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Ciné-club Jean-Pierre Cassel / Philippe de Broca : Les Jeux de l’amour (1959) – Le Farceur (1961)

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– 19h : Les Jeux de l’amour (Philippe de Broca – 1959 – 85 minutes)

avec Jean-Pierre Cassel, Geneviève Cluny, Jean-Louis Maury

Une jeune antiquaire souhaite se marier et un enfant avec son compagnon, mais celui-ci refuse. En revanche, leur voisin amoureux se propose d’y remédier.

Philippe de Broca a commencé sa carrière au bon endroit : assistant-réalisateur de Claude Chabrol sur Le Beau Serge, Les Cousins et A Double tour (1959), et de François Truffaut sur Les Quatre cents coups (1959). Dans cette période d’ébullition créatrice et de tournages à tout va, c’est tout naturellement que Philippe de Broca réalise son premier long-métrage, Les Jeux de l’amour, produit par Claude Chabrol (qui y fait d’ailleurs une route apparition) et écrit avec Daniel Boulanger (avec qui il collaborera toute sa carrière) sur une idée de Geneviève Cluny (l’actrice principale) – idée que Jean-Luc Godard reprendra pour Une femme est une femme (1961). De Broca trouve son premier acteur fétiche, Jean-Pierre Cassel (père de Vincent), alter ego du réalisateur, toujours dans un mouvement perpétuel, bondissant, bavard et charmeur ; sa présence et son dynamisme en font rétrospectivement un rival du jeune Jean-Paul Belmondo (qui tournera beaucoup avec de Broca, notamment L’Homme de Rio ou Le Magnifique). Le film repose en grande partie sur ses épaules, lui donnant une folie douce et une poésie qui rappellent les marivaudages de Musset. Si le film n’est pas strictement de la Nouvelle Vague, il n’en est pas loin non plus, avec ses tournages en extérieur, incarnant une certaine modernité à l’aube des années 60, avec la jeunesse française insouciante tâchant d’oublier les contraintes de la société, sortant dans les boîtes de nuit en cave de Saint-Germain-des-Prés, en quête de rencontres et plaisirs éphémères. Il se dégage même une inspiration des comédies américaines loufoques d’avant-guerre, type screwball comedy. Une bouffée d’air frais dans le cinéma français qui sera récompensée de l’Ours d’argent du Festival de Berlin, et qui lancera la carrière de De Broca et de Cassel.

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– 21h : Le Farceur (Philippe de Broca – 1961 – 87 minutes)

avec Jean-Pierre Cassel, Anouk Aimée, George Wilson, Geneviève Cluny, Pierre Palau, Anne Tonietti, François Maistre, Jean-Pierre Rambal

Un jeune séducteur extravagant tombe amoureux d’une belle bourgeoise mariée à un industriel ennuyeux.

De Broca continue sur sa lancée avec Le Farceur, affinant son style dans la même trajectoire. Chabrol est toujours producteur, Boulanger co-scénariste, George Delerue à la partition (il en signera dix-sept pour de Broca). Jean-Pierre Cassel persévère dans son personnage d’insatisfait ne tenant jamais en place, libertaire sur ressort, chantant et criant. Geneviève Cluny est aussi du casting, mais en second rôle, puisque c’est la belle, raffinée et mythique Anouk Aimée (La Dolce Vita, Lola, Huit et demi, Un Homme et une femme) qui incarne l’objet de l’amour obsessionnel du héros. Le Farceur a plus de budget et cela se voit : d’un trio on passe à une famille d’excentriques, les décors sont plus variés et plus spacieux, tout en conservant un goût du bazar, de l’accumulation et du détail. Ne se confinant plus dans un quartier, Jean-Pierre Cassel arpente à présent Paris, ses rues et, ses toits, à pied, à vélo ou en voiture. Le film est cependant plus profond qu’il n’y paraît : derrière son intrigue classique à la Marivaux on perçoit une mélancolie latente, un hédonisme dont la fuite en avant mène droit à une impasse et aux déceptions, un aveuglement qui révèle une immaturité et une inadaptation fondamentale aux codes de la société banale et policée. En tout cas l’écriture est plus subtile et vaudra au film de recevoir le Prix du meilleur scénario du Festival de Locarno. De Broca continuera presque exclusivement dans ses films optimistes, légers et sautillants, en finissant avec L’Amant de cinq jours (1961) sa trilogie avec Cassel, et connaîtra le triomphe public avec Belmondo avec Cartouche (1962) et surtout L’Homme de Rio (1964).

En bonus seront projetés deux court-métrages de Philippe de Broca : « La Gourmandise » (avec George Wilson et Paul Préboist, extrait du film à sketch Les Sept Péchés capitaux, 1962, 19 minutes) et « Mademoiselle Mimi » (avec Jean-Claude Brialy et Jeanne Moreau, extrait de Le plus vieux métier du monde, 1968, 18 minutes).

Ciné-club Jean-Paul Belmondo : A bout de souffle (1960) – Le Magnifique (1973)

Dimanche 20 avril 2014 :

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– 19h : A bout de souffle (Jean-Luc Godard – 1960 – 90 minutes)

avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Jean-Pierre Melville, Roger Hanin

Un petit voyou tue un policier et se réfugie à Paris. Il cherche à redevenir l’amant de son amie américaine pour fuir ensemble en Italie.

Après des articles aux Cahiers du Cinéma et cinq courts-métrages, Jean-Luc Godard réalise son premier long-métrage historique, A bout de souffle. S’il n’est pas chronologiquement le premier film de ce qu’on appellera la Nouvelle Vague (Le Beau Serge de Chabrol et Les Quatre Cent Coups de Truffaut sont sortis plus tôt), il en constitue le manifeste esthétique le plus audacieux, révolutionnaire et marquant. Sous ses dehors d’hommage aux films de gangsters américains, c’est en réalité une explosion de la grammaire cinématographique, un vent de liberté formelle sans équivalent, à base d’improvisations et digressions, tournage inédit en décors réels (Paris est filmé en style quasi-documentaire), script tenant sur trois pages, acteurs en roue libre, montage hasardeux, ruptures de ton permanentes. Sur une idée de scénario de François Truffaut et un conseil technique de Claude Chabrol, le film déborde de clins d’œil et de citations : une affiche de Humphrey Bogart qui impressionne Belmondo, Jean-Pierre Melville qui joue un romancier, des exemplaires et journalistes des Cahiers du Cinéma, des scènes au cinéma, des références à Rilke, Faulkner, Picasso, Renoir, etc. Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg forment un couple inoubliable et si profondément moderne, le premier débutant avec fulgurance la carrière que l’on sait, la seconde belle pour l’éternité (sans laisser présager sa future descente aux enfers). A bout de souffle annonce un bouleversement formel qui secouera le cinéma français et mondial pendant au moins une décennie. C’est enfin un des films de Godard les plus libres, innocents et attachants, qualités que l’on ne retrouvera pas si souvent que ça dans sa longue et laborieuse filmographie, avant qu’il ne se systématise, intellectualise et politise jusqu’à l’outrance.

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– 21h : Le Magnifique (Philippe de Broca – 1973 – 94 minutes)

avec Jean-Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli, Jean Lefebvre

Un auteur de livre d’espionnage s’inspire des péripéties de sa vie privée pour écrire les aventures de son héros, l’espion Bob Saint-Clar.

Après les immenses succès de L’Homme de Rio (1964) et Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965), Philippe de Broca retrouve son ami Jean-Paul Belmondo pour une nouvelle comédie d’aventure. Le Magnifique regroupe en réalité deux films en un : une parodie exotique des séries B et romans de gare d’espions indestructibles et séducteurs, ainsi qu’une comédie sentimentale autour de l’auteur des livres d’espionnage, en panne d’inspiration, amoureux de sa voisine amatrice de son héros. Un des charmes irrésistibles du film est, outre son humour dévastateur et imparable, le va-et-vient constant entre la réalité et la fiction, entre François Merlin l’auteur et Bob Saint-Clar son héros (qui inspirera d’ailleurs le pseudonyme du DJ Bob Sinclar), la grisaille parisienne et le Brésil coloré, les deux s’influençant réciproquement dans une ambiance imprévisible et onirique. Jacqueline Bisset rappelle quel sex-symbol injustement sous-estimée elle a toujours été, et Jean-Paul Belmondo est survolté comme jamais. A vrai dire, on croit reconnaître l’exact point de bascule entre le Belmondo des cinéphiles des années 60 et le Bebel auto-caricaturé des années 80 ; ici, il cabotine comme un diable, mais encore avec l’énergie et la subtilité du grand acteur. Avec son imaginaire inspiré et hilarant, Le Magnifique reste une des grandes dates des riches carrières de De Broca et Belmondo.