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23 juillet 2017 : Ciné-club nucléaire : Docteur Folamour (1964) – L’Ultimatum des trois mercenaires (1977)

DR. FOLAMOUR

– 19h : Docteur Folamour ou : ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe (Stanley Kubrick – 1964 – 94 minutes)

avec Peter Sellers, George C. Scott, Sterling Hayden, Keenan Wynn, Slim Pickens, Tracy Reed

Un général américain fou décide de bombarder l’URSS avec des missiles nucléaires. Le président des Etats-Unis tente de débloquer la situation avec son état-major…

Réputé pour son perfectionnisme, Stanley Kubrick a lu une cinquantaine de livres sur la guerre froide et la menace nucléaire, et en tire la plus comédie la plus noire et la plus renversante qui soit, alors que le sujet terrorise les populations du monde entier. Après Lolita, Peter Sellers retrouve le réalisateur pour une farce sans précédent – il y tient pas moins de trois rôles différents mais tout aussi brillamment(le président américain, un général, et le fameux docteur Folamour) et en a été payé un million de dollars, soit la moitié du budget du film ! On en oubliera presque George C. Scott est tout aussi excellent, comme toujours (L’Arnaqueur, Patton). Hilarant de bout en bout, Docteur Folamour dénonce l’incompétence des politiciens et l’absurdité de la guerre, comme dans Les Sentiers de la gloire ou plus tard Barry Lyndon et Full Metal Jacket. Sauf que cette fois-ci c’est la survie même de l’humanité qui est en jeu ! Nommé à quatre Oscars (meilleurs film, réalisateur, scénario et acteur pour Sellers), Docteur Folamour est considéré comme la troisième meilleure comédie américaine par l’American Film Institute, et est le dernier film en noir et blanc de Kubrick, qui changera de statut avec ses films suivants, devenant le maître intouchable que l’on sait à l’esthétique iconique (2001 l’odyssée de l’espace, Orange Mécanique, Barry Lyndon).

L'ULTIMATUM DES TROIS MERCENAIRES

– 21h : L’Ultimatum des trois mercenaires (Robert Aldrich – 1977 – 144 minutes)

avec Burt Lancaster, Richard Widmark, Roscoe Lee Browne, Joseph Cotten, Melvyn Douglas, Charles Durning, Richard Jaeckel, William Marshall, Gerald S. O’Loughlin, Paul Winfield, Burt Young

Un commando mené par un ancien général américain s’infiltre dans une base militaire contenant neuf missiles nucléaires. Il lance un ultimatum au président des Etats-Unis…

Robert Aldrich a refusé la réalisation d’Un Pont trop loin (et un salaire plus élevé) pour se lancer dans L’Ultimatum des trois mercenaires, adapté d’un roman de Walter Wager (58 minutes pour vivre). Ce thriller contestataire sous forme de compte à rebours nucléaire est d’un suspense et d’une intensité absolument sans équivalent, dont les implications (géo)politiques prennent une ampleur insoupçonnée et donnent de nombreuses sueurs froides au gouvernement américain et au spectateur. La réalisation est d’une efficacité imparable, maîtrisant admirablement le montage en split screens au service d’un dispositif narratif millimétré et irrésistible. Malgré ses presque deux heures et demis, le film ne contient pas une seconde de trop tellement il se dévore ! Dans son quatrième film avec Aldrichr (Bronco Apache, Vera Cruz et Fureur Apache), Burt Lancaster est toujours aussi impérial, portant la tension des scènes sur ses épaules et dans ses dialogues. Dernier grand film de la longue et riche carrière d’Aldrich (En quatrième vitesse, Les Douze salopards) dont c’était le préféré, L’Ultimatum des trois mercenaires marque durablement de son audace filmique et de son amer constat politique.

19 février 2017 : Ciné-club Entraînement militaire : Full Metal Jacket (1987) – Le Maître de guerre (1986)

FULL METAL JACKET

– 19h : Full Metal Jacket (Stanley Kubrick – 1987 – 117 minutes)

avec Matthew Modine, Arliss Howard, Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, Ronald Lee Ermey, Kevyn Major Howard, Dorian Harewood, Ed O’Ross, John Terry

Dans les années 60, de jeunes recrues américaines sont entraînées par un instructeur impitoyable afin d’être envoyées au front de la guerre du Vietnam.

Sept ans après Shining, Stanley Kubrick (dont le rythme de réalisation se ralentit de plus en plus) sort un nouveau film magistral et percutant. Adapté de The Short Timers (Le Merdier en français) de Gustav Hasford et Dispatches (traduit en Putain de mort) de Michael Herr (ancien correspondant de guerre au Vietnam), Full Metal Jacket n’est pas tant un film sur le Vietnam ou même de guerre qu’un film sur la guerre en général. Le vétéran Ronald Lee Ermey, d’abord simple conseiller technique sur le film, à force de faire passer les auditions aux acteurs finit par décrocher le rôle du sergent Hartman (pourtant déjà attribué à un autre acteur !), sans conteste l’instructeur militaire le plus connu du cinéma, aux innombrables insultes fleuries et improvisées. Son autorité effroyable métamorphosera les recrues en machine à tuer (« born to kill ») anonymes (surnommées et non plus appelées par leurs noms). Cette entreprise de déshumanisation en vue de la destruction finit fatalement par émousser leur sens du bien et du mal, à commencer par la recrue Baleine (qui a pris 32 kilos pour le rôle) sur qui Hartman s’acharnait. La seconde partie se passe au Vietnam, mais a pourtant été entièrement tournée dans les environs de Londres, avec des palmiers importés, Kubrick détestant voyager ! A travers le regard humaniste du journaliste de guerre Joker, Kubrick montre habilement toute l’absurdité de la guerre, son thème le plus traité dès Fear and desire en 1953. Après Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now ou le récent Platoon, le public n’a pas fait un triomphe commercial à Full Metal Jacket, mais il reste par son réalisme, son esthétique et son intelligence un des constats cinématographiques définitifs sur le sujet.

Le_Maitre_de_guerre

– 21h : Le Maître de guerre (Clint Eastwood – 1986 – 130 minutes)

avec Clint Eastwood, Marsha Mason, Mario Van Peebles, Everett McGill, Moses Gunn, Eileen Heckart, Bo Svenson, Boyrd Gaines

Tom Highway, un marine dur à cuir médaillé des guerres de Corée et du Vietnam, doit entraîner de nouvelles recrues paresseuses, indisciplinées et bagarreuses.

Clint Eastwood n’a pas joué que des cowboys (la trilogie du dollar) ou des policiers (L’Inspecteur Harry), il avait déjà été militaire pour Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves). Mais c’est la première fois qu’il réalise et produit un film de guerre, dans lequel il tient impeccablement et solidement son rôle archétypal à peine modifié : un héros viril à l’impressionnant palmarès militaire qui mitraille d’insultes musclées (cultes et hilarantes !), se bat dans les bars ou tient tête à sa hiérarchie. Il va user de toute son autorité et de son expérience pour transformer des jeunes bleus désobéissants (dont le turbulent et rockeur Mario Van Peebles, le fils du réalisateur Melvin Van Peebles) en marines aguerris, dans des séquences qui précédent Full Metal Jacket. Cependant, s’il excelle sur le champ de bataille, il piétine avec son ex-femme qu’il veut reconquérir. A l’image de son personnage principal, Le Maître de guerre est relativement contrasté et ambigu, alternant patriotisme américain et critique de la hiérarchie militaire et administrative, le tout ponctué de dialogues humoristiques. Il s’inscrit cependant dans le cadre historique de l’invasion de l’île de la Grenade en 1983, pour libérer des otages américains et renverser le gouvernement communiste, où le premier degré reprend le dessus. Très professionnel, rythmé et efficace, Le Maître de guerre a été un bon succès commercial, et Eastwood reviendra bien plus tard au film de guerre avec Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima et American Sniper.

23 octobre : Ciné-club Spartacus (1960)

spartacus

– 19h : Spartacus (Stanley Kubrick – 1960 – 196 minutes)

avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Jean Simmons, Charles Laughton, Peter Ustinov, John Gavin, Tony Curtis, Woody Strode, John Ireland

Dans l’Antiquité, un gladiateur mène une rébellion d’esclaves contre le pouvoir romain pour retrouver leur liberté.

Kirk Douglas souhaitait vivement jouer le rôle principal de Ben-Hur, mais on ne lui proposait que le rôle de son ennemi (Messala), ce qu’il refusa. Mais il se rattrape avec l’adaptation du roman Spartacus d’Howard Fast, qu’il produit et interprète. Le tournage commence avec Anthony Mann (Le Cid, La Chute de l’empire romain) à la réalisation, mais Douglas le renvoie au bout de deux semaines, et le remplace par Stanley Kubrick (avec qui il avait tourné Les Sentiers de la gloire), qui venait justement de se faire virer par Marlon Brando du western La Vengeance aux deux visages. Spartacus est le second film le plus cher de l’époque (après Ben-Hur) avec ses douze millions de dollars, cent soixante-sept jours de tournage et dix mille figurants, et ça se voit à l’écran, pour le ravissement des yeux ! Le casting est inouï : outre Douglas (Les Vikings), on retrouve Sir Laurence Olivier (Hamlet, Marathon Man), Jean Simmons (Un si doux visage), Charles Laughton (Les Révoltés du Bounty), Peter Ustinov (Mort sur le Nil), John Gavin (Le Temps d’aimer et le temps de mourir) ou Tony Curtis (L’Etrangleur de Boston, Amicalement vôtre). Le spectacle et le succès sont au rendez-vous dans ce péplum magnifique et vibrant, un des grands classiques de l’âge d’or d’Hollywood, remportant quatre Oscars (meilleur second rôle pour Peter Ustinov, meilleure direction artistique, meilleurs costumes et meilleure photographie). Scénarisé par Dalton Trumbo (exilé depuis qu’il est placé sur la liste noire du maccarthysme), le film accompagne la lutte des dominés contre les dominants, ce qui à l’heure du racisme et du marxisme était loin d’être anodin et ainsi réactualise ce mythe puissant. Cependant Kubrick ne le considéra jamais comme un de ses films mais comme une commande, puisque Douglas, en tant que producteur, avait son avis sur tout et le dernier mot – ce qui décida judicieusement à Kubrick à imposer son final cut sur tous ses films suivants. Enfin, comme Douglas l’écrira dans ses mémoires « Spartacus occupa trois ans de ma vie, plus de temps que n’en passa le véritable Spartacus à guerroyer contre l’empire romain ».

1er novembre : Ciné-club Halloween avec Stephen King : Misery (1990) – Shining (1980)

MISERY

– 19h : Misery (Rob Reiner – 1990 – 107 minutes)

avec James Caan, Kathy Bates, Lauren Bacall, Richard Farnsworth, Frances Sternhagen

Un célèbre romancier, suite à un grave accident de voiture dans les montagnes, est recueilli et soigné par une de ses plus grandes admiratrices. Mais elle ne supporte pas la fin de son dernier roman, et veut qu’il en écrive une autre…

Publié en 1987, Misery de Stephen King a reçu le prix Bram Stoker du meilleur roman, parabole sur l’artiste prisonnier de son public. Rob Reiner, réalisateur diversifié (This is Spinal Tap, Quand Harry rencontre Sally, Des Hommes d’honneur) l’adapte trois plus tard au cinéma (après avoir déjà adapté Stand by Me de King en 1986). Ce thriller psychologique tourne à l’horreur par l’intensité des relations entre les personnages principaux dans un huis clos : le héros a les jambes cassées et est coincé sur un lit ou une chaise roulante, tandis que son admiratrice est totalement imprévisible, passant de la dévotion à la colère sadique à la moindre phrase qui la contrarie. Cette séquestration infernale rappelle fortement un classique du cinéma américain : Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich (1962). James Caan, acteur d’habitude nerveux et énergique, est ici réduit à la passivité et vulnérable. Quant à Kathy Bathes, son interprétation glaçante et plus vraie que nature a été récompensée de l’Oscar et du Golden Globe de la meilleure actrice. Le roman a aussi donné lieu à une chanson du groupe Anthrax, et une adaptation théâtrale à Broadway avec Bruce Willis !

 SHINING

– 21h : Shining (Stanley Kubrick – 1980 – 119 minutes)

avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyrd, Scatman Crothers

Un écrivain en panne d’inspiration part avec sa famille garder un grand hôtel isolé dans les montagnes pendant sa fermeture hivernale. Mais celui-ci a été construit sur un ancien cimetière indien…

Sur les dizaines d’adaptations audiovisuelles de Stephen King au cinéma, Shining est une des rares où le réalisateur prend le dessus sur le romancier. Pas étonnant de la part du démiurge Stanley Kubrick, qui a toujours intelligemment basé ses films sur des romans, des plus confidentiels (L’Ultime Razzia) aux plus fameux (Lolita). Le scénario de Kubrick prend ainsi ses libertés avec le roman de King, notamment en refusant les explications rationnelles pour mieux fasciner le spectateur – ce qui provoquera des réactions mitigées de la part du romancier, sentant son œuvre trahie. Pour son irruption dans le nouveau genre en vogue des films d’horreur, Kubrick signe comme d’habitude un chef d’œuvre du genre, malgré ou grâce à son économie de violence, à partir de ses cadrages et images inoubliables de nouvelles caméras Steadicam, sa bande-son soignée (par Walter/Wendy Carlos, déjà auteur de celle d’Orange Mécanique), sa symbolique complexe mais hypnotisante. Au casting, une fois n’est pas coutume, Kubrick décroche une immense star, Jack Nicholson, qui livre sa prestation la plus iconique et intense, qui avec celle dans Vol au-dessus d’un nid de coucou le catalogue dans les acteurs de la folie. Shelly Duvall, actrice fétiche de Robert Altman, est aussi excellente en mère pétrifiée de frayeur. Shining connaitra une adaptation en téléfilm en 1997, scénarisé et produit par Stephen King lui-même afin de mieux respecter le roman original. A noter que l’hôtel du film, situé dans le Colorado, est devenu un musée de l’horreur !

En bonus sera diffusé le making of Shining (Vivian Kubrick – 1980 – 35 minutes), réalisé durant le tournage par la fille du maître. L’occasion de voir Nicholson se préparer à rentrer dans son personnage pour la scène de la hache contre la porte de la salle de bain !

19 juillet : Science-fiction par John Carpenter

darkstar

– 19h : Dark Star (John Carpenter – 1974 – 83 minutes)

avec Brian Narelle, Dre Pahich, Cal Cuniholm, Dan O’Bannon, Joe Saunders, Nick Castle

Le Dark Star est un vaisseau spatial chargé de détruire les planètes risquant de dévier de leur orbite et de provoquer une supernova. Mais alors qu’il s’apprête à lancer une nouvelle bombe, une avarie se produit dans le vaisseau…

A vingt-cinq ans, John Carpenter tourne un moyen-métrage de fin d’études de quarante-cinq minutes qui sera ensuite complété grâce à l’apport d’un distributeur. On ne peut pas ne pas remarquer que Dark Star est un film fauché de soixante mille dollars, mais il a marqué à plus d’un titre le cinéma de science-fiction. Ecrit par Carpenter (qui signe déjà la musique, comme pour ses futurs films) et Dan O’Bannon (qui joue dedans), le film se veut une parodie bourrée d’humour de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, avec ses astronautes seventies barbus et chevelus qui s’ennuient, la voix monocorde (mais féminine) de l’ordinateur du vaisseau, la dialectique rigide et philosophique de l’intelligence artificielle de la bombe qui entame par erreur son compte à rebours avant destruction alors qu’une panne l’empêche d’être détachée du vaisseau ! Mais plus qu’une parodie, Dark Star est la matrice de la science-fiction hollywoodienne, Dan O’Bannon allant plus tard signer le scénario d’Alien de Ridley Scott, autre huis clos spatial. De plus, la faiblesse du budget effets spéciaux n’empêche pas Dark Star d’inventer le procédé optique de la vitesse lumière, l’hyperdrive, repris à l’identique dans Star Wars trois ans plus tard. Cousin de THX 1138 de Georges Lucas dont l’ambition dépassait de loin le budget, Dark Star est un film admirablement visionnaire dont l’écriture, les cadrages et les images (cette planche de surf dans l’espace !) compensent facilement le rythme inégal et la maigreur des décors.

STARMAN

– 21h : Starman (John Carpenter – 1984 – 115 minutes)

avec Jeff Bridges, Karen Allen, Charles Martin Smith, Richard Jaeckel

Un extra-terrestre arrive sur Terre et prend les traits du mari décédé d’une jeune veuve.

Après l’échec commercial de The Thing, John Carpenter accepta une commande pour restaurer sa crédibilité auprès des studios hollywoodiens. Il s’agit donc d’un des rares films où il ne signe ni la musique (remplacé par Jack Nitzsche, nominé au Golden Globe de la meilleur musique, collaborateur clef de Phil Spector, Neil Young ou des Rolling Stones), ni le scénario. Celui-ci a en effet été développé par la Columbia en même temps que celui d’E.T. sur le même thème de la visite d’un extra-terrestre pacifique. Produit par Michael Douglas, Starman est un road-movie romantique autour d’une veuve et d’une copie de son mari défunt qui apprivoise son humanité, tandis que les différents personnages croisés sur la route ou le FBI lancé à leur trousse nous dépeignent la bêtise et la méchanceté des humains. Jeff Bridges remporta le Saturn Awards du meilleur acteur et fut nommé à l’Oscar et aux Golden Globes, tandis que le film fut nommé aux Saturn Awards du meilleur film de science-fiction, tout comme l’actrice principale Karen Allen, à l’interprétation particulièrement juste. Le succès du film donna lieu à une suite sous forme de série télévisée. Carpenter fut ainsi remis sur les rails, mais pas pour longtemps, puisque son film suivant (Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin) fut un tel échec qu’il quitta Hollywood pour le cinéma indépendant.

Ciné-club Ultra-violence : Funny Games U.S. (2007) – Orange Mécanique (1971)

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– 19h : Funny Games U.S. (Michael Haneke – 2007 – 111 minutes)

Avec Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt, Brady Corbet, Devon Gearhart

Une famille américaine en vacances dans leur maison de campagne est malmenée par deux charmants jeunes hommes un peu trop joueurs.

Après sa trilogie de la glaciation émotionnelle, Michael Haneke avait réalisé en Autriche en 1997 un film choc, Funny Games. Dix ans plus tard, il réalise lui-même un remake, Funny Games U.S., avec exactement le même scénario, les mêmes dialogues, les mêmes plans de caméra, avec pour seule différence les décors et les acteurs. Pourquoi une initiative aussi étrange ? Il faut savoir que Funny Games était tout sauf un film de violence gratuite (qui est de toute façon et avant tout psychologique), mais une rude mise à l’épreuve du spectateur, visant à lui faire comprendre que la violence qu’on lui a habitué à voir au cinéma et à la télévision depuis des décennies était fausse, édulcorée, in fine toujours lavée dans la morale, la justice et le happy end, par la police ou de valeureux héros. En réalité, la véritable violence, telle qu’elle est vécue dans le monde réel n’a rien à voir avec celle de la fiction : elle est radicale, crue, douloureuse, et souvent sans secours. Le film avait beau avoir fait scandale lors de sa présentation au cinquantième Festival de Cannes, le film autrichien était passée complètement inaperçue aux Etats-Unis, qui est le pays même de la violence, à la fois réelle et fictionnelle, à travers son imposante industrie du divertissement audiovisuel qui vend de la violence (sous forme de scènes de fusillades ou de meurtres sanglants) comme des popcorns pour presque tous les publics. C’est pourquoi Haneke adopte une nouvelle stratégie, et décide de porter son discours cinématographique sur la violence non plus par la petite case des films indépendants en langue allemande importés d’Europe, mais avec un nouveau film en anglais produit par des capitaux internationaux, avec des stars américaines (Naomi Watts et Tim Roth) dans un cadre de vie américain à Long Island, afin qu’il ait une meilleure exposition sur les écrans nationaux. Le film s’avère être un échec au box-office, mais qu’importe, il demeure une des dénonciations définitives sur la violence de divertissement, grâce à son mécanisme psychologiques tout à fait machiavélique et rigoureux. En somme, l’Orange Mécanique des années 2000.

 ORANGE MECANIQUE

– 21h : Orange Mécanique (Stanley Kubrick – 1971 – 137 minutes)

Avec Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates, Warren Clarke, Adrienne Corri, David Prowse

« Il y avait moi, c’est à dire Alex et mes trois droogies, c’est à dire Pete, Georgie et Dim. Nous étions installés au Korova Milk Bar à nous creuser le rassoudok pour savoir où passer la soirée. Au Korova on sert du Lait Plus, Lait Plus Velocet ou Synthemesc ou Drinkrom. Nous, on en était au Drinkrom, ça vous affute l’esprit et ça vous met en train pour une bonne petite fête d’ultra violence. »

En 1962 Anthony Burgess écrit le livre L’Orange mécanique, inspiré par le viol de sa femme. En 1971, Stanley Kubrick, auréolé du triomphe de 2001, l’Odyssée de l’espace (1968), l’adapte au cinéma (en se basant sur l’édition américaine du livre, qui omet le chapitre final où Alex murit et renonce à la violence, ce qui rend la fin du film plus cynique et pessimiste). C’est un film de science-fiction qui pose le problème politique de la violence dans une époque de crise économique à l’horizon social sombre, en montrant le conflit entre le libre arbitre de l’individu et le contrôle totalitaire de l’Etat (ce qui est encore d’actualité, et sans doute pour longtemps). Après la sortie de films violents en 1971 comme Les Chiens de paille (Sam Peckinpah) ou Les Diables (Ken Russel), la polémique éclate dans les médias, Orange mécanique est classé X au cinéma. Suite à quelques actes de délinquances influencés par le film, ainsi que des lettres de protestation et de menaces contre sa famille, Kubrick (résident britannique) choisit d’interdire le film au Royaume-Uni. Il y restera donc officiellement invisible pendant vingt-sept ans, jusqu’à sa mort, ce qui a grandement contribué à en faire un film culte, qu’on ne pouvait réussir à voir qu’en copie pirate de mauvaise qualité. Mais au-delà de son aura sulfureuse, les qualités d’Orange mécanique résident évidemment dans son esthétique unique, visuellement futuriste et volontairement kitsch, en accentuant la mode psychédélique de l’époque. Les scènes de violence stylisée n’ont pas d’équivalent dans l’histoire du cinéma, magnifiée par la musique expérimentale de Wendy Carlos, du Beethoven, Purcell et Rossini joué sur synthétiseur Moog ! Malcolm McDowell (repéré dans If… en 1968) joue ici le rôle de sa vie, Alex DeLarge et son fameux langage nadsat (mélange d’argot anglais et de russe), devenu un symbole du jeune subversif et charismatique. L’influence et l’importance culturelle du film est immense, tant dans le cinéma (Quentin Tarantino, Gaspar Noé) que dans l’esthétique ou les paroles de groupe de musique (Led Zeppelin, David Bowie, Siouxsie and the Banshees, Blur), parmi bien d’autres clins d’œil audiovisuels (Simpson, South Park). Entre 2001 et Barry Lyndon, Orange mécanique est un des chefs d’œuvre qui ont fait de Stanley Kubrick est un des plus grands réalisateurs du cinéma.

Ciné-club science-fiction par Arthur C. Clarke : 2001, L’Odyssée de l’espace (1968) – 2010 : L’année du premier contact (1984)

Dimanche 2 février 2014 :

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– 19h : 2001, L’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick – 1968 – 148 minutes)

avec Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester, Douglas Rain, Daniel Richter, Leonard Rossiter

Un mystérieux monolithe noir apparaît à différents âges de l’humanité pour la faire évoluer.

Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke collaborent à l’écriture d’un scénario d’un film de science-fiction, basé sur la nouvelle La Sentinelle de Clarke. Suite à des désaccords, Clarke écrit de son côté sa propre vision de l’histoire, plus explicite, dans le livre 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968), tandis que Kubrick poursuit la sienne dans le film du même nom. Métaphysique et esthétique, 2001 est tout simplement la pierre angulaire de la science-fiction, et un des piliers de l’histoire du cinéma. D’une ambition colossale, il retrace l’évolution de l’humanité sur plusieurs millions d’années, avec une première partie préhistorique d’une demi-heure sans dialogues, où la découverte de la technique apparaît comme l’acte de naissance meurtrier de l’Homme, qui sera bien plus tard confronté à son aboutissement suprême, l’intelligence artificielle (représenté par l’iconique ordinateur HAL 900), qui tente à son tour de se débarrasser de son créateur. Dans l’espace, loin de tout spectaculaire habituel au genre avant ou après la sortie du film, les décors et maquettes reproduisent avec une authenticité scientifique (grâce à l’assistance de la NASA) et une virtuosité technique minutieuses les voyages, les vaisseaux, les appareils, la gravité, l’intelligence artificielle, au point de n’avoir pas vieilli plus de quarante ans après sa sortie – et ce un an avant le premier voyage de l‘homme sur la Lune. Outre les plans à couper le souffle (comme d’habitude avec Kubrick, photographe professionnel avant de devenir cinéaste) et une célébrissime bande-son (Richard Strauss, Johan Strauss fils, György Ligeti), c’est surtout l’inépuisable discours métaphysique, dialectique et cryptique qui fascine autant les générations de cinéphiles, justement parce qu’il n’en donne pas de réponses et qu’il laisse les interprétations ouvertes (contrairement à Clarke). Plus qu’un chef d’œuvre du cinéma, 2001 est une œuvre culturelle maîtresse du XXème siècle à la profondeur philosophique intacte.

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– 21h30 : 2010 : L’année du premier contact (Peter Hyams – 1984 – 116 minutes)

avec Roy Scheider, John Lithgow, Helen Mirren, Bob Balaban, Keir Dullea, Douglas Rain

Neuf ans après l’incident de HAL 900 sur le vaisseau Discovery, un vaisseau constitué d’américains et de soviétiques part pour le ramener sur Terre et tenter de comprendre ce qu’il s’est passé.

Donner une suite à 2001 était impensable, et bien peu sont d’ailleurs au courant de l’existence de 2010, laissé dans l’ombre cinématographique de son imposant ainé. En 1982, Arthur C. Clarke écrit une suite à 2001, 2010 : Odysée deux. Peter Hyams en réalise l’adaptation cinématographique en 1984, avec l’accord de Kubrick. Mais ce dernier avait détruit à la fin du tournage de 2001 les décors, maquettes et costumes, qui ont tous dû être recréés pour cette suite, et plutôt brillamment puisque 2010 a été nominé aux Oscars de la meilleur direction artistique, meilleurs costumes, meilleurs effets visuels, meilleurs maquillages et meilleur son. Autant le dire tout de suite, 2010 ne rivalise pas en beauté, profondeur et innovation technique ; mais pour autant c’est tout sauf un mauvais film. Moins métaphysique et plus concret, sur un scénario et un suspens bien ficelés, il suit la vision de Clarke, en expliquant certains mystères de 2001 tout en abordant d’autres thèmes liés à l’humanité et la coopération humaine, sur fond de guerre froide. En somme, un bon film de science-fiction, cette fois-ci bien plus clarkien que kubrickien. Enfin, Clarke écrira encore deux suites : 2061 : Odyssée trois (1988) et 3001 : l’Odyssée finale (1997).