DE BRIAN

– 19h : Monty Python : La Vie de Brian (Terry Jones – 1979 – 93 minutes)

avec Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Michael Palin, Terry Jones, Terry Gilliam

La vie de Brian, né en l’an 0, pris à tort pour le messie.

Après le succès de Sacré Graal !, les journalistes demandèrent aux Monty Python quel serait le titre de leur prochain film. Eric Idle répondit au hasard « Jésus Christ ou la soif de gloire » ! Finalement la troupe envisagea sérieusement l’idée, et partit écrire le scénario aux Caraïbes. Cette fois-ci le film n’est pas une suite de sketchs mis bout à bout (comme dans Flying Circus, Sacré Graal ! ou Le Sens de la vie) mais a une véritable histoire structurée. Leur producteur se désistant au dernier moment avant le tournage, c’est le Beatle George Harrison, ami du groupe, qui le finança (et y fit une apparition) – la lecture du script lui ayant donné l’envie de voir le film, ce qui fit dire aux Python qu’il s’agissait du billet de cinéma le plus cher jamais acheté ! Tourné en Tunisie, les Python incarnent une quarantaine de rôles à eux seuls. Le film est une hilarante satire des religions en général, plutôt qu’une attaque contre Jésus ou Dieu. Néanmoins il fut très mal reçu par les croyants, criant au blasphème. Une énorme polémique s’ensuivit, dans les débats télévisés ou devant les salles de cinéma où des militants distribuaient des tracts. Le film fut interdit dans certaines villes anglaises (y compris quand elles n’avaient pas de salles de cinéma !), pendant huit ans en Irlande, un an en Norvège, à Jersey jusqu’en 2001, non distribué en Italie jusqu’en 1990. Mais quelle publicité inouïe par la même occasion ! Preuve que la critique dans La Vie de Brian du fanatisme religieux et du besoin aveugle et frénétique de croire étant plus vraie que nature. Mais qu’importe, ce qui compte est qu’il s’agit d’un des films les plus drôles de l’histoire du cinéma.

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– 21h : Le Roi des rois (Nicholas Ray – 1961 – 171 minutes)

avec Jeffrey Hunter, Robert Ryan, Siobhan McKenna, Hurd Hetfield, Ron Randell, Viveca Lindfors, Brigid Balzen

La vie de Jésus en Palestine, de sa naissance à sa crucifixion, puis sa résurrection.

Dans les années 50, avec la concurrence de la télévision, le cinéma lance des formats très larges tels que Cinemascope ou VistaVision pour offrir une expérience visuelle plus immersive aux spectateurs. L’industrie cinématographique se lance donc dans des superproductions spectaculaires comme les péplums, inspirés des récits antiques ou bibliques. C’est ainsi que le producteur spécialiste du genre Samuel Bronston (Le Cid, La Chute de l’empire romain) engage le prestigieux Nicholas Ray (Les Amants de la nuit, La Fureur de vivre avec James Dean) pour réaliser un remake du Roi des rois de Cecil B. DeMille de 1927. Ce remake a la lourde tâche d’être le premier film parlant en anglais à représenter le Christ en entier ; auparavant on n’en montrait pas le visage (comme dans Ben-Hur). C’est Jeffrey Hunter (La Prisonnière du désert de John Ford) qui l’incarne – les critiques ont par la suite reproché son apparence trop juvénile, alors qu’il avait l’âge christique de 33 ans lors du tournage ! Robert Ryan interprète un Jean-Baptiste passionné et intense, tandis que Brigid Balzen est tout à fait à la hauteur de la voluptueuse Salomé et de sa fameuse danse lascive et fatale. A noter que c’est Orson Welles qui donne sa voix au narrateur. Tourné avec plusieurs milliers de figurants en Espagne, les plans sont grandioses et parfaitement construits. Pour accroître le spectacle et ajouter des scènes de batailles, le récit oppose l’approche rebelle et violente de Barabbas à celle pacifique et sentencieuse de Jésus. Quant à la partition de Miklós Rózsa (Ben-Hur, Quo Vadis, Le Cid), elle est épique et mémorable. Enfin, s’il donne à voir un Jésus plus biblique qu’humain, moins réaliste et tourmenté que dans La Dernière tentation du Christ ou La Passion du Christ, Le Roi des rois reste un des grands péplums bibliques de l’âge classique d’Hollywood, qui a longtemps fait date.