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16 octobre : Ciné-club Russie : Bons baisers de Russie (1963) – Croix de fer (1977)

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– 19h : Bons baisers de Russie (Terence Young – 1963 – 115 minutes)

avec Sean Connery, Daniela Bianchi, Robert Shaw, Pedro Armendáriz, Lotte Lenya

Pendant la guerre froide, James Bond se voit proposer par une agent russe de récupérer une machine de chiffrement détenue à Istanbul. Elle est en réalité envoyée par l’organisation criminelle SPECTRE.

Paru en 1957, le cinquième roman James Bond, Bons baisers de Russie, d’Ian Flemming était l’un des dix livres préférés du président Kennedy. Après le succès mondial de Dr No, c’est celui-ci qui est choisi pour lui faire suite sur grand écran, avec un budget doublé pour l’occasion. Là où le premier opus avait introduit la plupart des éléments typiques de la saga par tatonnement, ce second épisode les consolide pour donner instantanément le cachet standard d’un James Bond qui prévaudra jusqu’à aujourd’hui (ajoutant d’ailleurs la séquence habituelle de pré-générique). Le piège du SPECTRE met déjà en évidence le penchant de 007 pour les femmes, Istanbul, l’Orient-Express et Venise font office de nouveau cadre exotique, les soviétiques sont des acteurs privilégiés de tensions géopolitiques en pleine guerre froide, la nouvelle Bond Girl est bien évidemment superbe (Miss Rome et première dauphine Miss Univers). Lotte Lenya (ancienne femme et interprète de Kurt Weill) joue une agent du SPECTRE vieille et aigrie, qui sera caricaturée dans Austin Powers. Le personnage de Q ainsi que son premier gadget font leur apparition, sous la forme d’un attaché-case cachant un couteau et une grenade aimantée, qui sera fort utile dans la spectaculaire scène de combat dans le train contre le puissant agent joué par Robert Shaw. Sean Connery, dont le salaire a été décuplé, est comme d’habitude parfaitement à l’aise dans son costume. Expertement réalisé par Terence Young, avec son cocktail dynamique et soigné d’espionnage, d’intrigue, de voyage, de séduction, de spectacle et d’humour britannique, Bons baisers de Russie est déjà un classique de la série, qui frappera encore plus fort l’année suivante avec Goldfinger, annoncé dès le générique de fin.

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– 21h : Croix de fer (Sam Peckinpah – 1977 – 132 minutes)

avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner, Senta Berger

Sur le front russe en 1943, un capitaine aristocrate de l’armée allemande est prêt à tout pour obtenir rapidement une croix militaire, même à sacrifier ses soldats.

Le roman de Willi Henreich La Peau des hommes (1956) était partiellement basé sur l’histoire vraie d’un officier – qui vivra bien plus longtemps que la plupart des acteurs du film qui en a été tiré, puisqu’il décède en décembre 2015 à 101 ans ! Dans Croix de fer, pas de patriotisme américain ni même de présence d’Alliés à l’écran, car tout se passe sur le front russe du point de vue allemand. Peckinpah (La Horde Sauvage, Le Guet-apens) oblige, le ton est désespéré, où les soldats n’ont plus leur place dans leur époque, coincés dans une guerre atroce qu’ils savent ne plus pouvoir gagner. Le maître ne faillit bien sûr pas sur ses spectaculaires scènes de combat, réalistes et crues, caméra à l’épaule, parfois au ralenti, avec quantité de cadavres qui s’effondrent. Mais il distille tout de même ce qu’il peut d’humanité au sein de cette boucherie, par le biais du Sergent Steiner, interprété par James Coburn (Il était une fois la révolution, Major Dundee), et ses hommes usés, sacrifiés pour la seule gloire militaire d’un capitaine (Maximilian Schell), malgré la bienveillance du colonel désillusionné sur le régime nazi, joué par l’excellent James Mason (Lolita, La Mort aux trousses, Pandora). Tourné en Yougoslavie avec une équipe cosmopolite (ce qui compliquait la communication), un budget insuffisant et un scénario mainte fois réécrit, Croix de fer est donc l’anti-exemple des représentations traditionnelles au cinéma de l’armée allemande patriote et disciplinée, et est considéré par Orson Welles comme le meilleur film de guerre, après A l’Ouest rien de nouveau.

Ciné-club Poker : Le Kid de Cincinnati (1965) – Maverick (1994)

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– 19h : Le Kid de Cincinnati (Norman Jewison – 1965 – 103 minutes)

Avec Steve McQueen, Edward G. Robinson, Ann-Margret, Karl Malden, Tuesday Weld, Joan Blondell, Rip Torn, Jack Weston, Cab Calloway

Un as du poker, le Kid de Cincinnati, souhaite se confronter au légendaire joueur Lancey Howard.

A l’origine, Le Kid de Cincinnati devait être réalisé par le mythique Sam Peckinpah (La Horde sauvage), avec Sharon Tate (future madame Polanski, avant d’être sauvagement assassinée par la Manson Family) dans le rôle principal féminin. Mais parce qu’il avait commencé à tourner en noir et blanc au lieu de la couleur (pour coller à l’atmosphère de la Grande Dépression) et qu’il improvisa des scènes érotiques non prévues dans le script, les producteurs le renvoyèrent et le remplacèrent par Norman Jewison, qui recommença le tournage en couleurs (pour mieux voir les couleurs des carte de poker), avec la star suédoise Ann-Margret (future mère de Tommy, l’opéra-rock des Who adapté au cinéma en 1975) à la place de Sharon Tate. Le reste du casting n’est pas en reste, avec Steve McQueen, excellent de tension et de charisme comme d’habitude, Edward G. Robinson, impérial dans un de ses derniers rôles après une longue carrière de gangster (Le Petit César), et Karl Malden, à la gueule typique reconnaissable dans bien des seconds rôles (Un Tramway nommé désir, Sur les quais). Le Kid de Cincinnati est un des grands films sur le poker (ici joué en Stud à cinq cartes, plus tard appelé « Cincinnati Kid » !), bien qu’on lui trouve quelques similitudes avec le fameux L’Arnaqueur (1961), brillant film sur le billard de Robert Rossen avec Paul Newman. En tout cas, la partie finale est d’une grande intensité, la confrontation McQueen/Robinson étant à la hauteur des attentes accumulées tout le long du film. Enfin, tourné à la Nouvelle-Orléans, Le Kid de Cincinnati a une touche de mélancolie apportée par la musique blues de la ville – le chanteur de jazz Cab Calloway joued’ailleurs un des joueurs de poker, et Ray Charles chante le thème du film.

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– 21h : Maverick (Richard Donner – 1994 – 127 minutes)

avec Mel Gibson, Jodie Foster, James Garner, Graham Green, James Coburn, Alfred Molina

Le joueur professionnel Bret Maverick tente de trouver les 3.000 dollars qui lui manquent pour s’inscrire à un tournoi de poker où il pourrait gagner 500.000 dollars.

Maverick était une série télévisée de 124 épisodes, diffusée entre 1957 et 1962, sur une famille de joueurs de poker à travers le Far West, avec James Garner, Jack Kelly et Roger Moore. Un remake en est tiré en 1994 par Richard Donner, réalisateur à succès de La Malédiction (1976), du tout premier film de Superman (1978) au succès colossal, des Goonies (1985) et de la saga L’Arme fatale avec Mel Gibson et Danny Glover. Autant dire qu’il s’y connait en film hollywoodien ! Il reprend James Garner pour un rôle de shérif d’âge mur, et y ajoute sa star Mel Gibson pour jouer Bret Maverick (personnage qu’incarnait James Garner dans la série originale). A noter que Danny Glover fait un petit cameo sous la forme d’un voleur de banque, que Gibson semble reconnaître dans le film, et lance même sa fameuse réplique de L’Arme fatale « je suis trop vieux pour ce genre de conneries » avec le thème musical de la saga ! Jodie Foster joue une tricheuse et voleuse, tandis que James Coburn (Les Sept mercenaires, La Grande Evasion, Il était une fois la révolution) est l’organisateur du tournoi de poker. A ce casting léché s’ajoute nombre d’acteurs de western ou chanteurs de country dans des petits rôles ou en figuration. Le ton de Maverick est clairement porté sur l’humour et le grand spectacle, mais avec un dosage bien équilibré dû au professionnalisme de Richard Donner, qui ne tire jamais le film vers la bouffonnerie ou l’action musclée et balourde. Il faut dire que le scénario est signé par William Goldman (Butch Cassidy et le Kid, 1969), ce qui permet au film de rester stimulant et rythmé, sans se prendre au sérieux. Le succès est plus qu’au rendez-vous, puisque pour un budget de 75 millions de dollars, il récolte 183 millions de recettes.

Ciné-club Sam Peckinpah : Le Guet-Apens (1972) – La Horde sauvage (1969)

Dimanche 11 mai 2014 :

GUET APENS (1972)

19h : Le Guet-Apens (Sam Peckinpah – 1972 – 118 minutes)

avec Steve McQueen, Ali MacGraw, Ben Johnson, Al Lettieri, Sally Struthers, Bo Hopkins

Le prisonnier Doc McCoy est libéré de prison par un avocat influent en échange d’un hold-up qu’il doit commettre pour lui.

Comme souvent au cinéma, la pré-production de Guet-Apens est tumultueuse. Sam Peckinpah essayait depuis des années d’acheter les droits du livre de Jim Thompson (dialoguiste de L’Ultime Razzia et scénariste des Sentiers de la gloire), mais c’est finalement le producteur Robert Evans qui les obtient. Il impose alors sa femme, Ali MacGraw, star de Love Story (1970), drame romantique au succès colossal pour lequel elle a été nominée à l’Oscar de la meilleure actrice. Puis les droits sont revendus à l’agent de Steve McQueen, qui se retrouve engagé. Peter Bogdanovich est pressenti à la réalisation, mais la Warner l’oblige contractuellement à tourner immédiatement On s’fait la valise, Doc. Steve McQueen venait de jouer Junior Bonner (1972) pour Sam Peckinpah, et le ramène donc sur ce nouveau projet. Au passage, Steve McQueen entame une liaison avec Ali MacGraw, qui deviendra sa femme, comme à l’écran. Enfin l’acteur n’apprécie pas la musique du fidèle compositeur de Peckinpah, Jerry Fielding, et oblige à la remplacer par celle de Quincy Jones, plus jazz seventies et nominée au Golden Globe de la meilleure musique. Quelques années après le culte Bonny & Clyde (1967), Le Guet-Apens est un autre film de hold-up et de couple en cavale à travers le Texas jusqu’au Mexique, palpitant de bout en bout, avec un suspense particulièrement bien dosé. Sam Peckinpah fait preuve une fois de plus de sa grande maîtrise technique, avec une réalisation virtuose, une stylisation de la violence et de multiples scènes mémorables, notamment de fusillades, qui en fait un précurseur de Tarantino. Le casting est excellent, avec une bonne galerie de seconds couteaux et un Steve McQueen comme d’habitude impérial. Le Guet-Apens est un excellent polar aux allures de western urbain, ce qui n’est pas une grande surprise de la part du maître du genre Peckinpah, dont ce sera le plus grand succès commercial. Un remake sera réalisé en 1994, avec encore un couple à l’écran et à la ville, Kim Basinger et Alec Baldwin.

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21h : La Horde sauvage (Sam Peckinpah – 1969 – 145 minutes)

avec William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, Edmon O’Brien, Warren Oates, Jaime Sanchez, Ben Johnson, Bo Hopkins

Une horde de hors-la-loi, poursuivis par des chasseurs de primes, accepte de voler des armes et munitions transportées en train, pour le général mexicain Mapache.

Réalisateur prometteur avec Coups de feu dans la Sierra (1962), Sam Peckinpah déçoit dès son troisième film, Major Dundee (1965) dont les producteurs avaient coupé trente minutes au montage. Une traversée du désert commence alors pour le réalisateur : viré du Kid de Cincinnati (1965), il ne tourne rien pendant trois ans. Mais un ami de la Warner parvient à le remettre en selle en lui faisant réaliser La Horde sauvage. Et Peckinpah rentre alors dans la légende du cinéma en signant l’un des plus grands westerns de tous les temps, sur le podium aux côtés des meilleurs John Ford et Sergio Leone. Réponse américaine aux westerns spaghetti, La Horde sauvage est particulièrement violent, et par la même moderne et actuel : Peckinpah veut en effet déconstruire la mythologie hollywoodienne du western, à base de manichéisme des personnages et de romantisme de la violence. Il révèle la mauvaise conscience de l’Amérique et la fin d’une époque, où ses héros truands, reliés par un code de l’honneur, ne font que progresser vers la mort, dans un monde qui n’est déjà plus pour eux, la conquête de l’Ouest étant achevée et la modernité commençant. C’est donc par réalisme que le film est violent, cru et crépusculaire, où l’appât du gain et des plaisirs des prostitués dominent, où personne n’est à sauver – même les femmes et enfants ne font pas exception. Le film ne comporte que des séquences inoubliables, à commencer par les fusillades, notamment celles d’ouverture et de fermeture. Cette dernière est une des grandes scènes du cinéma américain : tournée en 12 jours (sur les 80 jours du tournage au total), elle nécessita 90.000 balles à blanc et plus de morts à l’écran que de figurants, ces derniers se relevant et se faisant recoudre leur costume pour retourner mourir à la prise suivante. La photographie est grandiose et renversante, le montage hors-norme et pénétrant, la durée du film totalement insensible, les acteurs excellents et plus vrais que nature. La musique de Jerry Fielding a été nominée aux Oscars, comme le scénario. On pourrait déverser les superlatifs à l’envie pour La Horde sauvage, concluons donc simplement qu’en plus d’un film clef du cinéma américain bien au-delà du genre western, il s’agit aussi et surtout d’une grande date dans la vie d’un cinéphile.