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22 mars 2015 : Ciné-club polar avec Al Pacino

INSOMNIA

– 19h : Insomnia (Christopher Nolan – 2002 – 118 minutes)

avec Al Pacino, Robin Williams, Hilary Swank, Maura Tierney, Martin Donovan, Paul Dooley

Une pointure de la police est appelé en renfort sur l’enquête autour d’un meurtre en Alaska. Mais frappé d’insomnie, il commet une faute dont le tueur est témoin et qu’il va exploiter pour négocier sa liberté.

Insomnia est le remake d’un film norvégien éponyme réalisé par Erik Skjoldbjaerg en 1997, dont Hollywood donne la réalisation à nul autre que le jeune Christopher Nolan, qui venait de se faire remarquer avec Memento (2000), bien avant ses blockbusters grandiloquents (Inception, Interstellar). Ce thriller glacial dans l’Etat d’Alaska où il fait jour toute la nuit pendant sept mois est malgré tout déjà un piège mental savamment calculé, à partir du dilemme posé par les zones d’ombre personnelle et la culpabilité, renforcée par les longues insomnies qui torturent de nuit et qui altèrent les facultés le jour. Al Pacino joue un rôle opposé à celui de Serpico, à savoir un policier certes brillant mais à la frontière de la loi et de la vérité, et dont le cas de conscience sera l’enjeu lancinant du film. Robin Williams est ici en total contre-emploi, en tueur calculateur et machiavélique, loin de tout ressort comique ni de la moindre mimique, dans un jeu froid, sombre et tendu. Hilary Swank (Million Dollar Baby) complète le trio d’acteurs oscarisés en policière dont la vocation initiée par Al Pacino va l’amener à le sonder à son insu. Cette confrontation autour de l’ambivalence de tous les personnages donne un film noir torturé, insomniaque et hivernal, et dont le thème de la séduction du mal se retrouvera dans The Dark Knight.

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– 21h : Serpico (Sidney Lumet – 1973 – 125 minutes)

avec Al Pacino, John Randolph, Jack Kehoe, Biff McGuire, Barbara Eda-Young, Cornelia Sharpe, Tony Roberts, Allan Rich

 Le policier Frank Serpico est un idéaliste de son métier et de sa fonction, qui compte s’attaquer à la corruption qui gangrène la police de New York. Mais il va se heurter à la résistance générale de ses collègues et supérieurs.

Serpico est l’adaptation d’une histoire vraie (d’après le livre de Peter Maas), celle de la vie de Frank Serpico et des douze années qu’il passa à la police de New York, depuis ses débuts naïfs et volontaires, fraichement diplômé, jusqu’à son immense et dangereuse croisade contre la corruption des multiples services de police new-yorkais, des plus dérisoires aux plus intouchables, au sein d’un système de pots de vins invulnérable. Car le problème n’est pas tant le comportement délictueux de ses collègues que la protection qu’ils tirent de leurs supérieurs, ce qui rend la place et les affections de Serpico bien précaires, et surtout mortelles. On assiste ainsi à la description froide et réaliste de la désintégration de sa vie professionnelle et privée, de ses espoirs brisés au sein d’une cité de toute façon à bout de souffle, ruinée et monstrueusement protéiforme – admirablement filmée par la caméra de Sidney Lumet comme un des personnages principaux du film. Le cinéaste profondément citoyen et new-yorkais signe ainsi un nouveau film désespéré et militant sur la (l’in)justice (Douze hommes en colère, Le Verdict), comme un combat politique, nécessaire et démesuré qui dépasse les épaules d’un simple individu, prêt à s’effondrer à tout moment. Frank Serpico est tout simplement un des rôles les plus impressionnants et iconiques d’Al Pacino, où jamais un flic d’1m70 n’a été aussi grand – ni  aussi excentrique, au vu aussi bien de son look seventies (cheveux longs, barbe, fringues) que de ses déguisements sur le terrain ! S’il fut nommé à l’Oscar du meilleur acteur, c’est le Golden Globe qu’il remporta. Serpico est un film coup de poing, passionnant et inoubliable, en tête des listes de films de Lumet et de Pacino, sur la justice, New York, ou des années 70.

Ciné-club justice à l’américaine : 12 hommes en colère (1957) – Le Verdict (1982)

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– 19h : 12 hommes en colère (Sidney Lumet – 1957 – 96 minutes)

avec Henry Fonda, Lee J. Cobb, Ed Begley, E. G. Marshall, Jack Warden, Martin Balsam, John Fiedler, Jack Klugman, Edward Binns, Joseph Sweeney, George Voskovec, Robert Webber

Un jury de douze hommes doit statuer à l’unanimité sur la culpabilité ou non d’un jeune accusé de parricide, qui risque la peine de mort.

12 hommes en colère est à la base un téléfilm écrit par Reginald Rose en 1954, qui a été lui-même juré dans une affaire macabre. Suite au succès, il fut ensuite adapté au théâtre l’année suivante, et enfin en film. Henry Fonda fut tellement impressionné par l’histoire qu’en plus d’y jouer il en est le producteur. La réalisation est confiée à Sidney Lumet, dont il s’agit du premier film. Il va pourtant se révéler être un artiste aguerri avec une mise en scène immersive et rythmée, jouant sur les angles de vue et les focales pour amplifier le sentiment d’étouffement. Le film est en effet quasi-intégralement un huis clos dans une salle de délibération, où les jurés vont se déchirer verbalement (et parfois physiquement) au sujet de l’existence d’un doute légitime quant à une culpabilité menant droit à la mort. L’histoire est ainsi un formidable portrait sociologique et psychologique de plusieurs souches sociales qui constituent les Etats-Unis, avec leurs préjugés, motivations et tempéraments aussi divers que personnels. A travers, c’est une image glaçante du système judiciaire américain qui se dessine, où on peut être condamné à mort par des individus sadiques qui veulent venger leurs frustrations personnelles, ou par des jurés distraits qui se désintéressent de l’affaire et qui sont pressés de sortir voir un match. Il est à craindre qu’on ne croise pas beaucoup d’individus aussi charismatiques et humanistes que Henry Fonda (remarquable) dans la réalité pour oser se dresser contre la majorité paresseuse. 12 hommes en colère est devenu un grand classique du cinéma américain, et surtout des films judiciaires. Il a remporté l’Ours d’or à Berlin, a été nominé aux Oscars du meilleur film, réalisateur et scénario, et a connu de nombreuses adaptations théâtrales, remakes (notamment un téléfilm par William Friedkin en 1997) et références dans des séries.

 THE VERDICT

– 21h : Le Verdict (Sidney Lumet – 1982 – 128 minutes)

avec Paul Newman, Charlotte Rampling, Jack Warden, James Mason

Un avocat déchu, désabusé et alcoolique, se voit confier une affaire d’erreur médicale ayant plongé la victime dans le coma.

Adapté d’un livre de Barry Reed, ancien avocat, ce n’est pas une surprise que Le Verdict soit aussi détaillé et véridique quant au fonctionnement glaçant du monde judiciaire américain. Tourné à Boston, il explore avec pessimisme un système corrompu où argent, espionnage, falsification, obstruction et rhétorique juridique sont au service des puissants, que rien n’est censé devoir ébranler ou entacher, pas même leurs victimes ni la vérité. Sidney Lumet, grand réalisateur de l’injustice tout au long de sa carrière, est de retour derrière la caméra pour un nouveau thriller judiciaire passionnant. Il a repris du casting des jurés de 12 hommes en colère Jack Warden, avec qui il a tourné aussi dans Bye bye braverman (1968) et L’avocat du diable (1993), et Ed Binns, qui a tourné aussi avec lui Point limite (1964). Paul Newman livre ici une des performances les plus remarquables et touchantes de sa carrière, tandis que James Mason (Lolita, La Mort aux Trousses) est toujours aussi sophistiqué et exquis, dans un de ses derniers rôles d’une longue carrière. Les deux seront d’ailleurs nominés aux Oscars. Charlotte Rampling (Portier de nuit) complète la distribution dans un rôle ambigu et complexe. Et à noter une des toutes premières apparitions de Bruce Willis à l’écran (comme spectateur du procès) ! Le Verdict a été nominé cinq fois aux Oscars (dont meilleurs film, réalisateur et scénario), et est classé par l’American Film Institute parmi les dix meilleurs films judiciaires (aux côtés de 12 hommes en colère).