Archives du mot-clé road movie

14 janvier 2017 : Ciné-club Tournée rock : J’ai tout donné (1972) – Presque célèbre (2000)

– 19h : J’ai tout donné (François Reichenbach – 1972 – 80 minutes)

Le prestigieux documentariste François Reichenbach a filmé Johnny Hallyday pendant un an, tout au long de sa tournée de 1971, où celui-ci jouait dans des chapiteaux de cirque montés chaque soir, devant un public post-soixante-huitard en masse et réellement en transe. Un road movie franco-américain où Polnareff l’accompagne au clavier au Palais des Sports, les groupies font irruption dans ses hôtels, certains fans suivent toute la tournée – qui avait encore une dimension humaine, presque artisanale comparée à la logistique du star system contemporain. Avec un montage audacieux loin des documentaires consensuels habituels, Reichenbach pose une caméra intimiste et indiscrète, tentant de percer dans ses instants volés le mythe Hallyday, titan timide, idole solitaire ne s’appartenant plus, dépassé par sa légende, bête de scène absolue portant sur ses seules épaules le rock en France pendant vingt ans, épuisé avant et après les concerts dans des loges inconfortables, se couchant à 6h et dormant le jour, tentant de sauver son mariage avec Sylvie Vartan et de résister aux vices des tournées, allant enregistrer et voyager en moto aux USA, le pays de ses rêves. Présenté en ouverture du Festival de Cannes, J’ai tout donné ne triche pas sur son titre et donnera des surprises aux plus snobs amateurs de rock.

– 21h : Presque célèbre (Cameron Crowe – 2000 – 122 minutes)

avec Billy Crudup, Frances McDormand, Kate Hudson, Jason Lee, Patrick Fugit, Anna Paquin, Fairuza Balk, Noah Taylor, Philip Seymour Hoffman, Jimmy Fallon

Dans les années 70, un adolescent est engagé par le magazine Rolling Stone pour suivre la tournée du groupe de rock Stillwater, avec son lot habituel de groupies et d’excès.

A travers le groupe fictif Stillwater, Cameron Crowe raconte sa propre jeunesse dans ce film autobiographique. Le critique précoce signa en effet des articles pour Creem et Rolling Stone où il racontait les tournées de Led Zeppelin, Allman Brothers Band, Eagles ou Lynyrd Skynyrd. Toute l’ambiance et l’esthétique de l’époque sont donc méticuleusement reconstituées, sur scène et en coulisses, des fêtes d’hôtels aux longs voyages en bus, en passant par les tensions dans le groupe ou les plaisirs avec les groupies. Le guitar hero Peter Frampton a été engagé comme consultant technique, et la bande-son est évidemment constituée de classiques de l’époque : Led Zeppelin, Black Sabbath, Stooges, David Bowie, The Who, Rod Stewart, etc. Hollywood oblige, si Presque célèbre est forcément en-dessous de la réalité (le documentaire sur la tournée 72 des Rolling Stones, Cocksucker Blues, est toujours interdit, et il y a de quoi), il reste une agréable comédie nostalgique sur un certain âge d’or du rock et ses fantasmes, ainsi que sur le passage à l’âge adulte d’une jeune passionné naïf et innocent. Ce récit efficace a été récompensé de l’Oscar du meilleur scénario, tandis que Kate Hudson et Frances McDormand ont été nommées à l’Oscar du meilleur second rôle féminin.

Ciné-club Wim Wenders : Les Ailes du désir (1987) – Paris, Texas (1984)

Le Festin Nu célèbre l’amitié franco-allemande avec deux fameuses co-productions franco-allemandes primées au Festival de Cannes du grand réalisateur allemand Wim Wenders, financées par Anatole Dauman via Argos Films (qui avait aussi produit L’Empire des sens et L’Empire de la passion de Nagisa Oshima).

Dimanche 19 janvier 2014 :

 19178964

– 19h : Les Ailes du Désir (Wim Wenders – 1987 – 127 minutes)

avec Bruno Ganz, Solveig Dommartin, Otto Sander, Curt Bois, Peter Falk

A Berlin, deux anges errent invisibles en observant les gens vivre et penser. L’un d’eux tombe amoureux d’une trapéziste de cirque et rêve de devenir humain.

Inspiré par un poème de Rainer Maria Rilke, Les Ailes du désir est un film contemplatif et rêveur, un conte philosophique rempli d’aphorismes, tourné sans scénario avec beaucoup d’improvisations. De par la capacité des anges à voir et entendre tout ce que les mortels font, disent et pensent, mais sans jamais pouvoir se manifester, le film a une atmosphère unique d’errance et d’incommunicabilité entre les êtres. Le superbe noir et blanc exprime cette vision terne et sans vie des anges, tandis que parfois le passage à la couleur signifie la perspective humaine, la seule capable de goûter les délices du réel. L’un des personnages principaux du film est bien sûr la ville de Berlin, avant la chute du Mur, « lieu historique de la vérité ». L’importance culturelle du film l’a d’ailleurs fait diffuser lors de la soirée inaugurale de la chaîne Arte en 1992. A noter la présence de Nick Cave & the Bad Seeds pour une scène concert, ainsi que Peter Falk (Columbo) dans son propre rôle. Dédié à la mémoire de Yasujiro Ozu, Andreï Tarkovski et François Truffaut, le film a gagné le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Il a connu une suite réalisée par Wenders lui-même en 1993 (Si loin, si proche), et un remake en 1998 (La Cité des anges de Brad Silberling).

 paris-texas

– 21h : Paris, Texas (Wim Wenders – 1984 – 147 minutes)

avec Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski, Dean Stockwell

Un américain va chercher son frère retrouvé au Texas après quatre ans de disparition et d’errance. Muet, il ne donne pas d’explication mais semble renfermer un lourd passé.

Co-écrit avec Sam Shepard, Paris, Texas est un road movie, tournée en Californie et au Texas. Cette bouleversante quête d’identité d’un homme est autant un voyage géographique, temporel et intérieur, des superbes paysages désertiques aux grands villes californiennes, des tourments de son passé à une tentative  de renouer ses liens familiaux, des fantômes confus de sa mémoire et de sa personnalité jusqu’à sa réintégration dans la réalité. Le film est servi par des interprétations remarquables, au premier plan par Harry Dean Stanton, plus vrai que nature, et par Nastassja Kinski (fille de Klaus), magnétique et poignante comme jamais (Wim Wenders lui avait donné son premier rôle au cinéma à 14 ans). La bande-son du prestigieux Ry Cooder (qui a enregistré avec Captain Beefheart, Taj Mahal, les Rolling Stones ou Little Feat, parmi bien d’autres) est un entêtant blues ésotérique à la slide guitar qui hante le film et se confond parfaitement avec le mythe américain qui fascine Wenders (Cooder retravaillera avec lui sur The End of violence en 1997 et Buena Vista Social Club en 1999). Le film a connu un triomphe, avec la Palme d’Or à l’unanimité, le prix de la critique et le prix du Jury œcuménique du Festival de Cannes.