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12 juillet : Ciné-club Tokyo

LOST IN TRANSLATION

– 19h : Lost in Translation (Sofia Coppola – 2003 – 102 minutes)

avec Bill Murray, Scarlett Johansson, Giovanni Ribissi, Anna Faris

Un acteur américain sur le déclin va à Tokyo tourner une publicité pour un whisky. Perdu et déphasé, il se lie avec une jeune étudiante américaine dans le même état que lui.

Deuxième film de la fille de Francis Ford Coppola (également producteur exécutif de ses films), Lost in Translation confirme la maîtrise filmique de Sofia Coppola quatre ans après la sensation Virgin Suicides. Le malaise adolescent laisse place au malaise touristique, plus particulièrement au malaise japonais. Les deux protagonistes sont en effet plongés dans une société tokyoïte particulièrement codifiée et décalée, où derrière les sourires figés et les néons modernes se tiennent des fossés séparant les individus de toute communication véritable, affection ou compréhension. Non sans cliché, le film restitue avec humour et légèreté le déphasage que peut procurer cette culture si différente, qui au fond ne fait que refléter les impasses et questionnements existentielles des personnages occidentaux perdus à l’autre bout de la planète. Bill Murray est toujours aussi pince sans rire et désabusé, tandis que la jeune Scarlett Johansson est révélée pour la première fois dans un rôle de premier plan, avant d’exploser avec Match Point de Woody Allen deux ans plus tard. Succès public et critique, Lost in Translation a gagné une trentaine de récompenses internationales, notamment l’Oscar du meilleur scénario original et le César du meilleur film étranger.

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– 21h : Enter the Void (Gaspar Noé – 2010 – 143 minutes)

avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy, Olly Alexander

Oscar et sa sœur Linda survivent comme ils peuvent à Tokyo : l’un est dealer, l’autre strip-teaseuse. Unis par un amour indéfectible, ils se sont jurés protection et fidélité. Et lorsqu’Oscar est touché par balle, son esprit refuse de quitter le monde des vivants pour honorer la promesse faite à sa sœur.

Huit ans après le scandale d’Irréversible, Gaspar Noé ambitionne, de son propre aveu, de « faire son 2001, l’Odyssée de l’espace« . Point de science-fiction ni d’espace pour autant, mais un film entièrement tourné en caméra subjective, aux déplacements aériens infinis et couleurs fluo psychédéliques, sur fond de livre des morts tibétain. Avec les effets visuels de BUF Compagnie (Matrix) et les effets sonores de la moitié de Daft Punk (Thomas Bangalter), Enter The Void est tout simplement une expérience cinématographique totale et unique, plongeant le spectateur dans un voyage esthétique, hypnotique et ésotérique au sein d’un Tokyo nocturne, décadent et coloré. A la hauteur de son ambition mais sans équivalent, le film fait déjà date et confirme Gaspar Noé, au-delà des controverses, comme un réalisateur majeur. A l’occasion de la sortie de son nouveau film tout aussi sulfureux, Love, Enter the Void est rediffusé en montage alternatif.

Ciné-club Kirsten Dunst : Virgin Suicides (1999) – Marie-Antoinette (2006)

THE VIRGIN SUICIDES

– 19 : Virgin Suicides (Sofia Coppola – 1999 – 97 minutes)

avec Kirsten Dunst, James Wood, Kathleen Turner, Josh Hartnett, Scott Glenn, Michael Paré, Danny DeVito

Dans les années 70, des adolescents d’une petite ville américaine bourgeoise sont obsédés par les cinq sœurs mystérieuses d’une famille, dont l’une a fait une tentative de suicide.

Pour son premier long-métrage, la jeune fille du réalisateur culte Francis Ford Coppola, Sofia, adapte un roman de Jeffrey Eugenides paru en 1995. Cependant les droits étaient déjà vendus, mais elle continua quand même d’en écrire son scénario, qui était si réussi que les ayants-droits acceptèrent finalement de les lui céder, et son père décida de produire le film, avec sa société American Zoetrope. Virgin Suicides est ainsi une affaire de famille, car le frère de Sofia, Roman, est assistant-réalisateur, et deux de ses cousins sont au casting. Le film est une reconstruction nostalgique en mosaïque des souvenirs de jeunes garçons voyeurs fantasmant sur des filles parfaites, qui mettront pourtant fin inexplicablement à leurs jours. Mêmes adultes ils n’ont ni oubliés ces évènements ni percé leur mystère. C’est toute l’ambivalence et l’incompréhension propre à la période de l’adolescence qui sont recréées à travers cette histoire, riche de premières et dernières fois. James Wood et Kathleen Turner jouent admirablement des parents autoritaires, puritains et étouffants, impuissants à voir venir le drame familial auquel ils ont contribué. La bande-son est signée par le groupe français electro-pop Air, qui participe à l’atmosphère de rêverie et de mélancolie et eut un grand succès en CD. On retrouve aussi des artistes des années 70 comme Sloan, Heart, Todd Rundgren, Electric Light Orchestra, Carole King, 10cc ou les Bee Gees, le tout redessinant une époque FM, sentimentale et à moitié kitsch musicalement. Virgin Suicides a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes, a obtenu un beau succès critique pour un premier film qui tire vers le haut le film de teenagers, et a lancé sa carrière de réalisatrice.

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– 21h : Marie-Antoinette (Sofia Coppola – 2006 – 122 minutes)

avec Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Judy Davis, Rip Torn, Asia Argento, Rose Byrne, Molly Shannon, Shirley Henderson, Danny Huston, Steeve Coogan, Marianne Faithfull, Aurore Clément

La vie de Marie-Antoinette, de son départ d’Autriche à sa vie à Versailles, comme dauphine puis reine de France, jusqu’à la Révolution française.

Sept ans après Virgin Suicides, Sofia Coppola retrouve Kirsten Dunst pour jouer le rôle de la reine Marie-Antoinette – ce qui lui va bien, puisque le père de l’actrice est allemand (et qu’elle a depuis obtenu la nationalité allemande). Adapté du livre d’Antonia Fraser, Marie-Antoinette est une biographie libre et iconoclaste, entièrement tournée et France, notamment au château de Versailles. En effet, loin d’être un lourd et poussiéreux compte-rendu des événements historiques menant à la Révolution française comme tant d’autres, le film s’attache plutôt à raconter la vie privée et les émotions de la jeune autrichienne confrontée à l’ahurissante étiquette de la cours de Versailles, les relations conjugales difficiles avec le gauche et impuissant Louis XVI (Jason Schwartzman, cousin de Sofia), les intrigues de cours avec notamment la favorite du roi Louis XV (Rip Torn, après le refus d’Alain Delon de porter une perruque !), la comtesse du Barry (jouée par Asia Argento). A la place des poncifs habituels de statue de cire, la personnalité de la reine est dépeinte avec des comportements et affects contemporains, tel un personnage d’aujourd’hui, comme dans ses folies dépensières pour tromper son ennui, sa retraite au Trianon pour fuir l’étouffant Versailles ou sa liaison avec le compte de Fersen pour palier son mariage décevant. On retrouve ainsi les thèmes chers de la réalisatrice : malaise existentiel dans un monde où on ne trouve pas sa place, passage difficile de l’adolescence à l’âge adulte, fuite de la réalité dans la rêverie et les fantasmes, constellation de rumeurs et ragots, mosaïque voyeuriste et indicible de l’intime. L’anachronisme est volontaire et assumé avec une bande-son post-punk et new wave, composée de chansons de Siouxsie & the Banshees, New Order, The Cure, Adam and the Ants, Gang of Four, Bow Wow Wow ou les Strokes. Enfin, les teintes pastel et vives comme des bonbons des décors et costumes parachèvent d’en faire une lecture moderne et personnelle. Marie-Antoinette a eu un retentissement mondial, a été présenté en compétition au Festival de Cannes, et a contribué à faire de Kirsten Dunst une actrice de premier plan.

En bonus sera projeté le court-métrage de Sofia Coppola, Lick the star (1998 – 14 minutes), tournant aussi sur l’adolescence.