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26 novembre 2017 : Ciné-club Passion extrême : 9 semaines 1/2 (1986) – Portier de nuit (1974)

9 SEMAINES ET DEMI

– 19h : 9 semaines 1/2 (Adrian Lyne – 1986 – 117 minutes)

avec Mickey Rourke, Kim Basinger, Margaret Whitton, David Margulies, Christine Baranski

Une galeriste new-yorkaise rencontre un homme mystérieux dans la rue. Ils vont s’adonner à des jeux érotiques de plus en plus intenses.

Film culte des années 80 (dont il épouse efficacement et avec soin les codes esthétiques), 9 semaines ½ se concentre sur la relation passionnelle entre la belle et sexy Kim Basinger et le mignon Mickey Rourke. Entre L’Empire des sens (en plus sage) et Le Dernier tango à Paris (en plus torride), le couple franchit une à une les étapes de la séduction, du mystère, de l’attraction irrésistible, explorant leur désir par des jeux sexuels jusqu’à la manipulation et le sado-masochisme. La bande-son est remplie de stars de la pop de l’époque : Eurythmics, John Taylor (Duran Duran), Bryan Ferry, Devo, Stewart Copeland (Police), mais c’est « You Can Leave Your Hat On » de Joe Cocker qui va devenir un tube planétaire et la chanson officielle des strip-teases (entendue jusqu’à la nausée depuis…). Le film est un échec aux Etats-Unis, mais un grand succès dans le reste du monde, et annonce Cinquante nuances de Grey. Il connaîtra une suite avec Mickey Rourke en 1997 (Love in Paris), et un prequel (avec Malcolm McDowell) en vidéo l’année suivante. Quant au réalisateur Adrian Lyne, il continuera son exploration du désir avec Liaison fatale, Proposition indécente et un remake inattendu du Lolita de Nabokov (pourtant déjà insurpassablement adapté par Kubrick).

PORTIER DE NUIT

– 21h : Portier de nuit (Liliana Cavani – 1974 – 118 minutes)

avec Dirk Bogarde, Charlotte Rampling, Philippe Leroy, Giuseppe Addobbati, Amedeo Amodio

Après-guerre, une bourgeoise séjourne avec son mari dans un grand hôtel viennois. Le portier de nuit se révèle être son ancien bourreau SS dans un camp de concentration, avec qui elle entretenait une passion sado-masochiste.

Censuré en Italie, classé X aux Etats-Unis, Portier de nuit figure sur le podium des films scandaleux, en proposant la relation complexe, sado-masochiste et amoureuse entre une déportée juive et un SS (impérial Dirk Bogarde, comme d’habitude), dans un camp durant la guerre puis dix ans plus tard à Vienne. La fiévreuse polémique lui reproche aussi de participer à la fascination esthétique et érotique du nazisme : sa scène la plus iconique est celle où Charlotte Rampling danse et chante seins nus en uniforme nazi. Le film est considéré comme l’initiateur involontaire du genre nazisploitation (dont Tarantino proposera par exemple une fausse bande-annonce au milieu de son Grindhouse, avec Werewolf women of the SS réalisé par Rob Zombie) et même du porno nazi. Cependant, la fine fleur des réalisateurs italiens tels que comme Pasolini, Visconti (Bogarde et Ramling avaient joué dans ses Damnés), Antonioni, Bertolucci ou Petri signèrent une lettre de protestation contre la Commission de censure italienne. On ne peut d’ailleurs pas accuser Liliana Cavani d’aborder le sujet avec légèreté ou inconséquence, puisqu’elle avait auparavant réalisé des documentaires sur les femmes dans la résistance italienne, recueillant des témoignages effroyables et importants, ou sur l’histoire du Troisième Reich (le premier sur le sujet à la télévision). Elle n’a pas non plus inventé le syndrome de Stockholm (quand un otage s’attache émotionnellement à son geôlier, selon de complexes mécanismes psychologiques de survie). Mais, une fois de plus, rappelons que si l’art peut avoir des vertus morales, elles ne sont en aucun cas sa condition ni sa fonction, et nous devrions ainsi être en mesure de contempler une œuvre digne et sublime sur, justement, l’ambiguïté et le vertige des situations humaines dans le violent tumulte de l’Histoire. On ne peut pas traiter du problème du Mal sans se salir les mains. Les artistes qui prétendraient le contraire seraient des imposteurs ou, pire, des naïfs. Car s’il n’y avait pas de séduction dans le Mal, il serait inoffensif.

Ciné-club Nagisa Oshima : L’Empire de la passion (1978) – L’Empire des sens (1976)

« De l’érotisme, il est possible de dire qu’il est l’approbation de la vie jusque dans la mort » (George Bataille)

Dimanche 22 décembre 2013 :

 L_Empire_de_la_passion

– 19h : L’Empire de la passion (Nagisa Oshima – 1978 – 108 minutes)

avec Tatsuya Fuji, Kazuko Yoshiyuki, Takahiro Tamura

 En 1895, dans un village japonais de montagne, un jeune homme s’éprend d’une femme mariée. Il la convainc de supprimer son mari. Mais son fantôme revient les hanter.

Deux ans après le succès international et le scandale de L’Empire des sens, Oshima revient avec un film moins provocateur, mais qui emmène quand même ses protagonistes vers les mêmes abîmes de liaison destructrice, faite de passion charnelle et de mort.  Toujours co-produit en France par Anatole Dauman, reprenant l’acteur Tatsuya Fuji, Oshima est ici moins naturaliste que sur son précédent film mais plus fantastique, ajoutant au fait divers historique une présence fantomatique (figurant la culpabilité du meurtre) – d’ailleurs plus extraordinaire pour un public occidental que japonais (pour qui c’est plutôt traditionnel). Visuellement plus chaste que L’Empire des sens (ce qui n’était pas difficile !) pour respecter les codes de la censure japonaise, L’Empire de la passion décrit une passion plus intériorisée mais tout aussi tourmentée, et est surtout plus esthétique, la mise en scène étant plus soulignée, le budget plus confortable et les décors plus variés (le film a été tourné dans un véritable village de montagne). Ainsi, Oshima remporte le prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour ce film.

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– 21h : L’Empire des sens (Nagisa Oshima – 1976 – 111 minutes)

avec Tatsuya Fuji, Eiko Matsuda, Aoi Nakajima

 En 1936 à Tokyo, une ancienne geisha qui travaille comme servante dans une auberge entame une relation amoureuse avec son patron.

Les liens étroits entre Eros et Thanatos ont toujours été l’un des sujets majeurs de la filmographie de Nagisa Oshima. Le français Anatole Dauman lui proposa de produire un film érotique qu’il réaliserait. Oshima choisit de s’inspirer de l’authentique fait divers d’un couple japonais s’enfermant dans une spirale érotique les coupant du monde extérieur, jusqu’à la folie et la mort. Il y interroge ainsi les limites du plaisir et de l’érotisme (tant pour les personnages que pour le spectateur), entre célébration de la vie et impasse morbide. Néanmoins, les scènes de nudité et les ébats non simulés et explicites firent scandale au Japon, qui censura le film, perquisitionna la maison d’édition du réalisateur et son domicile, et lui intenta un procès pour obscénité – qui fut innocenté trois ans plus tard au bout de vingt-trois audiences. Néanmoins ce film érotique d’auteur fut un succès public et critique international, grâce à sa co-production française, et fut présenté dans plusieurs festivals, tels que Cannes ou Berlin.