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14 janvier 2017 : Ciné-club Tournée rock : J’ai tout donné (1972) – Presque célèbre (2000)

– 19h : J’ai tout donné (François Reichenbach – 1972 – 80 minutes)

Le prestigieux documentariste François Reichenbach a filmé Johnny Hallyday pendant un an, tout au long de sa tournée de 1971, où celui-ci jouait dans des chapiteaux de cirque montés chaque soir, devant un public post-soixante-huitard en masse et réellement en transe. Un road movie franco-américain où Polnareff l’accompagne au clavier au Palais des Sports, les groupies font irruption dans ses hôtels, certains fans suivent toute la tournée – qui avait encore une dimension humaine, presque artisanale comparée à la logistique du star system contemporain. Avec un montage audacieux loin des documentaires consensuels habituels, Reichenbach pose une caméra intimiste et indiscrète, tentant de percer dans ses instants volés le mythe Hallyday, titan timide, idole solitaire ne s’appartenant plus, dépassé par sa légende, bête de scène absolue portant sur ses seules épaules le rock en France pendant vingt ans, épuisé avant et après les concerts dans des loges inconfortables, se couchant à 6h et dormant le jour, tentant de sauver son mariage avec Sylvie Vartan et de résister aux vices des tournées, allant enregistrer et voyager en moto aux USA, le pays de ses rêves. Présenté en ouverture du Festival de Cannes, J’ai tout donné ne triche pas sur son titre et donnera des surprises aux plus snobs amateurs de rock.

– 21h : Presque célèbre (Cameron Crowe – 2000 – 122 minutes)

avec Billy Crudup, Frances McDormand, Kate Hudson, Jason Lee, Patrick Fugit, Anna Paquin, Fairuza Balk, Noah Taylor, Philip Seymour Hoffman, Jimmy Fallon

Dans les années 70, un adolescent est engagé par le magazine Rolling Stone pour suivre la tournée du groupe de rock Stillwater, avec son lot habituel de groupies et d’excès.

A travers le groupe fictif Stillwater, Cameron Crowe raconte sa propre jeunesse dans ce film autobiographique. Le critique précoce signa en effet des articles pour Creem et Rolling Stone où il racontait les tournées de Led Zeppelin, Allman Brothers Band, Eagles ou Lynyrd Skynyrd. Toute l’ambiance et l’esthétique de l’époque sont donc méticuleusement reconstituées, sur scène et en coulisses, des fêtes d’hôtels aux longs voyages en bus, en passant par les tensions dans le groupe ou les plaisirs avec les groupies. Le guitar hero Peter Frampton a été engagé comme consultant technique, et la bande-son est évidemment constituée de classiques de l’époque : Led Zeppelin, Black Sabbath, Stooges, David Bowie, The Who, Rod Stewart, etc. Hollywood oblige, si Presque célèbre est forcément en-dessous de la réalité (le documentaire sur la tournée 72 des Rolling Stones, Cocksucker Blues, est toujours interdit, et il y a de quoi), il reste une agréable comédie nostalgique sur un certain âge d’or du rock et ses fantasmes, ainsi que sur le passage à l’âge adulte d’une jeune passionné naïf et innocent. Ce récit efficace a été récompensé de l’Oscar du meilleur scénario, tandis que Kate Hudson et Frances McDormand ont été nommées à l’Oscar du meilleur second rôle féminin.

27 novembre : Ciné-club Addiction : Le Pari (1997) – Trainspotting (1996)

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– 19h : Le Pari (Didier Bourdon & Bernard Campan – 1997 – 98 minutes)

avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Régis Laspalès, Philippe Chevalier, François Berléand, Isabelle Ferron, Isabel Otéro, Hélène Surgère, Roger Ibáñez, Kelly Lawnson, Jean-Roger Milo

Deux beaux-frères socialement opposés qui se détestent font le pari d’arrêter de fumer.

Le succès de leurs émissions comiques La Télé des Inconnus et de leurs spectacles a conduit le trio au cinéma, où ils triomphèrent en 1995 avec Les Trois frères. Mais leur producteur Paul Lederman détenant les droits du nom « Les Inconnus » et leur interdisant de se produire tous les trois sans son implication, Didier Bourdon et Bernard Campan se lancèrent à deux dans Le Pari, qu’ils ont écrit, réalisé et interprété. Pascal Légitimus y fait tout de même un caméo de deux secondes, tandis que son père Théo y tient un rôle secondaire. A partir de deux personnages stéréotypés (un pharmacien de droite et un professeur de gauche qui ne se supportent pas), ils parviennent à insuffler tout le comique extravagant qu’on leur connait, captant et exagérant les travers de la société française avec toujours autant d’acuité et de mordant,  dans des interprétations aussi complices que jubilatoires. Ils sont d’ailleurs rejoints par le tandem Chevallier-Laspalès. Le film fut un grand succès populaire (quatre millions d’entrées en salle), et le duo continua en 2000 avec L’Extra-terrestre, moins bien accueilli. Mais un accord avec Lederman leur permit finalement de rejouer à trois, ce qu’ils firent dans Les Rois mages en 2001 et Les Trois frères : le retour en 2014.

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– 21h : Trainspotting (Danny Boyle – 1996 – 94 minutes)

avec Ewan McGregor, Ewen Bremmer, Jonny Lee Miller, Kevin McKidd, Robert Carlyle, Kelly McDonald, Peter Mullan, James Cosmo

A Edimbourg, Mark Renton nous raconte sa vie d’héroïnomane, entouré de ses amis à moitié ratés et excentriques.

Le best-seller d’Irvine Welsh, paru en 1993, avait rapidement été transposé au théâtre (avec déjà Ewen Bremmer). Là où le roman enchaînait les chapitres avec des narrateurs différents, l’adaptation cinématographique se concentre sur le personnage de Mark Renton, autour duquel son microcosme loufoque gravite. Pour l’interpréter, Danny Boyle retrouve le jeune Ewan McGregor, qu’il avait déjà dirigé dans son précédent et premier film, Petits meurtres entre amis (1994). Trainspotting n’est absolument pas un drame glauque sur la toxicomanie, mais plutôt une fable souvent comique et déjantée qui encapsule ingénieusement son époque par sa réalisation stylisée et surtout sa bande-son remplie de classiques du rock des années 70 à 90 (Iggy Pop, Lou Reed, Pulp, Underworld, Primal Scream, New Order, etc.). Il n’hésite pas à montrer avec réalisme les prises de drogue, leurs effets et sa dépendance, au milieu de situations surréalistes ou foireuses et de réflexions sur une société de consommation qui manque de sens et d’espoir. Outre Ewan McGregor, qui travaillera avec George Lucas, Roman Polanski, Ridley Scott ou Tim Burton, l’autre grande révélation du casting est Robert Carlyle, savoureux psychopathe imprévisible, qui enchaînera sur The Full Monty et Le Monde ne suffit pas. Présenté hors compétition au Festival de Cannes, Trainspotting a connu un énorme succès surprise, tant critique que public (deuxième meilleur box-office du cinéma anglais), et est rapidement devenu un film culte générationnel. Une suite avec le même réalisateur et casting est annoncée pour début 2017.

5 juin : Ciné-club Walter Hill / Ciné-Bazar 3 : Streets of fire (1984) – Double détente (1988)

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Soirée spéciale à l’occasion de la sortie de la revue Ciné-Bazar n°3 qui consacre un dossier au réalisateur Walter Hill ! Des exemplaires seront en vente, en présence du rédacteur en chef Thomas Revay.

LES RUES DE FEU

– 19h : Streets of fire (Walter Hill – 1984 – 93 minutes)

avec Michael Paré, Diane Lane, Willem Dafoe, Rick Moranis, Amy Madigan, Deborah Van Valkenburgh, Rick Rossovich, Bill Paxton

Une chanteuse de rock est kidnappée par un gang de motard. Son ancien amant se lance à leurs trousses.

Avec Streets of fire, Walter Hill souhaitait réaliser le film de ses rêves à l’adolescence, avec de la musique rock, des vestes en cuir, des dialogues percutants, des bastons pour l’honneur, des motards et leurs bécanes, des voitures à l’ancienne en courses-poursuites, des baisers sous la pluie et les néons. On ne s’étonnera donc pas de l’aspect retro fifities du film, même s’il porte un cachet incontestablement eighties dans le style des personnages, l’ambiance nocturne et urbaine et une production musicale typique de la décennie. Le titre du film provient d’ailleurs d’une chanson de Bruce Springsteen, dont il n’a pas réussi à avoir les droits. On retrouve à la musique son collaborateur habituel Ry Cooder (ayant travaillé avec les Rolling Stones, Captain Beefheart, et aussi Wim Wenders pour Paris, Texas), ainsi que Jim Steinman (compositeur de comédies musicales, comme Le Bal des vampires de Polanski) et Dan Hartman (Edgar Winter, « Living in America » de James Brown). Diane Lane est une habituée de Coppola (Rusty James, Outsiders, Cotton Club), Rick Moranis joue aussi dans SOS Fantômes qui sort le même mois, et Willem Dafoe est promis à une longue carrière (Platoon, La Dernière tentation du Christ, Sailor et Lula). Cette « fable rock’n’roll » devait être le premier épisode d’une trilogie, mais son échec commercial l’en empêcha (un changement de direction à la tête du studio l’ayant privé de promotion). Le film est néanmoins devenu culte (les japonais le vénèrent !), notamment pour sa bande-son épique et son esthétique de comics vintage, et une suite non-officielle est tout de même sortie en 2008, Road to hell, où Michael Paré et Deborah Van Valkenburgh reprennent leurs rôles.

DOUBLE DETENTE

– 21h : Double détente (Walter Hill – 1988 – 104 minutes)

avec Arnold Schwarzenegger, James Belushi, Peter Boyle, Ed O’Ross, Laurence Fishburne, Gina Gershon, Richard Bright

Un policier soviétique est envoyé à Chicago pour faire équipe avec un policier américain pour retrouver un dangereux trafiquant de drogue.

Avec des rôles aussi musclés et iconiques que ceux de Conan, Terminator ou Predator, Arnold Schwarzenegger est une superstar d’action et n’a plus grand-chose à prouver, si ce n’est devenir plus grand public. Il essaie donc de varier ses rôles, d’inclure plus de subtilités dramatiques et même des touches d’humour. Sous la direction de Walter Hill, il se retrouve dans un buddy movie au contexte particulier. Le genre (déjà abordé par Walter Hill dans 48 heures) veut que deux policiers que tout oppose doivent apprendre à travailler ensemble et finalement s’apprécier. Ici ce sont un soviétique et un américain qui font équipe, en pleine Guerre Froide ! Néanmoins, Double détente est nettement moins marqué idéologiquement que les films américains des dernières décennies qui montraient sous un jour défavorable d’horribles soviétiques du mauvais côté de l’Histoire. Et c’est justement parce le film donne une représentation positive du peuple russe et que le personnage de Schwarzenegger est humaniste et nuancé que l’URSS autorisa de tourner des scènes sur la Place Rouge à Moscou, une première historique ! James Belushi est à l’inverse montré comme un flic peu glamour qui grignote des cochonneries au pays de la liberté, de la grande consommation et du porno. Derrière le décalage humoristique entre les tempéraments et sociétés soviétiques et américaines, Walter Hill met en scène un western urbain typiquement eighties dans des rues embrumées et poisseuses, où nos deux flics ne reculent devant aucun dégât ni bavures pour mettre fin à d’odieux trafic de drogues. L’humour semble plaire à Schwarzy, puisqu’il enchaînera sur les comédies d’Ivan Reitman (SOS Fantômes) : Jumeaux (son plus grand succès commercial à l’époque) et Un Flic à la maternelle. Et heureusement Total Recall et Terminator 2.

1er mai : Ciné-club Rock star : Lemmy (2010) – The Doors (1991)

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Dans le cadre de la Paris Beer Week, la bière Sex, Ale & Rock’n’roll (IPA de la brasserie alsacienne Sainte Cru) sera spécialement en pression pour l’occasion !

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– 19h : Lemmy (Greg Olliver & Wes Orshoski – 2010 – 110 minutes)

Les documentaristes Greg Olliver et Wes Orshoski ont suivi pendant deux ans le légendaire Ian « Lemmy » Kilmister dans son quotidien, entre Los Angeles et les tournées. Roadie de Jimi Hendrix, bassiste du groupe space-rock Hawkwind dont il a été viré quand la douane l’a emprisonné pour possession de drogue, et enfin leader de son groupe de heavy metal Motörhead, le sexagénaire passe ses journées au bar Rainbow et se passionne pour les machines à sous électroniques. Il revient sur sa vie musicale et sur la route, ses fameuses consommations d’alcool et de drogue et ses exploits sexuels. Il nous montre son petit deux pièces à Hollywood rempli de collections d’objets improbables, comme des réductions pour Domino’s Pizza, des armes de guerre ou des souvenirs nazis. Entre sessions en studio, bus de tournée, en concert, backstage, rencontres avec les fans ou conduisant un tank, notre homme se voit encensé par les témoignages admiratifs de pointures du métier tels que Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters), Metallica (avec qui on le voit jouer sur scène), Slash & Duff (Guns ‘n Roses, Velvet Revolver), Ozzy Osbourne (Black Sabbath), Alice Cooper, Ice T, Jarvis Cocker (Pulp) ou Peter Hook (Joy Division, New Order). Loin de ses frasques de la grande époque, Lemmy est resté égal à lui-même et à la hauteur de son mythe, simple et attachant, sans esbroufe mais authentiquement rock’n’roll, n’ayant rien à prouver à personne. Mais à la stupeur générale, Lemmy a fait mentir la légende et s’est révélé être mortel, emporté par un cancer de la prostate deux jours après son diagnostic en décembre 2015. « Killed by death » !

 LES DOORS

– 21h : The Doors (Oliver Stone – 1991 – 140 minutes)

avec Val Kilmer, Meg Ryan, Kyle MacLachlan, Frank Whaley, Kevin Dillon, Kathleen Quinlan, Michael Wincott, Michael Madsen

La vie de Jim Morrison, légendaire chanteur des Doors, depuis ses études de cinéma à Los Angeles jusqu’aux excès du succès et des sixties.

Oliver Stone était un grand amateur des Doors, qu’il écoutait alors qu’il était envoyé comme soldat au Vietnam. Après Platoon ou Wall Street, il continue d’analyser l’Amérique avec un film sur ce groupe si emblématique des sixties, de ses espoirs, illusions et échecs, à travers la trajectoire météorique de leur chanteur Jim Morrison. Etudiant en cinéma, poète, séducteur et shaman moderne, il eut le temps de devenir en seulement six albums une des icônes du rock, par son charisme, sa présence scénique et son destin tragique. Car cette carrière qui commence avec les premiers trips psychédéliques en plein flower power et le succès commercial naissant se meut en descente aux enfers, entre alcoolisme autodestructeur, répression policière, procès pour attentat à la pudeur et dépression. Avec un budget de quarante millions de dollars, il restitue les atmosphères intenses et fiévreuses des concerts avec le public en transe, et reproduit jusqu’aux véritables décors, costumes ou accessoires les plus pointilleux. The Doors a été un grand succès commercial, qui relança le mythe auprès d’une nouvelle génération. Cependant les membres du groupe et les fans de la première heure l’accueillirent sèchement, Oliver Stone (co-auteur du scénario) ayant pris de nombreuses libertés avec la vérité historique et donné une image romancée, manichéenne et guignolesque du chanteur.

20 mars : Ciné-club Radio DJ : Un Frisson dans la nuit (1971) – Good Morning, Vietnam (1987)

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– 19h : Un Frisson dans la nuit (Client Eastwood – 1971 – 102 minutes)

avec Clint Eastwood, Jessica Walter, Donna Mills, John Larch

Un DJ à la radio rencontre une admiratrice qui va se révéler envahissante.

Après avoir joué les cowboys à la télévision et au cinéma (notamment pour Sergio Leone) ou les militaires (Quand les aigles attaquent et De l’or pour les braves de Brian G. Hutton), Clint Eastwood assouvit enfin son désir de réalisation (en renonçant à son cachet), non pas un western (comme il en fera par la suite), mais un thriller contemporain tout à fait singulier. Il en profite pour insuffler au personnage principal de disc-jockey (qu’il joue) sa passion pour le jazz (il réalisera un biopic de Charlie Parker en 1988, Bird). Ce n’est donc pas un hasard si une scène se passe au Festival de Jazz de Monterey, pendant le concert de Cannonball Adderley ! Avec son budget restreint, Un Frisson dans la nuit fut entièrement tourné en extérieur (dont Carmel, dont il deviendra maire en 1986 !), et offre de superbes plans de la Californie, notamment lors d’une séquence de ballade et d’amour avec la sublime chanson de Roberta Flack « The First Time Ever I Saw Your Face ». Mais le thème principal du film est la psychose sexuelle (comme dans son précédent film, Les Proies de Don Siegel, qui joue ici un petit rôle), lui aussi en partie autobiographique en réalité puisqu’Eastwood avait été harcelé par une admiratrice quelques années plutôt. Un Frisson dans la nuit repose donc avant tout son ambiance paranoïaque, obsessionnelle et imprévisible, un climat de malaise sexuel hitchcockien alternant le calme et le climax. Le film est un succès et permettra à Eastwood d’être pris au sérieux comme réalisateur, tandis que son prochain rôle sera un de ses plus iconiques et idéologiquement marqués, L’Inspecteur Harry.

 GOOD MORNING VIETNAM

– 21h : Good Morning, Vietnam (Barry Levinson – 1987 – 121 minutes)

avec Robin Williams, Forest Whitaker, J. T. Walsh, Tung Thanh Tran, Bruno Kirby, Chintara Sukapatana, Robert Wuhl

En 1965, un DJ est muté à la radio militaire américaine de Saigon, en pleine guerre du Vietnam. Si son humour ravageur et ses disques rock ne sont pas du goût de ses supérieurs, il est très apprécié des troupes.

Durant la guerre du Vietnam, il fallait divertir les militaires américains en mission loin de chez eux, soutenir leur moral et leur rappeler leur culture pour leur faire oublier les atrocités du front. Good Morning, Vietnam s’inspire librement du véritable animateur de radio Adrian Cronauer, qui marqua les ondes militaires américaines au Vietnam pour sa sélection débridée de musique rock, pop sixties et Motown qui tranchait avec le classicisme austère du bon goût militaire à l’ancienne. La bande-son est donc remplie de classiques de James Brown, Beach Boys, Them, Supremes, Louis Armstrong, etc. Le film repose avant tout sur la prestation survoltée de Robin Williams, alors au début de sa carrière, qui endosse parfaitement le rôle en improvisant ses monologues à l’antenne et blagues incessantes, allant bien plus loin que le véritable Cronauer (ce qui lui aurait valu la cour martiale, vu la férocité des imitations de Johnson ou Nixon). Le film est entièrement tourné en Thaïlande (Bangkok et Phuket), avec des acteurs locaux non professionnels très naturels. Gros succès commercial, cette comédie militaire dans la veine de Mash vaut à Robin Williams de remporter le Golden Globe du meilleur acteur, une nomination à l’Oscar (qu’il remportera en 1998 pour Good Will Hunting), et a fait de lui une star, avant d’enchaîner sur Le Cercle des poètes disparus ou Hook.

3 mai : Ciné-club course-poursuite infernale

POINT LIMITE ZERO

– 19h : Point Limite Zéro (Richard C. Sarafian – 1971 – 98 minutes)

avec Barry Nawman, Dean Jagger, Cleavon Little, Paul Koslo, Robert Donner, Val Avery

Un champion de stock-car fait le pari de rejoindre en voiture Denver à San Francisco en moins de quinze heures. La police, affolée par sa vitesse et sa conduite, le poursuit.

Tourné en vingt-huit jours avec une équipe de dix-neuf personnes, Point Limite Zéro est l’un des plus infernaux films de course-poursuite. Cousin d’Easy Rider en voiture, le film ne partage pas que la route comme thème principal, mais aussi la contre-culture, le goût de la liberté et la contestation sociale à une époque où les Etats-Unis basculent dans le doute politique et la crise sociétale, ce que le cinéma américain s’est appliqué à refléter. Ecrit par l’ancien ministre de l’information de Fidel Castro (!), le scénario à l’allure mince parvient tout de même à traiter une galerie de portraits américains, de la police brutale aux hippies (dont une fameuse femme nue sur une moto) en passant par un extatique DJ noir et aveugle, Super Soul, qui guide par son émission radio le conducteur sous speed de la Dodge Challenger blanche – dont huit seront détruites durant le tournage ! Doté d’une bande-son furieusement rock et funk (Doug Dillard, Delaney & Bonnie, Mountain, parmi d’autres inconnus) et de scènes de conduite démentielles, Point Limite Zéro nous montre le dernier rebelle américain qui tente d’échapper au conformisme et au pouvoir. Acclamé par la critique, le road-movie existentiel est devenu culte et une influence revendiquée majeure, de Mad Max à Boulevard de la mort. Un remake pour la télévision en a d’ailleurs été tirée en 1997 avec Viggo Mortensen. Du côté des références musicales, l’album Vanishing Point (le titre du film en V.O.) du groupe Primal Scream a été conçu comme une bande-son alternative au film, tandis qu’un discours du DJ Super Soul est cité dans la chanson Breakdown de l’album Use Your Illusions II des Guns N’ Roses.

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– 21h : Mad Max (George Miller – 1979 – 93 minutes)

avec Mel Gibson, Steve Bisley, Joanne Samuel, Hugh Keays-Byrne, Tim Burns

Dans un futur proche en crise énergétique, un gang de motards terrorise les routes. Mais l’officier Mad Max se met en travers de leur chemin.

Le réalisateur a eu l’idée de son film quand il travaillait comme médecin aux urgences en voyant les accidentés de la route. Avec un budget d’à peine 350 000 dollars, Mad Max a longtemps le film le plus rentable du cinéma (100 millions de dollars), détrôné seulement en 1999 par Le Projet Blair Witch. Le long-métrage australien révéla d’ailleurs une des plus grosses stars d’Hollywood : le jeune Mel Gibson qui débutait dans le cinéma (son deuxième rôle). Mad Max est un western post-apocalyptique, d’amour et de vengeance, sur fond de crise énergétique (inspirée par les chocs pétroliers de 1973), de société en ruines, de déliquescence de l’autorité et de vandalisme sur les routes. Malgré son budget léger, il parvient très bien à immerger dans un monde en pénurie de pétrole, avec des motos et voitures customisées, dont la fameuse Ford Falcon de Max. Son monde visionnaire a eu une influence immense sur la science-fiction et les représentations du futur, jusqu’au manga Hokuto no Ken (Ken le survivant), très marqué par ses décors, son ambiance et ses costumes (ainsi que ceux de Mad Max II). Malgré son prix spécial du jury du Festival d’Avoriaz, la violence du film (pourtant rarement apparente, grâce à un montage intelligent) l’a fait classer X à sa sortie en France avec des scènes coupées, censure levée seulement en 1983. Quoi qu’il en soit, le phénomène de société que fut Mad Max lui donna deux suites en 1981 et 1985 (avec beaucoup lus de budget évidemment), et encore une autre tout récemment avec Mad Max : Fury Road en 2015.

Ciné-club George Lucas : THX 1138 (1971) – American Graffiti (1973)

Le nom de George Lucas sera à jamais associé à la saga Star Wars, et il n’est pas courant que l’on parle de lui pour autre chose (à part la saga Indiana Jones qu’il a produit). Depuis son premier volet en 1977, il n’a d’ailleurs plus réalisé quoi que ce soit d’autre en dehors (et encore, même pas les épisodes V et VI). Pourtant, après des études de cinéma, il avait commencé sa carrière loin du grand spectacle et du grand public, avec deux films à petit budget très singuliers mais tout de même devenus cultes, l’un tourné vers le futur, l’autre vers le passé – comme Star Wars dans les deux cas (« Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »).

Dimanche 8 décembre 2013 :

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– 19h : THX 1138 (George Lucas – 1971 – 88 minutes)

avec Robert Duvall, Donald Pleasence, Maggie McOmie, Don Pedro Colley

Dans une société souterraine et totalitaire forçant les individus à prendre des médicaments pour domestiquer leurs pensées et leurs vies, un couple tente de retrouver sa liberté en arrêtant de prendre ces médicaments.

A la base un court-métrage de fin d’étude qui impressionna tant Francis Ford Coppola qu’il proposa à George Lucas d’en produire une version long-métrage, THX 1138 est un film expérimental, dépouillé et radical, de science-fiction-sociale qui, loin de toute guerre des étoiles, se propose d’étudier une société futuriste où la privation de la liberté, l’interdiction de la sexualité, le consumérisme et l’aliénation des individus est la norme, comme un miroir de notre monde contemporain (renvoyant aux sévères répressions des manifestations étudiantes et aux nombreux mensonges d’Etat du président Richard Nixon). A ranger entre 1984, La Guerre des mondes ou Metropolis, avec peu de budget et de personnages (tous rasés et au vêtement identique), une terminologie hermétique (les personnages sont nommés par des lettres et des numéros), une iconographie uniformément blanche ou sombre, une ambiance oppressante et cauchemardesque, une musique vertigineuse et des effets sonores sophistiqués, tourné entièrement en décors naturels (tunnels, laboratoires, parkings, souterrains, centres commerciaux pendant les heures de fermeture, etc.), THX 1138 fait passer George Lucas pour un auteur de premier plan, ambitieux et complexe, sans laisser soupçonner sa future carrière dans l’entertainment et ses milliards de dollars. Sorti dans un montage mutilé par la Warner, le film est ressorti dans sa version d’origine en 1977 grâce au succès de Star Wars, et en director’s cut en 2004 avec l’ajout d’effets en images de synthèse (c’est cette version qui sera projetée).

Bonus : Electronic Labyrinth: THX 1138 4EB (1967 – 15 minutes), le court-métrage de fin d’étude de George Lucas qui a donné naissance au long-métrage THX 1138.

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– 21h : American Graffiti (George Lucas – 1973 – 112 minutes)

avec Richard Dreyfuss, Ron Howard, Paul Le Mat, Charlie Martin Smith, Harrison Ford, Candy Clark, Mackenzie Phillips, Cindy Williams

En Californie en 1962, quatre adolescents fêtent leur dernière soirée avant leur entrée à l’Université, sur fonds de drague, ballades en voitures et rock’n’roll.

Second film de George Lucas, toujours produit par Francis Ford Coppola, tourné en 29 jours de nuit, American Graffiti est un film volontairement plus grand public que le précédent, largement autobiographique, nostalgique, voire mélancolique, sur une époque insouciante et révolue, celle de la jeunesse aux Etats-Unis des années 50-début 60, quand le passe-temps favori des étudiants américains étaient de flâner et danser en buvant du Coca-Cola, de draguer en conduisant des grosses voitures colorées et en écoutant du rock à la radio. Autrement dit avant l’assassinat de Kennedy, l’invasion du rock anglais, la contre-culture hippie et psychédélique, la guerre du Vietnam, les désillusions sur le rêve américain. Filmé dans un style documentaire avec plusieurs histoires parallèles qui se recoupent, avec une riche bande son en fond sonore permanent (Beach Boys, Buddy Holly, Chuck Berry, Fats Domino, Booker T & the M.G.’s, Platters, Del Shannon, Bill Haley & his Comets, etc.), c’est un film drôle et sensible sur la perte de l’innocence et le passage à l’âge adulte et au vrai monde, qui a une dimension sociologique et historique. Il permettra de lancer peu après la série culte Happy Days (avec Ron Howard en rôle principal), ainsi que la carrière d’Harrison Ford, alors menuisier de Lucas – qui se retrouveront évidemment sur Star Wars et Indiana Jones. American Graffiti a été nominé à cinq Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleur second rôle féminin et meilleur montage) et est devenu un des films les plus rentables de l’histoire.

6 octobre : Ciné-club Hippies : Easy Rider (1969) – Hair (1979)

Au programme, deux films cultes de l’époque colorée, lysergique et mouvementée du flower power :

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– 19h : Easy Rider (Dennis Hopper – 1969 – 94 minutes)
avec Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson

Deux motards sillonnent l’Amérique et font toute sorte de rencontres, notamment d’un avocat défenseur des droit civiques, d’une communauté hippie ou d’américains réactionnaires.

Avec Bonnie & Clyde et Le Lauréat, Easy Rider marque la naissance du nouvel Hollywood, rompant avec le système de production classique et s’inspirant du néoréalisme italien, de la Nouvelle Vague française et de la contre-culture américaine psychédélique, où les réalisateurs reprennent le contrôle de la création sur les producteurs. Le film est un symbole de liberté, autant celle du réalisateur et de ses amis (Dennis Hopper et Peter Fonda l’ont co-écrit, jouent dedans, le premier le réalise et le second le produit) qui tournent avec très peu de moyen dans des décors naturels, que celle de ses personnages marginaux qui à travers un road movie découvrent la face noire et rétrograde des Etats-Unis, le conservatisme, l’hostilité, l’incompréhension, la violence, la prison et bien pire encore. Il rencontra un succès immense et inattendu, reçut le prix de la meilleure première œuvre au Festival de Cannes, et devint une des œuvres culturelles les plus marquantes des années 60 en annonçant ses désillusions concernant ses valeurs utopistes et révolutionnaires. Enfin sa bande-son eut autant de succès, avec bien sûr Steppenwolf et son iconique « Born to Be Wild », mais aussi The Jimi Hendrix Experience, The Electric Prunes, The Byrds ou Electric Flag – à noter que le légendaire producteur Phil Spector fait une petite apparition au début du film !

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– 21h : Hair (Milos Forman – 1979 – 121 minutes)
avec John Savage, Treat Williams, Beverly d’Angelo, Nicholas Ray

Un jeune campagnard enrôlé pour le Vietnam désire visiter New York avant de partir au front. Il rencontre des hippies à Central Park qui vont l’initier à leur mode de vie.

Cinq ans avant son Amadeus, Milos Forman s’immisce dans le domaine musical avec l’adaptation qu’il voulait réaliser depuis longtemps de la pièce culte de Broadway de Gerome Ragni et James Rado (aux paroles) et Galt MacDermot (pour la musique). Succès colossal aux Etats-Unis en 1968 (où elle reste à l’affiche pour 1750 représentations pendant quatre ans), elle engendra des productions locales dans pas moins de 19 pays tels qu’en Angleterre, France (première traduction française d’une pièce musicale américaine, elle fit scandale pour sa nudité, provoquant une manifestation de l’Armée du Salut, et révéla nul autre que Julien Clerc !), Allemagne (avec Donna Summer !), Yougoslavie (alors communiste), Australie, Mexique ou Japon. Pur produit de la contreculture hippie et de la révolution sexuelle, ses chansons utopiques et militantes traitent de thèmes sociaux comme l’amour libre, la guerre du Vietnam, le pacifisme, le racisme, les drogues, la vie de bohème ou le conservatisme de la société. Le film fut entièrement tourné à New York pendant un an, majoritairement en extérieur, avec pas moins de 20.000 figurants. Plusieurs chansons ne furent pas reprises pour le film, et le scénario a été modifié à quelques endroits (notamment la fin), ce qui fit dire aux auteurs de la pièce que son esprit ne fut pas respecté, mais le film eut un énorme succès et reste à la fois l’une des comédies musicales les plus fameuses et un des films emblématiques du flower power.