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1er novembre : Ciné-club Halloween avec Stephen King : Misery (1990) – Shining (1980)

MISERY

– 19h : Misery (Rob Reiner – 1990 – 107 minutes)

avec James Caan, Kathy Bates, Lauren Bacall, Richard Farnsworth, Frances Sternhagen

Un célèbre romancier, suite à un grave accident de voiture dans les montagnes, est recueilli et soigné par une de ses plus grandes admiratrices. Mais elle ne supporte pas la fin de son dernier roman, et veut qu’il en écrive une autre…

Publié en 1987, Misery de Stephen King a reçu le prix Bram Stoker du meilleur roman, parabole sur l’artiste prisonnier de son public. Rob Reiner, réalisateur diversifié (This is Spinal Tap, Quand Harry rencontre Sally, Des Hommes d’honneur) l’adapte trois plus tard au cinéma (après avoir déjà adapté Stand by Me de King en 1986). Ce thriller psychologique tourne à l’horreur par l’intensité des relations entre les personnages principaux dans un huis clos : le héros a les jambes cassées et est coincé sur un lit ou une chaise roulante, tandis que son admiratrice est totalement imprévisible, passant de la dévotion à la colère sadique à la moindre phrase qui la contrarie. Cette séquestration infernale rappelle fortement un classique du cinéma américain : Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich (1962). James Caan, acteur d’habitude nerveux et énergique, est ici réduit à la passivité et vulnérable. Quant à Kathy Bathes, son interprétation glaçante et plus vraie que nature a été récompensée de l’Oscar et du Golden Globe de la meilleure actrice. Le roman a aussi donné lieu à une chanson du groupe Anthrax, et une adaptation théâtrale à Broadway avec Bruce Willis !

 SHINING

– 21h : Shining (Stanley Kubrick – 1980 – 119 minutes)

avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyrd, Scatman Crothers

Un écrivain en panne d’inspiration part avec sa famille garder un grand hôtel isolé dans les montagnes pendant sa fermeture hivernale. Mais celui-ci a été construit sur un ancien cimetière indien…

Sur les dizaines d’adaptations audiovisuelles de Stephen King au cinéma, Shining est une des rares où le réalisateur prend le dessus sur le romancier. Pas étonnant de la part du démiurge Stanley Kubrick, qui a toujours intelligemment basé ses films sur des romans, des plus confidentiels (L’Ultime Razzia) aux plus fameux (Lolita). Le scénario de Kubrick prend ainsi ses libertés avec le roman de King, notamment en refusant les explications rationnelles pour mieux fasciner le spectateur – ce qui provoquera des réactions mitigées de la part du romancier, sentant son œuvre trahie. Pour son irruption dans le nouveau genre en vogue des films d’horreur, Kubrick signe comme d’habitude un chef d’œuvre du genre, malgré ou grâce à son économie de violence, à partir de ses cadrages et images inoubliables de nouvelles caméras Steadicam, sa bande-son soignée (par Walter/Wendy Carlos, déjà auteur de celle d’Orange Mécanique), sa symbolique complexe mais hypnotisante. Au casting, une fois n’est pas coutume, Kubrick décroche une immense star, Jack Nicholson, qui livre sa prestation la plus iconique et intense, qui avec celle dans Vol au-dessus d’un nid de coucou le catalogue dans les acteurs de la folie. Shelly Duvall, actrice fétiche de Robert Altman, est aussi excellente en mère pétrifiée de frayeur. Shining connaitra une adaptation en téléfilm en 1997, scénarisé et produit par Stephen King lui-même afin de mieux respecter le roman original. A noter que l’hôtel du film, situé dans le Colorado, est devenu un musée de l’horreur !

En bonus sera diffusé le making of Shining (Vivian Kubrick – 1980 – 35 minutes), réalisé durant le tournage par la fille du maître. L’occasion de voir Nicholson se préparer à rentrer dans son personnage pour la scène de la hache contre la porte de la salle de bain !

Ciné-club Woody Allen : Annie Hall (1977) – Match Point (2005)

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– 19h : Annie Hall (Woody Allen – 1977 – 93 minutes)

avec Woody Allen, Diane Keaton, Tony Roberts, Carol Kane, Paul Simon, Shelley Duvall, Janet Margolin, Christopher Walken, Colleen Dewhurst

L’histoire d’un comique juif new-yorkais qui rencontre une aspirante chanteuse, bourgeoise de province, et que tout oppose.

Woody Allen a commencé sa carrière comme auteur de sketches pour la télévision, puis se met à réaliser des films burlesques dans lesquels il joue, comme Bananas (1971). Mais ce n’est qu’à partir d’Annie Hall que le tournant s’opère, et que son écriture, sans abandonner son irrésistible humour, devient plus personnelle, profonde et autobiographique. Annie Hall est sa première comédie dramatique, où il ausculte les relations de couples, les new-yorkais et les californiens, à travers le malaise existentiel, la psychanalyse, la sexualité, le judaïsme, l’angoisse de la mort et des références artistiques innombrables. Tournant en dérision ses échecs sentimentaux, Woody Allen incarne son fameux personnage maladroit, torturé et caustique. Celle qui joue sa compagne n’est autre que Diane Keaton, avec qui il a été en coupe de 1968 à 1974, ce qui donne à cette histoire d’amour ratée une mélancolie et une nostalgie toutes particulières. Ce sera sa première égérie avec qui il tournera huit films de 1971 à 1993. Sa performance impressionnante de naturel et d’authenticité sera couronnée de l’Oscar de la meilleure actrice. En outre, Allen n’est pas qu’un excellent scénariste et un savoureux humoriste, il se comporte en réalisateur audacieux en multipliant les techniques cinématographiques pour stimuler le récit avec beaucoup de maîtrise : monologue face caméra, séquence en dessin animé, split-screen, sous-titres des pensées des personnages, dédoublement du personnage à l’écran, caméo d’un véritable intellectuel canadien, flash-back et voyage des personnages dans le passé, voix off, entre autres scènes surréalistes où il imagine philosopher naturellement avec de simples passants ! Par ce coup d’essai stylistique, c’est un coup de maître qui concourt depuis à la place de meilleur film du réalisateur, et qui a été récompensé par les Oscar de meilleur film, réalisateur et scénario.

 MATCH POINT

– 21h : Match Point (Woody Allen – 2005 – 124 minutes)

avec Jonathan Rhys-Meyers, Scarlett Johansson, Emily Mortimer, Matthew Goode, Brian Cox

Un professeur de tennis issu d’un milieu modeste entame une idylle avec la fille d’une très riche famille londonienne, mais est aussi attiré par la fiancée américaine du frère de sa compagne.

Après une période creuse dans les années 90, peinant à se renouveler, mais sans ralentir pour autant son rythme d’un film par an, Woody Allen entame un nouveau chapitre de sa carrière avec Match Point. D’habitude si attaché à l’urbanisme et la culture new-yorkaise, il se délocalise en Europe pour renouveler son écriture et son univers. Le film est tourné à Londres avec des acteurs britanniques – à ceci près que Kate Winslet se désiste au dernier moment, et est remplacé in extremis par l’américaine Scarlett Johansson, qui va devenir une de ses actrices fétiches, une des rares après Diane Keaton et Mia Farrow à tourner deux fois de suite avec lui, puisqu’on la retrouvera dans Scoop (2006), ainsi que dans Vicky Cristina Barcelona (2007). Match Point est le début d’une série de films londoniens avec Scoop, Le Rêve de Cassandre (2007) et Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (2010), tandis que ses escapades européennes lui feront consacrer d’autres films à Paris, Barcelone ou Rome. Mais derrière ces anecdotes touristiques, marketing ou budgétaires (les subventions étaient plus faciles à Londres) se cache une réelle réinvention de son style en se basant sur les spécificités culturelles étrangères. Loin des névroses, de l’humour et de l’intellectualisme new-yorkais, Match Point est un drame élégant, sombre et cynique sur le hasard et la chance, prenant pour cadre une ascension sociale qui ne recule devant aucun moyen, même sanglant, pour parvenir à ses fins, au sein de la haute société anglaise. Prenant à rebours nombre de clichés hollywoodiens, le film met le spectateur devant le dilemme entre l’arrivisme d’une confortable position professionnelle et financière et une passion sexuelle qui n’offre pas beaucoup d’autres perspectives que l’amour et l’eau fraîche. Le scénario est un mécanisme implacable et fascinant jusqu’à la fin, porté par des acteurs absolument parfaits dans leur rôle. Match Point a été un triomphe critique et public, nommé à l’Oscar du meilleur scénario et au César du meilleur film étranger, et est devenu un des sommets inattendus de la longue filmographie du réalisateur.