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2 octobre : Ciné-club humour noir : Bernie (1996) – C’est arrivé près de chez vous (1992)

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– 19h : Bernie (Albert Dupontel – 1996 – 85 minutes)

avec Albert Dupontel, Claude Perron, Roland Blanche, Hélène Vincent, Roland Bertin, Paul Le Person, Philippe Uchan, Eric Elmosnino

Un trentenaire délirant, jeté à la poubelle à sa naissance, quitte son orphelinat pour partir à la recherche de ses parents, l’un SDF, l’autre bourgeoise, et découvre par la même occasion le monde.

Albert Dupontel a commencé par faire quelques sketchs pour Canal + (Les Sales Histoires) et des spectacles sur scène (Le Sale Spectacle, 1 & 2). Mais sa véritable ambition c’est le cinéma, alors après un court-métrage (Désiré) et quelques rôles, en 1996 il a réuni assez d’argent pour son premier film, Bernie, qu’il écrit, réalise et interprète. A travers la découverte du monde par un simplet sortant de son orphelinat, il expose un univers et un humour d’une noirceur et d’une violence sans égale – la violence n’étant d’ailleurs pas seulement verbale, mais aussi physique, avec une avalanche d’accidents, de chocs, de coups de pelle, de duels et de giclée de sang. Les acteurs, généralement pas connus, sont excellents, et incarnent à la perfection leurs personnages hors-normes et déjantés. Dupontel ne se refuse rien, et son rôle accumule les répliques ovniesques et hallucinées, faisant de Bernie un réservoir à citations et surtout un film culte. Nominé au César du meilleur premier film, Bernie a rencontré son public et suscité l’admiration de ses idoles les Monty Python,  en particulier Terry Gilliam dont l’influence accompagnera son prochain film, Le Créateur, avec en partie la même équipe (et où le Python Terry Jones tiendra le rôle de Dieu).

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– 21h : C’est arrivé près de chez vous (Remy Belvaux, André Bonzel & Poelvoorde – 1992 – 96 minutes)

avec Benoît Poelvoorde, Rémy Belvaux, André Bonzel

Une équipe de journalistes réalise un reportage sur un tueur excentrique qui s’attaque aux vieilles dames et aux individus de classe moyenne.

C’est arrivé près de chez vous est initialement un moyen-métrage en noir et blanc de fin d’études de cinéma de Rémy Belvaux avec ses amis en Belgique, pour lequel seront ensuite tournées de nouvelles scènes afin d’en faire un long-métrage pour le cinéma. Il se veut une parodie de l’émission documentaire Strip-tease, traitant de la société à travers des personnes lambda ou hors-normes. Ce faux-documentaire d’un cynisme et d’une immoralité inouïe suit ainsi les exploits du monstrueux et sympathique Ben pendant trente-trois meurtres et un viol, et aussi dans son quotidien, expliquant comment lester des cadavres sous l’eau ou la recette du cocktail « petit Grégory », entre deux envolées poétiques ou musicales. Benoît Poelvoorde crève l’écran avec sa prestation gracieuse, habitée et naturelle – à vrai dire il n’a jamais joué que sa propre excentricité, comme le montrera la suite de sa prolifique carrière. Bien plus hilarant que dérangeant, le film est présenté au Festival de Cannes, où il reçoit le prix de la critique internationale, le prix SACD et le prix spécial de la jeunesse, parmi d’autres récompenses et nominations internationales. Au-delà de son triomphe critique, ce Citizen Kane du cinéma belge est devenu un film culte depuis plusieurs générations pour son audace, sa poésie noire et son humour ravageur, critiquant au passage la télé-réalité et le voyeurisme contemporain. Mais là où Poelvoorde enchaînera avec le même esprit la série Les Carnets de Monsieur Manatane et bien des comédies populaires, le groupe d’amis se fissure. Rémy Belvaux, véritable metteur en scène et co-scénariste du film, vivra mal d’avoir été éclipsé, tournera de nombreux films publicitaires remarqués, jusqu’à son suicide en 2006.

En bonus sera diffusé Pas de C4 pour Daniel-Daniel (13 minutes – 1987), court-métrage de la même équipe, une fausse-bande annonce d’un film d’espionnage terriblement loufoque, Poelvoorde oblige !

13 mars : Ciné-club Cape et d’épée par Jean-Paul Rappeneau : Cyrano de Bergerac (1990) – Le Hussard sur le toit (1995)

CYRANO DE BERGERAC (1989)

– 19h : Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau – 1990 – 135 minutes)

avec Gérard Depardieu, Jacques Weber, Anne Brochet, Vincent Perez, Roland Bertin

Cyrano de Bergerac, poète et bretteur charismatique, est amoureux de sa cousine Roxanne, mais il n’ose lui avouer à cause son nez long et ridicule. Roxanne aime Christian, beau mais sans esprit, qui vient d’entrer sous le commandement de Cyrano aux Cadets de Gascogne.

Une des pièces de théâtre les plus connues et jouées, Cyrano de Bergerac a été adapté cinq fois à l’opéra, une fois en ballet et huit fois au cinéma (dès 1900). Quand les droits de la pièce d’Edmond Rostand sont tombés dans le domaine public en 1984, ce fut l’occasion de faire une nouvelle adaptation avec plus de moyens dans les décors et les costumes, au lieu d’en payer de coûteux droits. Le film bénéficie ainsi de quarante décors dans une quinzaine de villes, dont une bonne partie construits en Hongrie. Jean-Paul Rappeneau et le scénariste Jean-Claude Carrière ont fait un énorme travail d’adaptation des 2600 vers de la pièce, l’aérant et la dynamisant, en conservant tout de même les alexandrins, qui donnent tout leur rythme et leur musicalité aux dialogues et au film, sorte d’« opéra verbal ». Les acteurs sont tous parfaits, à commencer par Gérard Depardieu, au sommet de sa carrière et entrant dans la légende du cinéma français, mais aussi Jacques Weber (qui avait joué cinq fois le rôle de Cyrano au théâtre). Alors que le film aurait pu être écrasé par un grand texte, comme cela s’est trop souvent vu, le miracle se produit : la pièce s’incarne totalement dans les acteurs fougueux et la mise en scène superbe, ne se contentant nullement de filmer le théâtre. Le film remporte un triomphe public et critique international : sur treize nominations, il décroche dix Césars (dont meilleurs film, réalisateur, acteur pour Depardieu et Weber, costumes, décors et musique), l’Oscar des meilleurs costumes et quatre nominations, le prix d’interprétation masculine à Gérard Depardieu et le prix Vulcain de l’artiste technicien au Festival de Cannes. Avec presque cinq millions de spectateurs en France, Cyrano de Bergerac est peut-être le dernier grand classique du cinéma français à allier autant réussite artistique et grand spectacle populaire.

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– 21h15 : Le Hussard sur le toit (Jean-Paul Rappeneau – 1995 – 135 minutes)

avec Juliette Binoche, Olivier Martinez, Claudio Amendola, Pierre Arditi, Isabelle Carré, François Cluzet, Jean Yanne, Gérard Depardieu, Daniel Russo

En 1832, une épidémie de choléra fait rage en Provence, provoquant paranoïa, quarantaine et fureur populaire. Au milieu des morts et des barrages militaires, un jeune révolutionnaire italien traqué va faire route avec une femme qu’il compte escorter jusque chez elle.

Grâce au triomphe de Cyrano de Bergerac, Jean-Paul Rappeneau décroche pour son nouveau film le plus gros budget du cinéma français (de l’époque) ! Il adapte cette fois-ci son roman de chevet, Le Hussard sur le toit de Jean Giono, fresque d’aventure et de passion se situant en Provence, réputé inadaptable. Le projet nécessite six mois de tournage dans soixante lieux différents avec un millier de figurants, et autant de costumes d’époque créés spécialement. La lumière naturelle et les décors provençaux sont magnifiques, contrastant avec l’épidémie morbide qui prolifère, laissant derrière elle une traînée de cadavres. Le choléra apparaît comme un révélateur des caractères humains, les uns devenant égoïstes, cupides et haineux, les autres héroïques, nobles et vaillants. Car c’est la peur de la maladie qui tue, plutôt que la maladie elle-même. Derrière le beau Olivier Martinez et la brillante Juliette Binoche, les petits seconds rôles sont tenus par des grands acteurs, actuels ou en devenir ; Depardieu, Arditi, Yanne, Clouzet, Russo, Carré. Nommés à dix César (dont meilleurs film, réalisateur, actrice pour Binoche, espoir pour Carré, musique, décors ou costumes), il décroche la meilleure photographie et le meilleur son. Sans retrouver la transcendance de Cyrano de Bergerac, Le Hussard sur le toit est un modèle d’adaptation spectaculaire du patrimoine français.