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22 octobre 2017 : Ciné-club Le Parrain, 2ème partie (1974)

LE PARRAIN 2

– 19h : Le Parrain, 2ème partie (Francis Ford Coppola – 1974 – 200 minutes)

avec Al Pacino, Robert Duvall, Diane Keaton, Robert De Niro, Talia Shire, Morgana King, John Cazale, Marianna Hill, Lee Strasberg

Michael Corleone dirige les affaires de la famille et poursuit son ascension. Mais il réchappe de peu à un attentat, et en cherche l’auteur.

Le succès colossal du Parrain a poussé les studios Paramount à demander une suite à Coppola. Comme ce dernier n’est pas du tout intéressé, les studios lui font une offre qu’il ne peut pas refuser : un million de dollars de cachet, un pourcentage sur les recettes du film, le contrôle artistique total sur le film, et la production d’un projet qui lui tient à cœur, Conversation secrète (qui obtient la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1974). Avec un budget deux fois et demi supérieur à celui du premier, le tournage dure huit mois et demi, en passant par la République dominicaine pour les scènes se passant à Cuba. Le Parrain, 2ème partie met en parallèle la lutte pour le pouvoir de Michael Corleone qui mènera à la désintégration de ses valeurs et de sa famille, avec de nombreux flashbacks sur la jeunesse et l’ascension de son père Vito, depuis la Sicile jusqu’à New York. La tragédie familiale prend la forme d’une fatalité mythique et implacable traversant les générations, avec son lot de meurtres et de trahisons. Marlon Brando devait d’ailleurs reprendre son rôle, mais le cachet exigé était trop élevé. Robert De Niro, qui avait beaucoup étudié dans sa formation le jeu d’acteur de Brando, fut ainsi engagé, après avoir été remarqué dans Mean Streets de Scorsese (il avait déjà auditionné pour le premier film dans le rôle de Sonny). Même avec une rentabilité de plus de 700%, cette suite ne parvient pas à surpasser le succès du premier opus, mais récolte tout de même six Oscars : meilleurs film, réalisateur, scénario, second rôle (Robert De Niro), musique, direction artistique. Le débat fait encore rage chez les cinéphiles pour savoir quel est le meilleur épisode de la saga – mais ce n’est certainement pas le troisième, tourné par Coppola en 1990.

29 janvier 2017 : Ciné-club Marlon Brando : Reflet dans un œil d’or (1967) – Le Parrain (1972)

REFLETS DANS UN OEIL D'OR

– 19h : Reflets dans un œil d’or (John Huston – 1967 – 109 minutes)

avec Marlon Brando, Elizabeth Taylor, Brian Keith, Julie Harris, Robert Forster, Zorro David, Gordon Mitchell, Irvin Dugan, Fay Sparks

Dans une caserne militaire en Georgie, d’étranges triangles amoureux se tissent, rempli de non-dits et de jalousies.

Le film s’ouvre sur la phrase « il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis ». Adapté d’un roman de Carson McCullers, Reflets dans un œil d’or est un film tourmenté et mystérieux sur le désir, la frustration, la déviation, la folie. Derrière la surface lisse d’une caserne militaire, Marlon Brando joue un major torturé par ses démons refoulés, troublé par un de ses soldats (Robert Forster, que l’on retrouvera dans Jackie Brown, Delta Force ou Mulholland Drive) qui s’adonne au naturisme et au voyeurisme, épiant la nuit sa femme (Elizabeth Taylor) dans sa chambre. Elle, frustrée, reporte ses pulsions sur ce qu’elle peut, son cheval ou un colonel avec qui elle a une liaison. La femme de ce dernier (Julie Harris, vue dans A l’Est d’Eden ou La Maison du diable) sombre dans la folie et passe son temps avec un boy philippin caractériel. Dans le prolongement des Désaxés (1961), John Huston installe un climat de malaise rempli de tensions sexuelles et d’interprétations sous-jacentes. La photographie du film est soignée, il a d’ailleurs été tourné dans une version alternative à la teinte entièrement sépia et dorée, que la Warner refusa. Porté par de très grands acteurs, Reflets dans un œil d’or est un drame psychologique vénéneux et complexe préfigurant David Lynch à plusieurs niveaux, et un des films les plus audacieux et singuliers de John Huston.

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– 21h : Le Parrain (Francis Ford Coppola – 1972 – 177 minutes)

avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Richard Castellano, Robert Duvall, Sterling Hayden, John Marley, Richard Conte, Diane Keaton, John Cazale

En 1945, la famille sicilienne Corleone est une des cinq familles régnant sur la mafia new-yorkaise. Mais son chef, Don Corleone, est vieillissant, et refuse la proposition d’une autre famille de s’associer dans le trafic de drogue…

Le jeune Francis Ford Coppola n’avait réalisé que quelques films inégaux (et remporté l’Oscar du meilleur scénario pour Patton) avant de s’attaquer à  l’adaptation d’un roman best-seller de Mario Puzo. Le poste avait été refusé par quantité de réalisateurs et Coppola s’est résolu à l’accepter avant tout pour renflouer sa société de production, American Zoetrope, alors en difficulté. D’un tournage houleux, bataillant constamment avec les studios Paramount alors dirigés par des financiers sans ambition artistique , il accouche rien de moins que de l’un des plus grands films de tous les temps, sur lequel tout a été dit. Le Parrain est un drame shakespearien vertigineux, pas tant un film de gangster qu’une histoire de famille et de pouvoir dont les membres ne peuvent échapper à leur destin inexorable, rempli d’intrigues, de trahisons et de meurtres. Marlon Brando était au plus bas de sa carrière, dont Paramount ne voulait plus entendre parler, mais s’abaissa à accepter un salaire en-dessous de son standard et passer une audition pour décrocher le rôle, signant une des performances les plus mythiques d’Hollywood, récompensée d’un Oscar (qu’il refusa, pour protester contre le traitement infligé aux Indiens d’Amérique). Un jeune inconnu venu du théâtre dont c’est le troisième film, Al Pacino, tient presque seul  le film sur ses épaules et lance sa riche carrière d’acteur culte. Le reste de la distribution est à chaque fois prodigieuse (James Caan, Robert Duvall, Diane Keaton, John Cazale). Le film est une splendeur à tous les niveaux, de la musique (Nina Rota) à la photographie (les scènes en Sicile…), en passant par la réalisation impériale. Succès critique et public absolu, le film est le premier à dépasser les 100 millions de dollars de recettes, culminant à 245 millions (pour un budget de 7 millions !). Il est nommé à dix Oscars et en remporte trois (dont meilleur film et meilleur scénario). Pierre angulaire du cinéma des années 70, considéré par Stanley Kubrick comme potentiellement le plus grand film jamais réalisé avec un casting parfait, la saga connaîtra deux suites (en 1974 et en 1990).

18 septembre : Ciné-club Comédie de guerre : M*A*S*H (1970) – De l’or pour les braves (1970)

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– 19h : M*A*S*H (Robert Altman – 1970 – 115 minutes)

avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall, Jo Ann Pfulg, Rene Auberjonois

Pendant la guerre de Corée, un camp militaire médical américain pour blessés tente de contourner le quotidien de la guerre par des comportements loufoques ou sexuels.

Les films de guerre sont un des piliers du cinéma américain, vantant le patriotisme, l’héroïsme et la puissance du pays (La Grande Evasion, Le Jour le plus long, Les Canons de Navarone). Aussi spectaculaires et réussis qu’ils peuvent être, ils n’en servent pas moins le mythe politico-culturel national, sous l’étroit contrôle des majors d’Hollywood. Cependant, avec la contre-culture des années 60 et la désillusion de la guerre du Vietnam, les mentalités commencent à changer, tant dans le public que sur les plateaux de tournage. Faire financer une satire de la guerre par un grand studio américain est délicat, mais comme la 20th Century Fox est déjà accaparée par deux grosses productions militaires (Tora ! Tora ! Tora ! et Patton), Robert Altman (Nashville, The Player, Short Cuts) parvient à faire profil bas avec son petit projet de quatre millions de dollars. Adapté d’un roman de Richard Hornberger, M*A*S*H tourne en dérision la vie militaire, avec une unité médicale excentrique qui s’efforce de passer du bon temps, à jouer des tours aux à raseurs ou à laisser libre cours à leurs penchants sexuels, pour oublier les folies de la guerre. Faisant beaucoup improviser ses acteurs (en partie débutants), Altman conserve néanmoins un ton réaliste et un humour noir, rendant sa farce d’autant plus crédible et percutante dans une forme comique à peu près inédite. Enchaînant les séquences d’anthologie, M*A*S*H obtient un succès public et critique immense, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes (rarissime pour une comédie) ou l’Oscar du meilleur scénario (et quatre autres nominations, dont meilleurs film et réalisateur). Le film culte se déclinera en une série télévisée au succès sans précédent pendant pas moins de onze saisons (soit bien plus longtemps que les trois ans de la véritable guerre de Corée !), son dernier épisode (de 2h30 !) étant resté le record absolu d’audience de la télévision américaine pendant vingt-sept ans.

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– 21h : De l’or pour les braves (Brian G. Hutton – 1970 – 144 minutes)

avec Clint Eastwood, Telly Savalas, Donald Sutherland, Don Rickles, Carroll O’Connor, Harry Dean Stanton

En pleine Seconde Guerre mondiale en France, une bande de militaires vont en territoire ennemi pour s’emparer de nombreux lingots d’or gardés par les nazis dans une banque.

Après le classique Quand les aigles attaquent, Clint Eastwood retrouve le réalisateur Brian G. Hutton pour un nouveau film de guerre, mais cette fois-ci dans un ton tout à fait différent, puisqu’il s’agit d’une comédie ! Certes pas une comédie classique car De l’or pour les braves reste tout de même une grosse production militaire avec des scènes de combats et d’explosions, mais dans un registre inhabituel, immoral et déjanté, où les militaires sont plus motivés par leur enrichissement personnel que par la libération de la France, n’hésitant pas à se disputer, magouiller, contourner leur hiérarchie et détourner les véhicules et équipements militaires à leurs propres fins. Le film est donc une farce irrévérencieuse qui a dû faire grincer bien des dents aux Etats-Unis parmi les anciens combattants ! Portés par des acteurs efficaces, de Clint Eastwood au complètement cinglé et proto-hippie Donald Sutherland (M.A.S.H., Le Casanova de Fellini) en passant par Telly Savalas (héros de la série Kojak !), sur une partition du grand Lalo Schifrin (Bullitt, L’Inspecteur Harry, Opération Dragon), De l’or pour les braves est une critique loufoque des valeurs américaines et de la guerre, sorti quelques mois seulement après M.A.S.H.,, avec des clins d’œil aux films de western (évidemment ceux d’Eastwood avec Leone) ou de gangsters. Le film connaîtra un remake français (Les Morfaloux avec Jean-Paul Belmondo), tandis que Les Rois du désert (avec George Clooney et Ice Cube) reprendra exactement le même thème pendant la guerre du Golfe.

8 mai : Ciné-club Sur écoute : Conversation secrète (1974) – La Vie des autres (2006)

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– 19h : Conversation secrète (Francis Ford Coppola – 1974 – 113 minutes)

avec Gene Hackman, John Cazale, Allen Garfield, Cindy Williams, Frederic Forrest, Michael Higgins, Harrison Ford, Robert Duvall, Teri Garr

Un spécialiste de l’espionnage, secret et solitaire, enregistre la conversation troublante d’un couple. Intrigué, il refuse de confier l’enregistrement à son client et tente d’en percer le secret.

Avec le succès fulgurant et inouï du Parrain, Coppola devient un réalisateur de toute première importance particulièrement scruté. Mais avant Le Parrain 2ème partie et Apocalypse Now, son nouveau projet est tout à fait sobre, puisqu’il a été entamé avant la sortie du Parrain, ayant même été écrit en 1966, année de la sortie de Blow Up d’Antonioni avec qui il partage plus d’une qualité. Coppola décrit un homme qui a force d’écoutes, d’espionnage et de discrétion professionnelle vit dans la solitude, le secret et la paranoïa, incapable de se lier ou de faire confiance à quelqu’un, un collègue ou une femme. Entre Blow Up et Blow Out, en passant par Fenêtre sur cour, Conversation secrète tente de percer le mystère d’un meurtre capturé par hasard, de forcer jusqu’à l’obsession la vérité à travers les traces et les pièges de l’apparence. Ce voyeurisme s’inscrit dans la crise politique et existentielle des Etats-Unis, entre l’assassinat de Kennedy (filmé par un amateur) et le scandale des écoutes du Watergate (avec la même technologique dans le film). La bande-son dépouillée et lancinante au piano est d’ailleurs signée David Shire, qui fera aussi la musique des Hommes du Président. On retrouve une multitude d’acteurs familiers de Coppola : Harrison Ford (Apocalypse Now), Robert Duval et John Cazale (Le Parrain), Frederic Forrest et Teri Garr (Coup de coeur). Conversation secrète a reçu la Palme d’or du Festival de Cannes et a été nommé aux Oscars du meilleur film, meilleur scénario et meilleur mixage son (heureusement !). On comprend pourquoi il reste le film préféré de Coppola et de Gene Hackman, pourtant pas étrangers aux classiques du cinéma.

 LA VIE DES AUTRES

– 21h : La Vie des autres (Florian Henckel von Donnersmarck – 2006 – 137 minutes)

avec Martina Gedeck, Ulrich Mühe, Sebastian Koch, Ulrich Tukur

Dans les années 80 à Berlin-Est, un agent de la Stasi est chargé d’espionner un dramaturge à succès et sa compagne actrice, dont le ministre de la culture est épris.

Pour son premier film, Florian Henckel von Donnersmarck fait preuve d’une impressionnante maturité d’écriture et de réalisation, en s’attaquant à un sujet on ne peut plus sensible dans l’histoire de son pays : la surveillance de masse du régime communiste d’Allemagne de l’Est de l’ensemble de la population et surtout ses individus suspects, par sa terrible police politique, la Stasi. Il a ainsi travaillé pendant quatre ans en recherches et sur le scénario, rencontrant des anciens agents ou victimes. La reconstitution est remarquable, le film ayant été tourné entièrement à Berlin, jusque dans les locaux véritables de la Stasi, une première. Mais plus que les décors, c’est l’atmosphère psychologique et l’oppression sociale qui sont récréés avec effroi. Thriller d’espionnage politique et intime passionnant, La Vie des autres montre l’horreur de la machine totalitaire déshumanisée et paranoïaque dans ses recoins quotidiens, que seuls l’art, le désir et les sentiments parviendront finalement à fendre, mais à quel prix. Les personnages sont aussi complexes et riches que les acteurs sont brillants. Le film a rencontré le succès public et critique dans le monde entier, remportant une pluie de récompenses internationales, dont les César et Oscar du meilleur film étranger.

Ciné-club Vietnam avec les Sheen : Platoon (1986) – Apocalypse Now (1979)

Martin Sheen et son fils Charlie ont chacun joué le rôle principal d’un film sur le Vietnam. De quoi échanger leurs souvenirs de tournage autour du repas de famille !

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– 19h : Platoon (Oliver Stone – 1986 – 120 minutes)

avec Charlie Sheen, Tom Berenger, Willem Dafoe, Forest Whitaker, Corey Glover, Francesco Quinn, John C. McGinley, Richard Edson, Keith David, Johnny Depp

En 1967, un jeune américain engagé volontaire arrive au Vietnam. Idéaliste, il va perdre ses illusions sur le conflit et sur l’armée américaine.

Oliver Stone a commencé sa carrière comme scénariste, notamment de Midnight Express (Alain Parker, 1978) pour lequel il a gagné l’Oscar, mais aussi la première version de Conan le barbare (John Milius, 1982) ou Scarface (Brian De Palma, 1984). Il a aussi réalisé trois films avant de s’attaquer à Platoon, qui est en grande partie autobiographique, puisqu’il s’était vraiment engagé pour la guerre du Vietnam, en avait reçu des décorations militaires, mais en a été comme beaucoup marqué à vie, au point d’en faire le sujet de son premier court-métrage de fin d’études dans la classe de Martin Scorsese (Last Year in Viet Nam, 1971), et d’y consacrer deux autres films par la suite : Né un 4 juillet (1989, à nouveau avec Willem Dafoe et Tom Berenger) et Entre Ciel et Terre (1993). Le tournage eut lieu aux Philippines (en pleine révolution contre le dictateur Marcos, ce qui faillit annuler le film) avec de véritables réfugiés vietnamiens, où le réalisateur fit construire un camp d’entrainement militaire pour préparer pendant deux semaines les acteurs à l’état psychologique d’un soldat. Stone se révèlera d’ailleurs tyrannique par la suite lors du tournage, comme un véritable officier. Contrairement à Voyage au bout de l’enfer (qui traite beaucoup de la vie avant et après le Vietnam) ou Apocalypse Now (où l’on suit une mission spéciale pour neutraliser un officier américain), Platoon se passe intégralement sur le front vietnamien, au milieu d’une unité où un jeune engagé va faire l’expérience de la désillusion sur une guerre qu’il ne comprend plus et sur un commandement militaire en déroute. Il va ainsi assister à la rivalité entre deux officiers aux conceptions opposés : l’un puissant et aveuglement brutal, l’autre moral et christique, ne légitimant pas les exactions américaines sur la population civile et ne croyant plus à la victoire. Ce dilemme au sein d’un idéaliste représente le déchirement socio-politique du pays entre les va-t-en-guerre et les humanistes. Pour un budget de six millions de dollars, Platoon va en récolter plus de 130 millions, et remporter quatre Oscars (meilleurs film, réalisateur, montage, son) sur huit nominations, propulsant Oliver Stone sur le devant de la scène avec la carrière que l’on sait – à commencer par Wall Street en 1987, à nouveau avec Charlie Sheen.

 APOCALYPSE NOW

– 21h : Apocalypse Now (Francis Ford Coppola – 1979 – 154 minutes)

avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Laurence Fishburne, Dennis Hopper, Harrison Ford, Sam Bottoms, Albert Hall, Frederic Forest

Le capitaine Willard est secrètement envoyé au-delà de la frontière cambodgienne pour retrouver et abattre le colonel Kurtz, devenu incontrôlable.

Apocalypse Now est une adaptation de Au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad, mais transposée depuis l’Afrique coloniale jusqu’à la guerre du Vietnam, avec une trame de fond identique : la déshumanisation de l’homme au fur et à mesure qu’un bateau remonte un fleuve, s’éloignant de la civilisation et s’enfonçant dans la nature, pour se rapprocher du mystérieux et fascinant Kurtz. Tout est mythique dans ce film, à commencer par son tournage aux Philippines, particulièrement chaotique. Harvey Keitel est renvoyé du tournage au bout de quelques scènes, remplacé par Martin Sheen, qui y fera un infarctus plus tard, l’empêchant de tourner pendant trois semaines. Marlon Brando arrive avec des kilos en trop sans avoir lu le script, et doit improviser car il ne parvient pas à apprendre son texte. Un typhon ravage le plateau, tandis que les hélicoptères prêtés par l’armée philippine doivent être peints tous les matins aux couleurs de l’armée américaine, et repeint à leurs couleurs originelles tous les soirs. L’équipe technique est défoncée, Coppola devient complètement mégalomane et paranoïaque, perdant quarante kilos et investissant une grande partie de sa fortune personnelle, le budget passant de dix-sept millions à trente-cinq millions de dollars, alors que le tournage s’étire sur deux cent trente-huit jours. Mais le résultat est à la hauteur de l’effort, comme si le tournage d’un film sur le Vietnam se devait d’être aussi infernal que la réalité pour atteindre l’authenticité historique et l’intensité artistique. Marlon Brando, bien qu’apparaissant une dizaine de minutes seulement, y tient un de ses rôles majeurs. La bande-son est des plus fameuses : en plus de la partition du père de Coppola, on y entend la Chevauchée des Walkyries de Wagner pendant un raid d’hélicoptères, The End des Doors sur l’ouverture du film, Satisfaction des Rolling Stones, etc. Au final, Apocalypse Now devient un des plus grands films non seulement sur le Vietnam, mais sur la guerre, ainsi que des années 70. Il décroche la Palme d’or du Festival de Cannes, ainsi que les Oscars de la meilleure photographie et du meilleur son (sur huit nominations), et acquiert rapidement la stature d’un film culte, encensé de générations en générations. En 2001 il ressort dans un nouveau montage avec cinquante minutes supplémentaires (pas forcément essentielles) sous le nom d’Apocalypse Now Redux, prolongeant encore sa légende au XXIème siècle.

Ciné-club George Lucas : THX 1138 (1971) – American Graffiti (1973)

Le nom de George Lucas sera à jamais associé à la saga Star Wars, et il n’est pas courant que l’on parle de lui pour autre chose (à part la saga Indiana Jones qu’il a produit). Depuis son premier volet en 1977, il n’a d’ailleurs plus réalisé quoi que ce soit d’autre en dehors (et encore, même pas les épisodes V et VI). Pourtant, après des études de cinéma, il avait commencé sa carrière loin du grand spectacle et du grand public, avec deux films à petit budget très singuliers mais tout de même devenus cultes, l’un tourné vers le futur, l’autre vers le passé – comme Star Wars dans les deux cas (« Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »).

Dimanche 8 décembre 2013 :

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– 19h : THX 1138 (George Lucas – 1971 – 88 minutes)

avec Robert Duvall, Donald Pleasence, Maggie McOmie, Don Pedro Colley

Dans une société souterraine et totalitaire forçant les individus à prendre des médicaments pour domestiquer leurs pensées et leurs vies, un couple tente de retrouver sa liberté en arrêtant de prendre ces médicaments.

A la base un court-métrage de fin d’étude qui impressionna tant Francis Ford Coppola qu’il proposa à George Lucas d’en produire une version long-métrage, THX 1138 est un film expérimental, dépouillé et radical, de science-fiction-sociale qui, loin de toute guerre des étoiles, se propose d’étudier une société futuriste où la privation de la liberté, l’interdiction de la sexualité, le consumérisme et l’aliénation des individus est la norme, comme un miroir de notre monde contemporain (renvoyant aux sévères répressions des manifestations étudiantes et aux nombreux mensonges d’Etat du président Richard Nixon). A ranger entre 1984, La Guerre des mondes ou Metropolis, avec peu de budget et de personnages (tous rasés et au vêtement identique), une terminologie hermétique (les personnages sont nommés par des lettres et des numéros), une iconographie uniformément blanche ou sombre, une ambiance oppressante et cauchemardesque, une musique vertigineuse et des effets sonores sophistiqués, tourné entièrement en décors naturels (tunnels, laboratoires, parkings, souterrains, centres commerciaux pendant les heures de fermeture, etc.), THX 1138 fait passer George Lucas pour un auteur de premier plan, ambitieux et complexe, sans laisser soupçonner sa future carrière dans l’entertainment et ses milliards de dollars. Sorti dans un montage mutilé par la Warner, le film est ressorti dans sa version d’origine en 1977 grâce au succès de Star Wars, et en director’s cut en 2004 avec l’ajout d’effets en images de synthèse (c’est cette version qui sera projetée).

Bonus : Electronic Labyrinth: THX 1138 4EB (1967 – 15 minutes), le court-métrage de fin d’étude de George Lucas qui a donné naissance au long-métrage THX 1138.

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– 21h : American Graffiti (George Lucas – 1973 – 112 minutes)

avec Richard Dreyfuss, Ron Howard, Paul Le Mat, Charlie Martin Smith, Harrison Ford, Candy Clark, Mackenzie Phillips, Cindy Williams

En Californie en 1962, quatre adolescents fêtent leur dernière soirée avant leur entrée à l’Université, sur fonds de drague, ballades en voitures et rock’n’roll.

Second film de George Lucas, toujours produit par Francis Ford Coppola, tourné en 29 jours de nuit, American Graffiti est un film volontairement plus grand public que le précédent, largement autobiographique, nostalgique, voire mélancolique, sur une époque insouciante et révolue, celle de la jeunesse aux Etats-Unis des années 50-début 60, quand le passe-temps favori des étudiants américains étaient de flâner et danser en buvant du Coca-Cola, de draguer en conduisant des grosses voitures colorées et en écoutant du rock à la radio. Autrement dit avant l’assassinat de Kennedy, l’invasion du rock anglais, la contre-culture hippie et psychédélique, la guerre du Vietnam, les désillusions sur le rêve américain. Filmé dans un style documentaire avec plusieurs histoires parallèles qui se recoupent, avec une riche bande son en fond sonore permanent (Beach Boys, Buddy Holly, Chuck Berry, Fats Domino, Booker T & the M.G.’s, Platters, Del Shannon, Bill Haley & his Comets, etc.), c’est un film drôle et sensible sur la perte de l’innocence et le passage à l’âge adulte et au vrai monde, qui a une dimension sociologique et historique. Il permettra de lancer peu après la série culte Happy Days (avec Ron Howard en rôle principal), ainsi que la carrière d’Harrison Ford, alors menuisier de Lucas – qui se retrouveront évidemment sur Star Wars et Indiana Jones. American Graffiti a été nominé à cinq Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleur second rôle féminin et meilleur montage) et est devenu un des films les plus rentables de l’histoire.