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26 février 2017 : Ciné-club Godzilla : Godzilla (1954) – Le Retour de Godzilla (1955)

GODZILLA (1955)

– 19h : Godzilla (Ishiro Honda – 1954 – 96 minutes)

avec Akira Takarada, Momoko Kochi, Akihiko Hirata, Takashi Shimura

Un monstre préhistorique est réveillé par des essais nucléaires terrorise le Japon.

Le mythique King Kong avait révolutionné le cinéma en 1933, tant du point de vue technique que du spectaculaire. Sa ressortie mondiale en 1952 n’est pas passée inaperçue. Le français Eugène Lourié réalise ainsi Le Monstre des temps perdus, avec des effets spéciaux du génial Ray Harryhausen. Dans le Japon encore meurtri par les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki de 1945, un producteur a l’idée d’un film de monstre japonais, qui deviendra Godzilla – en japonais Gojira, contraction de gorira (gorille) et kujira (baleine). L’innovation réside dans l’utilisation non pas de maquettes animées comme jusqu’à maintenant, mais dans celle d’un acteur déguisé dans un costume de montre, avançant au ralenti pour plus d’effet de lourdeur et détruisant des maquettes d’immeubles – ainsi que ne voyant rien et parfois s’évanouissant sous la chaleur du costume de 91 kilos. Cependant il ne s’agit absolument pas d’un film de monstres de série B, mi-commercial mi kitsch comme les américains en produisaient les yeux fermés, mais d’un film tout ce qu’il y a de plus sérieux et dramatique, montrant la désolation la terreur du monstre sur la population. La seconde partie est un sévère cas de conscience sur le danger de créer et d’utiliser une technologie qui pourrait nuire à l’humanité. Entre Hiroshima et Fukushima, Godzilla est tout simplement une incarnation culturelle incontournable des traumatismes de la psyché japonaise, pour longtemps encore d’actualité.

LE RETOUR DE GODZILLA (1955)

– 21h : Le Retour de Godzilla (Motoyoshi Oda – 1955 – 81 minutes)

avec Hiroshi Koizumi, Setsuko Wakayama, Minoru Chiaki, Takashi Shimura

Un Godzilla réapparait sur les côtes japonaises, affrontant un autre monstre gigantesque, Anguirus !

L’énorme succès commercial de Godzilla au Japon a créé le genre des kaiju eiga, films de monstres géants. Rapidement l’industrie cinématographie s’en empare, et va faire déferler des dizaines de films au cours des décennies suivantes, à commencer par Le Retour de Godzilla, introduisant son premier ennemi, Anguirus. Bientôt d’autres monstres vont apparaître d’abord dans leur propre film, comme l’oiseau préhistorique supersonique Rodan, le lézard volant Baran ou le papillon géant Mothra, qui s’intègreront ensuite dans la longue filmographie de Godzilla, d’abord comme adversaires puis comme alliés – souvent contre son ennemi suprême, King Ghidorah, terrible dragon à trois têtes. Au cours de la trentaine de ses suites, Godzilla affrontera même King Kong ou Mecha Godzilla, aura un fils ou ira dans l’espace. Si le monstre était initialement un symbole effrayant de destruction, son rôle va s’adoucir, passant de menace absolue à défenseur du Japon et de la Terre contre d’autres assaillants, devenant progressivement une mascotte nationale et même l’idole des enfants ! Produit par un studio concurrent, Gamera sera aussi très populaire dans les années 60, avec une touche plus légère et commerciale. Mais à force d’être surexploité, le genre se tarit en 1975, hiberne quasiment toutes les années 80 et ne réapparait que dans les années 90, à grand renfort d’effets spéciaux plus modernes et impressionnants. Godzilla a connu un remake américain désastreux en 1998 par Roland Emmerich qui fit hurler les fans du monde entier, et un autre beaucoup plus fidèle en 2014, pour lequel deux suites sont prévues en 2019 et 2020 (dont Godzilla VS Kong !). Alors que la franchise était éteinte au Japon depuis 2004, elle s’est réveillée en 2016 avec Shin Godzilla, et un autre sortira en 2017.

29 mars 2015 : Ciné-club Akira Kurosawa

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– 19h : Les Sept Samouraïs (Akira Kurosawa – 1954 – 207 minutes)

avec Tochirô Mifune, Takashi Shimura, Yoshio Inaba, Seiji Miyaguchi, Minoru Chiaki, Daisuke Katô, Isao Kimura

Au XVIème siècle au Japon, un village de paysans menacés par une troupe de bandits demande à des samouraïs de les protéger.

Akira Kurosawa (1910-1998) est traditionnellement associé en France aux films de chambara (films de sabre dans le Japon médiéval) – une vision réductrice et inexacte de sa filmographie d’une trentaine de films. Pour preuve, son premier chambara, Les Sept Samouraïs, n’est que son quatorzième film ! En revanche c’est aussi son film le plus connu à l’international, et cette fois-ci ce n’est pas pour de mauvaises raisons, tant il est rapidement devenu un des classiques de l’histoire du cinéma. Récompensé à sa sortie par un Lion d’argent à la Mostra de Venise, il contribua en effet à faire connaître dans le monde entier Kurosawa et le cinéma japonais, trois ans après le Lion d’or de Rashômon qui avait créé la surprise et ouvert la voie. Le film est situé au XVIème siècle, une période de trouble et de guerre civile où les individus pouvaient encore choisir leur destin, avant l’instauration du shogunat qui hiérarchisera strictement et figera la société japonaise. Les Sept Samouraïs est donc un vibrant film sur la liberté, qui montre l’humanité dans toute son intensité, aussi bien dans les scènes de constitution de l’équipe de samouraïs que dans celles de bravoure, filmées de main de maître. Tourné pendant plus d’un an, le film réunit les acteurs fétiches de Kurosawa, au premier plan Tochirô Mifune (seize films ensemble) mais aussi Takashi Shimura (vint-et-un films ensemble). Ce western féodal, épique et diluvien donnera lieu au remake Les Sept Mercenaires par John Sturges en 1960 (avec Yul Brynner, Steve McQueen et Charles Bronson). L’histoire, les thèmes et les scènes de combats de Kurosawa exerceront une influence incalculable dans le cinéma occidental, de Sam Peckinpah à George Lucas en passant par Sergio Leone et Clint Eastwood – George Lucas et Francis Ford Coppola produiront d’ailleurs Kagemusha de Kurosawa en 1980.